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Posts Tagged ‘vestibule’

À mon frère Miguel (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2019




    
À mon frère Miguel
In memoriam.

Petit frère, je suis là assis sur le banc de notre maison,
où tu nous manques infiniment!
Je me rappelle, c’est l’heure où nous jouions, et maman
nous câlinait : « Vraiment, les enfants… »

Maintenant je me cache,
comme avant, toutes ces prières
vespérales, et j’espère que tu ne me trouveras pas.
Dans la grande salle, le vestibule, les couloirs.
Ensuite, c’est à toi de te cacher et moi, je ne te trouve pas.
Je me rappelle que nous nous faisions pleurer,
petit frère, à ce jeu-là.

Miguel, tu t’es caché
une nuit d’août, au lever du jour;
mais au lieu de te cacher en riant, tu étais triste…
Et ton coeur jumeau de ces après-midi
consumées, s’est lassé de ne pas te trouver. Et voilà
l’ombre qui tombe sur mon âme.

Dis, petit frère, ne tarde pas
à sortir. Allons? Maman pourrait s’inquiéter.

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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AUX MUETS (Georg Trakl)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2018



 

AUX MUETS

O la folie de la grande ville quand le soir
Des arbres rabougris sont là, figés contre un mur noir,
A travers le masque d’argent l’esprit du mal regarde ;
La lumière, de son fouet magnétique, repousse la nuit de pierre.
O, le son englouti des cloches du soir.

Prostituée qui, avec des frissons glacés, accouche d’un enfant mort.
Furieusement la colère de Dieu fouette le front du possédé,
Epidémie pourpre, faim qui brise des yeux verts.
O, l’atroce rire de l’or.

Mais saigne en silence dans l’ombre d’une caverne
Une humanité plus muette
Qui, assemblant de durs métaux, forme la tête salvatrice.
Voyait la neige tomber dans le branchage nu
Et l’ombre de l’assassin dans la pénombre du vestibule.

Argentée la tête de celui qui n’était pas né tomba.

***

AN DIE VERSTUMMTEN

O, der Wahnsinn der grossen Stadt, da am Abend
An schwarzer Mauer verkrüppelte Bäume starren,
Aus silberner Maske der Geist des Bösen schaut ;
Licht mit magnetischer Geissel die steinerne Nacht verdrängt.
O, das versunkene Läuten der Abendglocken.

Hure, die in eisigen Schauern ein totes Kindlein gebärt.
Rasend peitscht Gottes Zorn die Stirne des Besessenen,
Purpurne Seuche, Hunger, der grüne Augen zerbricht.
O, das grässliche Lachen des Golds.

Aber stille blutet in dunkler Höhle stummere Menschheit,
Fügt aus harten Metallen das erlösende Haupt.
Sah, dans Schnee fiel in kahles Gezweig
Und im dämmernden Hausflur den Schatten des Mórders.

Silbern sank des Ungebornen Haupt hin.

(Georg Trakl)

Illustration: Zdzislaw Beksinski

 

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LE SUD (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    
LE SUD

Du fond d’un de tes patios avoir regardé
les antiques étoiles,
d’un banc de l’ombre avoir regardé
ces lumières éparses
que mon ignorance n’a pas appris à nommer
ni à ordonner en constellations,
avoir senti le cercle d’eau
dans la secrète citerne,
l’odeur du jasmin et du chèvrefeuille,
le silence de l’oiseau endormi,
la voûte du vestibule, l’humidité
— ces choses, peut-être, sont le poème.

(Jorge Luis Borges)

 

Recueil: L’or des tigres
Traduction: Ibarra
Editions: Gallimard

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Visite à une maison vide (Pierre Gamarra)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2016



Visite à une maison vide

Je suis entré. Des songes m’attendaient,
Poussières et caramel, dans le vestibule,
Et des fantômes gris,
Et des fantômes perles.
La rampe de l’escalier me chuchotait
Milles mains.
Une portes a gémi, gémi
pour me raconter les soupirs
D’une fiancée d’autrefois,
Organdi, libellule, argent,
Bougie rose, valse défunte,
Un cheval noir devant la porte,
Une épée dans les iris noirs.

Je suis entré. Dans cette chambre
Naquirent des enfants légers,
Par des aurores de jasmin,
Par des crépuscules de menthe
Je les vois glisser sur la rampe,
Je les vois danser au matin
Et cueillir des fleurs fraternelles
Et battre des ailes, des ailes
Dans la patience de l’été.

Je suis entré. Les planchers murmuraient
Des sandales et des cothurnes
Le cuir, le cygne, le vair,
Des empreintes d’or et de feu,
Et puis, j’ai vu ces pieds nus,
Cette trace incertaine et certaine,
La poudre infime d’une peine,
Le sillage d’un désespoir,
La caresse d’une espérance
Et quelqu’un s’est mis à chanter
Du haut en bas de la maison.

(Pierre Gamarra)

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La poésie (Jean Aron)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2015



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La poésie,
ce vestibule du silence
comme un frisson
derrière chaque porte,
et dont une,
un jour peut-être,
s’ouvrira.

(Jean Aron)

 

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