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LE PRÉ D’AMOUR (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2018




    
LE PRÉ D’AMOUR

Lorsque Gros-Jean se maria,
Londerira,
Avec la coquette Toinette,
En dot son père lui donna
Un pré tout blanc de pâquerettes.

Or, la Toinette le trompa,
Londerira,
Un beau soir sous les talles d’aunes
Et, par le pré, soudain leva
Un carré de boutons d’or jaunes.

Quand Gros Jean s’aperçut de ça,
Londerira,
Tua le galant et l’amante
Et, par tout le pré, ce jour-là
Fleurirent des roses sanglantes.

Maintenant oublis et frimas,
Londerira,
Ont fané les fleurs illusoires
Et, dans le pré, sur le verglas,
Rampent de grandes ronces noires.

(Gaston Couté)

 

 

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MON ÂME QUE FERONS-NOUS DE TOUTES SOUVENANCES (Xavier Grall)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2017



 

MON ÂME QUE FERONS-NOUS DE TOUTES SOUVENANCES

Mon âme que ferons-nous de toutes souvenances
en notre coeur meurtri dépenaillé
j’ai perdu ma jeunesse et ma lande
les feux se sont éteints au verglas des absences
ronciers givres ont descellé demeures lentement
nostalgiquement au néant de mes jours qui s’en vont
ma tête n’est que masure ouverte à tout passant
et me voici dans la colline de Hurlevent des dolences
mon âme t’en souviens-tu des harpes de Brenn-héol
mortes les saisons les braises sont éteintes
agonisent musiques dans le fond des étangs
quel drôle de Tristan fais-tu barde inécouté
chiens du Ménez-Hom venez, venez
cherchez-moi dans la tourbe et dans l’ajonc coupé
sur les villages dormants tintent les pluies mortelles
j’ai vécu ma vie j’ai crevé mon cheval
follement j’ai brûlé ma vie comme une lampe
adieu chemins adieu vallée adieu…

(Xavier Grall)

 

 

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Dans la hutte de neige (Avrom Sutzkever)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2017



Dans la hutte de neige

Soleil couchant chemins que bleuit le verglas.
Douces couleurs de somnolence dans mon âme.
Luit d’une hutte dans le val un pâle éclat,
Sous la neige l’ensevelit le soir en flammes.
Aux vitres les forêts-à-prodiges déboulent
De magiques traîneaux tintent en carrousel,
À l’angle du grenier des colombes roucoulent
Et déroucoulent mon visage. Sous le gel
Rayé par des cristaux dont la pointe fulgure,
Presqu’irréel l’Irtich se noue en palpitant.
Sous des coupoles de silence et de froidure
Fleurit ce monde : un enfant de sept ans.

Dans ta neigeuse et limpide pénombre,
Hutte de mon enfance en Sibérie,
Naissent des fleurs aux pupilles de l’ombre,
Mercure en fleur qui sans fin refleurit.
Dans les recoins où se meurt la lumière
La lune expire un souffle, un halo bleu,
Mon père est blanc de la pâleur lunaire
Et sur ses mains de silence neigeux
Il tranche le pain noir, lame aiguisée
Mais charitable.
Et bleuissent ses traits.
Moi par ma pensée neuve et divisée,
Je trempe de sel, père, ton pain frais.

Le père. Le couteau. Une mèche qui fume.
Une enfance. L’enfant. Une ombre a dérobé
Au mur le violon. Plus fins que fine écume
Des sons de neige sur ma tête sont tombés.
Silence. Car le père joue. Les sons s’égrènent,
Se gravent dans les airs où le gel les sertit.
Bleuis les grains d’argent que sème mon haleine
Sur la neige de lune en verre convertie.
A travers le carreau en pelisse de glace
Un loup flaire la chair de musique, sa proie,
Silence. Au pigeonnier un petit pigeon casse,
Pique, pique, cet œuf dont il sort dans le froid.

[…]

(Avrom Sutzkever)

 Illustration: Marc Chagall

 

 

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Et toi qui me suis en rampant (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2016


 


 

Akseli Gallen-Kallela n [1280x768]

Et toi qui me suis en rampant
Dieu de mes dieux morts en automne
Tu mesures combien d’empans
J’ai droit que la terre me donne
O mon ombre ô mon vieux serpent

Au soleil parce que tu l’aimes
Je t’ai menée souviens-t’en bien
Ténébreuse épouse que j’aime
Tu es à moi en n’étant rien

O mon ombre en deuil de moi-même
L’hiver est mort tout enneigé
On a brûlé les ruches blanches
Dans les jardins et les vergers

Les oiseaux chantent sur les branches
Le printemps clair l’avril léger
Mort d’immortels argyraspides
La neige aux boucliers d’argent

Fuit les dendrophores livides
Du printemps cher aux pauvres gens
Qui resourient les yeux humides
Et moi j’ai le coeur aussi gros

Qu’un cul de dame damascène
O mon amour je t’aimais trop
Et maintenant j’ai trop de peine
Les sept épées hors du fourreau

Sept épées de mélancolie
Sans morfil ô claires douleurs
Sont dans mon coeur et la folie
Veut raisonner pour mon malheur
Comment voulez-vous que j’oublie

(Guillaume Apollinaire)

Illustration: Akseli Gallen-Kallela

 

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Homme approximatif (Tristan Tzara)

Posted by arbrealettres sur 21 juin 2016



 

homme approximatif comme moi comme toi lecteur et comme les autres
amas de chairs bruyantes et d’échos de conscience
complet dans le seul morceau de volonté ton nom
transportable et assimilable poli par les dociles inflexions des femmes
divers incompris selon la volupté des courants interrogateurs
homme approximatif te mouvant dans les à-peu-près du destin
avec un cœur comme valise et une valse en guise de tête
buée sur la froide glace tu t’empêches toi-même de te voir
grand et insignifiant parmi les bijoux de verglas du paysage

(Tristan Tzara)

Découvert ici: http://gouttedeau.blog.lemonde.fr/

Illustration: Brigitte Valin

 

 

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SOLITUDE (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2016


SOLITUDE

I
C’est ici que je faillis périr un soir de février.
La voiture sur le verglas glissait
du mauvais côté de la route. Les voitures en face –
leurs phares – approchaient.

Mon nom, mes filles, mon emploi
se détachèrent et restèrent loin derrière à l’arrêt,
toujours plus loin. J’étais anonyme
comme un garçon cerné par l’ennemi dans la cour de l’école.

En face, le trafic avait des feux puissants.
Ils m’éclairaient tandis que je braquai et braquai
dans la transparence de l’effroi suintant comme du blanc d’oeuf.
Les secondes s’allongèrent – on y faisait sa place –
et arrivèrent à la taille des bâtiments de l’hôpital.
On aurait presque pu s’arrêter
et souffler un moment
juste avant d’aller se faire broyer.

Mais j’eus prise soudain: un grain de sable salvateur
ou un coup de vent miraculeux. La voiture redémarra
et rampa à la hâte en travers de la route.
Un pilier jaillit et se brisa un bruit strident – et
s’envola dans l’ombre.

Puis le silence se fit. Je restai sous le joug
et vis quelqu’un avancer dans la tourmente
pour voir où j’en étais.

II
J’ai longtemps parcouru
les campagnes glacées de l’Ostergötland.
Et n’y ai vu âme qui vive.

Dans d’autres parties du monde
ils sont là à naître, à vivre, à mourir
dans une cohue permanente.

Toujours être visible – vivre
dans un essaim de regards –
doit donner une expression particulière.
Le visage recouvert d’argile.
Les murmures montent et redescendent
tandis qu’ils se partagent
le ciel, les ombres, les grains de sable.

Je dois être seul
dix minutes le matin
et dix minutes le soir.
– Sans aucun programme.

Tout le monde fait la queue chez tout le monde.

Certains.

Soi.

(Tomas Tranströmer)

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RETOUR (Franz Hellens)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2015



 

RETOUR

N’est-il d’autre pays que cette neige
Où je vais nu, d’autre climat
Que ce verglas, d’autre soleil
Que ce poli de miroir sans ombrage ?

J’étais parti avec pour tout bagage
Un passé lourd de crimes oubliés :
Me voici revenu plus léger
Que le reflet d’une aile sur la neige.

(Franz Hellens)


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