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RONDEAU DE L’HOMME LASSÉ DE SOI (André Berry)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2019



Illustration: Vincent Van Gogh
    
RONDEAU DE L’HOMME LASSÉ DE SOI

Quoi! toujours toi, quand rien de moi ne t’aime,
De ma personne indétrônable roi,
Ô monotone et tenace moi-même,
Gui parasite au sein d’un meilleur Moi!
Traînant partout tes humeurs inégales,
Tes muscles mous et tes nerfs anxieux,
Et ton cœur sec et tes sens vicieux,
Tes viles soifs, tes grossières fringales,
Quoi! toujours toi!

Quoi! toujours toi, toujours avide et vide,
Tenté d’agir, vautré sur le tapis,
Bouffi mais creux, arrogant mais pavide,
Menteur, jaloux, glouton, paillard et pis!
Jusques à quand faut-il que je t’endure,
Plat compagnon à mes pas attaché,
Fâcheux démon en mon ange caché,
Suppôt d’orgueil, d’envie et de luxure?
Quoi! toujours toi!

J’ai beau vouloir te noyer dans les veilles,
Dans le travail, le plaisir et le vin :
Sous mon habit toujours tu te réveilles
Aussi présent, aussi banal et vain.
Hôte indiscret, en moi tu fais demeure;
Toujours chassé tu ramènes toujours
Tes bas désirs et tes pauvres amours,
Et pas un être en qui te perdre une heure…
Quoi! toujours toi!

(André Berry)

 

Recueil: Poèmes involontaires suivi du Petit Ecclésiaste
Traduction:
Editions: René Julliard

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Dialogue avant le lever de la lune (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 24 août 2019



 

George Clair Tooker 1920-2011 - American Magic Realist painter - T  (22) [1280x768]

Dialogue avant le lever de la lune

– Je veux bien vivre ; mais vraiment,
L’Idéal est trop élastique !

– C’est l’Idéal, son nom l’implique,
Hors son non-sens, le verbe ment.

– Mais, tout est conteste ; les livres
S’accouchent, s’entretuent sans lois !

– Certes, l’Absolu perd ses droits,
Là où le Vrai consiste à vivre.

– Et, si j’amène pavillon
Et repasse au Néant ma charge ?

– L’Infini, qui souffle du large,
Dit –  » pas de bêtises, voyons !  »

– Ces chantiers du Possible ululent
A l’Inconcevable, pourtant !

– Un degré, comme il en est tant
Entre l’aube et le crépuscule.

– Être actuel, est-ce, du moins,
Être adéquat à Quelque Chose ?

– Conséquemment, comme la rose
Est nécessaire à ses besoins.

– Façon de dire peu commune
Que Tout est cercles vicieux ?

_ Vicieux, mais Tout !

_ J’aime mieux
Donc m’en aller selon la Lune.

(Jules Laforgue)

Illustration: George Clair Tooker

 

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Hatchepsout (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2017



Hatchepsout,

Les murs ne tombent pas
[9]

Thot, Hermès, le stylus,
la palette, le stylo, la plume endurent :

même si nos livres sont un plancher
de cendres fumantes sous nos pieds ;

même si brûler des livres demeure
le plus pervers des gestes comme

le plus vicieux
de la nature vicieuse de l’homme,

pourtant donnez-nous, crient-ils encore,
donnez-nous des livres,

folio, manuscrit, vieux parchemin
font de bonnes douilles de cartouches ;

l’ironie est une vérité amère
enveloppée dans une petite plaisanterie,

et le nom d’Hatchepsout est toujours encerclé
de ce que l’on appelle une cartouche.

***

Thoth, Hermes, the stylus,
the palette, the pen, the quill endure,

though our books are a floor
of smouldering ash under our feet;

though the burning of the books remains
the most perverse gesture

and the meanest
of man’s mean nature,

yet give us, they still cry,
give us books,

folio, manuscript, old parchment
will do for cartridge cases;

irony is bitter truth
wrapped up in a little joke,

and Hatshepsut’s name is still circled
with what they call the cartouche.

(Hilda Doolittle)

 

 

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Amour (Philip Larkin)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2016



Amour

Le difficile de l’amour
Est d’être égoïste toujours,
D’avoir la sourde insistance
De bouleverser une existence
Juste pour soi, vaille que vaille.
Quelque culot qu’il y faille.

Puis le côté non égoïste –
Comment peut-on être heureux
En mettant l’autre en premier
Jusqu’à être pis que dernier ?
Ma vie m’appartient.
Autant marcher sur les mains.

Et pourtant, vicieux ou vertueux,
L’amour fait bien des heureux.
Seul le salaud qui se révèle
Égoïste à contresens
Risque qu’on l’envoie paître,
Et il peut aller se faire mettre.

***

The difficult part of love
Is being selfish enough,
Is having the blind persistence
To upset an existence
Just for your own sake.
What cheek it must take.

And then the unselfish side –
How can you be satisfied,
Putting someone else first
So that you come off worst?
My life is for me.
As well ignore gravity.

Still, vicious or virtuous,
Love suits most of us.
Only the bleeder found
Selfish this wrong way round
Is ever wholly rebuffed,
And he can get stuffed.

(Philip Larkin)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Robert Doisneau

 

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