Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘vide’

La peau est sur le sang (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
La peau est sur le sang comme un papier
qui se déchire à la place des yeux
et l’on voit bien les grands fonds du regard
s’éclairer par moment d’un peu de feu.

C’est le même homme qui va de nuit en nuit
enfouissant sa tête dans le ciel bas.
Quand il se retourne, il trouve toujours
la même ombre qui enchaîne ses pas.

C’est le même homme que se renvoient
îes vitrines posées sur des fonds sous-marins.
C’est le même homme entouré de siècles
qui ne trouve plus de carrefours sur sa route.

La pluie tombe droite comme les moissons
et cherche un passage dans le vent dur.
Le jour naissant est si haut, si vide
qu’il n’y a plus qu’un homme sur la terre.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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La tempête passe (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017




    
La tempête passe entre les doigts ouverts
en renversant le ciel parmi les feuilles mortes
et la terre ne dépasse plus de la terre
que par quelques arbres coulant avec leur mâture.

Les oiseaux perdus dans les branches se taisent,
les bielles s’arrêtent dans les machines souterraines,
les chambres sans plafond sont nues dans la bourrasque
qui troue la cendre froide où les hommes se cachent.

Les noeuds de rosée n’ont pas tenu dans l’herbe
qui pourchasse le vent en toute liberté,
surprise de voir la terre si dure et si passive
aux coups que lui donne le nuage en plein vol.

Les ceps transis restent seuls dans les champs
au milieu des os que tendent les chaumes.
Le monde est soudain vide comme un couloir
où le moindre pas, le moindre mot résonne.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Le sentiment d’une solitude déchirante (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017


Le sentiment d’une solitude déchirante
et d’une certaine incommunicabilité du monde
était parfois donné par la vue d’une brouette vide
vide encore chaude de la fumure transportée.
Le jardinier s’en était allé boire:
il se pouvait qu’il ne revînt jamais.
Je me disais que je lui avais quelques fois parlé.
A bien réfléchir, il se pouvait que je lui aie dit cent mots.

Les oiseaux passaient à tire-d’aile, les horloges sonnaient
et les ombres s’allongeaient sur le sol blanc.

Le jardinier n’était pas mort, il n’avait eu qu’une attaque.
Il ne parlerait plus et resterait sur un banc
devant sa porte et des mouches en pleine vie
marcheraient dans ses mains sur lesquelles tremblerait
l’ombre dentelée des feuilles pacifiques.

(Jean Follain)

Illustration

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Il faut aimer la femme (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



Illustration: Paul Delvaux
    
Il faut aimer la femme comme un objet
qui n’a de valeur que par la forme ou l’apparence.
Elle n’a que sa peau pour faire l’amour
de la même façon que le ciel n’a que l’eau
où descendre pour devenir terre parmi les flaques.

Les mots d’amour n’ont pas plus de sens
qu’une belle moisson qu’on va couper
et les regards que chacun tire de sa nuit
ne font pas durer le jour un moment de plus.

Les mains où l’on tient captive une femme
comme quelque chose qui va fondre
entrent dans son corps toujours ouvert
et s’y déploient comme une forêt de fougères.

Violent de tout ce que le désir couve en moi,
obsédé par la mort qui n’en finit pas de m’attendre,
je m’oriente vers vous, femmes de tous les jours,
comme une plante vers les hautes fenêtres du jour

Car je me souviens des routes qui font du monde
un lieu où l’on ne se rencontre jamais
parce que la mort tourne plus vite que lui,
laissant dépasser des têtes vides à chaque horizon.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Mon Ami le Vent (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Mon Ami le Vent

JE t’aime et te salue, ô mon ami le vent
Qui rôdes à travers les champs gras où l’on sème,
Et qui viens te pencher sur la mer, en buvant
Les flots dont l’âcreté ravive ta soif blême…

Rien ne saurait combler le vide de mes bras,
Et mes jours impuissants ont des torpeurs mauvaises…
J’aspire aux infinis que l’on n’atteindra pas…
Quand m’emporteras-tu vers les rudes falaises ?

Quand m’emporteras-tu vers les gris horizons,
Vers les récifs et vers les îles désolées
Où les plantes n’ont point les magiques poisons ?
Que cherchent en vain les princesses exilées ?…

Quand m’emporteras-tu vers l’éternel hiver
Où nul essor de blancs goélands ne s’élance,
Où les soirs ont glacé le tourment de la mer,
Où rien d’humain ne vit au milieu du silence ?

(Renée Vivien)

Illustration: Albert-Joseph Pénot

 

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Entre les villages (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2017



Illustration: Vincent Van Gogh
    
Entre les villages séparés par le silence,
les chaumes se tendent comme des oiseaux
aux aguets et l’on entend parfois le bruit
que fait une feuille pour rentrer dans la terre.

Il y a tant de litres de clarté jamais bus
jamais vides de leur éclatement facile
que la terre reste blanche comme les routes
dont la poussière cache un peu de soleil.

Le ciel trop haut n’a pas retenu ton regard
la terre n’a pas gardé ton pas sur les chemins
Il reste un peu de buée sur la tête trop claire,
un peu de tendresse mal assemblée dans la main.

Tu as vécu jusqu’au dernier papier de peau
jusqu’à la dernière goutte de regard.
Pas une femme ne se souvient de ta vie
comme la terre se souvient des étoiles.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Le monde est au bout de l’horizon (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2017



Illustration: Ruth Bloch
    
Le monde est au bout de l’horizon
toujours prêt à fuir le regard
où les mains qui se tendent
vides de se sentir vivantes sur un objet.

La vie n’est pas en moi,
Elle est dans ce visage près de mon visage,
Elle est dans ces yeux de la douceur desquels
mes yeux s’étonneront jusqu’à leur dernier regard,
elle est dans ces lèvres qui me font naître d’un baiser,
elle est dans cette chair qui est pour moi
la seule place chaude de la terre.

Les murs sont hauts du désespoir qu’ils ont
de ne pouvoir un instant arrêter les femmes
qui vont vers l’amour
comme les forêts vers le matin.

Deux corps nus s’élèvent vers leurs bouches
de la même façon que les maisons le soir
vont chercher la lumière avec leur plus haute fenêtre.

Et quand je libère cette femme
de la lingerie où elle est blottie,
je me rappelle avec quelle ferveur
je découvrais enfouie au coeur des herbes
la source où ma bouche faisait descendre tout un été.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Retouche au contre-jour (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2017



Retouche au contre-jour

un fiacre dépose le soleil
au pied de la mer immobile
des gants de fine peau jouent les oiseaux
sous des arbres à moustache de chat

un rire vide le fond du ciel
il reste une marque de lèvres

l’âme se rappelle sa naissance difficile
la césarienne du premier chagrin

(Daniel Boulanger)

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De mon enfance (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2017



Illustration: Edward Hopper

    

De mon enfance, je revois le couchant
s’étendre sur le plancher usé
et se replier lentement dans l’ombre
comme un épi trop lourd de blé.

Aux quatre coins du corps,
le coeur tire sur ses liens.
j’ai peur de vivre derrière ces vitres
tant elles sont béantes et vides.

Je ne respire pas plus qu’un objet.
Où sont les chemins descendus du soleil
vers l’après-midi si large de l’été ?
Au soir, on retrouvait les sources perdues.

Derrière les murs, plus vivantes en leur nudité
et renversées parmi leurs seins, les femmes
sont les plus belles blessures du monde
avec leur sexe, leur bouche et leurs yeux.

Au-dessus de la terre, il y a une chambre
où la solitude et le papier peint sont éternels.
Quand je n’y suis pas, des femmes de clarté
vont au-devant du jour ou de l’armoire

et, dès que je rentre, rejoignent mes yeux.
Gardiennes de secrets, elles revivent en moi
comme un buisson éperdu de printemps.
Le coeur s’enfonce dans le corps

tiède de pleurs, de plantes et de sources.
La voix n’a plus d’ombre, ni de retard
et monte comme une lame ensanglantée
de la terre entr’ouverte par le ciel.

Une grande amertume envahit la fenêtre
qui dénude le front avec un reste de jour
en y laissant la cicatrice des veines
et partout le rire jaillit des bouteilles.

(Lucien Becker)

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Où je déborde dans le coeur (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2017



Illustration: Rafal Olbinski

    
où je déborde
dans le coeur du coeur noir
tes os disent la nuit rouge

c’est l’oeil de ta nuit
qui me tresse
et me sauve

c’est l’oeil de ta pluie
dans le coeur du coeur noir
vers la saveur sans fin

ce qui frappe à mes tempes
et me palpite
c’est la voix de ta nuit

dis-moi le récit du ciel
dans le coeur du coeur noir
dis-moi les lèvres des larmes

dis-moi la rosée et le royaume
accepte ma cendre
d’infini en infini

je te rejoindrai
dans le coeur du coeur noir
où saigne la lumière

puissions-nous connaître
le versant blanc du vide
pour perdre le nord à jamais

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Infiniment proche
Editions: Gallimard

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