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Poésie

Posts Tagged ‘victoire’

HORS DES LANGAGES (Pierre Béarn)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018



HORS DES LANGAGES

Je ne veux pas choisir
entre ceux qui vécurent
dans l’imagerie des frontons
et ceux qui s’illuminent en révolte
drapés de couleurs arrogantes.

Je ne veux pas choisir
entre ceux qui condamnent
et ceux qui sont condamnés
car ne sont-ils pas tour à tour
innocents et coupables ?
victimes et bourreaux ?

Je ne veux pas choisir entre les vérités
façonnées d’illusions étant nées du langage.

Je ne veux pas trancher du juste et de l’injuste.
Je ne sais plus ce qui est bien
ce qui est mal
dans les fornications de l’orgueil
et du désir de vaincre.
La victoire a toujours raison.

le ne voudrais connaître
que la vérité du sang
et son poids de honte dans l’absurde,
son poids d’impuissance,
son poids de désespoir.

Je me sens nègre et chinois
mongol et breton.
La couleur des drapeaux
toujours outrée
me rend aveugle.
Je me veux libéré des couleurs
et de leurs frontières.

Les hommes
je les porte en moi dans mon sang
dressés les uns contre les autres en appétit.

Englués inutilisables des connaissances,
Vieillards méprisants de l’élite,
et Vous les jeunes loups la haine aux dents
réjouissez-vous !
la vermine fera de vous tous des égaux.

Et vous voici fourmis ailées lancées
à la conquête de l’espace
décrété terre des hommes !

Bravo !
la Lune était un croissant pour votre faim
mangez-la !

La Terre n’en restera pas moins un caillou
perdu dans l’univers hydrocéphale.

Infinitésimal grouillement dans l’infini
que lui veux-tu ?

Ambitieuses machinations de l’ombre
au détriment de la lumière,
dénigrements organisés,
verbiages peinturlurés du Mensonge,
équilibres de bulles de savon,
masques qui flambent d’être masques,
maladies honteuses du Bonheur,
je vous déteste, Politiques !

Je ne veux pas choisir entre vos uniformes,
vos religions utilitaires,
vos imageries combatives,
vos justices nourries de vengeances.

Dans l’absurdité des confrontations
un soldat vaut un soldat
et tous les dieux se ressemblent.

La Justice est un ciel que vous profanez.

Je ne veux pas choisir
entre le contremaître condamné par sa réussite
à n’être plus revendicateur en France
et l’ouvrier de Léningrad
qui devint commissaire du peuple en Ukraine.

Je ne veux pas choisir entre les tribus
les peuples
les langues
les façons de vivre.

La Droite, la Gauche, le Centre.

Je veux rester libre de vivre
à la lumière de mon coeur
seul s’il le faut
et les mains vides
rêvant à l’Humanité sauvée des langages.

(Pierre Béarn)

 

 

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NU (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



 

Emilia Castaneda ol_14_B [1280x768]

NU

Au centre des ténèbres
Un tourbillon se déshabille
Une femme se forme
Pour que la nuit soit blanche
Heureuse d’être nue
D’avoir tout exprimé
Son rôle est accompli
Plus rien ne la tourmente
Elle se sent bien
D’avoir déjoué les énigmes
Elle est debout dans sa victoire
Qui n’a fait que des beaux gestes
S’arracher les voiles
Effacer de la nacre sa buée
Sortir du miroir
En baissant la tête
Chasser la nuit de la vitre
En s’y reflétant
L’art d’éclairer ses profondeurs
L’art de jeter son linge
Sur la face de nuit
L’art d’ignorer les obstacles
L’art de passer à gué
L’art de venir au monde
Sans déchirer la soie
L’art de pousser vers la beauté
Sur les jeunes pousses de ses pieds
L’art d’être la faiblesse
Qui met la force au monde

(Ernest Delève)

Illustration: Emilia Castaneda

 

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Dès que mon poème est terminé (Anise Koltz)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2018




    
Dès que mon poème est terminé
il m’expulse
de son monde

Au lieu d’une victoire
j’ai le sentiment
d’une défaite

(Anise Koltz)

 

Recueil: Somnambule du jour Poèmes choisis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Vivre (Bakary Bamba Junior)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2018



Vivre

Vivre et ne pas seulement exister
parce que l’hirondelle apporte le printemps
Parce qu’après la pluie, le beau temps
parce qu’il faut toujours rester enfant.

Toujours vivre!
parce que le bonheur est quotidien
Parce qu’aimer fait du bien
Parce que donner ne coûte rien.

Encore Vivre!
Parce que la fleur sent bon
Parce que le gâteau sur la langue fond
Parce que nous aimons cette chanson.

Oh vivre!
Parce que la peine est passagère
parce que la rancune est meurtrière
Parce que la vengeance est amère.

Oui vivre!
parce que le pardon soulage
Parce que le sourire chasse la rage
Parce qu’oublier demande du courage.

Hum vivre!
Parce que demain rimera avec liberté
Parce que bientôt émergera la vérité.
Parce que nus avons tous droit à la gaieté.

Enfin vivre!
Parce que chaque défaite nous assagit
Parce que chaque victoire nous grandit
Parce que ce combat nous affranchit.

Vivre et ne plus seulement subsister
Parce que la vie est éternelle
Parce que l’amour est immortel
Parce que la mort est un horizon irréel.

(Bakary Bamba Junior)

 

 

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VEILLEUSE (Robert Momeux)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2018



VEILLEUSE

Elle n’est ni ta gaieté ni ta tristesse.
Ni ton silence ni le poème né du silence.
Elle n’est ni tes victoires ni ta chute, définitive ou pas.
Elle n’est pas ta démesure mais non plus elle n’est ta quiétude, le calme.
Elle est étrangère à tes actions autant qu’à ce qui les provoque, elle ne participe pas.
Elle est tout auprès, mais tu l’ignores.
Ou plutôt tu devines qu’elle est peut-être, qu’elle pourrait surgir,
mais rien ne vous conduit, ne vous destine.
Elle ne pourrait te perdre pas plus qu’elle ne pourrait te prolonger.

Elle est de surcroît.

(Robert Momeux)


Illustration: Ivan Calatayud

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Maria – Albert Correspondance 1944-1959 (Albert Camus)(Maria Casarès)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2018




    
Si tu m’accueilles tout au fond de toi comme tu vas le faire,
je pourrai enfin être absolument transparente.

*

Je préfère n’importe quelle douleur
à la contrainte de ton coeur.

*

Je vais te dire ce qu’il faut faire:
1ère traite: m’aimer
2ème traite : me prendre dans tes bras
3ème traite: me serrer très fort.
Pour les autres, je te dirai au fur et à mesure à ton retour,
ce qu’il faut faire.

*

Ah! comment peut-on mourir tout à fait après avoir tant aimé.

*

Le bonheur que tu me donnes en existant par le seul fait que tu existes (près ou loin) est grand,
mais je dois l’avouer, un peu vague, un peu abstrait, et l’abstraction n’a jamais comblé une femme, ou du moins moi.
Que veux-tu ? J’ai besoin de ton corps long, de tes bras souples, de ton beau visage,
de ton regard clair qui me bouleverse, de ta voix, de ton sourire, de ton nez, de tes mains,
de tout.

*

Lorsque je pense à toi brun, j’oscille.
Il fait mauvais ici ; je suis encore café au lait, plutôt lait que café,
et je me coiffe avec chignons ou avec une natte derrière, comme les chinois.
Je m’habille le moins possible.
Et surtout je n’existe pas,
j’attends d’exister,
je ne suis que promesse.

*

Ah ! mon amour ! je voudrais être vierge de corps et d’âme pour toi !
Je voudrais connaître une langue jamais usée auparavant, pour te parler !
Je voudrais pouvoir t’exprimer par des mots le sens nouveau que tu m’as fait découvrir en eux !
Je voudrais surtout pouvoir mettre toute mon âme dans mes yeux et te regarder indéfiniment, jusqu’à ma mort !

*

La mer est devant toi.
Regarde comme elle est lourde, dense, riche, forte ;
regarde comme elle vit, effrayante de puissance et d’énergie,
et pense que, par toi, je suis un peu devenue comme elle.
Pense que quand je me sens sûre de ton amour,
je n’envie point la mer d’être si belle je l’aime en soeur.

*

S’il m’est arrivé de me sentir diminuée, misérable, stérile,
c’est uniquement parce que je me suis mise à douter ;
mais toi, m’aimant, toi, près de moi, ma vie est remplie, justifiée.
C’est moi, mon chéri, moi seule, qui doit, pendant ces deux longs mois,
revivifier mes forces pour qu’il ne m’arrive plus jamais de douter.
Toi, tu dois seulement m’aimer, m’aimer beaucoup ;
c’est tout ce qu’il me faut pour me sentir aussi grande,
aussi vaste, aussi peuplée que cet océan, que l’univers ;
c’est tout ce qu’il faut aussi pour que mon visage ait cet air de bonheur que tu aimes.
Notre triomphe, notre victoire est là et pas ailleurs.

*

Tu es confondu à mon coeur, à mon âme, à mon corps.
Dès que je me réveille, tu es là ;
dès que je ris, je pleure, tu es là,
dès que je regarde tu es là.
Oh mon amour.

*

L’ombre même m’est douce
si je te sais en plein soleil.

*

Plus rien ne peut changer de moi à toi,
et je serai toujours là toujours, jusqu’à la fin.
Tu es le seul être au monde qui m’ait appris la vraie douleur et la véritable joie ;
tu es le seul qui ait mis en moi l’angoisse de la mort
et la révolte contre la dernière séparation.
Je n’ai jamais aimé personne comme je t’aime, personne au monde,
et je n’aurais jamais connu le besoin de l’existence
et de la présence de quelqu’un si je ne t’avais pas rencontré.
Tout en toi est joie, plaisir, richesse et amour pour moi,
et je sens mon coeur fondre quand je pense à celui qui tremble un peu,
qui hésite, prie et frissonne au fond de toi, celui que je devine souvent
et qui de temps en temps se laisse aller devant moi.

*

Tu sais, et maintenant tu sais que je sais que tu sais
ce qu’il en est au fond, au fond de moi.
Mais gare ! Ceci n’empêche pas le printemps de fleurir ce qu’il touche,
et mon coeur, mon corps, mon âme de crier après toi,
de souffrir après toi, de courir, de hurler, de rire et de souffrir après toi.

Et il y a quelque chose qui ne peut décidément pas se résigner à ton absence,
c’est mon pauvre petit corps qui s’étire en vain vers toi, qui se tord, qui geint
et qui pleure après toi, mon petit corps triste qui se rabougrit de jour en jour
et qui demande sans cesse à s’épanouir, à se réchauffer, à battre, à frémir.

O mon beau, mon cher amour !
Ô brûlure ! Ô ma douce douleur !
O ma vie !

Me voici remplie de frissons,
d’ondulations mystérieuses,
de sons délicats et secrets.

Tu voulais que ma lettre t’apportât un peu de chaleur !
Elle a éveillé de nouveau, chez moi, toute cette zone obscure et intime
que j’aime tant à sentir naître juste dans mon centre, dans mon milieu,
cette zone vibrante qui m’émeut autant
que la présence d’un enfant dans mon ventre,
ou davantage même, la connaissant mieux.

Elle a touché ce point infime qui est en moi,
mais que toi seul connais et aimes
et j’en tremble tout entière.

*

Heureuse, Oh ! Oui !
Heureuse. Heureuse et débordante de désir et de tendresse.
Je t’attends. Je suis chaque jour dans l’attente de toi.
Je cours je cours sans cesse vers toi.
La côte tire à sa fin, mon chéri.
Bientôt la vue de la mer, et ensuite la plage et les vagues.

Maria

(Albert Camus)(Maria Casarès)

 

Recueil: Correspondance 1944-1959
Traduction:
Editions: Gallimard

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Victoire (Paul Vincensini)

Posted by arbrealettres sur 10 mai 2018



Victoire

Poésie
C’était vers rien
Que je tendais les mains
Depuis vingt ans
Mais maintenant
Le rien arrive
Et me prend par la main
En riant.

(Paul Vincensini)


Illustration: René Magritte

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Ma Fatigue (Paul Louis Rossi)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018



 

Ma Fatigue

Ma fatigue ouvre ses draps sales
dévoilant un monde de cendres et de rides
dans une lumière indécise et trouble
comme la victoire du sommeil et du vide

(Paul Louis Rossi)

Illustration: Paula Modersohn-Becker

 

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Léda (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2018



Illustration: Paul Véronèse
    
III

Pour un court moment, ô Cygne, je voudrais unir mes voeux
à ceux de tes deux ailes, qui embrassèrent Léda,
et à mon rêve d’adulte, encore vêtu de soie,
tu diras, pour les Dioscures, la gloire des cieux.

L’automne est là. De la flûte roulent des consolations.
Juste un instant, ô Cygne, en cette allée bordée de nuit,
je boirai entre deux lèvres malgré l’interdiction
de la Pudeur, mordant tour à tour Scrupules et Jalousie.

Cygne, j’aurai pour un instant tes ailes immaculées,
et le coeur de rose que ta douce poitrine abrite
palpitera dans la mienne avec son sang régulier.

Alors, Amour sera heureux, puisque sera vibrant
l’enthousiasme qui réveille le grand Pan et l’excite
tandis que son rythme cache la fontaine de diamant.

IV

Avant toute chose, Léda, gloire à toi !
Ton doux ventre recouvrit de soie
le Dieu. Miel et or au vent de Zéphyr !
Résonnèrent alternativement
flûtes et cristaux, la fontaine et Pan.
La Terre était chant et le Ciel sourire !

Devant l’acte suprême et céleste
un pacte fut conclu entre dieux et bêtes.
La lumière du jour pour l’alouette,
la sagesse advint aux chouettes
et pour les rossignols la mélodie.
Aux lions ce fut bien sûr la victoire,
les aigles reçurent toute la gloire
et tout l’amour aux colombes fut acquis.

Mais n’êtes-vous pas, vous, les divins
princes ? Indolents comme les bateaux
immaculés et purs comme le lin,
et merveilleux comme les oiseaux !

Vous avez dans vos becs les qualités
qui révèlent les coraux purs.
De vos poitrines, vous ouvrez les sentiers
que d’en haut vous indiquent les Dioscures.

La dignité de chacun de vos actes,
immortalisée dans l’infini,
fait qu’ils sont rythmes exacts,
lumières du mythe, voix de nos rêveries.

De l’orgueil olympien vous êtes le résumé,
ô blanches urnes de l’harmonie !
Joyaux éburnés qu’anime une volonté
de par sa céleste mélancolie.

Mélancolie d’avoir aimé,
auprès de la fontaine, dans le bois,
son cou lumineux étiré
entre les cuisses blanches de Léda !

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage

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C’est avant ton réveil… (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2018



 

Illustration: Pablo Ruiz Picasso
    
C’est avant ton réveil…

1
C’est avant ton réveil
Ce clair matin
Aux rayons de soleil
Dorant ton teint
Que j’observe tes lèvres
Et tes beaux yeux
Noirs d’amoureuses fièvres
Et tes cheveux.
Tu resteras toujours
Mon chéri mon amour
Non je ne veux pas croire
Amour à ma victoire
Il est près de moi celui que j’aime
Hélas dans mon inquiétude extrême
Je crains son abandon
Amour chéri pardon
Si je doute de toi
Douteras-tu de moi ?
Tu resteras chéri
Mon unique souci
Tu resteras toujours
Mon seul amour.

2
Qu’il est beau ton sommeil
Est-il sans fin
Et ton souffle pareil
Au doux matin
Se peut-il que tu meures
Jamais un jour
Que seule je demeure
Avec l’amour
Tu resteras toujours
Mon chéri mon amour
Tu ne peux disparaître
Tu possèdes mon être
Et dans mes yeux vivra ton image
En dépit de la mort et de l’âge
Si tu m’entends pardon
Je crains ton abandon
Mais j’ai confiance en toi
J’ai confiance en ta foi.

Tu resteras chéri
Ma joie et mon ami
Tu resteras toujours
Mon seul amour.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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