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Poésie

Posts Tagged ‘vide’

S’agripper à la pomme quand tu parles d’une pomme (Israël Eliraz)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2017



s’agripper à la pomme
quand tu parles d’une pomme.

Vérifier si le vers paisible (comme
un principe) ne t’a pas précédé.

Trouver une langue qui
suscitera un intérêt
et sans effort.

Montre tes mains vides
et enfouis-toi dans
le réel

où se trouve toujours une
chose simple, un objet
éclaté dans l’après-midi.

Chercher toujours à retenir quelque chose.

*******

le temps d’aller vers l’ouvert

le temps de se taire

le temps de prendre le souffle
de le perdre

dans les jours qui viennent

(avant que tout cela ne devienne
trop abstrait)

(Israël Eliraz)

Découvert chez Lara ici

Illustration: George Pyatigorets

 

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Le temps est le bâillement d’un dieu (Auguste Bonel)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2017



Le temps est le bâillement
d’un dieu sur la haletante
respiration du monde
cet écho dont le feu est la prémisse
a tant envoûté le vide
que le silence y laisse
plis et rides
avant de s’évaporer
en d’abondantes formes closes

l’absolu vibre à limite du possible

(Auguste Bonel)

Illustration: Messerschmidt Franz Xaver

 

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Le ciel s’obscurcit (Yoshio Negishi)

Posted by arbrealettres sur 17 octobre 2017



feuille de magnolia1

Le ciel s’obscurcit.
À l’instant, une feuille de magnolia
tombe dans le vide

(Yoshio Negishi)

 

 

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Le Malheur (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017



Illustration: Vincent Van Gogh
    
Le Malheur

Le malheur m’a jeté son souffle desséchant :
De mes doux sentiments la source s’est tarie,
Et mon âme incomprise avant l’heure flétrie,
En perdant tout espoir perd tout penser touchant,

Mes yeux n’ont plus de pleurs, ma voix n’a plus de chant,
Mon cœur désenchanté n’a plus de rêverie ;
Pour tout ce que j’aimais avec idolâtrie,
Il ne me reste plus d’amour ni de penchant.

Une aride douleur ronge et brûle mon âme,
Il n’est rien que j’envie et rien que je réclame,
Mon avenir est mort, le vide est dans mon coeur.

J’offre un corps sans pensée à l’œil qui me contemple ;
Tel sans divinité reste quelque vieux temple,
Telle après le banquet la coupe est sans liqueur.

(Louise Colet)

 

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Ambiguïté du témoin (Piero Bigongiari)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2017



 

Jeanie Tomanek scepter

Ambiguïté du témoin

Quelle est cette souffrance qui s’étale,
comme sur une tranche de ce pain doux amer
que l’enfant approche de ses lèvres,
sur l’indolence que l’âme atteint
entre bonheur et douleur?
L’absence ? Non. Entre les pôles qui s’opposent,
magique, une alliance naît,
une tension, en équilibre peut-être.
Ou est-ce la mort lente des illusions,
la risée des sons suggérés
au sein des faux pardons des hypocrites ?
Ou alors est-ce la présence du tiers
qui se reforme, de celui qui assista
plus pressé peut-être que distrait
à notre conversation qui
se perdait entre les silences
jonchés déjà de consensus suspendus
et le sourire des sens déjà en éveil.

Avant de s’éloigner, il mêla
le plus ambigu des sourires à ses regards
qu’allumait le désir. S’il est resté
quelque chose de ce feu, tandis qu’il
s’éloignait, dans une étrange mélancolie,
un tison crépitait dans les cendres.

Tel témoignage est alors une erreur
dans la tendre incohérence de Vénus
si l’espace objectif de ce « lui »
trop vite enfui alors, vide,
se remplit des ombres de ce jeu faussé
de celui qui, entre le « moi » et le « toi » triche sur l’oubli.
Étrange clapotis des ondes amères
ce colloque confond et le toi et le moi
où l’éloquence de l’être est un adieu.

(Piero Bigongiari)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

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Je m’en moque d’être rien du tout (Fabrice Marzuolo)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2017




    
Je m’en moque
d’être rien du tout
et même rien de rien
ce qui me contrarie
c’est que du vent
m’empêche de dormir
et surtout
que le Rien qui créa
le rien à son image
n’ait poussé
le vide jusqu’au bout.

(Fabrice Marzuolo)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Vivre c’est oublier qu’on est mort
Editions: Du Contentieux

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Espère (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017




Illustration: Valère Prosperi
    
Espère

Ainsi, j’avais en vain suivi d’un œil avide,
Mille rêves d’amour, de gloire et d’amitié :
Toujours ils avaient fui ; mon âme restait vide ;
Je me faisais pitié !

La douleur arrêtait ma course haletante,
Je renonçais au but avant qu’il fut atteint ;
Dans mon cœur, épuisé par une longue attente,
L’espoir semblait éteint.

Et je disais : mon Dieu, je mourrai solitaire !
Et je n’attendais plus de beaux jours sur la terre,
Quand soudain, à ta voix, mon cœur s’est rajeuni :
Cette voix m’a promis un avenir prospère :
Cette voix m’a jeté ce mot si doux : ESPERE !…
Que ton nom soit béni !

Tous les chastes désirs que mon âme renferme,
Tous ces purs sentiments étouffés dans leur germe,
De ton cri d’espérance, ont entendu l’appel :
Oh ! que ton amitié me guide et me soutienne,
Laisse-moi reposer mon âme sur la tienne :
L’amitié, c’est l’amour que l’on ressent au ciel !…

(Louise Colet)

 

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MIROIR VIDE (Kenneth Rexroth)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017




    
MIROIR VIDE

Tant que nous vivons perdus
Dans le règne de la finalité
Nous ne sommes pas libres. Je suis assis
Dans ma cabane de dix mètres carrés.

Les oiseaux chantent. Les abeilles bourdonnent.
Les feuilles frémissent. L’eau
Murmure sur les rochers.
Le canyon me referme sur moi-même.

Un mouvement, et la grenouille de Basho
Sauterait dans l’étang.
Tout l’été les feuilles dorées
Des lauriers ont tourné dans l’espace.

Aujourd’hui, une feuille
D’érable dérivait sur l’eau.
A la tombée de la nuit, je contemple le feu.

Il fut un temps où je voyais des cités de feu,
Des villes, des palais, des guerres,
Des aventures héroïques
Dans les feux de camp de ma jeunesse.

Aujourd’hui, je ne vois plus qu’un feu.
Je respire doucement.
Les étoiles se meuvent dans le ciel.

Dans l’obscurité pure
Seule une petite lueur rougeoyante
Palpite encore parmi la cendre.

Sur la table, une peau
De serpent desséchée, une pierre brute.

(Kenneth Rexroth)

 

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Quelle joie (Mawlana Rûmî)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2017




   
Quelle joie,
lorsqu’à la perle je fus uni,

Telle une vague, avec le vent,
tout mon être fut dispersé.

Dispersé comme l’éclair, de la mer,
j’ai révélé les secrets,

Puis, comme un nuage vidé,
au bord de l’eau, je me suis couché

(Mawlana Rûmî)

 

 

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LA RIVIERE (Raymond Federman)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2017



LA RIVIERE

nous descendons dûment
la grande rivière de la vie
tout en l’interprétant à faux
tandis que son courant
de plus en plus rapide
et son eau de plus en plus
profonde et sombre
en aval se précipitent

et bien sûr cette liquidité
nous convient si bien
comme nous aurait
aussi bien convenu
la terre ferme ou le ciel vide
si le choix nous en fut donné

mais puisque nous ne comprenons
pas nous mêmes pourquoi en aval
se fait ce voyage plutôt qu’en amont
même si parfois nous nous donnons
le mensonge pour croire le contraire
il n’y a pas raison ni moyen d’essayer
de comprendre même si
nous le voulions ou pouvions

est-ce que ce voyage existe vraiment
peut-être faut-il le considérer comme si
dans ses mystérieuses méandres
il se faisait au fur et à mesure du hasard
de son prolongement tortueux
vers la grande embouchure de l’infini

***

THE RIVER

we go down resolutely
the great river of life
interpreting it falsely
while its currents
more and more rapid
and its water
deeper and somber
flows downstream

and of course this liquidity
suits us so well
just as the firm ground
or the empty sky would have
if the choice had been given us

but since we do not comprehend
why this journey goes downstream
rather than upstream
even though sometimes
we give ourselves
the lie to believe otherwise
there is no reason nor any means
to try and understand why
even if we could or would

does this journey really exist
perhaps it should be considered
in its mysterious meandering
as if it is accomplished haphazardly
in its tortuous prolongation
towards the great void of infinity

(Raymond Federman)


Illustration

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