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Poésie

Posts Tagged ‘vermeil’

La tristesse (Alphonse de Lamartine)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2017




    
La tristesse

L’âme triste est pareille
Au doux ciel de la nuit,
Quand l’astre qui sommeille
De la voûte vermeille
A fait tomber le bruit ;

Plus pure et plus sonore,
On y voit sur ses pas
Mille étoiles éclore,
Qu’à l’éclatante aurore
On n’y soupçonnait pas !

Des îles de lumière
Plus brillante qu’ici,
Et des mondes derrière,
Et des flots de poussière
Qui sont mondes aussi !

On entend dans l’espace
Les choeurs mystérieux
Ou du ciel qui rend grâce,
Ou de l’ange qui passe,
Ou de l’homme pieux !

Et pures étincelles
De nos âmes de feu,
Les prières mortelles
Sur leurs brûlantes ailes
Nous soulèvent un peu !

Tristesse qui m’inonde,
Coule donc de mes yeux,
Coule comme cette onde
Où la terre féconde
Voit un présent des cieux !

Et n’accuse point l’heure
Qui te ramène à Dieu !
Soit qu’il naisse ou qu’il meure,
Il faut que l’homme pleure
Ou l’exil, ou l’adieu !

(Alphonse de Lamartine)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

 

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Les fruits (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2017



 Illustration: Marc Thouy
    
Les fruits

Je hais les fruits, splendeurs par le soleil mûries,
Prunes de pourpre et d’or, dont l’odorant sommeil
Dans l’aube fut troublé par un baiser vermeil,
Mystique Orange, éclose au pays des féeries,

Pomme fraîche exhalant le parfum des prairies,
Cerise folle, offrant ses lèvres au soleil,
Abricot à la joue espagnole pareil,
Et pêche aux chairs de femme exquises et meurtries.

Les fruits, réalités des rêves du printemps
Dans l’ostentation de leurs corps éclatants,
M’attristent à l’égal des choses accomplies.

Leur saveur sensuelle et leur lourde couleur
Ne fait frémir en moi que des mélancolies,
Car j’y vois l’agonie et la mort d’une fleur.

(Renée Vivien)

 

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Traîtrise du Sablier (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



    

Traîtrise du Sablier

Je tiens entre mes doigts le traître sablier
Qui s’écoule avec un bruit doux et régulier.

C’est l’heure où je m’en vais et voici que tu pleures,
Exactitude atroce et fatale des heures !…

Ecoute glisser l’heure en un glissement doux :
Je t’aime, tu le sais, et c’en est fait de nous.

Que le sable d’argent est doux sous le soleil !
Mais le soir cependant le teindra de vermeil.

O sable lent et doux qui marques l’heure lente,
O sable, sois chéri par mon âme indolente !

Pour moi qui suis marquée et du temps et du sort
Marque enfin cet instant espéré de la mort !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Matin (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2017



 

Andrey Belle 27

Matin

Voici le matin bleu. Ma rose et blonde amie
Lasse d’amour, sous mes baisers, s’est endormie.
Voici le matin bleu qui vient sur l’oreiller
Éteindre les lueurs oranges du foyer.

L’insoucieuse dort. La fatigue a fait taire
Le babil de cristal, les soupirs de panthère.
Les voraces baisers et les rires perlés.
Et l’or capricieux des cheveux déroulés
Fait un cadre ondoyant à la tête qui penche.
Nue et fière de ses contours, la gorge blanche
Où, sur les deux sommets, fleurit le sang vermeil,
Se soulève et s’abaisse au rhythme du sommeil.

La robe, nid de soie, à terre est affaissée.
Hier, sous des blancheurs de batiste froissée
La forme en a jailli libre, papillon blanc.
Qui sort de son cocon, l’aile collée au flanc.

A côté, sur leurs hauts talons, sont les bottines
Qui font aux petits pieds ces allures mutines,
Et les bas, faits de fils de la vierge croisés,
Qui prennent sur la peau des chatoiements rosés.

Epars dans tous les coins de la chambre muette
Je revois les débris de la fière toilette
Qu’elle portait, quand elle est arrivée hier
Tout imprégnée encor des senteurs de l’hiver.

(Charles Cros)

Illustration: Andrey Belle

 

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Savez-vous pas… (Louis Bouilhet)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2017



Savez-vous pas quelque douce retraite,
Au fond des bois, un lac au flot vermeil,
Où des palmiers la grande feuille arrête
Les bruits du monde et les traits du soleil
– Oh ! je voudrais, loin de nos vieilles villes,
Par la savane aux ondoyants cheveux,
Suivre, en rêvant, les écureuils agiles,
Et voir sauter, sur les branches mobiles,
L’ara de pourpre et les bengalis bleus !

Savez-vous pas, sur les plages lointaines
Où n’ont jamais passé les matelots,
Une île heureuse aux suaves haleines,
Bouquet de fleurs effeuillé sur les flots ?
– Oh ! je voudrais, seul avec ma pensée,
Jetant au vent la poussière des jours,
Sentir mon âme aux vagues balancée,
Et m’endormir sur l’onde cadencée
Comme un enfant que l’on berce toujours !

Savez-vous pas, loin de la froide terre,
Là-haut ! là-haut ! dans les plis du ciel bleu,
Un astre d’or, un monde solitaire
Roulant en paix sous le souffle de Dieu ?
– Oh ! je voudrais une planète blonde,
Des cieux nouveaux, d’étranges régions,
Où l’on entend, ainsi qu’un vent sur l’onde,
Glisser la nuit, sous la voûte profonde,
Le char brillant de constellations !

Où fuir ? où fuir ? Par les routes humaines
Le sable est dur et le soleil est lourd.
Ma bouche ardente a tari les fontaines
Et l’arbre est mort où j’ai cueilli l’amour.
– Oh ! je voudrais, loin du temps et des choses,
Débarrassé de tout lien charnel,
Courir joyeux dans les métamorphoses,
Puis me plonger à la source des causes,
Où l’Infini flotte dans l’Éternel !

(Louis Bouilhet)

 

 

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CHANSON (Philibert Bretin)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2017




    
CHANSON

Belle beauté tant mignarde,
Tiens, regarde
Quel œillade
Tu me dardes
Qui m’endort…
Rends-toi donc un peu moins fière
Ma guerrière,
La première
Et dernière
Q’n’aimerai.
Je revivrai,
Plus ne mourai
Touchant ta bouche altière :
Je revivrai,
Plus ne mourai.
Après qu’un baiser j’aurai.
En cette bouche vermeille
Une abeille
Toujours veille,
Grand’ merveille,
Grande au ciel
Qui de son miel
Et de son fiel
Me rajeunit étant vieil…
Fais me toucher.
Belle, ta chair
Oh croît une double fraise;
Fay me toucher
Belle, ta chair,
J’y veux mes doigts attacher…

(Philibert Bretin)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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ODE (Pierre Motin)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2017



Illustration: Max Szoc Leuven
    
ODE

Doux antre, où mon âme guidée
Met son désir audacieux.
Clos à mes mains, clos à mes yeux,
Et découvert à mon idée;

Tertre qu’un lis dore la bouche,
De qui le dessous enflammé
Ressemble un œillet mi-fermé
Alors que le soleil se couche;

Brun séjour et secret arcade
Au fond de vermeil éclatant.
Et qui va le marbre imitant
Et le dessus dune grenade ;

Beau crêpe qui dessus blondoie,
De plus fin qu’on puisse trouver,
Amour lui-même en fit le ver
Et lui-même en fila la soie;

Toison d’or, d’amour enseignée,
Où mon désir est arrêté
Ainsi qu’une mouche en été
Dans les filets d’une araignée;

Petits gazon fait d’une rose,
Gros comme un coing en sa couleur,
Ne laisse point sécher ta fleur
A faute qu’aucun ne l’arrose.

(Pierre Motin)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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AU MATIN (Claude Alitte)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2017



 

Illustration: Serge Boisse
    
AU MATIN

J’ai cueilli ce bouquet frêle
Dans un grand bois ténébreux,
Lorsque le Matin frileux
Sentait palpiter son aile
En entr’ouvrant ses yeux bleus.

Je n’y voyais pas grand’chose
Et je mêlais les couleurs :
Les pauvres petites fleurs
Avaient la corolle close
Et tout humide de pleurs.

Mais j’ai respiré leur âme,
J’ai contemplé leur réveil…
Là-bas, l’horizon vermeil
S’illuminait d’une flamme
— Et j’attendais le soleil !

(Claude Alitte)

 

 

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MADRIGAL (Evariste Parny)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2017



Illustration: William Dyce
    
MADRIGAL

Non, jamais un chant plus flatteur
N’embellit deux lèvres de rose ;
La flûte avec moins de douceur
Vient chatouiller l’oreille qui repose ;

Ces accents que l’amour vous apprit à former
Se font entendre au cœur mieux qu’à l’oreille :
Heureux qui peut ouvrir cette bouche vermeille,
Et plus heureux cent fois qui peut vous la fermer !

(Evariste Parny)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

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La vie profonde (Anna de Noailles)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2017




La vie profonde

Être dans la nature ainsi qu’un arbre humain,
Étendre ses désirs comme un profond feuillage,
Et sentir, par la nuit paisible et par l’orage,
La sève universelle affluer dans ses mains !

Vivre, avoir les rayons du soleil sur la face,
Boire le sel ardent des embruns et des pleurs,
Et goûter chaudement la joie et la douleur
Qui font une buée humaine dans l’espace !

Sentir, dans son cœur vif, l’air, le feu et le sang
Tourbillonner ainsi que le vent sur la terre.
– S’élever au réel et pencher au mystère,
Être le jour qui monte et l’ombre qui descend.

Comme du pourpre soir aux couleurs de cerise,
Laisser du coeur vermeil couler la flamme et l’eau,
Et comme l’aube claire appuyée au coteau
Avoir l’âme qui rêve, au bord du monde assise…

(Anna de Noailles)

 

 

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