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Posts Tagged ‘venin’

Calobra (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2017



Illustration: Amedeo Bocchi  
    
Calobra

voici la nuit lente, rampant
Vers l’opale de la colline…
Et, sinueux comme un serpent,
Ton charme pervers me fascine.

Au fond de tes yeux ardoisés
Errent des éclairs et des ombres.
Oh ! le venin de tes baisers !
Le péril de tes regards sombres !

Jamais ta ruse ne s’endort
Sous ton illusoire paresse.
Un goût de menace et de mort
Corrompt ta subtile caresse.

Voici la nuit souple, rampant
Vers l’opale de la colline…
Et, sinueux comme un serpent,
Ton charme étrange me fascine.

(Renée Vivien)

 

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Loin de tout ce qui vivote (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2017



 

Ernest Pignon-Ernest ..4d8

loin de tout ce qui vivote
de tout ce qui vitrifie
vivement la vivance
de tous les grands viviers
oui
vivement cette vie sans vitrine
cette vie sans visière
cette vie sans venin ni verdict
cette vie sans verrou

(Zéno Bianu)

Illustration: Ernest Pignon-Ernest

 

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RANCOEUR LASSE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2017



 

RANCOEUR LASSE

Malgré sa folle trahison
N’est-elle pas encor la même ?
La fierté n’est plus de saison.
Je l’aime.

Je sais qu’elle reste, malgré
D’impurs contacts, vierge éternelle,
Qu’aucun venin n’a pénétré
En elle,

Marbre trop charnel qui subit
Toutes souillures, mais les brave ;
Puisque la pluie, en une nuit,
Le lave.

Même au temps des premiers regards,
Je la savais vaine et perverse.
Mais l’âme aux menaçants hasards
Se berce.

Fermant les yeux, je me livrais
À sa suavité malsaine,
Pensant bien que j’en porterais
La peine.

Mordu, mourant, d’avoir serré
Sur ma poitrine la panthère,
J’en veux rester fier, et saurai
Me taire

Ce mois d’avril, je veux bannir
De mon coeur les rêves moroses.
Je veux orner son souvenir
De roses.

Et je reprends la liberté
D’adorer sa grâce suprême.
Tel que j’étais je suis resté.
Je l’aime.

(Charles Cros)

Illustration: Victor Bauer

 

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La Trêve (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2017



La Trêve

Dans le désert ridé des draps,
la nuit dévêt l’enfance d’une épaule,
sel et soleil aux yeux du survivant

qui suit du doigt le long cheminement
du sang léger au flanc de la dormeuse
et la tiédeur d’une chair hasardeuse.

Les rues se sont vidées de leur venin
et l’on entend les bêtes pacifiques
ruser avec la lune sous les feuilles,

cependant que très loin, dans le brouillard,
la mer remue les algues et les monstres,
à coups de reins, dans son lit froid.

Et c’est la somnolence de l’hiver.

Au creux des meules s’engourdit
la rage têtue des vipères.

(Jean Joubert)


Illustration: Katerina Belkina

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Vers les Sirènes (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



 

Vers les Sirènes

Vous craignez le désir, ô compagnons d’Ulysse !
Aveugles et muets, l’âme close au péril
De la voix qui ruisselle et du rire subtil,
Vous rêvez des foyers qui recueillent l’exil
Aux pieds lassés. Moi seul, ô compagnons d’Ulysse,
Moi seul ai dédaigné la fraude et l’artifice,
Moi seul ose l’amour et le divin péril.

Dénouant leurs cheveux fluides, les Sirènes,
Ceintes de la langueur et du regret des morts,
S’approchent, un reflet de perles sur leurs corps.
Elles chantent… Leur voix se mêle aux clairs accords
Des vagues et du vent… J’entrevois les Sirènes…
Elles chantent l’amour qui corrode les veines
Comme un venin, et fait pleurer les yeux des morts…

Ô lâches compagnons d’Ulysse ! Pour une heure
Je donne l’existence humaine ! Pour un chant
Vaguement répété par la mer au couchant,
Pour un visage à peine entrevu, se penchant
Sur le miroir brisé des ondes, — pour une heure,
J’accepte le silence où le néant demeure,
Le silence où périt la mémoire du chant…

(Renée Vivien)

Illustration: Victor Mottez

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Le petit bout de rêve (Maurice Fanon)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2017



    
Le petit bout de rêve

Ce n’est qu’un petit bout de bout de rêve
Petit bout de nez, de sein, de chemin
Le plus beau petit bout de fesse d’Ève
Petit bout de frange accroché à rien

Petit boute-en-train métropolitain
Mi prêt-à-porter mi chic parisien
Gauchissant du jean, basket en satin
C’est monsieur Claudel, c’est pas pour les chiens

Le collant qui danse bien plus qu’il ne tient
Chaud, dès le début du printemps, plus rien
Ventre de violon, gorge sans soutien
Miracle ! Miracle ! C’est que ça tient

Ce n’est qu’un petit bout de bousculance
Petit pas de deux dans le quotidien
Petit bout de cul posé sur deux jambes
Et qui n’en finit pas d’être aérien

Petit bouche-à-bouche au petit parfum
De petites lèvres aux dents de requin
De petits galops de cheval indien
Et de fleurs sauvages mais sans venin

Petit coup de foudre pour Jacques Bertin
Jacques de Bronckart, Jacques Brel et Jacques Machin
Petit coup de mauve au moindre chagrin
Miracle ! Le miracle c’est que ça tient

Ce n’est qu’un petit bout de bout de sexe
De mémoire d’homme nul n’avait vu
Petit bout de bout de petite sève
De petits jardins si bien suspendus

Petit porte-monnaie pour les copains
Petit porte-drapeau pour les Chiliens
Venus de la côte du Cotentin
Voir ce qui fait courir les Parisiens

Ne me demandez pas à quoi ça tient
L’amour d’une femme, je n’en sais rien
Petit bout de Dieu, croix sur le chemin
Miracle ! Le miracle c’est que ça tient (x3)

(Maurice Fanon)

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Sous la branche propice aux jeux (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2017



Sous la branche propice aux jeux,
la foudre broie le printemps d’une robe
et l’arbre sent couler sa vie
sur le marbre taché de feu.

Survivent la vipère et la ronce,
le scorpion dans le roc,
le roc étroit et nu,
complice muet du venin.

Un homme entend grogner au loin
les charrois de l’orage
et s’étonne du soleil
couché sanglant sur les dalles.

Sa femme est jeune et sa maison pesante.
Il pressent dans le soir le triomphe du bien.

(Jean Joubert)


Illustration:
Geneviève  Peyrade

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Comme Antée reprend vie (Roger Gilbert-Lecomte)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2017




    
Comme Antée reprend vie au contact de la terre
Le vide reprend vie au contact de la chair

Je viens dans ton sein accomplir le rite

Le rythmique retour au pays d’avant-naître
Le signe animal de l’extase ancienne

Je viens dans ton sein déposer l’offrande
Du baume et du venin

Aveugle anéanti dans les caves de l’être

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Ô doux parler (Pierre de Ronsard)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2017



Ô doux parler, dont l’appât doucereux
Nourrit encore la faim de ma mémoire,
Ô front, d’Amour le Trophée et la gloire,
Ô ris sucrés, ô baisers savoureux ;

Ô cheveux d’or, ô côteaux plantureux
De lis, d’oeillets, de porphyre et d’ivoire,
Ô feux jumeaux dont le ciel me fit boire
Ô si longs traits le venin amoureux ;

Ô vermillons, ô perlettes encloses,
Ô diamants, ô lis pourprés de roses,
Ô chant qui peut les plus durs émouvoir,

Et dont l’accent dans les âmes demeure.
Et des beautés, reviendra jamais l’heure
Qu’entre mes bras je vous puisse r’avoir ?

(Pierre de Ronsard)

Illustration: Fritz Zuber-Buhler

 

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Bonoboo (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2017



Bonoboo

J’étais Bonoboo
Clama le Bonoboo
Pas peu fier en somme
De suivre la filière

Pas peu fier en somme
De suivre la filière
Dont tu naquis
Petit homme
Par étrange bizarrerie

De mère nature
De maman Lucy

J’étais Bonoboo
Clama le Bonoboo
Pas peu fier en somme
De suivre la filière

Ô mes cousins
Masculins, féminins
Ô mes benjamins
Qui s’prétendent humains

Parfois j’me d’mande
Soupire le Bonoboo

Si ça valait la peine
De s’donner tant d’peine
Pour que votre race guerrière
Incendiaire, carnassière
Occupe toute la scène ?

J’étais Bonoboo
Clama le Bonoboo
Pas peu fier en somme
De suivre la filière

C’est ainsi que vaincu
Sans une once de venin

Sombrant dans sa tanière
Disparut Bonoboo

J’étais Bonoboo
Clama le Bonoboo
Pas peu fier en somme
De suivre la filière

Tandis que plus malin
L’homme passe-partout
S’emparant de la terre
S’inventa un destin

(Andrée Chedid)


Illustration

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