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Poésie

Posts Tagged ‘vestige’

Cher ange de ma naissance (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2018




Cher ange de ma naissance,
Tous les vestiges de ma vie,
Or des pétales épars,
Coquillages après le reflux
Amassés sur des grèves désertes
Par un secret labeur d’amour,
Sauve, immortels dans la mémoire,
Les trésors de ma tombe.

***

Dear angel of my birth,
All my life’s loss,
Gold of fallen flowers,
Shells after ebbing wave
Gathered on lonely shores
With secret toil of love,
Deathless in memory save
The treasures of my grave.

(Kathleen Raine)

 

 

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Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir,
Du passé lumineux recueille tout vestige!
Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige…
Tout souvenir en moi luit comme un ostensoir!

(Charles Baudelaire)

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Incompatibilité (Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018


esprit

Tout là-haut, tout là-haut, loin de la route sûre,
Des fermes, des vallons, par delà les coteaux,
Par delà les forêts, les tapis de verdure,
Loin des derniers gazons foulés par les troupeaux,

On rencontre un lac sombre encaissé dans l’abîme
Que forment quelques pics désolés et neigeux ;
L’eau, nuit et jour, y dort dans un repos sublime,
Et n’interrompt jamais son silence orageux.

Dans ce morne désert, à l’oreille incertaine
Arrivent par moments des bruits faibles et longs,
Et des échos plus morts que la cloche lointaine
D’une vache qui paît aux penchants des vallons.

Sur ces monts où le vent efface tout vestige,
Ces glaciers pailletés qu’allume le soleil,
Sur ces rochers altiers où guette le vertige,
Dans ce lac où le soir mire son teint vermeil,

Sous mes pieds, sur ma tête et partout, le silence,
Le silence qui fait qu’on voudrait se sauver,
Le silence éternel et la montagne immense,
Car l’air est immobile et tout semble rêver.

On dirait que le ciel, en cette solitude,
Se contemple dans l’onde, et que ces monts, là-bas,
Écoutent, recueillis, dans leur grave attitude,
Un mystère divin que l’homme n’entend pas.

Et lorsque par hasard une nuée errante
Assombrit dans son vol le lac silencieux,
On croirait voir la robe ou l’ombre transparente
D’un esprit qui voyage et passe dans les cieux.

(Baudelaire)

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QUEL VESTIGE EN LA CENDRE ? (Pierre Béarn)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2018



QUEL VESTIGE EN LA CENDRE ?

Ombre à mon ombre usée ton pas vient dans le mien
toujours feutré de cendre et mon pas s’en irrite,
quel vestige en la cendre attestera mon bien ?

Irritation d’une ombre appuyée sur sa fuite,
tu marquas le Destin de ton chiffre orgueilleux
à l’aube où l’espérance estompait tes limites.

Pour se vouloir plus grand que la taille entrevue
tu n’auras projeté dans l’envol des soleils
qu’une étoile étourdie qui se veut attendue.

Dans un ciel surpeuplé que devient ta lumière ?
Tes semailles d’amour n’ont pas su refleurir.
La nuit descend pour accueillir les éphémères.

Ton arbre périra dans la flore anonyme
sans qu’un écho se moule au chant de tes oiseaux
sans qu’une aube de gloire ait reconnu ta cime.

Ombre à mon ombre usée ton pas vient dans le mien
toujours feutré de cendre et mon pas s’en irrite,
quel vestige en la cendre attestera mon bien ?

(Pierre Béarn)

 

 

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Du dehors (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2018


 

Le roc non plus
Ne sait rien de l’image
Qu’ont de lui les amants
Dans son ombre adossés
Aux vestiges du temps.

Ce qu’il sait, c’est la force
En lui du tremblement
Qui ne l’a pas quitté,

Son rêve d’être ensemble
A pénétrer le lieu
Fait de l’autre et de soi

Confondus dans l’approche
Et dans la découverte.

(Guillevic)

Illustration

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VESTIGE (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2018



 

papier peint chardons

VESTIGE

Je me reconstruis.
Ou, de ce peu de voix
qui ne se désagrège pas,
je te parle.

De ce qu’
un mot aurait pu vivre
sans moi,
dans la rotondité d’un oeil
qui s’ouvre et se ferme.
Et de ce que signifie être découvert.

Je me reconstruis.
Je me dépouille de ce qui reste
de ma voix.

Cette maison,
croulant sous les tiges
de chardon blanc, dans la glaise
qui éclate
dans la lumière
des bouches.

Mon à jamais,
toujours uni au tien.

(Paul Auster)

 

 

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Le visage – lumière du corps (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2018


127190-1-soeur-sourire

Une femme enceinte s’assied
et cause avec son corps
***

La langue se rouille d’un excès de parole
L’oeil se rouille par manque de rêve
***

Les rides –
fissures au visage
fossés dans le coeur
***

Corps – une moitié est seuil
l’autre est inclination
***

Le visage – lumière du corps
Quand le visage s’assombrit
le corps tout entier s’éteint
***

Le ciel te lit
Mais seulement après que la terre t’a écrit
***

Parfois
la ligne droite est un chemin
menant nulle part
***

L’homme est un livre
que la vie lit sans cesse
la mort le lit en un seul instant
une seule fois
***

L’idée du réel – feu
mais de paille
qui aussitôt s’éteint
***

Les plus belles lampes parfois
sont celles que nous allumons
non pour voir la lumière
mais pour voir l’ombre
***

La couleur est une couverture
L’oeil ne peut la voir que s’il s’en recouvre
***

La mélodie est pour l’oreille
La couleur est pour l’oeil
le mot est pour le corps tout entier
***

Les couleurs semblent tantôt nues
tantôt habillées
sauf le noir –
il a toujours l’air d’être nu-habillé
***

La raison est vestige
La folie est voyage
***

(Adonis)

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Chuchotements (James Denis)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2017



Illustration: Paul Delvaux
    
Chuchotements

Au bord d’un lac glacé, un vestige miroir
S’est dévêtu d’un gel qui ornait sa guêpière
D’un soupir noir, Vénus était beauté d’un soir,
Un secret décoiffé par un fil de lumière.

Un sombre désespoir au regard de satin,
Un esprit engorgé d’acide ! Des étoiles
Aux paupières de sang se sont émerveillées
En s’aveuglant d’un ciel bleu au petit matin.
Chaussés de sable fin les rides sont les voiles
D’un secret s’accrochant à des Lunes fardées.

L’éclat s’est assoiffé de plaisirs élégants,
Les racines de l’âge ont sucré mes entrailles,
Un gout de miel poivré de souvenirs fondants,
Chuchote ainsi l’amour aux douces funérailles.

(James Denis)

 

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Ainsi nous révélons notre statut avec cornes géminées, disque, serpent érigé (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2017



dieux égyptiens

Les murs ne tombent pas
[8]

Ainsi nous révélons notre statut
avec cornes géminées, disque, serpent érigé,

bien qu’eux ou la plume-double ou lotus
soient, nous dis-tu à présent, des ornements

triviaux, intellectuels ;
les poètes sont inutiles,

et plus encore,
nous, relique authentique,

porteurs de la sagesse secrète,
vestiges vivants

du premier cercle
des initiés du sanctuaire,

ne sommes pas seulement « non-utilitaires »,
nous sommes « pathétiques » :

c’est là la nouvelle hérésie
mais si tu ne comprends même pas ce que disent les mots,

comment peux-tu penser juger
ce que dissimulent les mots ?

pourtant les anciennes rubriques révèlent
que nous sommes revenus au début :

tu as un long chemin à faire,
marche avec attention, parle poliment

à ceux qui ont achevé leur cycle de ver,
car les dieux ont déjà été écrasés

avec les idoles et leur secret est conservé
dans la parole même de l’homme,

dans le trivial ou
le vrai rêve ; insigne

dans la crête du héron,
le dos de l’aspic,

énigmes, rubriques promettent comme
avant, protection pour le scribe ;

il a préséance sur le prêtre,
il n’est inférieur qu’au Pharaon.

***

So we reveal our status
with twin-horns, disk, erect serpent,

though these or the double-plume or lotus
are, you now tell us, trivial

intellectual adornment;
poets are useless,

more than that,
we, authentic relic,

bearers of the secret wisdom,
living remnant

of the inner band
of the sanctuaries’ initiate,

are not only `non-utilitarian’,
we are ‘pathetic’:

this is the new heresy;
but if you do not even understand what words say,

how can you expect to pass judgement
on what words conceal?

yet the ancient rubrics reveal that
we are back at the beginning:

you have a long way to go,
walk carefully, speak politely

to those who have done their worm-cycle,
for gods have been smashed before

and idols and their secret is stored
in man’s very speech,

in the trivial or
the real dream; insignia

in the heron’s crest,
the asp’s back,

enigmas, rubrics promise as before,
protection for the scribe;

he takes precedence of the priest,
stands second only to the Pharoah.

(Hilda Doolittle)

 

 

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La Flamme Bleue (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2017



La Flamme Bleue

C’est sur le noir, le
roc
que brûle cette faible flamme:
brandon, chandelle ou torche
qu’un vent sorcier tourmente.

Signe? Vestige?
Âme peut-être
impérissable alors
d’un corps de feu que la terre a repris.

La nuit s’accroît,
assaille la promesse
tandis que dans le froid
les gouffres bâillent.

Un ange vient
et de ses mains protège
la flamme bleue qui tremble.

(Jean Joubert)

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