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Poésie

Posts Tagged ‘ventre’

Poétique (Artur Lundkvist)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2022



Illustration: Jerzy Gluszek
    
Poétique

Pourquoi ne traînerait-elle pas
tout près du champ
Comme une oiselle
qui veut faire dériver le danger
pour si soudain s’envoler ?

Et pourquoi ne serait-elle pas
un bouquet de marguerites
jeté dans une brouette goudronnée ?

Ou de la neige qui fond
dans la main rose d’une enfant ?

Une hirondelle
qui laisse une éraillure sur le pignon

Une fleur
qui fait pousser un bloc de pierre

Deux lézardes qui se croisent
l’une l’autre dans la vitre ?

Poésie :
une candide démoniaque

Un agneau en flammes
au milieu d’une prairie

Un lévrier qui s’entortillait
dans un drap

Un miroir
devant lequel un héron est mort
Comme un parapluie accidenté par la tempête

Du sable éblouissant
comme un ventre de femme au milieu de l’océan

Une fleur-étoile blanche
dans la gueule d’un bouledogue

Une épine
qui fait une tête de lion putréfiée

Un plongeur
qui dans les profondeurs de la mer
ouvre un coffre avec une épingle

Une punaise
qui fixe un avion dans l’atmosphère

Un bateau de contrebande
qui saigne dans les flots
comme un animal blessé

Poésie :
Une corde à linge tendue
entre un phare et un cerisier

(Artur Lundkvist)

 

Recueil: Poésies du Monde
Traduction:
Editions: Seghers

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Le But (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2022


 


David Brayne 3216 [1280x768]

Le But

Le long des peupliers je marche, le front nu,
Poitrine au vent, les yeux flagellés par la pluie.
Je m’avance hagard vers le but inconnu.

Le printemps a des fleurs dont le parfum m’ennuie,
L’été promet, l’automne offre ses fruits, d’aspects
Irritants; l’hiver blanc, même, est sali de suie.

Que les corbeaux, trouant mon ventre de leurs becs,
Mangent mon foie, où sont tant de colères folles,
Que l’air et le soleil blanchissent mes os secs,

Et, surtout, que le vent emporte mes paroles!

(Charles Cros)

Illustration: David Brayne

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Un tigre a mille courtisanes (Paul-Marie Lapointe)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2022




Un tigre a mille courtisanes
dans les griffes mille langues
mille ventres de jardins
dans la nuque
Pavots des cheveux
dans le jour des mains croisées
dans la nuit blanche
des paumes ouvertes

Trembler de tout son corps
Les aubes de neiges sans poitrine
point d’amour point de cheminée
point d’interrogation de bouche plaquée
sur le désir plat

Filles de laine filles de lit
de lys de lit
Tout lie des corps rêches
aux pêches de luxure dans le cou
zébré des veines

Hommes à sabots de fauves —
ce qu’il reste de la sieste
troncs de dattiers —
cachés pour les repas de fourrure
cachés pour dormir dans les plumes
Cœur de chair de poules

(Paul-Marie Lapointe)

Illustration: Siegfried Zademack

 

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Les enfants du Biafra (Jean Cayrol)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2022




Ils se frottent doucement le ventre
les enfants vieux du Biafra.
Leur peau noire tourne à la cendre
les enfants du Biafra qui vont gâcher les vacances…

(Jean Cayrol)

 

 

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IDEES (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2022



IDEES

Des idées effleurent mon esprit
Comme un vent à la surface de l’eau
Comme les arbres je tends les bras
Vers une insaisissable lune
Qui verse une clarté impalpable
Sur la nuit impudique
Dont la chair se frotte
Au ventre de l’univers.

(Jean-Baptiste Besnard)

Découvert chez Jean-Baptiste ici

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Enfance (Anna Gréki)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2022




    
Enfance

Colère devant l’enfant sans pain
ni mère qui mange de la terre
dessine des hélicoptères reste
debout dans son sommeil

Colère devant l’enfant au ventre outré
araignée de la misère
qui joue avec la terre
sous un soleil touriste

Colère devant l’enfant courant devant la guerre
jusqu’aux frontières
depuis sept ans sans s’arrêter
s’il ne se couche dans la terre

Colère devant la terre entière
la terre qui est le pain qui
est la joie
la maison et la mort

(Anna Gréki)

Recueil: Guerre à la guerre
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Parler de nourriture ne remplit pas le ventre (Hanshan)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2022




    
Parler de nourriture ne remplit pas le ventre,
Parler de vêtements n’évite pas le froid.
Pour se remplir le ventre, il ne faut que du riz,
Et se vêtir d’habits pour se garder du froid.
La pensée est bornée; faute de le comprendre,
S’adresser au Bouddha vous paraît difficile.
Revenez en vous-même et voici le Bouddha,
Ne tournez plus la tête pour regarder dehors.

(Hanshan)

Recueil: Poèmes Chan
Traduction: du chinois par Jacques Pimpaneau
Editions: Philippe Picquier

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PLUS TRANSPARENTE QU’UNE GOUTTE D’EAU… (Marc Rombaut)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2022



Illustration: Egon Schiele
    
PLUS TRANSPARENTE QU’UNE GOUTTE D’EAU…

Plus transparente qu’une goutte d’eau
tu brilles de ton sexe déployé.
Tu es un fleuve blessé, tu es le jour
qui dispense l’air, tu brûles les mots
morts et les mots tu les traverses avec ton ventre.
Tes seins se gonflent au vertige de mes mains. Jambes
ouvertes, tu dispenses le miel et la braise, je m’habille de
ta chair et je me répands en toi, femme. Nous habitons
une déchirure que le soleil et l’eau polissent lentement
pendant que nos corps émigrés dans les caresses s’inventent
leur écriture.

(Marc Rombaut)

Recueil: 35 siècles de poésie amoureuse
Traduction:
Editions: Saint-Germain-des-Prés Le Cherche-Midi

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Mère et enfant réfugiés (Chinua Achebe)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2022




    
Mère et enfant réfugiés

Nulle Vierge à l’Enfant ne pourrait se mesurer
à cette image de la tendresse maternelle
pour un fils qu’elle devrait bientôt oublier.
L’air était lourd d’odeurs

de diarrhée d’enfants non lavés
aux côtes délavées et aux derrières
décharnés qui avancent d’un pas laborieux
traînés par des ventres vides et gonflés. Tant
de mères avaient cessé depuis longtemps
de prodiguer leurs soins, mais pas celle-ci; elle arborait
un sourire fantôme entre ses dents
et dans ses yeux le fantôme de l’orgueil
d’une mère tandis qu’elle peignait telle la touffe de cheveux
couleur rouille qui restait sur son crâne et puis –

dans ses yeux un chant – elle a commencé à les
séparer avec soin… Dans une autre vie ça
aurait été un peu banal
un acte sans conséquence avant son
petit-déjeuner et l’école; mais en cet instant

son geste était de fleurir
une tombe minuscule

(Chinua Achebe)

Traduit de l’anglais par Frieda Ekotto, &ware Sou! Brother, Heinemann, 1971.

Recueil: 120 nuances d’Afrique
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Quoi qu’il en soit (José Saramago)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2022



Illustration: Amedeo Bocchi
    
Quoi qu’il en soit

Soit la nuit la plus noire, et plus profonde,
Et gelée, et sombre la mer des monstres:
Soit l’oeil de Dieu comme celui du serpent :
Une fente d’écailles dans une pierre.

Soit le centre de la terre feu ou cendres,
Et plus tortueuse et sulfureuse la cicatrice
Des incendies qui vont d’un côté à l’autre
De cette face mesquine, lamentable.

Soit la rue la plus longue et découverte,
Et à son extrémité le plus haut mur qui
De la suspension du pas fait commerce
D’étoffes ternes et d’ors sans poinçons.

Soit le fruit le plus pourri et trompeur,
Entre la main et le blé l’araignée noire.
Soit la chaleur du soleil autre fantasme
Dans la froideur de la grotte des spectres.

Soit le monde mordu et toute la chair
Par les mandibules difformes ou ventouses,
Ou des aiguilles mortelles de combien d’êtres
D’autres terres du ciel descendant sur celle-ci.

Peu importe quoi que ce soit, ou vienne à être,
Ou ait été de douleur et d’agonie,
De misère, épouvante et amertume,
Si ton ventre s’ouvre et me cherche.

***

Ainda que seja

Seja a noite mais negra, e mais profundo,
E gelado, e sombrio o mar dos monstros.
Seja o olho de Deus como o da cobra:
Urna fenda de escamas numa pedra.

Seja o centro da terra fogo ou cinzas,
E mais torta e sulfúrea a cicatriz
Dos incêndios que vão de lado a lado
Desta face mesquinha, lamentável.

Seja a rua mais longa e descoberta,
E mais alta a parede que ao fim dela
Da suspensão do passo faz comércio
De panos baços e ouros sem contraste.

Seja o fruto mais podre e enganoso,
Entre a mão e o trigo a aranha preta.
Seja o calor do sol outro fantasma
Na frieza da gruta dos espectros.

Seja o mundo mordido e toda a carne
Pelas mandíbulas disformes ou ventosas,
Ou agulhas mortais de quantos seres
Doutras terras do céu desçam a esta.

Seja là o que for, ou venha a ser,
Ou tenha sido em dor e agonia,
Em miséria, pavor e amargura,
Se o teu ventre se abre e me procura.

(José Saramago)

 

Recueil: Les poèmes possibles
Traduction: Nicole Siganos
Editions: Jacques Brémond

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