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Poésie

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FRÈRES AVEUGLES (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2020




    
FRÈRES AVEUGLES

Pensez à tous ceux qui voient
vous tous qui ne voyez pas
où vont-ils se laisser conduire
ceux qui regardent leur bout de nez
par le petit bout d’une lorgnette
Pensez aussi à ceux qui louchent
à ceux qui toujours louchent vers l’or
vers la mer leur pied ou la mort
à ceux qui trébuchent chaque matin
au pied du mur au pied d’un lit
en pensant sans cesse au lendemain
à l’avenir peut-être à la lune au destin
à tout le menu fretin
ce sont ceux qui veillent au grain
Mais ils ne voient pas les étoiles
parce qu’ils ne lèvent pas les yeux
ceux qui croient voir à qui mieux mieux
et qui n’osent pas crier gare
Pensez aux borgnes sans vergogne
qui pleurent d’un oeil mélancolique
en se plaignant des moustiques
des éléphants de la colique
Pensez à tous ceux qui regardent
en ouvrant des yeux comme des ventres
et qui ne voient pas qu’ils sont laids
qu’ils sont trop gros ou maigrelets
qu’ils sont enfin ce qu’ils sont
Pensez à ceux qui voient la nuit
et qui se battent à coup de cauchemars
contre scrupules et remords
Pensez à ceux qui jours et nuits
voient peut-être la mort en face
Pensez à ceux qui se voient
et savent que c’est la dernière fois

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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IL FAUT BIEN (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2020




    
IL FAUT BIEN

Il faut bien donner du coeur au ventre
ce n’est pas le plus gai
mais que les enfants s’amusent
Il faut bien prendre son courage à deux mains
en mains propres
et que la jeunesse se passe
Tout est perdu fors l’honneur
l’amour et l’eau claire
Il faut bien dormir sur les deux oreilles
les poings fermés
couper les cheveux en quatre
bras et jambes
se mettre martel en tête
et dans le mille
Il faut bien vivre de l’air du temps
celui qu’on tue
crier dans le désert avec les loups
ceux qui ont faim
Faut-il donc mourir de belle mort
et aussi échapper belle
Ne rien perdre pour attendre
de pied ferme

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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Couvre-le, couvre-le (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2020




    
Couvre-le, couvre-le
la révélation de ton corps est pour lui la seule preuve
et sa chute en lui le seul indice.

Couvre ton corps au sien
sans lequel rien ne s’ouvre
ni ne se ferme.

Couvre-le, couvre-le

duvet de ton ventre
huile à oindre
branche de tilleul et de voeux.

(Adonis)

 

Recueil: Lexique amoureux
Traduction: Vénus Khoury-Ghata Issa Makhlouf Houria Abdelouahed
Editions: Gallimard

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NOËL DE LA FEMME QUI VA AVOIR UN PETIOT ET QUI A FAIT UNE MAUVAISE ANNEE (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2019



Illustration: Charles de Groux
    
NOËL DE LA FEMME QUI VA AVOIR UN PETIOT ET QUI A FAIT UNE MAUVAISE ANNEE

Les cloches essèment au vent
La joi’ de leur carillonnée,
Qui vient me surprendre, rêvant,
Dans le coin de ma cheminée ;
Noël ! Noël ! c’est aujourd’hui
Que Jésus vint sur sa litière,
Noël ! mon ventre a tressailli
Sous les plis de ma devantière.

O toi qui vas, dans mon sabot,
Me descendre, avec un petiot,
De la misère et de la peine,
Noël ! Noël ! si ça se peut
Attends encore ! Attends un peu ! …
Attends jusqu’à l’année prochaine !

Noël ! Noël !cette anné’-ci
Le froid tua les blés en germe,
Tous nos ceps ont été roussis ;
Le « jeteux d’sorts », sur notre ferme,
A lancé son regard mauvais
Qui fait que sont « péri’s » mes bêtes,
Que mes pigeons se sont sauvés
Et que mon homme perd la tête.

Tous mes gros sous, à ce train-là,
Ont filé de mon bas de laine,
Quand reviendront ? Je ne sais pas !
Mais, à la récolte prochaine,
J’espère voir les blés meilleurs
Et meilleure aussi la vendange,
Pour mon bonheur et le bonheur
De l’enfant dont j’ourle les langes.

(Gaston Couté)

 

 

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LA PRESQUE MORTE (Amina Mekahli)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2019



Illustration: Tineke Storteboom
    
LA PRESQUE MORTE

Les pieds entremêlés dans les cadavres des mots
J’ai rampé
Comme un faisceau de lumière sur des ruines

Le ventre glissant sur la salive des langues sans écho
J’ai baigné
Comme un souvenir dans le noir de mon encrier

Mes oreilles résonnant au chuchotement des plumes
qui frissonnaient sous le vent,
comme des feuilles blanches,
ou comme des linceuls…

***

APROAPE MOARTA

Având picioarele înfășurate în lațul din cadavre de cuvinte
M-am înălțat
Ca un fascicul de lumină peste ruine

Cu pântecul alunecând peste saliva limbilor fără ecou
M-am îmbăiat
Precum o amintire în tușul negru-al călimării mele

Urechile îmi rezonau la șoapta penițelor
ce tremurau sub vânt,
în chip de pagini albe, sau lințolii…

***

LA CASI MUERTA

Los pies entrelazados en los cadáveres de las palabras
Me arrastré hacia arriba
Como un rayo de luz sobre las ruinas

El vientre deslizándose sobre saliva de lenguas sin eco
Me bañé
Como un recuerdo en la oscuridad de mi tintero

Mis oídos resonando en el susurro de las plumas
que temblaban con el viento,
como hojas en blanco,
o como sudarios…

***

LA QUASE MORTA

Os pés entrelaçados nos cadáveres das palavras
Arrastei-me para cima
Como um raio de luz sobre as ruínas

O ventre deslizando sobre a saliva de línguas sem eco
Banhei-me
Como lembrança na escuridão/a bruma do meu tinteiro

Minhas orelhas/ouvidos soam como o sussurro das plumas
Que estremecerem no vento
Como folhas de papel em branco
Ou como mortalhas…

***

PRAWIE MARTWA

Stopy wplątane w zwłoki słów
Wypełzłam
Jak promień światła po ruinach

Brzuch ślizgający się po ślinie języków bez echa
Skąpałam się
Jak wspomnienie w czerni mojego kałamarza

Moje uszy rezonują szeptem piór
rozedrganych przez wiatr,
jak czyste kartki papieru
lub jak śmiertelne koszule …

***

ΣΧΕΔΟΝ ΝΕΚΡΟΣ

Τα πόδια μπερδεύονται στα πτώματα λέξεων
έρπομαι
δέσμη φωτός στα ερείπια

κοιλιά γλυστρά στο σάλιο γλωσσών δίχως ηχώ
κολυμπώ
μνήμη στο μαύρο μελανοδοχείο μου

τ’ αυτιά μου αφομοιώνονται με τον ψύθιρο φτερών
που τρέμουν στον αγέρα
μαύρες σελίδες χαρτιού
η σαν σάβανα.

***

***

THE ALMOST DEAD

My feet intertwined in the corpses of the words,
I crawled up
like a beam of light onto the ruins.

My belly gliding on the saliva of languages without echo,
I bathed
like a memory in the black of my inkpot,

my ears resonating with the whispering of the feathers
that shivered in the wind,
like blank sheets of paper
or as cerements . . .

***

MORIBONDA

I piedi intrecciati ai cadaveri delle parole
Strisciavo
Come un fascio di luce sulle rovine

Il ventre scivolava sulla saliva di lingue senza eco
Immersa
Come un ricordo al buio del mio calamaio

Le mie orecchie risuonavano al sussurro delle piume
tremanti sotto i colpi del vento,
come fogli bianchi,
o come sudari …

***

LI QUASI MORTI

I pedi mmiscati n menzu cadaviri dî palori
M’arrampicaiu pi nesciri
Comu un lampu di luci ntra i ruvini

Lu stomacu sciddicava supra a sputazza di lingui senza ecu
Mi fici u bagnu
Comu na mimoria ntô niuru dû me calamaru

L’aricchi mi rimbumbarunu cu li ciuciuliari di li pinni
ca trimavanu pû ventu,
Comu fogghi di carta bianchi
O comu vistiti di li morti.

***

DIE FAST TOTE

Meine Füße mit den Leichen der Wörter verschlungen.
Ich bin herausgekrochen.
Wie ein Lichtstrahl über den Ruinen.

Mein Bauch gleitend über dem Speichel der Sprachen ohne Echo.
Ich habe gebadet
Wie eine Erinnerung im Schwarz meines Tintenfasses

Meine Ohren schwingen mit dem Flüstern der Federn
die zittern im Wind,
wie leere Blätter Papier,
oder Totenhemden…

***

DE BIJNA DODE

Mijn voeten verstrengeld tussen lijken van woorden
Kroop ik omhoog
Als een lichtstraal op ruïnes

Mijn buik glijdend over het speeksel van talen zonder echo
Heb ik mij gebaad
Als een herinnering in het zwart van mijn inktpot

Mijn oren galmden het gefluister van pluimen na
die rilden door de wind
onbeschreven bladeren,
of lijkwaden gelijk.

***

快要死的
双脚缠结在文字的尸首中
我爬起来
像废墟上的一束光
腹部在语言的唾液中无声滑翔
我洗澡
就像我墨水瓶黑色中的记忆
我的耳朵随风中颤抖羽毛
的低语而共鸣
就像空白的纸张,
或作了坟墓衣服……

***

(Amina Mekahli)

 

Recueil: ITHACA 607
Traduction: Français / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Espagnol Rafael Carcelén / Portugais José Eduardo Degrazia / Italien Amal Bouchareb – Simone Sibilio / Polonais Mirosław Grudzień –Małgorzata Żurecka / Grec Manolis Aligizakis Indi Jyotirmaya Thakur / Anglais Stanley Barkan / Corse Gaetano Cipolla / Allemand Wolfgang Klinck / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Chinois William Zhou / Arabe Hope Bouchareb /
Editions: POINT

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La Consolatrice (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2019




    
La Consolatrice
Gabon

Venez entre mes bras, venez sur mes genoux,
appuyez-vous sur mon épaule, sur ma poitrine,
couchez-vous sur ou dans mon ventre,
mais oui, cela va mieux, laissez-vous aller,
détendez-vous, on voit poindre votre sourire,
vous allez bientôt vous mettre à chanter,
vous étiez au bord des larmes, vous aviez faim.

(Michel Butor)

 

Recueil: Collation précédé de HORS-D’OEUVRE scandés par les SOUVENIRS ILLUSOIRES D’UN JAPON TRES ANCIEN
Traduction:
Editions: Seghers

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SUR UN LIT… (Menahem Boraisha)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2019



Illustration: Jules Bastien-Lepage
    
SUR UN LIT…

Sur un lit dur, derrière un mur de planches
On entend des pas comme un chuchotis,
La femme des bois fait bruire les branches,
Sa robe se froisse à longs plis.

Pareils à l’eau d’un lac ses seins ondoient,
Cordes nouées ses nattes sont de chanvre,
Vaste est son ventre, il oscille et se ploie
Au balancement de ses hanches.

Pour celui-là qui lui barre la route,
Homme viril qui saura la saisir,
Sa forme soudain devient frêle et douce,
Sa chair frémit d’attendre le plaisir.

À l’abandon les épaules pesantes,
Ses seins sont brûlants d’un feu germinal
Et sa beauté dévoile, consentante,
Le bois sauvage et le giron natal.

La moisson neuve ayant comblé ses sens
Elle a quitté son complice de chair,
Rêvant déjà retrouver la puissance
D’un autre amant sur les chemins déserts.

Où la terre est de mousse et sont tendres les touffes
Ses enfants furent allaités,
Dans chaque appel que la forêt étouffe
Lui vient l’écho de sa fécondité.

Tombent les plis, s’apaise la rumeur,
La femme des bois retient son élan,
Quelqu’un puissamment en elle demeure
Désir éternel et violent.

(Menahem Boraisha)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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LE TABLEAU (Marc Chagall)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2019



Marc Chagall
    
LE TABLEAU

Si mon soleil rayonnait dans la nuit,
Je dors – baigné dans des couleurs,
Dans un lit d’images,
Et ton pied sur ma bouche
M’étouffe et me torture.

Je m’éveille dans la douleur
D’un nouveau jour, avec des espérances
Qui ne sont pas encore peintes,
Qui ne sont pas empreintes de couleurs.

Je cours là-haut
Vers les pinceaux desséchés.
Comme le Christ je suis cloué,
Crucifié sur ma palette.

Suis-je fini,
Achevé dans ma toile ?
Tout rayonne, ruisselle, court.

Lève-toi, encore une touche
Là-bas, du noir,
Ici, le bleu le rouge se sont étendus
Et m’ont apaisé…

Écoute-moi – mon lit de mort
Mon herbe desséchée,
Les amours disparues,
Revenues de nouveau,
Écoute-moi.

Je passe par-dessus ton âme,
Je franchis ton ventre,
Je bois le reste de tes jours.

J’ai englouti ton clair de lune,
Le songe de ton innocence
Afin de devenir ton ange
Et te veiller comme autrefois.

(Marc Chagall)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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SOUCOUPES DU CIEL (Many-Leib)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2019




    
SOUCOUPES DU CIEL

Tu commenças de naître à ton propre destin
Par sa nuit nuptiale, en ta mère adorée,
Étroitesse et touffeur du ventre vénéré
D’où, doré de désir, en ce monde tu vins

Pour aimer la splendeur parfaite de son sein,
Sa tiède plénitude – ô tournesols si tendres,
Soucoupes qui du ciel pour toi semblent descendre
À ta langue portant le nectar le plus fin.

Par le lait maternel tu devins grand et beau.
D’une tête plus haut que ta mère, et plus haut
Que ces filles au bal à ta danse soumises,

Et tu aimes chacune, et te plaît l’éventail
De leur robe attirant l’odeur et le nectar
Des soucoupes du ciel qui te furent promises.

(Many-Leib)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Né En 17 à Leidenstadt (Jean-Jacques Goldman)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2019




Né En 17 à Leidenstadt

{Refrain:}
Et si j’étais né en 17 à Leidenstadt
Sur les ruines d’un champ de bataille
Aurais-je été meilleur ou pire que ces gens
Si j’avais été allemand ?

Bercé d’humiliation, de haine et d’ignorance
Nourri de rêves de revanche
Aurais-je été de ces improbables consciences
Larmes au milieu d’un torrent

Si j’avais grandi dans les docklands de Belfast
Soldat d’une foi, d’une caste
Aurais-je eu la force envers et contre les miens
De trahir: tendre une main

Si j’étais née blanche et riche à Johannesburg
Entre le pouvoir et la peur
Aurais-je entendu ces cris portés par le vent
Rien ne sera comme avant

On saura jamais c’qu’on a vraiment dans nos ventres
Caché derrière nos apparences
L’âme d’un brave ou d’un complice ou d’un bourreau?
Ou le pire ou plus beau ?
Serions-nous de ceux qui résistent ou bien les moutons d’un troupeau
S’il fallait plus que des mots ?

{au Refrain}

Et qu’on nous épargne à toi et moi si possible très longtemps
D’avoir à choisir un camp

(Jean-Jacques Goldman)

 

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