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Où est le fol ? Où est le sage ? (Géo Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2018



 

Ora Tamir - Israeli Surrealist painter - Tutt'Art@ (4)

Où est le fol ? Où est le sage ?
Celui qui d’avoir rêvé
compose le paysage,
celui qui sème le blé,
celui qui ferme la cage
d’où l’oiseau s’est envolé ;
l’enfant qui pêche une image,

où est le fol ? Où le sage ?
Eve et le fruit enchanté,
celui qui part en voyage
à bord d’un simple nuage,
celui qui cherche la clé
de tous les yeux verrouillés,
celui qui tourne la page
pour lire l’autre côté,

où est le fol ? Où le sage ?
Celui qui met son visage
sur l’épaule de l’été,
l’écolière du village
avec le coeur buissonnier,
pour le froment qu’on partage,
celui qui a tout donné ;

où est le fol ? Où le sage ?

(Géo Libbrecht)

Illustration: Ora Tamir

 

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Encore un toast (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2017



 

Encore un toast

Buvons à ta confiance, et à ma fidélité,
À nos présences dans ce même pays,
À jamais envoûtés, soit,
Mais nul hiver ne fut jamais plus beau,
Et jamais sur le ciel on ne vit croix plus fines…
Chaînes plus aériennes, ponts plus grands…
Buvons à tout ce qui sans bruit a fui,
Buvons à notre impossible rencontre,
À tout ce dont je rêve encore
Malgré la porte verrouillée.

(Anna Akhmatova)

 

Titre: L’églantier fleurit et autres poèmes
Traduction: Marion Graf et José-Flore Tappy
Editions: La Dogana

 

 

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Chanson (Gaston Miron)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2016



Chanson

Cortèges des semaines
les voix qui chantent faux
le jargon de nos peines
les amours mécanos

la jarre est dans l’eau morte
les espoirs verrouillés
les secrets sans escortes
et les corps lézardés

sept jours comme des flûtes
les balcons qui colportent
le front las qui se bute
au seuil muet des portes

sur une grande artère
s’en vont les mains fanées
le soupir des années
et l’orgue de misère…

(Gaston Miron)

Illustration: Gilbert Garcin

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ON N’A PAS LE DROIT DE CRIER (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2016



ON N’A PAS LE DROIT DE CRIER

I
On n’a pas le droit de crier
Sous l’immense préau du monde,
Entre les murs pâles de haine
Où l’homme est un paraphe obscène.

On n’a pas le droit de crier ;
Tous les vivants sont verrouillés,
Personne ne connaît personne.

On n’a pas le droit de crier,
De demander pourquoi, d’oser
Regarder les femmes mouillées,
Donner du feu aux cigarettes
Au bout desquelles gît un homme
Dans la litière de ses peines.

On n’a pas le droit de crier,
De cracher rouge, de saigner ;
Tout est trop propre et, dans les chambres,
On cache les agonisants
Qui pourraient salir le pavé :
Pas de balayeur pour les gens,
Mais une trappe dérobée
Dans un coin de la conscience…

II

Partout c’est le même silence
D’hôpital, où, le coeur feutré,
Chacun, sur des rails invisibles,
S’enfonce à petites journées
Comme un lombric dans un cadavre.
Personne ne connaît personne
Dans les usines, dans les gares
Où s’époumone un seul forçat,
Où brûle une seule effigie
Que nul ne songe à regarder.
Tous les vivants sont verrouillés,
Toutes les femmes sous vitrine
Et, si parfois tu te souviens
D’avoir existé sur la terre,
Tu mords tes lèvres, tu renonces.

Ce fut toujours ainsi, crois-moi :
Des graffiti que la pluie lave
Sur les murs aveugles du temps…
Tu n’as pas besoin de crier
Puisque tu n’as que des semblables,

Tu n’as pas besoin de crier
Puisqu’ils sont la bouche et l’oreille,
Puisqu’ils se taisent, puisqu’ils ont
Accepté de vivre leur mort
Sous le domino de la vie.

(Jean Rousselot)

Illustration: Brendan Monroe

 

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Loin profond dedans (Ghyslaine Leloup)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2016




Loin profond dedans
Mots cadenassés chants verrouillés
Autant de ratures sur la page maculée
Autant de cris comme précipité de larmes

Ténèbres sur ténèbres

Lumière sur lumière
Reflets suborneurs
Pièges à mots
Au centre
La sensation vraie
Le mystère sans voix

Transcrire l’autre silence
La langue secrète de l’endroit du temps
Je suis

Entre horloge et monde
À déchiffrer l’alphabet du désir

(Ghyslaine Leloup)

Illustration

 

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