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Poésie

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A ma Mère (Hannah Senesh)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2017




    
A ma Mère

Où as-tu appris à sécher tes larmes
à supporter en silence la douleur
à enfouir dans ton cœur chagrin blessures
souffrance tourment et peine ?

Ecoute le vent !
La gueule béante
il hurle par monts et par vaux

Regarde l’océan
avec fureur et colère
il fouette d’énormes falaises

la nature toute vibrante et frémissante
brise chaque barrière et chaque obstacle

D’où vient la sagesse de ton cœur ?
Où as-tu puisé cette force ?

(Hannah Senesh)

 

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De mon enfance (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2017



Illustration: Edward Hopper

    

De mon enfance, je revois le couchant
s’étendre sur le plancher usé
et se replier lentement dans l’ombre
comme un épi trop lourd de blé.

Aux quatre coins du corps,
le coeur tire sur ses liens.
j’ai peur de vivre derrière ces vitres
tant elles sont béantes et vides.

Je ne respire pas plus qu’un objet.
Où sont les chemins descendus du soleil
vers l’après-midi si large de l’été ?
Au soir, on retrouvait les sources perdues.

Derrière les murs, plus vivantes en leur nudité
et renversées parmi leurs seins, les femmes
sont les plus belles blessures du monde
avec leur sexe, leur bouche et leurs yeux.

Au-dessus de la terre, il y a une chambre
où la solitude et le papier peint sont éternels.
Quand je n’y suis pas, des femmes de clarté
vont au-devant du jour ou de l’armoire

et, dès que je rentre, rejoignent mes yeux.
Gardiennes de secrets, elles revivent en moi
comme un buisson éperdu de printemps.
Le coeur s’enfonce dans le corps

tiède de pleurs, de plantes et de sources.
La voix n’a plus d’ombre, ni de retard
et monte comme une lame ensanglantée
de la terre entr’ouverte par le ciel.

Une grande amertume envahit la fenêtre
qui dénude le front avec un reste de jour
en y laissant la cicatrice des veines
et partout le rire jaillit des bouteilles.

(Lucien Becker)

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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ÉLOGE DES SURVENANTS (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2017



Illustration
    
ÉLOGE DES SURVENANTS

Ils s’allument et s’éteignent
au moment opportun
ils ne se demandent pas

à chaque seconde
s’ils vont mourir
où même s’ils sont nés

ils éclosent
ils se font jour
ils poèment

comme les pommiers pomment
et les poissons poissonnent
ils poèment

en force souveraine
en énergie vibrante
en crépitement liquide

ils poèment et poèment
tant et tant
qu’ils n’ont plus besoin d’être

ils poèment
jusqu’au point doré du temps
ils poèment

en nouveaux loups des steppes
dans le splendidement
incompréhensible

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Satori Express
Editions: Le Castor Astral

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VOLUPTE (Gaston Sansrefus)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2017



Illustration: Edward Jones
    
VOLUPTE

Sous la mâle caresse, alanguie et pâmée,
Colombine se meurt au baiser de Pierrot,
Baiser de libertin et baiser de dévot
Oui boit la volupté de la chair parfumée.

Les seins cabrés, offerts, superbement aimée,
Les beaux yeux chavirés dans un dernier sanglot,
Elle abandonne aux bras de l’amoureux pâlot
Son corps nu, triomphant sous le chaud hymenée.

Des doigts impatients frôlent ses reins nerveux;
Des frissons fous, brûlants, la terrassent, vaincue,
Des feux passent ardents dans l’or de ses cheveux;

Et, viole d’amour, magnifique instrument.
Tout son être vibrant d’une ivresse éperdue,
Elle épuise sa vie aux lèvres de l’amant !

(Gaston Sansrefus)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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AMOURS NOUVELLES (Armand Silvestre)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2017



Illustration: Anders Zorn
    
AMOURS NOUVELLES

Toi dont la grâce farouche
A si longtemps fui mon baiser.
Je voudrais laisser sur ta bouche
Toute mon âme s’épuiser.

Car j’ai bu, sur tes chères lèvres,
Plus d’ivresse en quelques instants,
Que n’en avaient rêvé, les fièvres
De mon désir meurtri longtemps.

Car jamais, dans d’autres étreintes,
A mes lèvres n’était monté
Comme de brûlantes empreintes.
Le feu par ton souffle apporté.

Car ton souffle qui me pénètre,
Et jusqu’à mon cœur descendu,
L’emplit du regret de ton être
Et brûle mon être éperdu.

Ah ! que n’ai- je, en cette heure pleine
D’amour et de bonheur ardents.
Laissé fuir ma dernière haleine
Avec mon âme entre tes dents !

Tes dents où mon désir se broie
Et pour qui mon amour est tel
Qu’il leur voudrait donner pour proie
Ton cœur dans un baiser mortel !

Ton ventre est un bijou d’ivoire
Ferme, clair, aux contours polis :
On dirait un monceau de lis
Figé dans un frisson de moire.

C’est la coupe où je voudrais boire
Le vin des éternels oublis ;
C’est le livre ouvert où je lis
Tout ce qui reste en ma mémoire.

Seul il ranime en mon cerveau
La vibrante image du Beau.
Je l’aime d’un amour farouche

Et, sur lui, dans un long baiser,
Mon désir voudrait épuiser
Les derniers souffles de ma bouche.

(Armand Silvestre)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

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Chanson pour toi (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



Je ne cesserai pas
De chanter les cloches des rencontres muettes,
Les bras des divans parfumés,
les grandes chutes d’oiseaux ressemblants,
les éternels miroirs vibrants.

Je ne cesserai pas
de chanter la morsure rouge des lèvres,
l’épaule insoumise, les aisselles surprises,
les seins toujours à l’heure aux rendez-vous nocturnes.

Je ne cesserai pas
de chanter ton visage poudré de cendre,
le dernier naufrage à l’aube soufflée des lampes,
ta nuque échappée à l’étreinte,
tes pas que rien ne trahit

Je ne cesserai pas
de chanter tes hanches profondes,
tes chevilles noyées dans les nuages,
tant de pensées vagabondes,
tant de fumée divine.

Je ne cesserai pas
de chanter ta chevelure courante
aux pieds des arbres solitaires
blessés de feuilles et d’œillères.

Je ne cesserai pas
de chanter la rue, le parc, la mer
car je te connais
car je t’aime et te connais.

Je ne cesserai pas
d’apprendre à rire,
à peindre et rire
dans le fond des palais;
car je te crains,
car je t’aime et te crains.

Je ne cesserai pas
de forger des serrures,
des cadenas et des ceintures
tout le long du ciel,
car je te garde,
car je t’aime et te garde.

Je ne cesserai pas
de couper tes mains,
tes bras et tes poings
pour que jamais l’adieu
ne remonte sur l’eau.

(Edmond Jabès)

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Le peuplier veut s’élancer toujours (Philippe Jones)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2017



Un arbre fuselé scande le paysage de son exclamation.
Le peuplier veut s’élancer toujours, et son feuillage pépie de lumière.
Souvent à plusieurs, et côte à côte, ils se fondent en rideau.
Ils soulignent alors, comme des cils, le regard d’un étang,
ou filtrent les clins d’oeil d’un ruisseau.
C’est l’appel le plus aigu, le lien le plus vibrant
que la nature ai tracé entre terre et nuage.
Un souffle sans cesse l’habite,
et dans la plaine un clocher lui répond.

(Philippe Jones)

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Je teste les mots (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



Je teste les mots courts,
les mots longs
jusqu’à ce que ce soit
des mots vibrants.

(Rose Ausländer)

 

 

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CHANSON DE MESSIDOR (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2017



CHANSON DE MESSIDOR

Dame ! vois-tu les grands blés d’or
Sous les couchants de Messidor
Saillir longs et droits de la glèbe.
Ils ne sont pas encor si longs
Que les flots de tes cheveux blonds
Où je cache mon front d’éphèbe.

Dame ! écoute la voix du vent
Dont l’aile caresse en rêvant
Une par une chaque tige.
Elle est moins vibrante d’émoi
Que ta chanson qui fait en moi
Courir des frissons de vertige.

Dame ! regarde voltiger
Les abeilles en l’air léger
Et se reposer sur les roses.
Leur miel plein d’arôme est moins doux
Que le baiser pris à genoux
Sur tes lèvres fraîches écloses.

Dame ! en ton geste noble et lent
Cueille un coquelicot sanglant
Pour l’épingler sur ta poitrine.
Il est moins rouge que mon coeur
Quand ton rictus aigre et moqueur
Le met en doute ou le chagrine…

(Gaston Couté)

Illustration

 

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Ariane (José-Maria de Hérédia)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2016



Au choc clair et vibrant des cymbales d’airain,
Nue, allongée au dos d’un grand tigre, la Reine
Regarde, avec l’Orgie immense qu’il entraîne,
Iacchos s’avancer sur le sable marin.

Et le monstre royal, ployant son large rein,
Sous le poids adoré foule la blonde arène,
Et, frôlé par la main d’où pend l’errante rêne,
En rugissant d’amour mord les fleurs de son frein.

Laissant sa chevelure à son flanc qui se cambre
Parmi les noirs raisins rouler ses grappes d’ambre,
L’Epouse n’entend pas le sourd rugissement ;

Et sa bouche éperdue, ivre enfin d’ambroisie,
Oubliant ses longs cris vers l’infidèle amant,
Rit au baiser prochain du Dompteur de l’Asie.

(José-Maria de Hérédia)

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