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Je caresse mon ventre gonflé (Ishikawa Takuboku)

Posted by arbrealettres sur 31 décembre 2020



 


    
Je caresse mon ventre gonflé,
couché sur un lit d’hôpital, seul,
en proie à la tristesse.

***

(Ishikawa Takuboku)

 

Recueil: Le jouet triste
Traduction: Jérôme Barbosa et Alain Gouvret
Editions: Arfuyen

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NOËL DE LA FEMME QUI VA AVOIR UN PETIOT ET QUI A FAIT UNE MAUVAISE ANNEE (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2020



Illustration: Charles de Groux
    
NOËL DE LA FEMME QUI VA AVOIR UN PETIOT ET QUI A FAIT UNE MAUVAISE ANNEE

Les cloches essèment au vent
La joi’ de leur carillonnée,
Qui vient me surprendre, rêvant,
Dans le coin de ma cheminée ;
Noël ! Noël ! c’est aujourd’hui
Que Jésus vint sur sa litière,
Noël ! mon ventre a tressailli
Sous les plis de ma devantière.

O toi qui vas, dans mon sabot,
Me descendre, avec un petiot,
De la misère et de la peine,
Noël ! Noël ! si ça se peut
Attends encore ! Attends un peu ! …
Attends jusqu’à l’année prochaine !

Noël ! Noël !cette anné’-ci
Le froid tua les blés en germe,
Tous nos ceps ont été roussis ;
Le « jeteux d’sorts », sur notre ferme,
A lancé son regard mauvais
Qui fait que sont « péri’s » mes bêtes,
Que mes pigeons se sont sauvés
Et que mon homme perd la tête.

Tous mes gros sous, à ce train-là,
Ont filé de mon bas de laine,
Quand reviendront ? Je ne sais pas !
Mais, à la récolte prochaine,
J’espère voir les blés meilleurs
Et meilleure aussi la vendange,
Pour mon bonheur et le bonheur
De l’enfant dont j’ourle les langes.

(Gaston Couté)

 

 

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GENÈSE (Aksinia Mihaylova)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2020



Illustration: Francine Van Hove
    
GENÈSE

I
Déboutonner lentement le corps
quand on manque d’air
comme la châtaigne mûre
desserre ses poings épineux.
Le plus important sont les boutonnières
des veines,
des flottilles fatiguées y sont ensablées
et s’en détachent comme des caillots
des bouquets de coquelicots qui fanent,
se mettent à couler
depuis le cou vers le ventre
et le champ rouge
de ton corps déboutonné
frissonne sous le vent frais du matin.

II
Quand l’air manque
je donne un souffle de vie
au souvenir des eaux utérines.
Des branchies repoussent au cou
des ailerons sur les hanches
du duvet sur le dos,
ni homme ni poisson ni oiseau
je cherche mon sexe.
Après l’ange descend
avec un panier
accroché à son aile gauche
tout au fond mon âme
épouille ses plumes.

III
Il émerge
des eaux utérines,
pousse un sanglot,
la première gorgée d’air
ressuscite la mémoire
de vies précédentes.
On le lange,
on lui attache les mains et les jambes
avec une ganse rouge.
Les souvenirs qu’il a ramenés
s’atrophient avec les années
et chaque partie du corps déboutonné
s’abandonne à un rêve différent :
les plantes des pieds – dans des prairies vertes
des oiseaux de mer – sur les paumes
et je ne comprends vraiment plus
qui coud la chemise
qui déboutonne le corps.

(Aksinia Mihaylova)

 

Recueil: Le baiser du temps
Traduction:
Editions: Gallimard

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Carnac (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2020



 

Carnac

Mer au bord du néant
Qui se mêle au néant

Pour mieux savoir le ciel,
Les plages, les rochers,

Pour mieux les recevoir.

Femme vêtue de peau
Qui façonne nos mains,

Sans la mer dans tes yeux,
Sans ce goût de la mer que nous prenons en toi,

Tu n’excéderais pas
Le volume des chambres.

J’ai joué sur la pierre
De mes regards et de mes doigts

Et mêlées à la mer,
S’en allant sur la mer,
Revenant par la mer,

J’ai cru à des réponses de la pierre.

Ne jouerons-nous jamais
Ne serait-ce qu’une heure,
Rien que quelques minutes,
Océan solennel,

Sans que tu aies cet air
De t’occuper ailleurs ?

Je veux te préférer,
Incernable océan,

Les bassins que tu fais
Jusqu’aux marais salants.

Là je t’ai vu dormir
Avec d’autres remords.

Mer sans vieillesse,
Sans plaie à refermer,
Sans ventre apparemment

De la mer aux menhirs,
Des menhirs à la mer,

La même route avec deux vents contraire
Et celui de la mer
Plein du meurtre de l’autre.

Le soleil, la mer,
Lequel de vous deux
Prétend calmer l’autre

Au moyen de quoi ?

Toujours les mêmes terres
A caresser toujours
Jamais un corps nouveau
Pour t’essayer à lui.

Pour garder tes nuits,
As-tu supplié
Parfois les rochers ?

Ton père :
Le silence.

Ton devoir :
Le mouvement.

Ton refus :
La brume.

Tes rêves.

Alignés, les menhirs,
Comme si d’être en ligne
Devait donner des droits.

Toi, ce creux
Et définitif

Moi qui rêvais
De faire équilibre.

(Eugène Guillevic)

 

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Quand tu passas sous le pommier (Eugène Savitzkaya)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2020



    

Quand tu passas sous le pommier
ton sein était ferme
ronde et forte ta cuisse
doucement moussu de bouclettes ton ventre
je me souviens d’une rose
profonde écarlate
comme d’une fureur fraîche
je mangeai l’herbe avec
la fleur, est-ce du vol ?

(Eugène Savitzkaya)

 

Recueil: A la cyprine
Traduction:
Editions: Les Editions de Minuit

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Tiris (Luali Lehsan)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2020




    
Tiris

Je veux fuir du ventre
de cette nuit étrangère,
dormir d’un sommeil sans printemps retardés,
sans clauses de pardon suspendues,
et me réveiller dans ton ventre, Tiris.
Épouvanter la solitude avec un éventail
de vers que ton immensité inspire.
Vider mon âme dans la bonté de ton âme,
retraverser la mémoire de l’univers
dans la poésie de tes paysages,
écouter l’écho de tes montagnes,
la gloire de l’enfance du monde,
le galop d’une caravane sur la face cristalline
de tes plaines,
et sentir la paix que les dieux en leur bonté gravèrent
sur ton visage.
Ton visage de mer où les vagues se figent.

(Luali Lehsan)

 

Recueil: 120 nuances d’Afrique
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Hommes de tous les continents (Bernard Binlin Dadié)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2020



    
Hommes de tous les continents
à Pierre Seghers

Je sors des nuits éclaboussées de sang
Regardez mes flancs
Labourés par la faim et le feu
Je fus une terre arable
Voyez ma main calleuse,
noire
à force de pétrir le monde.
Mes yeux brûlés à l’ardeur de l’Amour.

J’étais là lorsque l’ange chassait l’ancêtre,
J’étais là lorsque les eaux mangeaient les montagnes
Encore là, lorsque Jésus réconciliait le ciel et la terre,
Toujours là, lorsque son sourire par-dessus les ravins
Nous liait au même destin.

Hommes de tous les continents
Les balles étêtent encore les roses
dans les matins de rêve.

Sorti de la nuit des fumées artificielles
Je voudrais vous chanter
Vous qui portez le ciel à bout de bras
Nous
qui nous cherchons dans le faux jour des réverbères.

Je connais moi aussi
Le froid dans les os, et la faim au ventre,
Les réveils en sursaut au cliquetis des mousquetons
Mais toujours une étoile a cligné des yeux
Les soirs d’incendie, dans les heures saoules de poudre.

Hommes de tous les continents
Portant le ciel à bout de bras,
Vous qui aimez entendre rire la femme,
Vous qui aimez regarder jouer l’enfant,
Vous qui aimez donner la main pour former la chaîne,

Les balles étêtent encore les roses
dans les matins de rêve.

(Bernard Binlin Dadié)

 

Recueil: 120 nuances d’Afrique
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Mère et enfant réfugiés (Chinua Achebe)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2020




    
Mère et enfant réfugiés

Nulle Vierge à l’Enfant ne pourrait se mesurer
à cette image de la tendresse maternelle
pour un fils qu’elle devrait bientôt oublier.
L’air était lourd d’odeurs

de diarrhée d’enfants non lavés
aux côtes délavées et aux derrières
décharnés qui avancent d’un pas laborieux
traînés par des ventres vides et gonflés. Tant
de mères avaient cessé depuis longtemps
de prodiguer leurs soins, mais pas celle-ci; elle arborait
un sourire fantôme entre ses dents
et dans ses yeux le fantôme de l’orgueil
d’une mère tandis qu’elle peignait telle la touffe de cheveux
couleur rouille qui restait sur son crâne et puis –

dans ses yeux un chant – elle a commencé à les
séparer avec soin… Dans une autre vie ça
aurait été un peu banal
un acte sans conséquence avant son
petit-déjeuner et l’école; mais en cet instant

son geste était de fleurir
une tombe minuscule

(Chinua Achebe)

Traduit de l’anglais par Frieda Ekotto, &ware Sou! Brother, Heinemann, 1971.

Recueil: 120 nuances d’Afrique
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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LA PLAIE ET LE BAUME (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2020




Illustration: Le Bernin

    
LA PLAIE ET LE BAUME

… le grand cœur de la région obscure des limites,
là où toutes vies, toutes consciences coïncident
dans la couronne de Nuit-Lumière…

Roger Gilbert-Lecomte

Je ne saurais rien dire de cet état,
où je fus happé derrière l’horizon.

Comme renversé d’amour,
les nerfs aiguisés à la braise,
les veines meurtries au vivant.

Oui, le très-vivant.
Ce qui n’en finit pas de prendre visage
entre deux apparences.

C’est, tellement.
Et l’on voudrait que cette spirale qui noue cœur et ventre
fût traduite au mieux du monde.

On voudrait l’exact sanglot de la ténèbre,
la fièvre de tous les rires.
Et la décomposition même, si parfaite.
Sa toute blancheur.

Pour mieux accueillir le poudroiement.
Là où tout parle.
Où la pensée s’efface.
Où frémit la nuque des étoiles.

Il faut aller vers ce ressac,
traverser les atomes.
Avec toutes les langues du vertige.

La secousse,
si belle.

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Infiniment proche et Le désespoir n’existe pas
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA PRESQUE MORTE (Amina Mekahli)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2020



Illustration: Tineke Storteboom
    
LA PRESQUE MORTE

Les pieds entremêlés dans les cadavres des mots
J’ai rampé
Comme un faisceau de lumière sur des ruines

Le ventre glissant sur la salive des langues sans écho
J’ai baigné
Comme un souvenir dans le noir de mon encrier

Mes oreilles résonnant au chuchotement des plumes
qui frissonnaient sous le vent,
comme des feuilles blanches,
ou comme des linceuls…

***

APROAPE MOARTA

Având picioarele înfășurate în lațul din cadavre de cuvinte
M-am înălțat
Ca un fascicul de lumină peste ruine

Cu pântecul alunecând peste saliva limbilor fără ecou
M-am îmbăiat
Precum o amintire în tușul negru-al călimării mele

Urechile îmi rezonau la șoapta penițelor
ce tremurau sub vânt,
în chip de pagini albe, sau lințolii…

***

LA CASI MUERTA

Los pies entrelazados en los cadáveres de las palabras
Me arrastré hacia arriba
Como un rayo de luz sobre las ruinas

El vientre deslizándose sobre saliva de lenguas sin eco
Me bañé
Como un recuerdo en la oscuridad de mi tintero

Mis oídos resonando en el susurro de las plumas
que temblaban con el viento,
como hojas en blanco,
o como sudarios…

***

LA QUASE MORTA

Os pés entrelaçados nos cadáveres das palavras
Arrastei-me para cima
Como um raio de luz sobre as ruínas

O ventre deslizando sobre a saliva de línguas sem eco
Banhei-me
Como lembrança na escuridão/a bruma do meu tinteiro

Minhas orelhas/ouvidos soam como o sussurro das plumas
Que estremecerem no vento
Como folhas de papel em branco
Ou como mortalhas…

***

PRAWIE MARTWA

Stopy wplątane w zwłoki słów
Wypełzłam
Jak promień światła po ruinach

Brzuch ślizgający się po ślinie języków bez echa
Skąpałam się
Jak wspomnienie w czerni mojego kałamarza

Moje uszy rezonują szeptem piór
rozedrganych przez wiatr,
jak czyste kartki papieru
lub jak śmiertelne koszule …

***

ΣΧΕΔΟΝ ΝΕΚΡΟΣ

Τα πόδια μπερδεύονται στα πτώματα λέξεων
έρπομαι
δέσμη φωτός στα ερείπια

κοιλιά γλυστρά στο σάλιο γλωσσών δίχως ηχώ
κολυμπώ
μνήμη στο μαύρο μελανοδοχείο μου

τ’ αυτιά μου αφομοιώνονται με τον ψύθιρο φτερών
που τρέμουν στον αγέρα
μαύρες σελίδες χαρτιού
η σαν σάβανα.

***

***

THE ALMOST DEAD

My feet intertwined in the corpses of the words,
I crawled up
like a beam of light onto the ruins.

My belly gliding on the saliva of languages without echo,
I bathed
like a memory in the black of my inkpot,

my ears resonating with the whispering of the feathers
that shivered in the wind,
like blank sheets of paper
or as cerements . . .

***

MORIBONDA

I piedi intrecciati ai cadaveri delle parole
Strisciavo
Come un fascio di luce sulle rovine

Il ventre scivolava sulla saliva di lingue senza eco
Immersa
Come un ricordo al buio del mio calamaio

Le mie orecchie risuonavano al sussurro delle piume
tremanti sotto i colpi del vento,
come fogli bianchi,
o come sudari …

***

LI QUASI MORTI

I pedi mmiscati n menzu cadaviri dî palori
M’arrampicaiu pi nesciri
Comu un lampu di luci ntra i ruvini

Lu stomacu sciddicava supra a sputazza di lingui senza ecu
Mi fici u bagnu
Comu na mimoria ntô niuru dû me calamaru

L’aricchi mi rimbumbarunu cu li ciuciuliari di li pinni
ca trimavanu pû ventu,
Comu fogghi di carta bianchi
O comu vistiti di li morti.

***

DIE FAST TOTE

Meine Füße mit den Leichen der Wörter verschlungen.
Ich bin herausgekrochen.
Wie ein Lichtstrahl über den Ruinen.

Mein Bauch gleitend über dem Speichel der Sprachen ohne Echo.
Ich habe gebadet
Wie eine Erinnerung im Schwarz meines Tintenfasses

Meine Ohren schwingen mit dem Flüstern der Federn
die zittern im Wind,
wie leere Blätter Papier,
oder Totenhemden…

***

DE BIJNA DODE

Mijn voeten verstrengeld tussen lijken van woorden
Kroop ik omhoog
Als een lichtstraal op ruïnes

Mijn buik glijdend over het speeksel van talen zonder echo
Heb ik mij gebaad
Als een herinnering in het zwart van mijn inktpot

Mijn oren galmden het gefluister van pluimen na
die rilden door de wind
onbeschreven bladeren,
of lijkwaden gelijk.

***

快要死的
双脚缠结在文字的尸首中
我爬起来
像废墟上的一束光
腹部在语言的唾液中无声滑翔
我洗澡
就像我墨水瓶黑色中的记忆
我的耳朵随风中颤抖羽毛
的低语而共鸣
就像空白的纸张,
或作了坟墓衣服……

***

(Amina Mekahli)

 

Recueil: ITHACA 607
Traduction: Français / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Espagnol Rafael Carcelén / Portugais José Eduardo Degrazia / Italien Amal Bouchareb – Simone Sibilio / Polonais Mirosław Grudzień –Małgorzata Żurecka / Grec Manolis Aligizakis Indi Jyotirmaya Thakur / Anglais Stanley Barkan / Corse Gaetano Cipolla / Allemand Wolfgang Klinck / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Chinois William Zhou / Arabe Hope Bouchareb /
Editions: POINT

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