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VISAGE D’AVRIL (Christiane Barrillon)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2017



VISAGE D’AVRIL

J’aime entrouvert
le velours vert
de ton col de collines
pour y poser
un nid de baisers,
une aile d’églantine

J’aime fondant
entre mes dents
sucer ce lobe
de sucre vermeil
où boucle d’or,
boucle d’oreille,
tu pinces le soleil

Caresser ta joue,
ronde et lisse ombelle,
visage d’avril,
et d’un doigt subtil
suivre le tracé
de ton sourcil en
vol d’hirondelle

Monter en ballon
dans le bleu de tes yeux,
sous l’ombre des cils
léger dans les cieux,
monter si haut
que dans la nacelle
pris de vertige
mon coeur chancelle

Et suspendu ainsi jusqu’au soir
à trembler de peur
et d’espoir,
j’attends , avec mes oiseaux-rêves
qui dans ton ciel
tournent en rond ,
à la frange fleurie
des branches sur ton front…

(Christiane Barrillon)

Illustration: Dina Shubin

 

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Je te vois mieux — dans la Nuit — (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2017



Je te vois mieux — dans la Nuit —
Nul besoin de Lumière —
Mon Amour pour Toi — est un Prisme —
Plus vif que le Violet —

Je te vois mieux avec les Ans
Qui dressent leur monticule —
Brille — la Lampe du Mineur —
Et la Mine s’annule —

Mieux que partout je Te vois — dans la Tombe —
Ses Panneaux étroits
S’illuminent — Tout vermeils — de la Lampe
Que je tins si haut, pour Toi —

Qu’ont-ils besoin de Jour —
Ceux dont la Nuit — possède — un Soleil si splendide —
Qu’il s’estime être — Sans cesse –
À son Zénith?

***

I see thee better — in the Dark —
I do not need a Light —
The Love of Thee — a Prism be —
Excelling Violet —

I see thee better for the Years
That hunch themselves between —
The Miner’s Lamp — sufficient be —
To nullify the Mine —

And in the Grave — I see Thee best —
It’s little Panels be
Aglow —All ruddy — with the Light
I held so high, for Thee —

What need of Day —
To Those whose Dark — hath so — surpassing Sun —
It deem it be — Continually —
At the Meridian ?

(Emily Dickinson)

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Si je n’aime de tout mon cœur (Pierre Corneille)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2017



Si je n’aime de tout mon cœur,
Iris dont le bel œil s’est rendu mon vainqueur,
Par une simple œillade,
Si de suivre d’autres appas,
Jamais l’amour me persuade,
Je veux que sa beauté qui m’a rendu malade,
Ne me guérisse pas.

Oui, si je n’aime constamment,
Et si jamais mépris ou mauvais traitement,
Me rendent infidèle,
O grands Dieux, à qui je promets
De l’aimer et douce et cruelle,
Je veux bien que le feu dont je brûle
Ne la brûle jamais.

Ma raison par de vains discours,
A beau me faire voir le péril que je cours,
Quoi qu’elle me conseille,
Beaux yeux qui paraissez si doux,
Beau teint, belle bouche vermeille,
Beaux cheveux, belle Iris, adorable merveille,
Je veux mourir pour vous.

(Pierre Corneille)

Illustration: Guillaume Seignac

 

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Le printemps est là, superbe! (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2017



Le printemps est là, superbe!

Il est là, le printemps, le superbe printemps!
De longs bateaux légers, le vieux Danube rêve.
Il est là, le printemps, le printemps plein de sève!
Entends…
Et vois le vent d’avril qui roule et qui soulève
Les senteurs de nos prés. Avec elles, joyeux,
Le vent joue au cerceau. Sens-tu son allégresse?
Dis-le! Sais-tu ce que je veux?
Il me faudrait une maîtresse
Sous le venteux éveil,
Une maîtresse au souffle frais, vermeil,
A la carnation de perce-neige.
« Etreins-moi, Belle Biche! Encore! » lui dirai-je.
Chaque enfant est un rire au savoureux solfège.
II est là, le printemps,
Le joyeux cri du ciel! Entends!
II est venu, dis-tu, plus tôt que de coutume?
L’hiver aurait-il existé?
Il n’a jamais été!
Avant de naître, il fut posthume!
Eclose ton grand cœur! Jaillissent les bourgeons
Issus de nos poumons!
Monte le vent d’avril plus léger que la plume!

(Attila Jozsef)


Illustration: François-Joseph Durand

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LE PAVILLON DE LA TRISTESSE (La Flûte de Jade)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2017



 poésie 7

LE PAVILLON DE LA TRISTESSE

Jour et nuit, les plus jolies femmes de l’Empire y dansent.
Les chants les plus joyeux y retentissent.

Lorsque l’ivresse a terrassé tout le monde,
je cesse de boire, je prends mon pinceau, de l’encre d’or,
et j’écris une poésie mélancolique
dont les caractères ressemblent aux corps vermeils
qui jonchent le marbre de la salle.

(La Flûte de Jade)

 

 

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DECLARATION (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2017



DECLARATION

L’amour que je sens, l’amour qui me cuit,
Ce n’est pas l’amour chaste et platonique,
Sorbet à la neige avec un biscuit ;
C’est l’amour de chair, c’est un plat tonique.

Ce n’est pas l’amour des blondins pâlots
Dont le rêve flotte au ciel des estampes.
C’est l’amour qui rit parmi des sanglots
Et frappe à coups drus l’enclume des tempes.

C’est l’amour brûlant comme un feu grégeois.
C’est l’amour féroce et l’amour solide.
Surtout ce n’est pas l’amour des bourgeois.
Amour de bourgeois, jardin d’invalide !

Ce n’est pas non plus l’amour de roman,
Faux, prétentieux, avec une glose
Désir de pourquoi, de mais, de comment.
C’est l’amour tout simple et pas autre chose.

C’est l’amour vivant. C’est l’amour humain.
Je serai sincère et tu seras folle,
Mon cœur sur ton cœur, ma main dans ta main.
Et cela vaut mieux que leur faribole !

C’est l’amour puissant. C’est l’amour vermeil.
Je serai le flot, tu seras la dune.
Tu seras la terre, et moi le soleil.
Et cela vaut mieux que leur clair de lune!

(Jean Richepin)

 

 

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Soleils couchants (Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2017



Une aube affaiblie
Verse par les champs
La mélancolie
Des soleils couchants.
La mélancolie
Berce de doux chants
Mon coeur qui s’oublie
Aux soleils couchants.
Et d’étranges rêves
Comme des soleils
Couchants sur les grèves,
Fantômes vermeils,
Défilent sans trêves,
Défilent, pareils
À des grands soleils
Couchants sur les grèves.

(Verlaine)

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Bon chevalier masqué qui chevauche en silence (Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2017



Bon chevalier masqué qui chevauche en silence,
Le Malheur a percé mon vieux coeur de sa lance.

Le sang de mon vieux coeur n’a fait qu’un jet vermeil,
Puis s’est évaporé sur les fleurs, au soleil.

L’ombre éteignit mes yeux, un cri vint à ma bouche
Et mon vieux coeur est mort dans un frisson farouche.

Alors le chevalier Malheur s’est rapproché,
Il a mis pied à terre et sa main m’a touché.

Son doigt ganté de fer entra dans ma blessure
Tandis qu’il attestait sa loi d’une voix dure.

Et voici qu’au contact glacé du doigt de fer
Un coeur me renaissait, tout un coeur pur et fier

Et voici que, fervent d’une candeur divine,
Tout un coeur jeune et bon battit dans ma poitrine!

Or je restais tremblant, ivre, incrédule un peu,
Comme un homme qui voit des visions de Dieu.

Mais le bon chevalier, remonté sur sa bête,
En s’éloignant, me fit un signe de la tête

Et me cria (j’entends encore cette voix):
« Au moins, prudence! Car c’est bon pour une fois. »

(Verlaine)

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La voiture roulait (Jeanne Marvig)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2017



La voiture roulait

La voiture roulait doucement sous les arbres,
Platanes de novembre aux blondissants rameaux,
Aux fûts du blanc poli de l’ivoire ou des marbres,
Comme un cloître roman unissant leurs arceaux.

Nous nous sentions glisser sous la lente caresse
De la feuille, au matin, toute emperlée encor
Du vent, sur notre front agitant son ivresse
De l’automne accourant vers nous ruisselant d’or ! …

De l’or, de l’or, de l’or ! Or rougeoyant du cuivre,
Or des buires gardant de mystiques encens,
Or des fils de la vierge étincelants de givre,
Acajous mordorés ou chromes flavescents,

Tous les ors en suspens dans le jour et la flamme
Tourbillonnant au rythme lent des feuilles d’or,
Je les ai, frissonnants, recueillis dans mon âme,
Aux vestales du Temps ravissant leur trésor,

Pour qu’un jour très prochain où les corolles mortes
Auront livré leur corps fragile au vent brutal,
Je puisse, en vers dorés, rappeler leurs cohortes,
Et que mon cœur, pareil aux sources de cristal

Où, dans l’arbre penché, se mire tout l’automne,
Où la feuille, en glissant, dit tout le bois vermeil,
Te rende, aux jours éteints de l’hiver monotone,
Avec ses souvenirs émus, tout le soleil !

(Jeanne Marvig)

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Ta poitrine sur ma poitrine (Arthur Rimbaud)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2016




Ta poitrine sur ma poitrine,
Mêlant nos voix,
Lents, nous gagnerions la ravine,
Puis les grands bois !…

Puis, comme une petite morte,
Le coeur pâmé,
Tu me dirais que je te porte,
L’oeil mi-fermé…

Je te porterais, palpitante,
Dans le sentier :
L’oiseau filerait son andante :
Au Noisetier…

Je te parlerais dans ta bouche :
J’irais, pressant
Ton corps, comme une enfant qu’on couche,
Ivre du sang

Qui coule, bleu, sous ta peau blanche
Aux tons rosé:
Et te parlant la langue franche…
Tiens!… – que tu sais…

Nos grands bois sentiraient la sève
Et le soleil
Sablerait d’or fin leur grand rêve
Vert et vermeil.

(Arthur Rimbaud)

Illustration: Anne Philippe

 

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