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JE VEUX ÊTRE TOUT EN AMOUR (Claribel Alegría)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2020




    
JE VEUX ÊTRE TOUT EN AMOUR

Je veux être tout en amour
l’amant
la maîtresse
le vertige
la brise
l’eau qui reflète
et ce nuage blanc
fugitif
hésitant
qui nous recouvre un instant.

FRONTIÈRES

J’étais le nuage
et la pluie
et la mer
et je veux être le crépuscule
et le rempart
et toi.

***

Quiero ser todo en el amor…

Quiero ser todo en el amor
el amante
la amada
el vértigo
la brisa
el agua que refleja
y esa nube blanca
vaporosa
indecisa
que nos cubre
un instante.

Fronteras

Fui la nube
y la lluvia
y el mar
y quiero ser la tarde
y la muralla
y tú.

***

QUERO SER TUDO NO AMOR

Quero ser tudo no amor
o amante
a amada
a vertigem
a brisa
a água que reflete
e essa nuvem branca
vaporosa
indecisa
que nos cobre num instante.

FRONTEIRA

Fui nuvem
e chuva
e mar
quero ser a tarde
e a muralha
e tu.

***

VOGLIO OGNI COSA INNAMORATA

Voglio ogni cosa innamorata
l’amante
l’amato
stordimento
la brezza
lo specchio dell’acqua
e quella nuvola bianca
vaporosa
indecisa
che per un istante ci copre.

FRONTIERE

Ero la nuvola
e la pioggia
e il mare
e voglio essere la sera
e il muro
e te.

***

VREAU SĂ FIU TOTUL ÎN IUBIRE

Vreau să fiu totul în iubire
amantul
iubita
vertijul
briza
apa în care se reflectă
norul acela alb,
vaporos,
nehotărât,
care ne-acoperă
o clipă.

FRONTIERE

Am fost norul
și ploaia
și marea
și vreau să fiu înserarea
și peretele
și tu.

***

ΘΕΛΩ ΝΑ `ΜΑΙ Η ΑΓΑΠΗ ΣΕ ΟΛΑ

Θέλω να `μαι η αγάπη σε όλα
στον εραστή
η λατρευτή
ζάλη
η αύρα
ο καθρέφτης του νερού
κι εκείνο τ’ άσπρο σύνεφο
ατμός
αναποφάσιστος
που στιγμιαία σε καλύπτει

ΣΥΝΟΡΑ

Ήμουν το σύνεφο
κι η βροχή
κι η θάλασσα
και θέλω να γίνω το φεγγάρι
κι ο τοίχος
κι εσύ

***

IK WIL ALLES ZIJN IN DE LIEFDE

Ik wil alles zijn in de liefde
de minnaar
de minnares
de duizeling
de bries
het water dat weerspiegelt
en deze vluchtige
weifelende
witte wolk
die ons een ogenblik toedekt.

GRENZEN

Ik was de wolk
en de regen
en de zee
en ik wil de avond zijn
en de muur
en jou.

***

Пусть все любовью будет во мне

Пусть все любовью будет во мне,
и возлюбленная
и любовник
головокружение
и ветер с моря
зеркало моря
и это белое облако
такое тонкое
нерешительное
укрывшее нас на единый миг

Границы

Я была облаком
и была дождем
и была морем
и хочу быть закатом
и стеной
и хочу быть тобой

***

I WANT TO BE EVERYTHING IN LOVE

I want to be everything in love
the lover
the beloved
dizziness
the breeze
the reflecting water
and that white cloud
vaporous
indecisive
that covers us for an instant.

BORDERS

I was the cloud
and the rain
and the sea
and I want to be the noon
and the wall
and you.

***

ICH MÖCHTE ALLES IN DER LIEBE SEIN

Ich möchte alles in der Liebe sein
der Liebhaber
die Geliebte
der Taumel
die Brise
das glitzernde Wasser
und die weiße Wolke,
dampfend,
unentschlossen,
die uns einen Augenblick bedeckt.

GRENZEN

Ich war die Wolke
und der Regen
und das Meer
und ich möchte der Abend sein
und die Mauer
und du.

***

我想成为爱的万物

我想成为爱的万物
爱人者
被爱者
晕眩
微风
反光的水
和那朵朵白云
蒸汽缭绕的
那瞬间
覆盖我们的犹豫

边 界

我过去是云朵
与雨水
和海洋
而我想成为正午
与墙
和你。

***

Ez dixwazim di evînê de her tişt bim

Ez dixwazim di evînê de her tişt bim
evîndar
evînder
sergêj
şine
ava çirusî
û ewrê sipîye,
yê hulmayî,
bê biryar
yê bîhnekê dinyayê dinixumîne.

Sînor

Ez ew ewra bûm
ew barana
û zeryaya
lê ez dixwazim bibim êvar
û dîwar
û tu.

(Claribel Alegría)

 

Recueil: ITHACA 520
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Espagnol (Nicaragua) / Portugais José Eduardo Degrazia / Italien Luca Benassi / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Grec Manolis Aligizakis / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Russe Vyacheslav Kupriyanov / Anglais Stanley H. Barkan / Allemand Wolfgang Klinck / Chinois Zhou Dao Mo / Kurde Husên Hebeş
Editions: POINT

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Si je frappe du pied dans la poussière (Albert Ayguesparse)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2020



    

Si je frappe du pied dans la poussière
ce n’est pas un grouillement de fantômes qui se lève
du pied dans les nuées,
dans les lignes de la main
ce n’est pas une armée d’ossements qui s’avance
un vertige qui souffle sur le sommeil des servantes
si je frappe, le village ne s’envole pas
les anges de perles bleues, rouges, noires
au plafond des auberges ne s’envolent pas
si je frappe du pied, tout ce pays me monte à la tête,
avec derrière lui dans la prière du soir
sa barbe de gros froment roux qui frotte mon épaule
la chaleur des hanches et des bras prise sur la dernière danse
les champs qui se lavent des pieds à la tête
si je frappe du pied, dimanche
trois fois dimanche
trente-trois fois dimanche
et rien ne change, rien ne change jamais
pas une fleur dans la prairie
pas un pli de la robe
pas une étoile de la fièvre bleue des foins
et puis ça recommence du grain à la paille
de la terre au ciel, de la mère à l’enfant
des sources à l’océan fumant sous le coup de midi
de la rosée du matin à la rosée du soir
du paysan qui va aux champs au paysan qui en revient
la main passe, le ciel recule et avance
les servantes, l’amour en tête
montent dans leur chambre pleine d’oracles
si je frappe du pied ça recommence
dimanche, trois fois dimanche, trente-trois fois dimanche.

(Albert Ayguesparse)

 

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Ça veut dire quoi vertige ? (Pascal Commère)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2020



 

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Ça veut dire quoi
vertige ?
demande le rocher

(Pascal Commère)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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JE VEUX QUE VOUS DISIEZ AUX CHOSES … (Emile Ripert)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2020




JE VEUX QUE VOUS DISIEZ AUX CHOSES …

Je veux que vous disiez aux choses
Que c’est moi qui fait votre émoi ;
Je veux que vous disiez aux roses
Que vous les aimez moins que moi ;

Je veux que vous disiez aux branches
Que mes pas sont plus émouvants
Que le bruit des feuilles qui penchent
Leur frais vertige dans le vent ;

Et que vous disiez aux corolles
Que tous leurs plus vibrants parfums
Sont moins grisants que les paroles
Dont je frôle vos cheveux bruns

Et que vous disiez à l’aurore
Qui s’étire parmi l’Azur
Qu’en mes yeux le jour est encore
Plus profond, plus tendre et plus pur

Je veux que vous disiez aux femmes :
« Votre doux coeur ne m’est de rien ;
Le seul soin que je vous réclame
C’est de ne pas toucher au sien » ;

Que vous disiez à tous les hommes :
« Je me moque de vos désirs ;
Nous ne sommes rien, mais nous sommes
Ceux qui s’aiment pour le plaisir» ;

Et je veux que vous disiez même
Au Seigneur vous ouvrant le ciel :
« Y mettrez-vous celui que j’aime ?
Car c’est là qu’est l’essentiel… »

(Emile Ripert)


Illustration: Marc Chagall

 

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LIGNES DE FUITE (Jean-Claude Xuereb)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2020



 

LIGNES DE FUITE

Là où nous porte le désir
sans bagage l’esprit dérive
que brûle la soif de connaître

Après emboîtage du corps
nulle nouvelle n’est transmise
du long voyage à l’étranger

Il doit se poursuivre — dit-on —
en insolite dimension
et traversée d’infini

Enfant nostalgique à jamais
du halo d’un verbe à venir
nef perdue au fil d’un ruisseau

Danseur d’équilibre précaire
toujours menacé le bonheur
se risque au vertige du vide

(Jean-Claude Xuereb)

Illustration

 

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LUCIDE (Marcel Lecomte)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2020


 


 

Anne-Marie Zilberman (1)

LUCIDE

Je me suis jeté sous ton visage.
Mes paroles tremblent en sa présence, paroles
de sourdes confidences à moi-même,
comme en rêve, si j’approche du paysage que je cherche
du paysage semblable au creux des lignes de mon destin

Je sais que tu es le secret qui me concerne.

*

Tes regards brûlent les zones les plus précieuses de ma vie

Elles s’éveillent et se tendent vers toi pour mourir.

Dans un paysage de mort plus complexe que la vie,
qu’elles voudraient montrer encore à tes regards.

*

L’ombre couvre ton front de ses ailes secrètes.
Ton corps se penche et ta main tendue fait frémir le sable du rivage désert.
Sur une route de ton regard avance l’une de mes pensées que tu as prise.
Ta présence contient tout le possible de ma vie.

*

Tu regardes la mer ou ce miroir secret ?
Et je regarde ton visage.
Et tu écoutes pendant de lentes minutes.
La voix de mon amour suit les pas de ton rêve.

*

Connais-tu les reflets du silence ?
Respirant à peine, ton visage te contemple dans mon regard.
Tu ne peux plus me refuser la trace et la forme de ses puissances.
Cette soeur que tu rejoins te sait mieux que tes rêves.

*

Indifférente, distraite,
il n’est pas un de tes gestes
dessinant le silence,
qui ne surprenne le rythme de ma vie,

à la façon d’une voix de vertige,
à la façon d’une voix qui se souvient de ses songes.

Indifférente, distraite.

A l’ombre de tes gestes
mon destin s’arrête.

(Marcel Lecomte)

Illustration: Anne-Marie Zilberman

 

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Comme nous elles naissent opaques (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2020



Comme nous
elles naissent opaques
et d’un matériau commun
pour arriver parfois au diamant
et taillées par un art amoureux
retrouver les éclats
d’une étoile
dont nous sommes restés
les
orphelins obscurs et douloureux

Comme nous
elles sont constituées surtout
de vide
et dorment d’un sommeil animal
autant que végétal
mais sans doute moins inquiet
et plus profond

Comme nous
elles possèdent des membres
des poumons et des paupières
quelles agitent moins souvent
moins brutalement
et avec une extrême discrétion

Elles se parfument
mais d’essences plus subtiles
où entrent des rappels d’alambics
immémoriaux et soufrés

Elles aiment les caresses
et s’usent volontiers
vers des courbes et des rondeurs
familières de nuques et de hanches

Elles se montrent gourmandes
mais d’épices
dont les ardeurs montent plus haut
plus loin dans les vertiges
de la durée
et les sargasses cosmiques
de la création
dans les frayères glauques
des premières vapeurs
des gésines gazeuses du néant

(Werner Lambersy)

Illustration

 

 

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Retouche à la vie (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2020



Retouche à la vie

après chaque course dans les herbes folles
le puits sans fond sans vérité
vertige du vide central
eau maternelle invisible désirée

(Daniel Boulanger)


Illustration

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La vie bleue (Michel Leiris)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2020



Jour et nuit,
dans la foule et dans le désert,
aux tempes un vertige flûté d’opéra,
je vais à pas de funambule.

(Michel Leiris)

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La vie bleue (Michel Leiris)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2020



Jour et nuit,
dans la foule et dans le désert,
aux tempes un vertige flûté d’opéra,
je vais à pas de funambule.

(Michel Leiris)

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