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Poésie

Posts Tagged ‘vertigineux’

LA PAROLE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2018



Illustration: Chantal Dufour
    
LA PAROLE

Voleuse
O perle noire enrichie d’étincelles
Ecuyère des mots
Trapéziste du sang
Lancée sur le circuit vertigineux du temps
Convoi de mon amour
Echarpe lumineuse
Je te perds
Je te prends
Je te mets en veilleuse

A nous deux
Dans la nuit sans hâte des cachots
Sur les marches du ciel
Sur les premiers tréteaux
Dans l’ascenseur doré de la lampe
Tressant la flamme avec les barreaux de la cage

Tu passes sur mes dents comme un givre léger
Tu n’as pas le dédain des souffles étrangers
Tu n’es que l’horizon des âmes
L’aventure
Le vent qui va plus loin achève ton murmure
L’arbre mêle ses bonds à ton élan sans bord
Et l’oiseau qui revient te reconduit au port.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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LE PREMIER HOMME (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2017



LE PREMIER HOMME

C’était comme un arbre né de la terre
Mélangeant à l’ardeur de la terre sa vie,
Et dans le vaste chant des marées hautes
Se prolongeait le battement de ses veines.

Créés à la mesure des éléments
L’âme et les sentiments
N’étaient pas en eux-mêmes des tourments
Mais de graves, grands, vagues
Lacs
Réfléchissant le monde,
Et l’écho vertigineux
De la course de la terre à travers les espaces
Étaient les pulsations de son coeur
S’épanouissant en un rythme parfait
Dans les mouvements de ses bras.

***

O PRIMEIRO HOMEM

Era como uma árvore da terra nascida
Confundindo corn o ardor da terra a sua vida,
E no vasto cantar das maris cheias
Continuava o bater das suas veías.

Criados à medida dos elementos
A alma e os sentimentos
Em si nao eram tormentos
Mas graves, grandes, vagos,
Lagos
Reflectindo o mundo,
E o eco sem fundo
Da ascensão da terra nos espaços
Eram os impulsos do seu peito
Florindo num ritmo perfeito
Nos gestos dos seus braços.

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

Illustration: Martin Schoeller

 

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Amour (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



Illustration: Cesar Santos   
    
Amour, crassier où le vent s’allume
crispé comme une main qui ne peut pas se rompre,
il n’y a sous tes cendres qu’un cri mal refermé,
un cri qui s’est repu de fièvre et de clarté
et pour lequel les gorges n’étaient pas assez rauques
et la bouche pas assez meurtrie, pas assez chaude.

Tous les baisers ont une odeur de brûlé.
Les mains tombent des seins comme des larves
et pendent insatisfaites autour de l’homme
hanté de toute cette chair qui s’est faite femme
et vers laquelle il tend un monde de désirs
qui roule dans son sang comme un noyé qui ne peut pas mourir.

Amour intime et tiède comme des entrailles,
toute ta force tient dans l’éclat d’un regard
apparu comme un peu d’eau parmi l’herbe,
dans la fermeté d’un sein qu’on froisse à travers sa lingerie,
dans quelques mots qui sous une apparence banale
ouvrent des chemins vertigineux autour des êtres,
dans quelques caresses qui collent à la peau
si exactement qu’elles prennent la forme d’un autre corps.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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SULTANERIE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017


 


 

SULTANERIE

Dans tes cheveux, flot brun qui submerge le peigne
Sur tes seins frissonnants, ombrés d’ambre, que baigne
L’odeur des varechs morts dans les galets le soir,
Je veux laisser tomber par gouttes les essences
Vertigineuses et, plis froids, les patiences
Orientales, en fleurs d’or sur tulle noir.

Éventrant les ballots du pays de la peste,
J’y trouverai, trésor brodé, perlé, la veste
Qui cache mal ta gorge et laisse luire nus
Tes flancs. Et dans tes doigts je passerai des bagues
Où, sous le saphir, sous l’opale aux lueurs vagues,
Dorment les vieux poisons aux effets inconnus.

Dans l’opium de tes bras, le haschisch de ta nuque,
Je veux dormir, malgré les cris du monde eunuque
Et le poignard qui veut nous clouer cœur sur cœur.
Qu’entre tes seins, faisant un glissement étrange,
Ton sang de femme à mon sang d’homme se mélange,
La mort perpétuera l’éclair d’amour vainqueur !

(Charles Cros)

Illustration: William Bouguereau

 

 

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DEMAIN LES HERBES ROUGES (Jean-Paul Filion)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2017



Caroline Besse x247

DEMAIN LES HERBES ROUGES

J’ai le mal d’homme comme on traîne une blessure
J’ai le mal de ciel et celui d’enfer
Mais l’espace a créé sa forge d’étoiles
Qui viendra souffler sur mon épouvante
Demain les herbes rouges

Il a venté sur ma joie en poussière
Et j’attends de l’univers un nouveau dialogue
J’ai l’amour en cascade le bon Dieu au rancart
M’occupant à jeter un pont sur le matin
Demain les herbes rouges

J’abhorre les esprits les magies les phantasmes
Mon regard famélique n’est plus à la table des astres
Contre la moire des sources vertigineuses
Je veux mordre mon pain d’écorce et de terreau
Demain les herbes rouges

J’offre mes larmes ténébreuses à dévorer par le feu
Que le jour engouffre mes neiges et mes nuits
Mon coeur n’est plus gisant sous la cognée du soleil
Qui entre blondir le pays que j’habite
Demain les herbes rouges.

(Jean-Paul Filion)

Illustration: Caroline Besse

 

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A l’écoute d’un chant (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2017



Illustration: Freydoon Rassouli

 

A l’écoute d’un chant

Une voix de femme passe comme le vent,
Noire, dirait-on, humide, nocturne.
Tout ce qu’elle touche au vol, aussitôt
Se transforme.
Elle scintille, diamantine,
Argente ici ou là quelque chose un instant,
Bruisse, costume étrange,
Soies prodigieuses.
Si puissant,
Ce qui aimante la voix, l’ensorcelle :
Comme si devant, là-bas, ce n’était pas la tombe, mais l’envol
D’un escalier vertigineux.

(Anna Akhmatova)

 

 


Titre: L’églantier fleurit et autres poèmes
Traduction: Marion Graf et José-Flore Tappy
Editions: La Dogana

 

 

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Le Tao est le vide (Lao Tseu)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2016



Le Tao est le vide,
mais le vide
est inépuisable.
C’est un abîme vertigineux.
Insondable.
De lui
sont sortis
tous ceux qui vivent.
Eternellement,
il émousse ce qui est aigu,
dénoue le fil des existences,
fait jaillir la lumière.
Du rien, crée toute chose.
Sa pureté est indicible.
Il n’a pas de commencement.
Il est.
Nul ne l’a engendré.
Il était déjà là
quand naquit le maître du ciel.

(Lao Tseu)

Illustration et Vide Quantique

 

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Andromède au monstre (José-Maria de Hérédia)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2016



La Vierge Céphéenne, hélas! encor vivante,
Liée, échevelée, au roc des noirs îlots,
Se lamente en tordant avec de vains sanglots
Sa chair royale où court un frisson d’épouvante.

L’Océan monstrueux que la tempête évente
Crache à ses pieds glacés l’âcre bave des flots,
Et partout elle voit, à travers ses cils clos,
Bâiller la gueule glauque, innombrable et mouvante.

Tel qu’un éclat de foudre en un ciel sans éclair,
Tout à coup, retentit un hennissement clair.
Ses yeux s’ouvrent. L’horreur les emplit, et l’extase;

Car elle a vu, d’un vol vertigineux et sûr,
Se cabrant sous le poids du fils de Zeus, Pégase
Allonger sur la mer sa grande ombre d’azur.

(José-Maria de Hérédia)

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Ouvre sur moi tes yeux si tristes… (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2016



Lauri Blank -  T  (37) [800x600]

Ouvre sur moi tes yeux si tristes et si tendres,
Miroirs de mon étoile, asiles éclairés,
Tes yeux plus solennels de se voir adorés,
Temples où le silence est le secret d’entendre.

Quelle île nous conçut des strophes de la mer?
Onde où l’onde s’enroule à la houle d’une onde,
Les vagues de nos soirs expirent sur le monde
Et regonflent en nous leurs eaux couleur de chair.

Un souffle d’île heureuse et de santal soulève
Tes cheveux, innombrables ailes, et nous fuit
De la nuit à la rose, arôme, dans la nuit,
Par delà ton sein double et pur, Delphes du rêve.

Parle. Ta voix s’incline avec ta bouche. Un dieu
Lui murmure les mots de la mélancolie
Hâtive d’être aimée autant qu’elle est jolie
Et qui dans les ferveurs sent frémir les adieux.

Ta voix, c’est le soupir d’une enfance perdue.
C’est ta fragilité qui vibre de mourir.
C’est ta chair qui, toujours plus fière de fleurir,
Toujours se croit dans l’ombre à demi descendue.

Enlaçons-nous. Le vent vertigineux des jours
Arrache la corolle avant la feuille morte.
Le vent qui tourne autour de la vie et l’emporte
Sans vaincre nos désirs peut rompre nos amours.

Et s’il veut nous ravir à la vertu d’éclore,
Que nous restera-t-il de ce jour surhumain?
La fièvre du front lourd, trop lourd pour une main,
Et le songe, qui meurt brusquement à l’aurore.

(Pierre Louÿs)

Illustration: Lauri Blank 

 

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Une journée, pour toi (Ted Hughes)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2016



 

Charnine _Babylon

Une journée, pour toi,
C’était vingt-quatre échelons d’un escalier de secours
suspendu, spirale vertigineuse au-dessus du néant,
Menant au néant.

(Ted Hughes)

Illustration: Charnine 

Découvert chez Lara ici

 

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