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Poésie

Posts Tagged ‘vertigineux’

Je sais parce que je le dis (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2020




    
Je sais parce que je le dis
Que mes désirs ont raison
Je ne veux pas que nous passions
A la boue
Je veux que le soleil agisse
Sur nos douleurs qu’il nous anime
Vertigineusement
Je veux que nos mains et nos yeux
Reviennent de l’horreur ouvertes pures

Je sais parce que je le dis
Que ma colère a raison
Le ciel a été foulé la chair de l’homme
A été mise en pièces
Glacée soumise dispersée
Je veux qu’on lui rende justice
Une justice sans pitié
Et que l’on frappe en plein visage les bourreaux
Les maîtres sans racines parmi nous

Je sais parce que je le dis
Que mon désespoir a tort
Il y a partout des ventres tendres
Pour inventer des hommes
Pareils à moi
Mon orgueil n’a pas tort
Le monde ancien ne peut me toucher je suis libre
Je ne suis pas un fils de roi je suis un homme
Debout qu’on a voulu abattre

(Paul Eluard)

 

Recueil: Poésie ininterrompue
Traduction:
Editions: Gallimard

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LES ÉTOILES ME SONT CHÈRES (Shmuel Halkin)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2019




    
LES ÉTOILES ME SONT CHÈRES

Toute étoile est chère à mes yeux
Pour la pureté de son feu
Pour son vol parmi des milliers,
Pour son éclat particulier,
Parce que sa clarté profonde
Dans chaque goutte peut se fondre.

Toute étoile est chère à mes yeux
Car jamais n’est double son feu
Quand elle offre à l’eau sa lumière,
Rien n’est plus sombre ni plus clair
Sur la route longue et dorée
Qui monte jusqu’à l’empyrée.

Toute étoile est chère à mes yeux
Tant son ordre est vertigineux,
Je trouve mesure pour elle,
Mais sa lumière en moi se perd
Car elle appartient à la terre
Tout comme elle appartient au ciel.

(Shmuel Halkin)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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AUCUN LIEU (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2019




    
AUCUN LIEU

Il n’y a
aucun lieu
ici
ni ailleurs.

Ici n’existe pas.
Ailleurs n’est pas.
Nous n’avons rien
à chercher.
Attendre est vain.

Il faut habiter le temps
multiple,
lui ressembler.

Avec lui comme lui
sans m’arrêter
je passe
disant adieu
jour après jour
aux figures
que la nuit
vertigineuse
emporte.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’acheteuse (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2018



 

Elle achetait un élixir
dans la ville
d’un autre temps
il nous faut penser à elle
encore aujourd’hui pourtant
quand les bras sont aussi blancs
et les poignets aussi fins
aussi douce la chair
ô vertigineuse vie!

(Jean Follain)

 

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J’eusse aimé que tu me suives (Piero Bigongiari)

Posted by arbrealettres sur 29 novembre 2018



 

feu-rouge

J’eusse aimé que tu me suives

Voulais-je que tu me suives, ou
que tu délaisses mes traces ? Au moment où
le feu est passé au rouge
j’ai traversé, voleur que pourchassaient
ses remords. J’ai laissé derrière moi
les grandes rues, j’ai filé par les sentiers
sans issue. Je me suis retrouvé
sur des ravins de soleil, et là, sur des pics
vertigineux, j’ai attendu
que les digues eussent calmé les eaux
troublées du coeur.

(Piero Bigongiari)

 

 

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Ici (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2018



    
Croix au bord de l’abîme.
C’est ici qu’un malheur arriva. Priez !
C’est ici qu’une âme est tombée de Ciel en Enfer.
C’est ici qu’elle s’est débattue à mort sur une sente vertigineuse où personne ne passait.
(…)
C’est ici que la Bête enchaînée en elle a rompu ses liens et hurlé.
(…)
C’est ici qu’aucun homme ne l’a aidée,
C’est ici que les anges l’ont abandonnée,
C’est ici que Dieu a détourné la tête.

Ici, ce malheur arriva. Priez !

(Marie Noël)

 

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Tiens-moi dans ta main inconnue (Pär Lagerkvist)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2018



Tiens-moi dans ta main inconnue
et ne me lâche pas.
Conduis-moi par des ponts brillant de la lumière du matin
dessus les abîmes vertigineux
où tu tiens l’obscurité captive.

Mais l’obscurité ne peut longtemps être tenue captive.
Bientôt ce sera soir au-dessus de tes ponts
et nuit.
Et peut-être serai-je très seul.

***

Håll mig i din okända hand
och släpp mig inte.
För mig på morgonljusa broar
över de svindlande djup
där du håller mörkret fängslat.

Men mörkret fängslar man inte länge.
Snart skall det vara afton över dina broar
och natt.
Och kanske skall jag vara mycket ensam.

(Pär Lagerkvist)


Illustration

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LA PAROLE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2018



Illustration: Chantal Dufour
    
LA PAROLE

Voleuse
O perle noire enrichie d’étincelles
Ecuyère des mots
Trapéziste du sang
Lancée sur le circuit vertigineux du temps
Convoi de mon amour
Echarpe lumineuse
Je te perds
Je te prends
Je te mets en veilleuse

A nous deux
Dans la nuit sans hâte des cachots
Sur les marches du ciel
Sur les premiers tréteaux
Dans l’ascenseur doré de la lampe
Tressant la flamme avec les barreaux de la cage

Tu passes sur mes dents comme un givre léger
Tu n’as pas le dédain des souffles étrangers
Tu n’es que l’horizon des âmes
L’aventure
Le vent qui va plus loin achève ton murmure
L’arbre mêle ses bonds à ton élan sans bord
Et l’oiseau qui revient te reconduit au port.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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LE PREMIER HOMME (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2017



LE PREMIER HOMME

C’était comme un arbre né de la terre
Mélangeant à l’ardeur de la terre sa vie,
Et dans le vaste chant des marées hautes
Se prolongeait le battement de ses veines.

Créés à la mesure des éléments
L’âme et les sentiments
N’étaient pas en eux-mêmes des tourments
Mais de graves, grands, vagues
Lacs
Réfléchissant le monde,
Et l’écho vertigineux
De la course de la terre à travers les espaces
Étaient les pulsations de son coeur
S’épanouissant en un rythme parfait
Dans les mouvements de ses bras.

***

O PRIMEIRO HOMEM

Era como uma árvore da terra nascida
Confundindo corn o ardor da terra a sua vida,
E no vasto cantar das maris cheias
Continuava o bater das suas veías.

Criados à medida dos elementos
A alma e os sentimentos
Em si nao eram tormentos
Mas graves, grandes, vagos,
Lagos
Reflectindo o mundo,
E o eco sem fundo
Da ascensão da terra nos espaços
Eram os impulsos do seu peito
Florindo num ritmo perfeito
Nos gestos dos seus braços.

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

Illustration: Martin Schoeller

 

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Amour (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



Illustration: Cesar Santos   
    
Amour, crassier où le vent s’allume
crispé comme une main qui ne peut pas se rompre,
il n’y a sous tes cendres qu’un cri mal refermé,
un cri qui s’est repu de fièvre et de clarté
et pour lequel les gorges n’étaient pas assez rauques
et la bouche pas assez meurtrie, pas assez chaude.

Tous les baisers ont une odeur de brûlé.
Les mains tombent des seins comme des larves
et pendent insatisfaites autour de l’homme
hanté de toute cette chair qui s’est faite femme
et vers laquelle il tend un monde de désirs
qui roule dans son sang comme un noyé qui ne peut pas mourir.

Amour intime et tiède comme des entrailles,
toute ta force tient dans l’éclat d’un regard
apparu comme un peu d’eau parmi l’herbe,
dans la fermeté d’un sein qu’on froisse à travers sa lingerie,
dans quelques mots qui sous une apparence banale
ouvrent des chemins vertigineux autour des êtres,
dans quelques caresses qui collent à la peau
si exactement qu’elles prennent la forme d’un autre corps.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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