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Poésie

Posts Tagged ‘verdoyer’

PETIT HAMEAU (Emile Nelligan)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2019


PETIT HAMEAU

Or voici que verdoie un hameau sur les côtes
Plein de houx, orgueilleux de ses misères hautes.

Des bergers s’étonnant contemplent dans la plaine,
Et mon cheval qui sue à la hauteur se traîne.

Pour y vivre l’Octobre et ses paix pastorales
Je vous apporte, ô Pan, mes lyres vespérales.

Les boeufs sont vite entrés. Ils meuglent dans
l’étable,
Et la soupe qui fume a réjoui ma table.

Que vous êtes heureux, hommes bons des
campagnes,
Loin du faubourg qui pue et des clameurs de bagnes.

Jé vous bénis. Que la joie habite à vos portes,
En campagne, ô ces soirs de primes feuilles mortes!

(Emile Nelligan)


Illustration: Lucien de Maleville

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Ce fil (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018



Il s’enroule dans le coeur,
Ce fil ininterrompu
Du présent au passé,
Du dehors au dedans,
D’être vu à voir,
Ciel, jardin, arbre, oiseau
Transmués, transposés
En souvenir, en souffrance
Ces jeunes feuilles, ces pâquerettes,
Le vent contrasté
Qui miroite sur les brins
D’herbe chatoyante,
Deviennent ce que je suis
Moi qui suis la somme
De tout ce que j’ai perdu,
Qui suis celle qui fait,
De ce qui verdoie une joie,
Du vent, une sagesse,
De la froide terre, de l’or,
De l’or du soleil
Le sang vital du chagrin
Qui plonge dans le coeur.
Je suis mon passé
Et mon avenir qui s’approchent
De jours inconnus.

Mais d’eux tous aucun
N’est plus brillant ni plus précieux
Que le vent et les pâquerettes,
La petite fauvette des haies
Intrépide et lustrée de soleil
Qui fouille le parterre de fleurs
Sous ma fenêtre,
Avec ses ailes de temps
L’éternel présent
Voletant et faisant parade
De son ici et maintenant
Lumière qui va à l’amour,
Feuille qui va à l’abandon.

***
It winds into the heart,
That unbroken thread
From present to past,
Without to within,
From seen to seer,
Sky, garden, tree, bird
Transmuted, transposed
To memory, to pain
These young leaves, these daisies,
The dappling wind
That glances on blades
Of glistering grass,
Become what I am
Who am the sum
Of all I have lost,
Who am the maker,
From greenness a joy,
From wind, wisdom,
From cold earth, gold,
From gold of the sun
Life-blood of sorrow
That sounds the heart.
I am my past
And future approaching
Days unknown.

But of all these none
Brighter nor dearer
Than the wind and the daisies,
The little hedge-sparrow
Fearless and sun-glossed
Searching the flower-bed
Outside my window,
Winged with time
The ever-present
Flitting and flaunting
Its here and now
Light into love,
Leaf into loss.

(Kathleen Raine),

Illustration: Isabelle Planté

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Sans cogiter (Natsumi Sôzeki)

Posted by arbrealettres sur 29 novembre 2018



    

Sans cogiter, honorer le Bouddha, c’est voir l’esprit même.
Face aux moines d’un temple en montagne, un poétique émoi.

Pins et chênes, depuis des siècles, sont à l’entour du mur;
Lianes et lierres passent en un jour par-dessus la haie.

Les livres sur la Voie n’éclairent pas l’entrée de la grotte,
Les stances sur le Vrai n’ôtent guère la mousse des pierres !

Je demande aux austères pratiquants du recueillement :
Dans l’air pur des monts verdoyants, où sont les grains de poussière?

(Natsumi Sôzeki)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Alain-Louis Cola
Editions: Le bruit du Temps

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Je vis à ma guise (Kim In-hu)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2018



ermite
Les monts verdoient à leur guise
Les ondes vertes coulent à leur guise
A leur image, moi-aussi
Je vis à ma guise
Parmi elles j’ai grandi
De même je vieillirai parmi elles

(Kim In-hu)

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Tout près du lac (Théophile Gautier)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2018



Tout près du lac

Tout près du lac filtre une source,
Entre deux pierres, dans un coin;
Allègrement l’eau prend sa course
Comme pour s’en aller bien loin.

Elle murmure: Oh!quelle joie!
Sous la terre il faisait si noir!
maintenant ma rive verdoie,
Le ciel se mire à mon miroir.

Les myosotis aux fleurs bleues
me disent: Ne m’oubliez pas!
Les libellules de leurs queues
m’égratignent dans leurs ébats;

A ma coupe l’oiseau s’abreuve;
Qui sait? – Après quelques détours
Peut-être deviendrai-je un fleuve
Baignant vallons, rochers et tours.

Je broderai de mon écume
Ponts de pierre, quais de granit,
Emportant le steamer qui fume à l’océan où tout finit.

(Théophile Gautier)

 

 

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TOUT est illusion (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2018




DIS QUE TOUT est illusion,
Néanmoins ce néant est tout
Cet inépuisable
Trésor d’apparences,
Le merle qui chante,
La pluie qui commence à tomber,
Les feuilles qui verdoient,
L’arc-en-ciel qui se montre,
Réalité ou rêve
Quelle différence? J’ai vu.

***

SAY ALL is illusion,
Yet that nothing all
This inexhaustible
Treasury of seeming,
The blackbird singing,
The rain coming on,
The leaves green,
The rainbow appearing,
Reality or dream
What difference? I have seen.

(Kathleen Raine)

Illustration: ArbreaPhotos

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Quand on porte une pensée dans son cœur (Chen Zi’ang)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2018




    
Quand on porte une pensée dans son cœur
on la loge dans ses yeux
et si les sentiments veulent s’échapper
on les confie a la parole

Chaque beau jour qui s’écoule
s’en va pour ne plus revenir ;
Le printemps suit son cours rapide
et déjà touche à son déclin.
Abîmé dans une rêverie sans fond,
je ne sais où se perdent mes pensées ;
Je suis couché sous les grands arbres,
et je contemple l’œuvre éternelle.

Hélas !
toute fleur qui s’épanouit
doit mourir en son temps,
Les chants plaintifs du ki-kouey
en avertissent mon oreille attristée.
Que d’êtres anéantis, depuis l’âge antique
des grands vols d’oies sauvages !

L’homme le plus populaire des siècles passés,
s’il revenait aujourd’hui, qui le reconnaîtrait ?
Les fleurs appelées Lân et Jo,
depuis le printemps jusqu’à l’été,
Croissent avec vigueur.

Oh ! combien elles sont verdoyantes !
combien elles sont verdoyantes !
Solitaires, au plus profond des bois,
elles développent leur beauté
dans le bosquet désert.
La fleur entrouvre sa corolle odorante,
et s’élance sur sa tige
dans tout l’éclat de ses vives couleurs.

Cependant le soleil s’éloigne
et s’affaiblit peu à peu :
Le vent d’automne surgit
au milieu des feuilles tremblantes ;
Les fleurs de l’année s’épuisent
et tombent entraînées par lui ;

Mais le parfum de la fleur,
enfin, que devient-il ?

(Chen Zi’ang)

 

 

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ÉMERAUDE (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2018



ÉMERAUDE

Verdoie le cri des nuits. Et verdoient le silence
et l’espérance oeuvrée au secret des granits.
Hosannah de l’herbe enclose en ton éclat.
Printemps premier. Puisque, vestale,
tu veilles le temps vierge.

(Jacques Lacarrière)

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Apprends du monde verdoyant (Ezra Pound)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2018




    
Apprends du monde verdoyant
où est ta place

***

Learn of the green world
what can be thy place

(Ezra Pound)

 

Recueil: Cantos
Traduction:
Editions:

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Lune printanière… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017



Illustration: Shawna Erback
    
Lune printanière…

Lune printanière et telle une déesse
Qui pose sur les joncs l’éclats de tes pieds blancs
Et sème la moelleuse et flottante caresse
De tes cheveux au ras des moires de l’étang.

Lune, tu fais chanter sous l’oseille sauvage
Que frôle ton orteil d’ivoire, les crapauds,
Et pleuvoir la rosée au bleuissant treillage
Des saules prosternés et des tièdes sureaux.

Zébrant de tes lueurs l’ombre chèvrefeuillée,
En ton mauve péplos tu t’assieds sous les troncs
Et parmi l’herbe humide et les sauges mouillées,
Tu penches ton visage et tu baignes ton front.

Lune, voici mon coeur, brin séché de fougère,
Perdu dans l’épaisseur des bois enténébrés,
Lune, voici mon coeur, sombre rameau de lierre
Au pan de ce mur noir durement enserré.

Eclaire-le, ce coeur, mendiant misérable
Et qu’à l’immense fête on n’a point convié,
Triste quand sont joyeux l’églantier et l’érable,
Mon coeur humain qui pense au lieu de verdoyer.

Que ton rayonnement l’apaise et le pénètre,
Ce coeur comblé de nuit, d’un dieu déshérité,
Lune, verse sur lui comme aux branches des hêtres,
Ton calme enchantement et ta sérénité.

(Marie Dauguet)

 

 

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