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Poésie

Posts Tagged ‘verdeur’

Malgré le mal hideux (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2019



Malgré le mal hideux, l’élévation des cimes.
Les rires des torrents, les sapins crêtés d’or.
Le chevreuil de profil flairant l’air de l’aurore.
La neige qui baise l’azur du ciel azyme.

La rose toute émue de l’odeur de la nuit.
L’arbre dont le feuillage est né de la lumière.
Les épousailles de la lune avec la mer.
Le temps perdu d’où sort la verdeur d’aujourd’hui.

Les enfants innocents dans les bras d’Élohim.
Le meurtri que materne un bon samaritain.
L’agonisant guidé vers le premier Jardin
Malgré le mal hideux, la Tendresse unanime.

(Jean Mambrino)


Illustration: Aimé-Nicolas Morot

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La verdeur de la mort (Michel Camus)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2018


allongé-dans-l-herbe

Le mourir: dernière émotion que la mort
transmue instantanément en intensité
infinie du silence

L’attente ou l’approche de la mort
réveille en nous l’immémoriable mémoire
du silence

Faut-il dire que mourir signifie reverdir
Que dire de la verdeur de la mort
Inimaginable ignorance du silence du coeur

(Michel Camus)

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L’éclairée (Béatrice Douvre)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2018



Illustration
    
L’éclairée

Éclairée
Et regardant l’éclair qui te touche
Je te savais plus grande que tes mains
Plus heureuse que ta vie
Ô vibrante éternelle parmi les souches
Et noire d’être conviée aux frondaisons des morts.

Immense frondaison qu’on dit verte à midi
Mais qui sombre bientôt dans les lames du soir
Je t’aperçois grondant comme un grand soleil d’âge
Te pénétrant
Dans la verdeur de ton nom
Et maintenant
Je te perçois parmi les branches
Et je t’avais cherchée
Mais tu n’es pas dans le pays d’où ta voix me fait signe

Un grand vent t’abandonne aux frontières d’ici.

(Béatrice Douvre)

 

Recueil: Oeuvre poétique
Traduction:
Editions: Voix d’Encre

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Érable vermoulu (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018



    
Érable vermoulu, et tout couvert de givre
pourquoi faire le gros dos sous la tourmente blanche ?

Qu’as-tu vu ? Qu’as-tu entendu ?
Ainsi, loin du village tu voulus faire un tour

et sorti sur la route, comme un vigile ivre
tu plonges dans une congère, et souffres de gelures.

— Bon, voilà-t’y pas encore une chose qui cloche !
je n’arriverai jamais, après notre bamboche.

J’ai croisé une saulaie… la sapinière m’a séduit…
Dans la tourmente je leur ai fredonné mes arias de l’été.

Cet érable, me disais-je, il est tout comme moi, sauf que
je suis plein de verdeur et nullement vermoulu.

Lors perdant la boule, et toute honte bue,
j’étreignis le bouleau comme la femme d’autrui.

***

(Sergueï Essénine)

 

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

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Tacite (Mireille Gaglio)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2017



 


Tacite

Tes yeux sont comme un lagon
Ils en ont aussi la rondeur,
Ils en ont aussi la verdeur…
Tout de noir ourlés,
Ils sont deux joyaux,
Deux émeraudes sur le velouté
De ta tête sur ma main posée…
Tu me regardes, ronronnes,
Me murmures  » Bien-aimée « …
Que d’adoration dans tes yeux mi-clos,
Que d’abandon…

Qui pourrait penser
Que l’instant d’après,
Un saut,
Et tu fais le gros dos
Et redeviens un mystérieux félin,
La terreur du jardin…

(Mireille Gaglio)

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Ce jour de Mai (Pierre de Ronsard)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2017



Ce jour de Mai qui a la tête peinte,
D’une gaillarde et gentille verdeur,
Ne doit passer sans que ma vive ardeur
Par votre grâce un peu ne soit éteinte.

De votre part, si vous êtes atteinte
Autant que moi d’amoureuse langueur,
D’un feu pareil soulageons notre coeur,
Qui aime bien ne doit point avoir crainte.

Le Temps s’enfuit, cependant ce beau jour,
Nous doit apprendre à demener l’Amour,
Et le pigeon qui sa femelle baise.

Baisez-moi donc et faisons tout ainsi
Que les oiseaux sans nous donner souci :
Après la mort on ne voit rien qui plaise.

(Pierre de Ronsard)

 Illustration: Jean-Antoine Watteau

 

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L’eau qui jaillit dans la verdeur première (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2017



 

Rob Gonsalves 13

L’eau qui jaillit dans la verdeur première,
nudité de la terre, fraîche et douce,
appelle nos mains,
comme une femme neuve…

— De qui, cette eau est-elle
la résurrection ? Quelle nouvelle vie
en elle, triomphante, rejoint la mort ?
(Que ne puis-je être, un jour
de printemps vert, cette eau !)

…Et l’eau chante, rit et bondit,
elle danse, elle s’offre,
câline, exubérante, dure, ouverte ;
la terre profonde
— comme une femme neuve —,
non pour nous enterrer, aujourd’hui, non pas traître,
ni même maternelle ;
mais pour nous déterrer, loyale,
pour nous embrasser, libres,
appelle nos bras.

***

El choro de agua entre el verdor primero,
desnudez de la tierra, fresca y dulce,
llama a las manos,
como una mujer nueva…

—¿De quién, esta agua,
resurrección será? ¿Qué nueva vida
alcanza en ella, triunfal, la muerte?
(¡Quién fuera, un día
de primavera verde, agua!)

… Yel agua canta, ríe y salta,
baila y se ofrece,
mimosa, exuberante, dura, abierta;
la tierra honda
— como una mujer nueva —,
no para sepultarnos, hoy, no traidora,
ni maternal siquiera;
para desenterrarse, franca,
para abrazarnos, libres,
llama a los brazos.

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Rob Gonsalves

 

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Construction d’une force (Luc Dietrich)

Posted by arbrealettres sur 11 septembre 2016




Construction d’une force

Au sec soleil d’hiver quand la vie semble avoir à jamais quitté l’arbre,
c’est alors qu’il serre de plus près sa propre vérité.
Car le feuillage était une coulée de vie dans la vie,
la verdeur et la dépense fraîche : une perte.

Mais dans le silence des étendues gelées, dans la solitude et dans le retrait au coeur du bois,
dans la froide intelligence que l’illusion et les « moi » ont traversée comme des vols d’oiseaux
et comme des rumeurs marines n’est laissé au regard que le dessin des rameaux
où se lit, dans l’intervalle où se meut le ciel, l’espace favorable à la construction d’une force.

(Luc Dietrich)

Illustration: Dominique Masson-Flandrin

 

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Nous étions la marelle (Max-Pol Fouchet)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2015



Nous étions la marelle et la pierre et l’enfant
Le rire et les courses le livre et la courbe et la craie
La tuile le gué la rivière les sautes du vent
Aux transparentes carènes ce maigre brûlis d’herbes

Qu’un peuplier sur l’espace un doigt sur les lèvres
A jamais taise le secret dans le rouissage du jour
Perdons-le dans la neige le sable la verdeur vivons
Comme si nous ne savions rien des fumures du labour

Sur le tour des saisons monte la poterie des collines
Des taillis de la nuit les chiens ont levé le jour
Au tableau de l’école un enfant dessine le ciel
Roule une pierre
un oiseau crie
nous avons oublié.

(Max-Pol Fouchet)

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