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Poésie

Posts Tagged ‘vertigineux’

AUCUN LIEU (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2019




    
AUCUN LIEU

Il n’y a
aucun lieu
ici
ni ailleurs.

Ici n’existe pas.
Ailleurs n’est pas.
Nous n’avons rien
à chercher.
Attendre est vain.

Il faut habiter le temps
multiple,
lui ressembler.

Avec lui comme lui
sans m’arrêter
je passe
disant adieu
jour après jour
aux figures
que la nuit
vertigineuse
emporte.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’acheteuse (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2018



 

Elle achetait un élixir
dans la ville
d’un autre temps
il nous faut penser à elle
encore aujourd’hui pourtant
quand les bras sont aussi blancs
et les poignets aussi fins
aussi douce la chair
ô vertigineuse vie!

(Jean Follain)

 

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J’eusse aimé que tu me suives (Piero Bigongiari)

Posted by arbrealettres sur 29 novembre 2018



 

feu-rouge

J’eusse aimé que tu me suives

Voulais-je que tu me suives, ou
que tu délaisses mes traces ? Au moment où
le feu est passé au rouge
j’ai traversé, voleur que pourchassaient
ses remords. J’ai laissé derrière moi
les grandes rues, j’ai filé par les sentiers
sans issue. Je me suis retrouvé
sur des ravins de soleil, et là, sur des pics
vertigineux, j’ai attendu
que les digues eussent calmé les eaux
troublées du coeur.

(Piero Bigongiari)

 

 

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Ici (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2018



    
Croix au bord de l’abîme.
C’est ici qu’un malheur arriva. Priez !
C’est ici qu’une âme est tombée de Ciel en Enfer.
C’est ici qu’elle s’est débattue à mort sur une sente vertigineuse où personne ne passait.
(…)
C’est ici que la Bête enchaînée en elle a rompu ses liens et hurlé.
(…)
C’est ici qu’aucun homme ne l’a aidée,
C’est ici que les anges l’ont abandonnée,
C’est ici que Dieu a détourné la tête.

Ici, ce malheur arriva. Priez !

(Marie Noël)

 

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Tiens-moi dans ta main inconnue (Pär Lagerkvist)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2018



Tiens-moi dans ta main inconnue
et ne me lâche pas.
Conduis-moi par des ponts brillant de la lumière du matin
dessus les abîmes vertigineux
où tu tiens l’obscurité captive.

Mais l’obscurité ne peut longtemps être tenue captive.
Bientôt ce sera soir au-dessus de tes ponts
et nuit.
Et peut-être serai-je très seul.

***

Håll mig i din okända hand
och släpp mig inte.
För mig på morgonljusa broar
över de svindlande djup
där du håller mörkret fängslat.

Men mörkret fängslar man inte länge.
Snart skall det vara afton över dina broar
och natt.
Och kanske skall jag vara mycket ensam.

(Pär Lagerkvist)


Illustration

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LA PAROLE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2018



Illustration: Chantal Dufour
    
LA PAROLE

Voleuse
O perle noire enrichie d’étincelles
Ecuyère des mots
Trapéziste du sang
Lancée sur le circuit vertigineux du temps
Convoi de mon amour
Echarpe lumineuse
Je te perds
Je te prends
Je te mets en veilleuse

A nous deux
Dans la nuit sans hâte des cachots
Sur les marches du ciel
Sur les premiers tréteaux
Dans l’ascenseur doré de la lampe
Tressant la flamme avec les barreaux de la cage

Tu passes sur mes dents comme un givre léger
Tu n’as pas le dédain des souffles étrangers
Tu n’es que l’horizon des âmes
L’aventure
Le vent qui va plus loin achève ton murmure
L’arbre mêle ses bonds à ton élan sans bord
Et l’oiseau qui revient te reconduit au port.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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LE PREMIER HOMME (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2017



LE PREMIER HOMME

C’était comme un arbre né de la terre
Mélangeant à l’ardeur de la terre sa vie,
Et dans le vaste chant des marées hautes
Se prolongeait le battement de ses veines.

Créés à la mesure des éléments
L’âme et les sentiments
N’étaient pas en eux-mêmes des tourments
Mais de graves, grands, vagues
Lacs
Réfléchissant le monde,
Et l’écho vertigineux
De la course de la terre à travers les espaces
Étaient les pulsations de son coeur
S’épanouissant en un rythme parfait
Dans les mouvements de ses bras.

***

O PRIMEIRO HOMEM

Era como uma árvore da terra nascida
Confundindo corn o ardor da terra a sua vida,
E no vasto cantar das maris cheias
Continuava o bater das suas veías.

Criados à medida dos elementos
A alma e os sentimentos
Em si nao eram tormentos
Mas graves, grandes, vagos,
Lagos
Reflectindo o mundo,
E o eco sem fundo
Da ascensão da terra nos espaços
Eram os impulsos do seu peito
Florindo num ritmo perfeito
Nos gestos dos seus braços.

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

Illustration: Martin Schoeller

 

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Amour (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



Illustration: Cesar Santos   
    
Amour, crassier où le vent s’allume
crispé comme une main qui ne peut pas se rompre,
il n’y a sous tes cendres qu’un cri mal refermé,
un cri qui s’est repu de fièvre et de clarté
et pour lequel les gorges n’étaient pas assez rauques
et la bouche pas assez meurtrie, pas assez chaude.

Tous les baisers ont une odeur de brûlé.
Les mains tombent des seins comme des larves
et pendent insatisfaites autour de l’homme
hanté de toute cette chair qui s’est faite femme
et vers laquelle il tend un monde de désirs
qui roule dans son sang comme un noyé qui ne peut pas mourir.

Amour intime et tiède comme des entrailles,
toute ta force tient dans l’éclat d’un regard
apparu comme un peu d’eau parmi l’herbe,
dans la fermeté d’un sein qu’on froisse à travers sa lingerie,
dans quelques mots qui sous une apparence banale
ouvrent des chemins vertigineux autour des êtres,
dans quelques caresses qui collent à la peau
si exactement qu’elles prennent la forme d’un autre corps.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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SULTANERIE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017


 


 

SULTANERIE

Dans tes cheveux, flot brun qui submerge le peigne
Sur tes seins frissonnants, ombrés d’ambre, que baigne
L’odeur des varechs morts dans les galets le soir,
Je veux laisser tomber par gouttes les essences
Vertigineuses et, plis froids, les patiences
Orientales, en fleurs d’or sur tulle noir.

Éventrant les ballots du pays de la peste,
J’y trouverai, trésor brodé, perlé, la veste
Qui cache mal ta gorge et laisse luire nus
Tes flancs. Et dans tes doigts je passerai des bagues
Où, sous le saphir, sous l’opale aux lueurs vagues,
Dorment les vieux poisons aux effets inconnus.

Dans l’opium de tes bras, le haschisch de ta nuque,
Je veux dormir, malgré les cris du monde eunuque
Et le poignard qui veut nous clouer cœur sur cœur.
Qu’entre tes seins, faisant un glissement étrange,
Ton sang de femme à mon sang d’homme se mélange,
La mort perpétuera l’éclair d’amour vainqueur !

(Charles Cros)

Illustration: William Bouguereau

 

 

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DEMAIN LES HERBES ROUGES (Jean-Paul Filion)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2017



Caroline Besse x247

DEMAIN LES HERBES ROUGES

J’ai le mal d’homme comme on traîne une blessure
J’ai le mal de ciel et celui d’enfer
Mais l’espace a créé sa forge d’étoiles
Qui viendra souffler sur mon épouvante
Demain les herbes rouges

Il a venté sur ma joie en poussière
Et j’attends de l’univers un nouveau dialogue
J’ai l’amour en cascade le bon Dieu au rancart
M’occupant à jeter un pont sur le matin
Demain les herbes rouges

J’abhorre les esprits les magies les phantasmes
Mon regard famélique n’est plus à la table des astres
Contre la moire des sources vertigineuses
Je veux mordre mon pain d’écorce et de terreau
Demain les herbes rouges

J’offre mes larmes ténébreuses à dévorer par le feu
Que le jour engouffre mes neiges et mes nuits
Mon coeur n’est plus gisant sous la cognée du soleil
Qui entre blondir le pays que j’habite
Demain les herbes rouges.

(Jean-Paul Filion)

Illustration: Caroline Besse

 

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