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J’ai connu tant de ciels (Esther Granek)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2018



 

Alexandre Jacques Chantron (1842 – 1918)   05

J’ai connu tant de ciels

J’ai connu tant de ciels
Et de terres de hasard
Pour gens de toutes parts
Venus on ne sait d’où
Et ne t’ai point trouvée

J’ai suivi les chemins
Des chiens et des gamins
Sortis de nulle part
Et qui vont n’importe où
Et ne t’ai point trouvée

Et j’ai chanté le vin
Les chagrins les refrains
Qui sont nés autre part
Et qu’on entend partout
Et ne t’ai point trouvée

J’ai connu tant de filles
Les douces et les aigries
Les rondes les aplaties
Les vives et les bornées
Et ne t’ai point trouvée

Et j’ai bu le nectar
Et j’ai usé l’espoir
Des partout des nulle part
Qui se moquent de vous
Et ne t’ai point trouvée

(Esther Granek)

Illustration: Alexandre Jacques Chantron

 

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J’avais cessé de nommer (Roger Munier)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2018



Illustration: Vincent Van Gogh
    
J’avais cessé de nommer.
J’étais le lieu seulement comme d’une avancée végétale.

La proie d’un moutonnement vert, argenté sur ses crêtes par les jeunes feuilles,
et qui venait à moi, en marche vers moi.

Il n’y avait colline ni pente ni prairie ni bocage.
Une masse fluide coulait vers moi, m’immergeant lentement.

La fine pluie qui se déplaçait en nuages bas, de l’est,
en abolissant tout recul de quelque importance, en noyant les confins, même proches,
rendait d’autant plus immédiat et instant ce qui m’entourait.

La tiédeur humide de l’air accusait encore la continuité, le continu, mettait tout en contact.
Une lumière irréelle, opaline et dorée, baignait, c’est bien le mot, toutes choses.

Je fus un temps sous l’effet de cette instance en marche, sans nommer, ni presque percevoir.
En proie seulement. Envahi. Bienheureux. Délivré.
N’étant pas plus, mais cela.
Et de la sorte venant moi-même à moi comme du dehors, me rejoignant peu à peu.

Quand ce fut fini, quand j’eus en quelque sorte regagné mes limites, mes fonds,
quand de nouveau je me reconnus, je reconnus aussi ce qui était venu… et qui s’était évanoui.

(Roger Munier)

 

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DEUX LUEURS AVANT LA NUIT (Adolphe Boschot)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2018



Andrey Remnev  (64)

DEUX LUEURS AVANT LA NUIT

C’est l’heure : les deux sœurs divines vont venir,
Lentes, par la prairie où meurt le crépuscule…
— Mais, déjà, les voici qui passent sous les saules :
Le grand soir, caressant leurs regards attendris,
Vient guérir, dans leurs cœurs meurtris, les souvenirs

Elles passent leurs yeux reflètent le ciel mauve,

Leurs mains ont la blancheur des nuages légers ;
Sous leurs cheveux, si blonds qu’ils font de la clarté,
Glisse, comme un rayon de lune sous les saules,
La lumière d’albâtre mat de leur épaule.
L’automne !… Les deux sœurs en aiment la langueur,
Quand elle est alanguie encore au crépuscule…
Toutes deux, dans le pré qui blanchit sous la lune,
Très lentes, le front pâle encore de l’amour,
Seraient-elles la Rêverie et la Douceur ?..
C’est l’heure : les deux sœurs divines sont venues.

(Adolphe Boschot)

Illustration: Andrey Remnev

 

 

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J’AI TROP PLEURÉ (Fernand Gregh)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2018



J’AI TROP PLEURÉ

J’ai trop pleuré jadis pour des peines légères !
Mes Douleurs aujourd’hui me sont des étrangères…
Elles ont beau parler à mots mystérieux
Et m’appeler dans l’ombre avec leurs voix légères ;
Pour elles je n’ai plus de larmes dans les yeux.
Mes Douleurs aujourd’hui me sont des inconnues ;
Passantes du chemin qu’on eût peut-être aimées,
Mais qu’on n’attendait plus quand elles sont venues,
Et qui s’en vont là-bas comme des inconnues,
Parce qu’il est trop tard, les âmes sont fermées…

(Fernand Gregh)

Illustration

 

 

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CHAMBRE ARDENTE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2018



Illustration: Annie Predal
    
CHAMBRE ARDENTE

Reste la chambre noire où l’âme se développe
Autour de mon front le pansement frais de tes mains
Derrière le mur cet homme qui parle de voyages
Qui n’a jamais sondé l’abîme de la rue
Et surveille la vie au bord de ses poignets

Voici la meule trop verte où rebondit l’angoisse
Le moyeu fragile de la poitrine
Les coulées de chaleur sous le tanin des doigts
La place toujours neuve pour le premier venu.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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Un chant d’amour (Didier Carhen)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



Illustration: Pascal Renoux
    
Un chant d’amour
peut-être
le jour venu
un vrai combat de chair
ailleurs
une voix de source
avec le coeur
qui veille
L’arbre, le ciel, le vent
rendus à la poussière
dehors prend l’eau
de pluie
comme le dessus
prend l’air
Quelqu’un appelle
on frotte la peau
les os
sans se brûler les ailes

(Didier Carhen)

 

Recueil: Les septs livres
Traduction:
Editions: La lettre volée

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Avec mes sens, avec mon coeur … (Emile Verhaeren)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017



Illustration: Félix Vallotton
    
Avec mes sens, avec mon coeur …

Avec mes sens, avec mon coeur et mon cerveau,
Avec mon être entier tendu comme un flambeau
Vers ta bonté et vers ta charité
Sans cesse inassouvies,
Je t’aime et te louange et je te remercie
D’être venue, un jour, si simplement,
Par les chemins du dévouement,
Prendre, en tes mains bienfaisantes, ma vie.

Depuis ce jour,
Je sais, oh ! quel amour
Candide et clair ainsi que la rosée
Tombe de toi sur mon âme tranquillisée.

Je me sens tien, par tous les liens brûlants
Qui rattachent à leur brasier les flammes ;
Toute ma chair, toute mon âme
Monte vers toi, d’un inlassable élan ;
Je ne cesse de longuement me souvenir
De ta ferveur profonde et de ton charme,
Si bien que, tout à coup, je sens mes yeux s’emplir,
Délicieusement, d’inoubliables larmes.

Et je m’en viens vers toi, heureux et recueilli,
Avec le désir fier d’être à jamais celui
Qui t’est et te sera la plus sûre des joies.
Toute notre tendresse autour de nous flamboie ;
Tout écho de mon être à ton appel répond ;
L’heure est unique et d’extase solennisée
Et mes doigts sont tremblants, rien qu’à frôler ton front,
Comme s’ils y touchaient l’aile de tes pensées.

(Emile Verhaeren)

Découvert ici: https://petalesdecapucines.wordpress.com/

 

 

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Sans visa (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



    

Sans visa
Venus au monde sans visa
aucune excuse
nous autres sommes toujours
suspects
Je hisse un mouchoir blanc
sur le belvédère
en tous sens
espérant
un visa vers l’amour
des germes
dans la foi verte
Il se pourrait même
qu’il y ait un printemps

(Rose Ausländer)

 

Recueil: Sans visa
Traduction: Eva Antonnikov
Editions: Héros-Limite

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Gaspard Hauser chante (Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 9 février 2017



Je suis venu, calme orphelin
Riche de mes seuls yeux tranquilles,
Vers les hommes des grandes villes:
Ils ne m’ont pas trouvé malin.

A vingt ans un trouble nouveau,
Sous le nom d’amoureuses flammes,
M’a fait trouver belles les femmes:
Elles ne m’ont pas trouvé beau.

Bien que sans patrie et sans roi
Et très brave ne l’étant guère,
J’ai voulu mourir à la guerre:
La mort n’a pas voulu de moi.

Suis-je né trop tôt ou trop tard?
Qu’est-ce que je fais en ce monde?
Ô vous tous, ma peine est profonde:
Priez pour le pauvre Gaspard.

(Verlaine)

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Sur le tapis de la terre (Omar Khayam)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2016



Sur le tapis de la terre, je vois des gens endormis,
sous la terre, je vois des gens ensevelis.
Tant que je contemple le désert du néant,
j’y vois ceux qui ne sont pas encore venus et ceux qui sont déjà partis.

(Omar Khayam)

Illustration: Olivier Suire-Verley

 

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