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Poésie

Posts Tagged ‘venté’

VENTE (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2019



Illustration: Germain Droogenbroodt
(Grand Merci Germain pour tout ce que tu me donnes à partager: :-))
    
VENTE

Au printemps
je vends
des violettes de jardins perdus
en été
des roses de papier
des asters de mots
en automne
en hiver
des fleurs de glace de la fenêtre
de ma mère morte.
Ainsi je vis
du jour
à la nuit.
La nuit
je chante les louanges
de la lune et des étoiles
jusqu’à ce qu’apparaisse le soleil
et qu’il me vende
au jour.

***

VERKAUFEN

Im Frühling
verkaufe ich
Veilchen aus verlorenen Gärten
im Sommer
Papierrosen
Astern aus Worten
im Herbst
im Winter
Eisblumen vom Fenster
meiner toten Mutter
So lebe ich
in den Tag hinein
in die Nacht
Nachts
rühme ich
Mond und Sterne
bis die Sonne erscheint
und mich verkauft
an den Tag

***

VENDA

Na Primavera,
vendo
violetas de jardins perdidos
no Verão
rosas de papel
sécias de palavras
no Outono
no Inverno
cristais de gelo da janela
da minha mãe morta
Assim vivo
todo o dia
até à noite
À noite
exalto
a lua e as estrelas
até que apareça o sol
e me venda
ao día

***

VENDERE

A primavera
vendo
violette di giardini perduti
in estate
rose di carta
astri di parole
in autunno
in inverno
fiori ghiacciati dalla finestra
della mia madre morta
così io vivo
dal giorno
alla notte.
Di notte
lodo
la luna e le stelle
finché non appare il sole
e vende me
al giorno.

***

VENDER

En primavera
vendo
violetas de jardines perdidos
en verano
rosas de papel
porciones de palabras
en otoño
en invierno
escarchadas flores en la ventana
de mi madre muerta
Así vivo
del día
hasta la noche
Por la noche
alabo
a la luna y las estrellas
hasta que el sol aparece
y me vende
el día

***

TO SELL

In spring,
I sell
violets from lost gardens.
In summer,
paper roses
asters of words.
In autumn in the winter,
frost flowers from the window
of my deceased mother.
So I live
from day
to night.
At night,
I praise
moon and stars
till the sun appears
and sells me
to the day.

***

VERKOPEN

In de lente
verkoop ik
viooltjes uit verloren tuinen
in de zomer
rozen van papier
asters uit woorden
in de herfst
‘s winters
ijsbloemen van het venster
van mijn dode moeder
Zo leef ik
van de dag
naar de nacht
’s Nachts
roem ik
maan en sterren
tot de zon verschijnt
en mij verkoopt
aan de dag

(Rose Ausländer)

 

Recueil: ITHACA 580
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Allemand original / Portugais Maria do Sameiro Barroso / Italien Luca Benassi / Espagnol Rafael Carcelén / Anglais Stanley Barkan / Néerlandais Germain Droogenbroodt
Editions: POINT

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Quelque (Michaël Donhauser)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2018



Quelque m’a ou
dis-je et
feuillage, chose
effleuré

Crépite à peine
pendant, alors que
sur l’asphalte
cela tournoie

oscille, afin
qu’impassible
venté, oui
et puis s’en va

***

Hat mich oder
sag ich und
Blattwerk, etwas
leicht bewegt

Knistert kaum
während, wenn
am Asphalt
es sich dreht

Wippend, daß
unbetört
windig, ja
und vergeht

(Michaël Donhauser)

Illustration: ArbreaPhotos

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Le vent reste incompris (Jean Pichet)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2018



Illustration 
    
Le vent reste incompris
(extraits)

Le chêne est vieux ; très vieux …

Mille ans. Plus, peut-être.

Ses feuilles ont quelques jours
à peine. Et le ruisseau
à ses pieds coule
comme depuis toujours.

(Jean Pichet)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Numéro 128 de la revue Friches
Traduction:
Editions: Revue Friches

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Cantique au bien-aimé de la Reine de Saba (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2017




    
Cantique au bien-aimé de la Reine de Saba

« Je te ferai boire un vin parfumé. »
Cantique des Cantiques

Bienheureuse , ô mon amour, la main qui te touche,
Bienheureuse la bouche qui s’attache à ta bouche,
Qui goûte tes baisers semblables à l’encens,
Au cinname, à l’odeur des pêches mûrissant.

Tu es un lys altier au jardin de l’aurore,
Un rosier flamboyant que le couchant décore
Et, flot mystérieux où s’abreuvent les faons,
La source au pied d’un cèdre et que l’ombre défend.

Tu es, ô bien-aimé, la divine fontaine
Fleurant le thym, l’anis, le miel et la verveine;
Le puits de l’oasis que les noirs chandeliers
Devinent dans la nuit sous les troncs des palmiers.

Tu es comme un chèvrefeuille dans la rosée,
Comme un parfum de vigne en Mai; comme, irrisées
De matinal soleil, se mirant à l’étang,
Les campanules aux calices éclatants.

Les touffes des genêts, les lavandes fleuries,
Et ton corps est pareil à l’herbe des prairies
Quand la lune y répand en onduleux reflets
Ses rayons pâlissants sous les bleus serpolets.

Ta voix a la fraîcheur des flûtes bucoliques
A qui l’écho lointain au fond du soir réplique
Et ton regard puissant m’émeut plus que l’accord
Voluptueux des tambourins et des kinnors.

Tu es parmi mon coeur comme un figuier qui penche
Et dont les fruits nombreux font s’écrouler les branches;
Comme le rampement nerveux des pampres d’or
Où pend la grappe ardente et que l’abeille mord.

Tu es fort, mon amour, et mon corps brisé ploie
Quand tu m’emportes dans tes bras comme une proie.
Tel un soleil brûlant pesant sur les blés roux,
Ton corps est lourd et ton geste d’amour plus fou

Qu’à la cime des pins l’élan du vent sauvage;
Tu es le léopard au rutilant pelage,
Et tu te dresses lumineux à travers l’air
Comme une tour d’albâtre aux créneaux d’argent clair.

Cherchez mon bien-aimé, ô tremblantes gazelles
Qui bondissez frôlant le silence des bois;
Cherchez mon bien-aimé, fauvette et tourterelle
Et rossignol pensif dont s’éplore la voix.

Cherchez mon bien-aimé, plainte du vent qui erre
Par les noirs oliviers courbant leurs troncs retors;
Par la ville déserte où sommeillent les pierres,
Cherchez mon bien-aimé, gardiens des portes d’or!

Dans les soupirs flottant aux corolles des roses,
Les langoureux frissons qui bercent les lilas,
Aux marches de mon seuil sous les étoiles roses,
Est-ce mon bien-aimé dont bruissent les pas?…

(Marie Dauguet)

 

 

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Chaque fois (Aïcha Arnaout)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2017



 

Chaque fois que j’ouvre les paupières
je trouve d’autres paupières fermées
qui les recouvrent
Ne vous étonnez donc pas si je vous demande
quelle est la couleur du soleil
et quand la nuit prendra fin

Chaque fois que j’étends le bras
des barbelés m’écorchent
Ne vous étonnez donc pas
si vous voyez mes mains
remplir mes poches
de peur et de sang

Chaque fois que je lève le front
vers un papillon lumineux
je trouve le canon d’un revolver
Ne vous étonnez donc pas
si je remplace le papillon par de la résine

Chaque fois que je tends l’oreille dans la nuit
je ne capte que le sifflement des balles
sur les trottoirs
et le hurlement de celui qui est jeté
dans un bain d’acide
Ne vous étonnez donc pas
si vous retrouvez mes oreilles
comme deux chauves-souris sur une épaule

Chaque fois que j’essaie de chanter ou de crier
je sens que ma langue est aseptisée
enroulée dans des papiers officiels
Ne vous étonnez donc pas
si vous la trouvez un jour en vente
au marché de gros de la boucherie

Chaque fois qu’un jardin pousse dans ma tête
les sauterelles l’envahissent
les bulldozers arrivent
Ils creusent des tunnels
et comme d’habitude y coulent du ciment

Ne vous étonnez donc pas
si d’aucuns ont le monopole du ciment
Chaque fois que mes poumons s’ouvrent
l’odeur de la pourriture envahit mes narines
Ne vous étonnez donc pas
si vous ouvrez ma poitrine
d’y trouver deux pépinières d’algues

Ne me restent
que mes pieds
Eux seuls sont encore capables
de parcourir ce chemin sanglant
vers le cratère du volcan secret
où mon coeur bat
Mais ne vous étonnez pas non plus
si vous y trouvez des traces de pas
qui ne sont pas arrivés

(Aïcha Arnaout)

Illustration: Frida Kahlo

 

 

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Les pommes de lune (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2016



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Les pommes de lune

Entre mars et Jupiter
Flottait une banderole
messieurs mesdames
Faites des affaires
Grande vente réclame
De pommes de terre

Un cosmonaute qui passait par là
Fut tellement surpris qu’il s’arrêta
Et voulut mettre pied à terre

mais pas de terre en ce coin là
Et de pommes de terre
Pas l’ombre d’une

C’est une blague sans doute
Dit il en reprenant sa route
Et à midi il se fit
Un plat de pommes de lune.

(Jean Rousselot)

 

 

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APPARUIT (Ezra Pound)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2015




APPARUIT

Maison rose et or, je t’ai vue à travers le portail,
Merveille taillée dans l’indicible, un
Prodige. La vie, dans la lampe, a vacillé,
mourant éblouie.

Pourpres, gelées de rosée, les roses se sont couchées
Tandis qu’au loin, dans le soleil ensorceleur,
Tu buvais l’air, la terre, la vie : l’étoffe
dorée de tes murs.

Les chemins verts, la brise des champs sont tiens
Et la terre ouverte – pourtant tu as osé
Te tenir là et l’éther redouté de tous
a fui devant toi.

Vive et courageuse dans ta coquille d’or,
Larguant le manteau de ton corps, tu as
Dénudé ta fenêtre et la lumière stupéfaite
a fui devant toi.

L’épaule à moitié gravée, la gorge foudroyée
Par des zones de lumière entremêlées,
Frêle et belle albâtre, j’ai
fui devant toi!

Vêtue d’une trame d’or, délicatement parfaite,
Un vent! Un habit sorti de mains magiques!
Ô légère, ô habile, as-tu vraiment
assumé tout cela?

(Ezra Pound)

Illustration: Sandro Botticelli

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Esther et Mika (Francis Blanche)

Posted by arbrealettres sur 3 septembre 2015




Esther et Mika

Ils ont une affaire de plastiques
gérée avec calme et raison:
Esther fait la vente en boutique
et Mika fait les livraisons.
Lui très costaud… Elle pas fière
font dire aux esprits délicats:
Mon Dieu qu’elle est polie Esther!
Mon Dieu comme il est fort Mika!

(Francis Blanche)

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