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Posts Tagged ‘vêpres’

À VÊPRES (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2018



    

À VÊPRES
Seigneur, il nous est bon d’être ici.
(Math. 17-4.)

Le jour s’apaise. Allons cheminer, ô mon âme,
Exilés dans l’oubli de ce monde, tout seuls,
Sur la terrasse haute où quelque vieille femme
Cueille des fleurs aux branches calmes des tilleuls.

Vois, l’éclat du soleil se tait, le ciel s’efface
Et la plaine à mes pieds semble un étang qui dort.
Pourquoi n’ayant rien fait, mon âme, es-tu si lasse,
Toi qui ne dormiras pas même dans la mort ?

Quelle plaie avais-tu d’où la fièvre s’élance ?
L’arôme du feuillage et des calices clos
De son sommeil épars embaume le silence…
Est-ce le rossignol qui trouble ton repos ?

Dans cet enchantement câlin où s’évapore
La résolution des précises vertus,
Qu’avons-nous égaré, que cherchons-nous encore ?
Quel perfide regret nous a tant abattus ?

Une attente sans but en moi se désespère,
J’ai le mal d’un pays d’où le vent doit souffler.
Où donc est mon pays, la maison de mon père
Et le chemin secret où je veux m’en aller ?

Quelle haleine a flotté qui m’entraîne avec elle
Dans un espoir immense où me voilà perdu ?
Quel amour tout à coup m’environne, m’appelle ?…
Rien ne bouge… ô mon coeur, qu’ai-je donc entendu ?

La paix des alentours est auguste et profonde.
Vois, du bois pâle et bleu de douceur arrosé,
La caresse de Dieu qui s’étend sur le monde ;
Toi-même as clos tes yeux sous l’aile d’un baiser.

Un invisible pas entr’ouvre l’herbe sombre
Et le souffle des champs qui tremblent le soutient…
C’est mon Seigneur, les bras tout grands ouverts dans l’ombre !
Il vient et je défaille à son passage… Il vient…

Seigneur, éloignez-vous, de peur que je ne meure.
Eloignez-vous !… Où fuir ?… Ah ! faites ! Prenez-moi !
Tenez-moi contre vous et laissez que je pleure
Est-ce de joie, est-ce de peine, est-ce d’effroi ?

Il m’a pris dans ses mains et j’ai posé la tête
Sur le coeur du Berger ainsi qu’un agneau las.
Et j’y suis bien, sa folle et plaintive conquête,
J’y suis bien et, s’il veut, je ne bougerai pas.

Demeurons. Il fait bon, Seigneur, sur la montagne.
— Sommes-nous au sommet exalté du Thabor ? —
Demeurons, la nuit monte et lentement nous gagne,
Le soir fuyant s’égare… Ah ! demeurons encor…

Les corolles des champs ont renversé leur vase,
Un baume répandu coule des liserons
Et le ciel infini se noie en notre extase…
Il fait bon, il fait doux, ô Maître, demeurons.

(Marie Noël)

 

Recueil: Les Chansons et les Heures / Le Rosaire des joies
Traduction:
Editions: Gallimard

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La maison serait pleine de roses et de guêpes (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2018



La maison serait pleine de roses et de guêpes.
On y entendrait, l’après-midi, sonner les vêpres;
et les raisins couleur de pierre transparente
sembleraient dormir au soleil sous l’ombre lente.
Comme je t’y aimerais! Je te donne tout mon coeur
qui a vingt-quatre ans, et mon esprit moqueur,
mon orgueil et ma poésie de roses blanches;
et pourtant je ne te connais pas, tu n’existes pas.
Je sais seulement que, si tu étais vivante,
et si tu étais comme moi au fond de la prairie,
nous nous baiserions en riant sous les abeilles blondes,
près du ruisseau frais, sous les feuilles profondes.
On n’entendrait que la chaleur du soleil.
Tu aurais l’ombre des noisetiers sur ton oreille,
puis nous mêlerions nos bouches, cessant de rire,
pour dire notre amour que l’on ne peut pas dire;
et je trouverais, sur le rouge de tes lèvres,
le goût des raisins blonds, des roses rouges et des guêpes.

(Francis Jammes)

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Les dimanches (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2018



Les dimanches, les bois sont aux vêpres.
Dansera-t-on sous les hêtres?
Je ne sais… Qu’est-ce que je sais?
Une feuille tombe de la croisée…
C’est tout ce que je sais ..

L’église. On chante. Une poule.
La paysanne a chanté, c’est la fête.
Le vent dans l’azur se roule.
Dansera-t-on sous les hêtres?
Je ne sais pas. Je ne sais.

Mon cœur est triste et doux
Dansera-t-on sous les hêtres?
Mais tu sais bien que, les dimanches, les bois sont aux vêpres.

Penser cela, est-ce être poète?
Je ne sais pas. Qu’est-ce que je sais?
Est-ce que je vis ? Est-ce que je rêve?

Oh! ce soleil et ce bon, doux, triste chien…
Et la petite paysanne
à qui j’ai dit : vous chantez bien…

Dansera-t-elle sous les hêtres?
Je voudrais être, voudrais être
celui qui lentement laisse tomber,
comme un arbre ses baies,
sa tristesse pareille, sa tristesse
pareille aux bois qui sont aux vêpres.

(Francis Jammes)

Illustration: Watteau

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DANS LA FRONDAISON ROUGE OÙ CHANTENT LES GUITARES (Georg Trakl)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2018



 

DANS LA FRONDAISON ROUGE OÙ CHANTENT LES GUITARES

Dans la frondaison rouge où chantent les guitares,
La jaune chevelure au vent des jeunes filles
Couronne la clôture où sont les tournesols.
Une charrette d’or traverse les nuages.

Dans la paix des ombres brunes, des vieillards
Se taisent et niaisement s’étreignent.
Le chant des orphelins, si doux, célèbre vêpres.
Dans de jaunes vapeurs bourdonnent les mouches.

Les lavandières au ruisseau lavent encore.
Les linges étendus ondulent.
La fille qui longtemps me plut
Revient à travers les affres du soir.

Du haut du ciel tiède, des moineaux tombent
Dans des trous verts pleins de pourri.
Aux sens de l’affamé, mirage qui guérit,
Monte un parfum de pain et d’épices amères.

(Georg Trakl)

Illustration: Maurice Denis

 

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Quel solennel silence (Georg Trakl)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017



Illustration: Francesco Londonio  
    
Quel solennel silence au jardin désolé,
Quand le jeune novice couronne son front de brun feuillage
Et que son souffle boit un or glacé !

Ses mains touchent la vieillesse d’eaux bleuissantes,
Ou les pâles joues des soeurs dans le froid de la nuit.

Légère, harmonieuse est la marche au long des chambres gaies,
Où la solitude règne et le bruissement de l’érable,
Où peut-être la grive chante encore.

L’homme est beau qui apparaît dans l’ombre,
Quand il meut bras et jambes et s’émerveille
Et que ses yeux lentement roulent aux orbites pourpres !

A vêpres, l’étranger se perd dans les noirs décombres de novembre,
Sous les ramures mortes, au long des murs lépreux,
Où s’en est allé jadis le saint frère
Abîmé dans la tendre musique de son délire.

O solitude où cesse doucement le vent du soir !
Lasse à mourir, la tête s’incline dans l’ombre de l’olivier.

(Georg Trakl)

 

Recueil: Ving-quatre poèmes
Traduction: Gustav Roud
Editions: La Délirante

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Il aimait… (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2017



Il aimait trois choses au monde :
Les chants des vêpres, les paons blancs,
Les vieilles cartes d’Amérique.
Il n’aimait pas quand pleurent les enfants,
Il n’aimait pas le thé à la framboise,
Les crises de nerfs féminines,
… Et moi, j’étais sa femme.

(Anna Akhmatova)

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Comme un chant (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2017



Comme un chant de cloche pour les vêpres douces
s’arrête doucement sur la colline en mousse
près d’une tourterelle aux pattes roses,
mon âme qui chante auprès de vous se pose.

Comme un lis blanc au jardin du vieux presbytère
se parfume doucement par la douceur des pluies,
par votre douceur, qui est une rosée de taillis,
mon âme triste et douce comme un lis s’est parfumée.

Que la cloche, le lis, les pluies, la tourterelle
vous rappellent désormais un enfant un peu amer
qui passa près de vous en laissant tomber
à vos pieds son âme en roses trémières.

(Francis Jammes)

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L’après-midi … (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2016



L’après-midi d’un dimanche je voudrais bien,
quand il fait chaud et qu’il y a de gros raisins,
dîner chez une vieille fille en une grande
maison de campagne chaude, fraîche, où l’on tend du linge,
du linge propre, à des cordes, des liens.
Dans la cour il y aurait des petits poussins,
qui iraient près du puits – et une jeune fille
dînerait avec nous deux seuls comme en famille.
Nous ferions un dîner lourd, et le vol-au-vent
Serait sucré avec deux gros pigeons dedans.
Nous prendrions le café tous les trois, et ensuite
nous plierions notre serviette très vite,
pour aller voir dans le jardin plein de choux bleus.
La vieille nous laisserait au jardin tous deux.
Nous nous embrasserions longtemps, laissant nos bouches
rouges collées auprès des coquelicots rouges.
Puis les vêpres sonneraient doucement, – alors
elle et moi nous nous presserions encor plus fort.

(Francis Jammes)


Illustration: Francisco de Goya

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La maison serait pleine de roses … (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2016



La maison serait pleine de roses et de guêpes.
On y entendrait, l’après-midi, sonner les vêpres;
et les raisins couleurs de pierre transparente
sembleraient dormir au soleil sous l’ombre lente.
Comme je t’y aimerais! Je te donne tout mon cœur
qui a vingt-quatre ans, et mon esprit moqueur,
mon orgueil et ma poésie de roses blanches;
et pourtant je ne te connais pas, tu n’existes pas.
Je sais seulement que, si tu étais vivante,
et si tu étais comme moi au fond de la prairie,
nous nous baiserions en riant sous les abeilles blondes,
près du ruisseau frais, sous les feuilles profondes.
On n’entendrait que la chaleur du soleil.
Tu aurais l’ombre des noisetiers sur ton oreille,
puis nous mêlerions nos bouches, cessant de rire,
pour dire notre amour que l’on ne peut pas dire;
et je trouverais, sur le rouge de tes lèvres,
le goût des raisins blonds, des roses rouges et des guêpes.

(Francis Jammes)


Illustration

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LA GRIVE DU CRÉPUSCULE (Thomas Hardy)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2016



 

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LA GRIVE DU CRÉPUSCULE

Je m’appuyais sur la haie d’un bosquet
A l’heure du givre blême,
Quand les scories de l’hiver désolent
Le regard du jour en déclin.
L’entrelacs des rameaux striait le ciel
Telles des cordes de lyres brisées.
Tous les vivants de ces parages
Avaient regagné leurs foyers.

Le renflement visible de la terre
Simulait du siècle le gisant
Dont la voute du ciel serait le sépulcre
Et le vent son cantique de deuil.
L’immémorial essor du germe, l’éclosion,
Se réduisaient en dure sécheresse,
Et chaque esprit sur la terre semblait
Comme moi sans ardeur.

Soudain, sur ma tête, une voix entonna
Du milieu des branches tristes,
De tout son coeur un chant de vêpres
D’une allégresse infinie :
Une grive, vieillie, frêle, chétive, infirme,
Au plumage brouillé par la bise,
Avait ainsi voulu épancher son âme
Dans l’ombre qui montait.

Rien ne motivait que des hymnes
D’un tel ravissement sonore
Puissent se lire sur le visage de la terre
D’ici jusqu’à l’horizon,
Que je pensais que frémissait sans doute
Dans son heureux chant nocturne
Un espoir de bénédiction d’elle seule connu
Et dont j’étais dans l’ignorance.

***

THE DARKLING THRUSH

I leant upon a coppice gate
When Frost was spectre-gray,
And Winter’s dregs made desolate
The weakening eye of day.
The tangled bine-stems scored the sky
Like strings of broken lyres,
And all mankind that haunted nigh
Had sought their household fires.

The land’s sharp features seemed to be
The Century’s corpse outleant,
His crypt the cloudy canopy,
The wind his death-lament.
The ancient pulse of germ and birth
Was shrunken hard and dry,
And every spirit upon earth
Seemed fervourless as I.

At once a voice arose among
The bleak twigs overhead
In a full-hearted evensong
Of joy illimited ;
An aged thrush, frail, gaunt, and small,
In blast-beruffled plume,
Had chosen thus to fling his soul
Upon the growing gloom.

So little cause for carolings
Of such ecstatic sound
Was written on terrestrial things
Afar or nigh around,
That I could think there trembled through
His happy good-night air
Some blessed Hope, whereof he knew
And I was unaware.

(Thomas Hardy)

Illustration

 

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