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PETITE CHANSON POUR UNE ORPHELINE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2019



    

PETITE CHANSON POUR UNE ORPHELINE

A quoi rêvent les orphelins
quand la mort rôde et aboie
Le désespoir attend son tour
quand s’annonce la solitude

Orpheline aux yeux noirs
petite fille de la nuit
donnez-moi la main

Nous sommes tous des orphelins
vêtus de sombre et de chagrins
Nous voulons vivre d’espoir
n’est-il pas déjà trop tard

Petite fille aux yeux noirs
orpheline de la nuit
votre main donnez-la moi

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et Poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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Il ne convient rire des mots (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2019



Illustration
    
il ne convient rire des mots
mais les aimer pour ce qu’ils sont
des écureuils des hérissons
d’autre bizarres animaux

qui dans le beau monde n’ont pas
de nom mais en langue verna-
culaire en ont de rigolos
alors on peut rire des mots

et les aimer en même temps
leur donner à manger du son
à boire du pinot beurot

à respirer le vent d’antan
et les vêtir de calicot
et puis leur chanter des chansons

(Jean-Claude Pirotte)

 

Recueil: Gens sérieux s’abstenir
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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NOCTURNE À LA STATUE (Xavier Villaurrutia)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2018


 


Willy Verginer

 

NOCTURNE À LA STATUE

Rêver, rêver la nuit, la rue, l’escalier
et le cri de la statue qui tourne le coin.
Courir vers la statue et ne trouver que le cri,
vouloir toucher le cri et ne trouver que l’écho,
vouloir saisir l’écho et ne trouver que le mur
et courir vers le mur et toucher un miroir.
Trouver dans le miroir la statue assassinée,
la sortir du sang de son ombre,
la vêtir en un clin d’oeil,
la caresser comme une soeur imprévue
et jouer avec les bâtonnets de ses doigts
et compter dans son oreille cent fois cent cent fois
jusqu’à l’entendre dire : «je suis morte de peur».

(Xavier Villaurrutia)

Illustration: Willy Verginer

 

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La métaphysicienne (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2018




    
La métaphysicienne

Entre la très savante et très loquace
métaphysicienne,
tout de blanc vêtue
et nous autres qui l’écoutions,
passagers de l’éphémère,
soudain bondit un chat très noir
qui bouscula non pas la belle
mais son discours,
si bien que nous ne sûmes pas
à quoi ressemble Dieu,
quels sont ses attributs, ses pouvoirs
et quel séjour d’éternité
éventuellement il nous propose.

(Jean Joubert)

 

Recueil: Longtemps j’ai courtisé la nuit
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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TERRE ET POÉSIE (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2018



 

TERRE ET POÉSIE

La poésie, comme l’amour, charge de tout son contenu,
force à tous ses espaces le visage, le geste, le mot.
Sans elle, à l’instant d’être, ils seraient déjà morts —
ou cernés à jamais en leur étroite forme,
ce qui est mourir d’une autre façon.

Le roman prend corps pour ensuite se vêtir.
Prenant âme, la poésie demeure nue.

L’heure aride : des clefs sur la table et pas de porte à ouvrir.

La poésie suggère. En cela, elle est plus proche qu’on ne pense
de la vie, qui est toujours en deçà de l’instant qui frappe.

La poésie n’est pas la proie du poème.
Elle assiège et s’éclipse.
Nous laissant plus gravé dans l’argile, ou plus libre d’un anneau.

Lorsqu’on a pressenti, rien qu’une fois, l’immensité de l’aventure humaine,
on peut se demander quelle force nous retient dans l’étroit.
Quelle force est là, qui fait que nous poursuivons quand même la route
sans fomenter des bouleversements et sans abattre les murs ?
La poésie — si elle s’inscrit en nous — tout en admettant de nous regarder cheminer, nous délivre.

Parfois, se mirant dans l’un de nos destins,
elle nous découvre son envers terrestre qui est l’amour.
Alors, malgré les tiraillements, nous nous sentons sauvés ;
et en réalité nous le sommes, sauvés, ici et ailleurs.
Toujours un peu en amont du dernier poème vécu, la poésie ne saurait décevoir.
Je dis : un peu, car il faut apprivoiser l’impossible ;
vouloir qu’un passage existe, à portée de voix, à portée de regard.
Ce qui nous dépasse, et dont nous portons le grain aussi
certainement que nous portons notre corps, cela s’appelle : Poésie.

Le poème se nourrit de mouvements.
Son rythme est celui de la vague, son dessein est de traverser.

Hostile aux vérités à éclipses,
le poète n’est soucieux que de l’homme à la recherche de son visage enfoui.

La poésie est naturelle.
Elle est l’eau de notre seconde soif.

Il est vital pour le poète de lever des échos et de le savoir.
Nul mieux que lui ne s’accorde aux solitudes ;
mais aussi, nul n’a plus besoin que sa terre soit visitée.

Le poète séjourne hors des enceintes.
S’il ne rompait les digues,
comment joindrait-il ses terres à la terre, et la parole aux mots ?

Si l’appel du poème n’est pas contraignant, celui de la poésie est d’une haleine.
Fièvre perpétuelle qui brûle de devenir.

Pour en épeler les signes, la poésie endosse le monde dont elle est issue.
Mais à travers l’essaim des poèmes — intacte et pourtant remuée —
la poésie demeure au futur.

En sa terre labourée, le poète — pour un temps — s’apaise du cri qu’il pousse ;
poème dans sa nuit.

Le poète avance par saccades : coups d’aile et retombées.
L’expérience lui enseigne que la chute est le présage de l’essor ;
mais, au plus sombre d’une détresse, cette mémoire est de maigre secours.

Sauvegardons à ceux qui nous ont failli le mystère entier de leur visage.
Blessés et en cause, nous voici juges, les affublant du masque odieux.
Les faiblesses d’autrui, quand elles égratignent notre susceptible peau,
nous poussent à renier tout un passé d’entente.
Tourné vers la possession, nous sommes sans perspective et sans recours.

L’amour est toute la vie. Il est vain de prétendre qu’il y a d’autres équilibres.
Le dénué d’amour trace partout des cercles dont le centre n’est pas.

Le coeur se rit de l’absurde.
Sa vérité est au midi des contradictions.

L’amour comme la mort — qui naviguent hors du temps —
lissent nos fronts, affinent nos visages.
Au bord de ce qui est vaste, le regard n’erre plus.
Et le souffle, complice de l’angoisse et des jours, trouve enfin sa paix.

(Andrée Chedid)

 

 

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Assez de cette parure vivante qui me vêt (Georges-Emmanuel Clancier)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2018



Assez de cette parure vivante qui me vêt.
Je veux appeler ma face et mon nom,
Et me connaître enfin dans le sang et la plaie
De ma solitude nue démesurée.

(Georges-Emmanuel Clancier)

 

 

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Pourquoi ne pas dire JOIE (Claudine Helft)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018



Illustration: Noèla Morisot
    
L’annulation du temps

Pourquoi
ne pas dire JOIE
à êtrе
dans le bruissement d’un peuple
intérieur, toutes ramures confondues
sur l’annulation du temps,
aspiré par quelque douceur du ciel
aux hanches de femme, l’amphore
de l’homme aux dents d’artiste ; là
où s’envole claire la spirale en forme
de secondes qui trace l’espace
sans frontière.

Joie.
Pourquoi ne pas dire joie
à l’instant
absolu qui réconcilie le monde
parfois avec cette simple tasse
de thé, et relie la terre
à l’inspiré,
dans la joie sans partage
du partage inspiré, au feu de bois
qui brûle en cheminée.

Pourquoi ne pas dire Joie
l’éventualité du sans-mesure
dont la durée ravive l’ adoration.
La foi n’est pas mirage mais dérive
du risque d’absolu au rivage du
futur. Pourquoi ne pas dire passion
si brûle encore en nous au présent
les puissants vaisseaux du passé.

Pourquoi
à ne pas dire joie
devant l’infante en robe de velours noir
et la « maja desnuda », nue d’amour puis
vêtue du regard de l’ aventure. Joie
du regard ravaudé par le rêve d’un défunt.
Pourquoi ne pas ranimer l’oeil du buveur
en chemise bleue et rendre au paysan
mélancolique la jeune paysanne d’antan

Pourquoi ne pas dire
Joie
aux passants des montagnes
qui saluent et s’embrassent
dans les genêts et les misères,
aux fantômes qui jouent, axel espiègle
au coeur des légendes et des forêts.

Pourquoi ne pas dire joie aux mercis
des hommes dont le coeur bat encore
et à l’esprit, qui n’est pas toujours frappeur (?)

(Claudine Helft)

 

Recueil: Une indécente éternité
Traduction:
Editions: De la Différence

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Je suis vide pour t’accueillir (Henri Meschonnic)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2018



 

Je suis vide
pour t’accueillir
je suis nu
pour te vêtir
j’ai des mots
c’est pour me taire
comment pourrai-je
porte
ouvrir
à ce que je ne peux pas
même
nommer

(Henri Meschonnic)

Illustration: Alberto Pancorbo

 

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BONNES AMIES (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018



Illustration: Hubert Rublon
    
BONNES AMIES

Des jupons de crissante faille
vêtent de bonnes amies
qui assurent
que les fines lingeries
n’empêchent pourtant pas
la douleur de sévir ;
dans leurs yeux prisés
la cruauté dure
jusqu’à leur faim
d’un calme pareil
A celui de plantes mourantes
au début d’un été
de pays tempérés.

(Jean Follain)

 

Recueil: Des Heures
Traduction:
Editions: Gallimard

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Peut-être un matin (Anne Goyen)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2018




    
Peut-être
Un matin
Me cherchera-t-on
Vêtue d’écorce
J’aurai pris racine
Arbre
Parmi les arbres
Confite en frondaison
A jamais murmurante.

(Anne Goyen)

 

Recueil: Arbres, soyez
Traduction:
Editions: Ad Solem

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