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Poésie

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On reste là des heures dans le pays calme (Antoine Emaz)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2017



on reste là
des heures
dans le pays calme

avant après
d’un même blanc

sans peur ni joie
vide dans le vide

on tient sans mal

(Antoine Emaz)

Illustration: Irina Kotova

 

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LES VISIONS (William Butler Yeats)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2017



 

LES VISIONS

Parce que la dérision est un refuge,
J’ai parlé d’une vision sans prendre
Assez de peine pour convaincre
Les gens raisonnables, ni paraître crédible,
Car je n’ai pas confiance dans l’oeil du vulgaire,
Qu’il soit prudent ou téméraire.
J’ai eu quinze visions; la pire:
Un manteau pendu à un cintre.

Rien ne m’a été à demi aussi bon
Que cette demi-solitude longtemps préparée,
Où je peux veiller la moitié de la nuit
Avec un ami dont l’esprit est assez vif
Pour qu’il retienne ses yeux de me dire
À quel moment je cesse d’être intelligible.
J’ai eu quinze visions; la pire:
Un manteau pendu à un cintre.

Quand un homme vieillit, sa joie
S’approfondit de jour en jour,
Son coeur vide est enfin comblé,
Mais ce n’est pas trop de toute cette force,
Car la nuit grandissante s’ouvre,
Dévoilant son mystère et son effroi.
J’ai eu quinze visions, la pire:
Un manteau pendu à un cintre.

***

THE APPARITIONS

Because there is safety in derision
I talked about anapparition,
I took no trouble to convince,
Or seem plausible to a man of sense,
Distrustfuf of that popular eye
Whether it be bold or sly.
Fifteen apparitions have I seen;
The worst a coat upon a coat-hanger.

I have found nothing half so good
As my long-planned half solitude,
Where I can sit up half the night
With some friend that has the wit
Not to allow his looks to tell
When I am unintelligible.
Fifteen apparitions have I seen;
The worst a coat upon a coat-hanger.

When a man grows old his joy
Grows more deep day after day,
His empty heart is full at length,
But he has need of all that strength
Because of the increasing Night
That opens her mystery and fright.
Fifteen apparitions have I seen,
The worst a coat upon a coat-hanger.

(William Butler Yeats)

 

 

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Il est une présence que j’oublie parfois (anonyme)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2017


be.1212922983

Amour lumière, désamour solitude.
J’oscille de l’un vers l’autre tel
le balancier d’une horloge, sans
pouvoir m’arrêter, sinon de vivre.
Lorsque je vois le vide, je suis le vide,
la solitude, j’ai mal et j’ai peur.
Lorsque je me sens bien, je suis la joie
et la présence. J’ai une autre vision du monde.
La solitude triste,
c’est lorsque mon regard
ne voit que le vide.
La solitude sereine,
c’est lorsque je me rappelle
qu’au-delà des apparences
il est une présence
que j’oublie parfois.

(anonyme)

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Il y aura toujours des oiseaux (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2017



Innumérables noms dans le nid d’un seul.
Il y aura toujours des oiseaux pour peupler de cris
l’espace vide.

(Edmond Jabès)

Illustration: Gil.G.

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Cette écrasante présence du vide! (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2017



Quel silence, partout.
Et cette écrasante présence du vide!
Dieu est là. Je le sens.

Le Rien est soupir d’éternité,
aveu négligé d’infini.

(Edmond Jabès)

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Ode à un rossignol (John Keats)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2017



 

Heiko Müller rossignol

Ode à un rossignol

Mon coeur se serre et une torpeur douloureuse
Me prend comme si j’avais bu à longs traits
La cigüe, ou bien quelque morne opium,
Et coulé à l’instant au fond du Léthé :
Non que j’envie ton heureuse fortune,
Mais je me réjouis trop de ta félicité, –
Qu’ainsi, dryade aux ailes légères,
Dans un mélodieux bouquet
De hêtres verts et d’ombres innombrables,
A plein gosier tu incantes l’été.

O que je boive une gorgée d’un vin
Rafraîchi dans les abîmes de la terre,
Fleurant bon Flore et la verte campagne,
Danse et chant de Provence, allégresse solaire !
O la chaleur du Sud à plein cratère
Où rougit l’authentique Hippocrène,
Son chapelet de bulles pétillant
A la bouche tachée de pourpre ;
O que j’en boive ! et quitter, ignoré, le monde,
M’évanouir avec toi dans la forêt profonde :

M’évanouir au loin, me dissoudre, oublier
Ce qu’en ta frondaison tu ne connus jamais,
L’ennui d’ici, la fièvre, le dégoût
Des humains occupés à s’écouter gémir ;
Où la paralysie ne laisse tressaillir
Que l’ultime poil gris, triste, clairsemé,
Quand, devenue d’une pâleur de spectre,
La jeunesse diaphane se meurt ;
Où toute pensée n’est plus rien que douleur
Et désespoir aux yeux vides ;
La Beauté même en perd son regard lustral,
Et le nouvel Amour languit, sans avenir.

Au loin ! Au loin ! Je volerai vers toi,
Non sur le char aux léopards de Bacchus,
Mais sur les ailes invisibles de la Poésie,
Tout encombré pourtant de mon cerveau infirme :
Avec toi, déjà ! Tendre est la nuit,
Et il se peut que sur son trône la Reine Lune
Se drape d’un essaim féérique d’étoiles ;
Pourtant ici nulle lumière,
Sinon ce qui nous vient des cieux avec les brises
Et court sur les chemins moussus, dans les ténèbres.

Je ne puis distinguer ni les fleurs à mes pieds,
Ni l’encens délicat flottant dans la ramure,
Mais dans l’obscur embaumé je perçois chaque effluve
Que répand alentour la saison opportune,
Sur l’herbe, le hallier, les baies sauvages,
La blanche aubépine et l’églantier pastoral,
Et l’éphémère violette sous les feuilles ;
Et sur la fille aînée du mois de Mai,
La rose musquée qui déborde de rosée enivrante,
Annonçant les soirées bourdonnantes d’été.

J’écoute sombrement ; c’est vrai que souvent,
A moitié amoureux de la Mort consolante,
Dans plus d’un vers rêveur je l’ai nommée tendrement,
Qu’elle emporte dans les airs mon souffle apaisé ;
Maintenant plus que jamais, mourir semble une fête,
Cesser d’exister, sans douleur, à minuit,
Au moment même, Rossignol, où en pareille extase
Tu donnes libre cours à ton âme !
Et toujours tu chanterais, mais vainement,
Ton haut requiem au gazon de ma tombe.

Toi, tu n’es pas né pour mourir, Oiseau immortel !
Nulle avare génération ne t’a foulé aux pieds ;
Cette voix que j’entends dans la nuit fugitive
Aux temps anciens berçait souverains et bouffons :
Ce même chant, qui sait, avait trouvé la voie
Du triste coeur de Ruth privée de sa patrie,
Debout, en larmes, parmi la moisson étrangère ;
Le même qui maintes fois enchanta
Des croisées par magie ouvertes sur l’écume
De mers dangereuses, au pays sans retour des fées.

Sans retour ! C’est un glas qui résonne en ces mots,
M’arrache à toi, me livre à ma solitude.
Adieu ! Car malgré ce qu’on dit, les chimères
Ne peuvent tout à fait nous abuser, – elfe joueur,
Adieu ! Adieu ! ton hymne plaintif s’évanouit,
Court sur le pré voisin et le ruisseau tranquille,
Jusqu’au sommet de la colline ; le voilà enterré
Tout au fond, sous l’herbe du val proche :
Etait-ce une vision ? ou un rêve éveillé ?
La musique envolée, suis-je avec elle en songe ?

***

Ode to a the Nightingale

My heart aches, and a drowsy numbness pains
My sense, as though of hemlock I had drunk,
Or emptied some dull opiate to the drains
One minute past, and Lethe-wards had sunk:
‘Tis not through envy of thy happy lot,
But being too happy in thine happiness, –
That thou, light-winged Dryad of the trees,
In some melodious plot
Of beechen green and shadows numberless,
Singest of summer in full-throated ease.

O, for a draught of vintage! that hath been
Cool’d a long age in the deep-delved earth,
Tasting of Flora and the country green,
Dance, and Provençal song, and sunburnt mirth!
O for a beaker full of the warm South,
Full of the true, the blushful Hippocrene,
With beaded bubbles winking at the brim,
And purple-stained mouth;
That I might drink, and leave the world unseen,
And with thee fade away into the forest dim:

Fade far away, dissolve, and quite forget
What thou among the leaves hast never known,
The weariness, the fever, and the fret
Here, where men sit and hear each other groan;
Where palsy shakes a few, sad, last gray hairs,
Where youth grows pale, and spectre-thin, and dies;
Where but to think is to be full of sorrow
And leaden-eyed despairs,
Where Beauty cannot keep her lustrous eyes,
Or new Love pine at them beyond to-morrow.

Away! away! for I will fly to thee,
Not charioted by Bacchus and his pards,
But on the viewless wings of Poesy,
Though the dull brain perplexes and retards:
Already with thee! tender is the night,
And haply the Queen-Moon is on her throne,
Cluster’d around by all her starry Fays;
But here there is no light,
Save what from heaven is with the breezes blown
Through verdurous glooms and winding mossy ways.

I cannot see what flowers are at my feet,
Nor what soft incense hangs upon the boughs,
But, in embalmed darkness, guess each sweet
Wherewith the seasonable month endows
The grass, the thicket, and the fruit-tree wild;
White hawthorn, and the pastoral eglantine;
Fast fading violets cover’d up in leaves;
And mid-May’s eldest child,
The coming musk-rose, full of dewy wine,
The murmurous haunt of flies on summer eves.

Darkling I listen; and, for many a time
I have been half in love with easeful Death,
Call’d him soft names in many a mused rhyme,
To take into the air my quiet breath;
Now more than ever seems it rich to die,
To cease upon the midnight with no pain,
While thou art pouring forth thy soul abroad
In such an ecstasy!
Still wouldst thou sing, and I have ears in vain –
To thy high requiem become a sod.

Thou wast not born for death, immortal Bird!
No hungry generations tread thee down;
The voice I hear this passing night was heard
In ancient days by emperor and clown:
Perhaps the self-same song that found a path
Through the sad heart of Ruth, when, sick for home,
She stood in tears amid the alien corn;
The same that oft-times hath
Charm’d magic casements, opening on the foam
Of perilous seas, in faery lands forlorn.

Forlorn! the very word is like a bell
To toll me back from thee to my sole self!
Adieu! the fancy cannot cheat so well
As she is fam’d to do, deceiving elf.
Adieu! adieu! thy plaintive anthem fades
Past the near meadows, over the still stream,
Up the hill-side; and now ’tis buried deep
In the next valley-glades:
Was it a vision, or a waking dream?
Fled is that music: – Do I wake or sleep?

(John Keats)

Illustration: Heiko Müller

 

 

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Ce vide (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2017



Ah ce vide, ce vide
que rien ne trouble.

(Edmond Jabès)

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Le désir du peu (Louise Warren)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



 

le désir du peu
agrandit le vide

broie le noir
sans l’épuiser
cela ne paraît pas
dans mes gestes
pas encore

(Louise Warren)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Igor Morski

 

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Hommes et femmes (Jack Kerouac)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2017



Hommes et femmes
Jacassant sous
le Vide éternel

***

Men and women
Yakking beneath
the eternal Void

(Jack Kerouac)


Illustration

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Le gouffre (Abdellatif Laâbi)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2017



Le gouffre
que je scrute depuis si longtemps
ce n’est que le vide
que je refuse de voir en moi

(Abdellatif Laâbi)


Illustration

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