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Poésie

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La marche à l’amour (Gaston Miron)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2021



La marche à l’amour

Tu as les yeux pers des champs de rosées
tu as des yeux d’aventure et d’années-lumière
la douceur du fond des brises au mois de mai
dans les accompagnements de ma vie en friche
avec cette chaleur d’oiseau à ton corps craintif
moi qui suis charpente et beaucoup de fardoches
moi je fonce à vive allure et entêté d’avenir
la tête en bas comme un bison dans son destin
la blancheur des nénuphars s’élève jusqu’à ton cou
pour la conjuration de mes manitous maléfiques
moi qui ai des yeux où ciel et mer s’influencent
pour la réverbération de ta mort lointaine
avec cette tache errante de chevreuil que tu as

tu viendras tout ensoleillée d’existence
la bouche envahie par la fraîcheur des herbes
le corps mûri par les jardins oubliés
où tes seins sont devenus des envoûtements
tu te lèves, tu es l’aube dans mes bras
où tu changes comme les saisons
je te prendrai marcheur d’un pays d’haleine
à bout de misères et à bout de démesures
je veux te faire aimer la vie notre vie
t’aimer fou de racines à feuilles et grave
de jour en jour à travers nuits et gués
de moellons nos vertus silencieuses
je finirai bien par te rencontrer quelque part
bon dieu!
et contre tout ce qui me rend absent et douloureux
par le mince regard qui me reste au fond du froid
j’affirme ô mon amour que tu existes
je corrige notre vie

nous n’irons plus mourir de langueur
à des milles de distance dans nos rêves bourrasques
des filets de sang dans la soif craquelée de nos lèvres
les épaules baignées de vols de mouettes
non
j’irai te chercher nous vivrons sur la terre
la détresse n’est pas incurable qui fait de moi
une épave de dérision, un ballon d’indécence
un pitre aux larmes d’étincelles et de lésions profondes
frappe l’air et le feu de mes soifs
coule-moi dans tes mains de ciel de soie
la tête la première pour ne plus revenir
si ce n’est pour remonter debout à ton flanc
nouveau venu de l’amour du monde
constelle-moi de ton corps de voie lactée
même si j’ai fait de ma vie dans un plongeon
une sorte de marais, une espèce de rage noire
si je fus cabotin, concasseur de désespoir
j’ai quand même idée farouche
de t’aimer pour ta pureté
de t’aimer pour une tendresse que je n’ai pas connue
dans les giboulées d’étoiles de mon ciel
l’éclair s’épanouit dans ma chair
je passe les poings durs au vent
j’ai un coeur de mille chevaux-vapeur
j’ai un coeur comme la flamme d’une chandelle
toi tu as la tête d’abîme douce n’est-ce pas
la nuit de saule dans tes cheveux
un visage enneigé de hasards et de fruits
un regard entretenu de sources cachées
et mille chants d’insectes dans tes veines
et mille pluies de pétales dans tes caresses

tu es mon amour
ma clameur mon bramement
tu es mon amour ma ceinture fléchée d’univers
ma danse carrée des quatre coins d’horizon
le rouet des écheveaux de mon espoir
tu es ma réconciliation batailleuse
mon murmure de jours à mes cils d’abeille
mon eau bleue de fenêtre
dans les hauts vols de buildings
mon amour
de fontaines de haies de ronds-points de fleurs
tu es ma chance ouverte et mon encerclement
à cause de toi
mon courage est un sapin toujours vert
et j’ai du chiendent d’achigan plein l’âme
tu es belle de tout l’avenir épargné
d’une frêle beauté soleilleuse contre l’ombre
ouvre-moi tes bras que j’entre au port
et mon corps d’amoureux viendra rouler
sur les talus du mont Royal
orignal, quand tu brames orignal
coule-moi dans ta plainte osseuse
fais-moi passer tout cabré tout empanaché
dans ton appel et ta détermination

Montréal est grand comme un désordre universel
tu es assise quelque part avec l’ombre et ton coeur
ton regard vient luire sur le sommeil des colombes
fille dont le visage est ma route aux réverbères
quand je plonge dans les nuits de sources
si jamais je te rencontre fille
après les femmes de la soif glacée
je pleurerai te consolerai
de tes jours sans pluies et sans quenouilles
des circonstances de l’amour dénoué
j’allumerai chez toi les phares de la douceur
nous nous reposerons dans la lumière
de toutes les mers en fleurs de manne
puis je jetterai dans ton corps le vent de mon sang
tu seras heureuse fille heureuse
d’être la femme que tu es dans mes bras
le monde entier sera changé en toi et moi

la marche à l’amour s’ébruite en un voilier
de pas voletant par les lacs de portage
mes absolus poings
ah violence de délices et d’aval
j’aime
que j’aime
que tu t’avances
ma ravie
frileuse aux pieds nus sur les frimas de l’aube
par ce temps profus d’épilobes en beauté
sur ces grèves où l’été
pleuvent en longues flammèches les cris des pluviers
harmonica du monde lorsque tu passes et cèdes
ton corps tiède de pruche à mes bras pagayeurs
lorsque nous gisons fleurant la lumière incendiée
et qu’en tangage de moisson ourlée de brises
je me déploie sur ta fraîche chaleur de cigale
je roule en toi
tous les saguenays d’eau noire de ma vie
je fais naître en toi
les frénésies de frayères au fond du coeur d’outaouais
puis le cri de l’engoulevent vient s’abattre dans ta gorge
terre meuble de l’amour ton corps
se soulève en tiges pêle-mêle
je suis au centre du monde tel qu’il gronde en moi
avec la rumeur de mon âme dans tous les coins
je vais jusqu’au bout des comètes de mon sang
haletant
harcelé de néant
et dynamité
de petites apocalypses
les deux mains dans les furies dans les féeries
ô mains
ô poings
comme des cogneurs de folles tendresses

mais que tu m’aimes et si tu m’aimes
s’exhalera le froid natal de mes poumons
le sang tournera ô grand cirque
je sais que tout mon amour
sera retourné comme un jardin détruit
qu’importe je serai toujours si je suis seul
cet homme de lisière à bramer ton nom
éperdument malheureux parmi les pluies de trèfles
mon amour ô ma plainte
de merle-chat dans la nuit buissonneuse
ô fou feu froid de la neige
beau sexe léger ô ma neige
mon amour d’éclairs lapidée
morte
dans le froid des plus lointaines flammes

puis les années m’emportent sens dessus dessous
je m’en vais en délabre au bout de mon rouleau
des voix murmurent les récits de ton domaine
à part moi je me parle
que vais-je devenir dans ma force fracassée
ma force noire du bout de mes montagnes
pour te voir à jamais je déporte mon regard
je me tiens aux écoutes des sirènes
dans la longue nuit effilée du clocher de Saint-Jacques
et parmi ces bouts de temps qui halètent
me voici de nouveau campé dans ta légende
tes grands yeux qui voient beaucoup de cortèges
les chevaux de bois de tes rires
tes yeux de paille et d’or
seront toujours au fond de mon coeur
et ils traverseront les siècles

je marche à toi, je titube à toi, je meurs de toi
lentement je m’affale de tout mon long dans l’âme
je marche à toi, je titube à toi, je bois
à la gourde vide du sens de la vie
à ces pas semés dans les rues sans nord ni sud
à ces taloches de vent sans queue et sans tête
je n’ai plus de visage pour l’amour
je n’ai plus de visage pour rien de rien
parfois je m’assois par pitié de moi
j’ouvre mes bras à la croix des sommeils
mon corps est un dernier réseau de tics amoureux
avec à mes doigts les ficelles des souvenirs perdus
je n’attends pas à demain je t’attends
je n’attends pas la fin du monde je t’attends
dégagé de la fausse auréole de ma vie tends
dégagé de la fausse auréole de ma vie

(Gaston Miron)

Illustration: Andrzej Malinowski

 

 

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CHALEUR (Armenuhi Sisyan)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2021




    
Poem in French, Dutch, Spanish, English, Italian, German, Portuguese, Sicilian, Romanian, Polish, Greek, Chinese, Arab, Hindi, Japanese, Farsi, Bulgarian, Icelandic, Russian, Filipino, Hebrew, Tamil, Bangla, Irish, Serbian, Armenian

Poem of the Week Ithaca 676 « Warmth »,
Armenuhi Sisyan, Armenia

de “Longing For Thousand Years’’

– All translations are made in collaboration with Germain Droogenbroodt –

CHALEUR

Le souvenir frémit entre mes doigts,
mes yeux fixent le vide à regret,
tandis que les oiseaux désenchantés
partent vers des régions plus chaudes.
C’est la victoire du vent,
pas celle du cœur,
que mes joues ne puissent rougir
par la chaleur du souvenir.
Mes mots suivent les oiseaux:
la poésie leur procure le repos.

(Armenuhi Sisyan)

Traduction Elisabeth Gerlache

***

WARMTE

De herinnering rilt tussen mijn vingers,
mijn ogen staren onbeweeglijk,
terwijl de vogels vertwijfeld
naar warmere oorden trekken.
Het is de overwinning van de wind,
niet die van het hart,
dat mijn wangen niet blozen
door de warmte van de herinnering.
Mijn woorden volgen de vogels:
ze vinden rust in de poëzie.

Vertaling Germain Droogenbroodt

***

CALOR

La memoria se congela entre mis dedos,
mis ojos miran sin parpadear,
mientras los pájaros emigran desesperados
a lugares más cálidos.
La victoria de los vientos es,
no la del corazón,
sino el no sonrojarse de mis mejillas
por el calor del recuerdo.
Mis palabras siguen a los pájaros:
descansan donde está la poesía.

Traducción Armenuhi Sisyan – Germain Droogenbroodt – Rafael Carcelén

***

WARMTH

Memory freezes between my fingers,
my eyes unwinking stare,
while the birds migrate to warmer places
in despair.
The victory of winds it is,
not of the heart,
that my cheeks will not blush
from the warmth of memory.
My words follow the birds:
They rest where poetry is.

Translation Armenuhi Sisyan – Stanley Barkan

***

CALORE

La memoria si congela fra le mie dita,
i miei occhi osservano senza batter ciglio,
gli uccelli migrare verso luoghi più caldi
nella disperazione.
È la vittoria dei venti,
non del cuore.
Le mie gote non arrossiscono
per il calore della memoria.
Le mie parole seguono gli uccelli:
Essi riposano là dove è la poesia.

Traduzione di Armenuhi Sisyan – Stanley Barkan – Luca Benassi

***

WÄRME

Die Erinnerung friert zwischen meinen Fingern,
meine Augen starren unbewegt,
während die Vögel in Verzweiflung
nach wärmeren Orten ziehen.
Es ist der Sieg des Windes,
nicht des Herzens,
dass meine Wangen nicht erröten
von der Wärme der Erinnerung.
Meine Worte folgen den Vögeln:
sie rasten wo Poesie ist.

Übersetzung: Wolfgang Klinck

***

CALIDEZ

A memória enregela entre os meus dedos,
os meus olhos fixos não pestanejam,
enquanto os pássaros migram,
em desespero,
para lugares mais quentes.
É triunfo dos ventos,
não a do coração,
que a minha face não enrubesça
na calidez da recordação.
As minhas palavras seguem os pássaros:
descansam onde há poesia.

Tradução portuguesa – Maria do Sameiro Barroso

***

CAUDDU

La mimoria si gghiaccia ntrê me jidita
L’occhi vardanu fissi senza vulillu
Mentri l’aceddi migranu versu posti chiù cauddi
Dipiratamenti.
È la vittoria di lu ventu
Non di lu cori,
ca li me masciddi non russicanu
cu lu cauddu di la mimoria.
I me palori
Sicutanu l’aceddi:
si riposanu unni la puisia è.

Traduzioni in sicilianu di Gaetano Cipolla

***

CĂLDURĂ

Amintirea îmi îngheață între degete,
ochii mei o fixează încremeniţi,
în timp ce păsări deznădăjduite
se îndreaptă spre ținuturi mai calde.
A vântului izbândă e aceasta,
nicidecum un triumf al inimii.
Obrazul meu nu se îmbujorează
atins de arșița amintirii.
Cuvintele-mi iau calea zburătoarelor:
odihna și-o găsesc în cuibul poeziei.

Traducere: Gabriela Căluțiu Sonnenberg

***

CIEPŁO

Pamięć zamarza pośród moich palców
moje znieruchomiałe oczy wpatrują się
w ptaki wędrujące do cieplejszych krain
To zwycięstwo wiatrów,
nie serca,
że moje policzki nie rumienią się
od ciepła pamięci.
Moje słowa podążają za ptakami:
Znajdują schronienie tam, gdzie są wiersze.

Przekład na polski: Mirosław Grudzień – Małgorzata Żurecka
Translation into Polish by Mirosław Grudzień – Małgorzata Żurecka

***

ΖΕΣΤΑΣΙΑ

Παγώνει η μνήμη ανάμεσα στα δάχτυλα
αθέλητα τα μάτια μου κοιτούν
απελπισμένα πουλιά που μεταναστεύουν
στα θερμά κλίματα.
Νίκη του ανέμου
κι όχι της καρδιάς
τα μάγουλα μου που δεν κοκκινίζουν
απ’ τη θαλπωρή της μνήμης.
Τα πουλιά ακολουθούν οι λέξεις μου
Όλα τα υπόλοιπα την ποίηση.

Μετάφραση Μανώλη Αλυγιζάκη
translated by Manolis Aligizakis

***

记忆在我手指间寒颤,
我的眼睛不情愿地盯看,
当鸟儿迁徙到更暖和的地方,
绝望地飞,
这是风的胜利,
不是心的,
我的脸颊不会始于记忆
的温暖而发红羞愧。
我的词语跟随这些鸟儿:
它们在有诗的地方栖息。

原作:亚美尼亚 亚美奴希·斯娅恩
英译:作者自译
汉译:中 国 周道模 2021-3-20
Translation into Chinese by William Zhou

***

الدفء

ذاكرتي تتجمد وسط أناملي،
وعيناي تحدقان دون رغبة،
في وقت تهاجر الطيور صوب أماكن أكثر دفئا.
لكن دون طائل
إنه زمن انتصار الريح،
وليس القلب.
خداي لا يحمران
بالدفء الذي تنشره الذاكرة.
وكلماتي تقتفي أثر الطيور:
فتحط الرحال لتستريح حيثما يكون الشعر.
أرمينوهي سيسيان ، أرمينيا
ترجمته عن الإنجليزية سارة سليم

Translation into Arab by Sarah Slim

***

गर्मजोशी

मेरी उंगलियों के बीच
यादें जमा देता है,
मेरी आँखें अनिच्छा से घूरने लगीं
जबकि पक्षी गर्म स्थानों पर चले जाते हैं
निराशा से।
यह है हवाओं की जीत,
दिल का नहीं।
मेरे गाल फूले नहीं समा रहे हैं
स्मृति की गर्मी से।
मेरे शब्द पक्षियों का अनुसरण करते हैं:
वे आराम करते हैं जहाँ कविता है।
अर्मेनुही सिसायन, आर्मेनिया
ज्योतिर्मय ठाकुर द्वारा हिंदी में अनुवादित l

Translation into Hindi by Jyotirmaya Thakur

***

ぬくもり

記憶は指の間で凍りつき
望みもしないのに目は見つめる
渡り鳥が絶望して暖かな場所へ飛びのを
風の勝利は心のものではない
わたしの頬が赤く染まるのは
記憶のぬくもりのためでない
わたしの言葉は鳥たちを追う
鳥たちは詩のあるところに羽を休める

アルメヌヒ・シスヤン(アルメニア)
Translation into Japanese by Manabu Kitawaki

***

حرارت

خاطره در بین انگشتانم منجمد می‌شود
و چشمانم ناخواسته خیره می‌ماند
هنگامیکه پرندگان در ناامیدی به مناطق گرمسیری کوچ می‌کنند.
پیروزی باد است،
نه قلب.
گونه هایم سرخ نمی‌شود
از گرمای خاطرات.
کلماتم پرندگان را دنبال می‌کنند:
و آنجا که شعر است استراحت می‌کنند.

ترجمه از سپیده زمانی
Translation into Farsi by Sepideh Zamani

***

ТОПЛИНА

Паметта замръзва между пръстите ми,
очите ми неохотно се взират
докато птиците отлитат

към по-топли места в отчаянието си.
Победа на ветровете е това,

не на сърцето.
Топлината на паметта
не зачервява бузите ми.
Моите думи следват птиците:
Те почиват, където е поезията.

превод от английски: Иван Христов
Translation into Bulgarian by Ivan Hristov

***

HLÝJA

Minningarnar frjósa milli fingra minna,
augu mín stara ófús
á fuglana fljúga til hlýrri staða
í örvæntingu.
Þetta er sigur vinda,
ekki hjartans.
Vangar mínir roðna ekki
af hlýju minninganna.
Orð mín fylgja fuglunum:
Þau halda sig með ljóðunum.

Translation into Icelandic by Þór Stefánsson

***

ТЕПЛО

Воспоминания дрожат между пальцев,
глаза уставились не мигая,
а в то же время перелетные птицы
летят в отчаянии на юг.
Вот так получилось у ветра сделать,
а у сердца не получилось,
так, чтобы не краснели щеки
от самых теплых воспоминаний.
Мои слова улетают за птицами:
им спокойнее там, где есть стихи.

Перевод на русский язык Дарьи Мишуевой
Translation into Russian by Daria Mishueva

***

INIT

Alaala ay nanigas sa pagitan ng aking mga daliri
aking mga matang hindi kumukurap
habang ang mga ibon ay lumilipat sa mas mainit na
mga lugar
sa kawalan ng pag-asa.
Ang tagumpay ng hangin na ito,
hindi ng puso,
na huwag nawa mamula ang aking pisngi
mula sa mainit na alaala.
Sinusundan ng ibon ang aking mga salita:
Sila’y nagpapahinga kung saan naroon ang tula.

Translation Armenuhi Sisyan – Stanley Barkan
Translation into Filipino by Eden Soriano Trinidad

***

חמימות / אַרְמֶנוּהִי סִיסְיַאן

הַזִּכָּרוֹן קוֹפֵא בֵּין אֶצְבְּעוֹתַי,
עֵינַי מַבִּיטוֹת בְּלִי לְמַצְמֵץ,
כְּשֶׁהַצִּפֳּרִים נוֹדְדוֹת לִמְקוֹמוֹת חַמִּים יוֹתֵר
בְּיֵאוּשׁ.
זֶה נִצְחוֹן הָרוּחוֹת,
לֹא שֶׁל הַלֵּב,
שֶׁלְּחָיַי לֹא יַסְמִיקוּ
מֵחֹם הַזִּכָּרוֹן.
מִלּוֹתַי מְלַוּוֹת אֶת הַצִּפֳּרִים:
נָחוֹת בַּמָּקוֹם בּוֹ נִמְצֵאת הַשִּׁירָה.

Translation into Hebrew by Dorit Weisman

***

வெது வெதுப்பு

நம்பிக்கை இழந்த பறவைகள்
வெது வெதுப்பான இடங்களுக்கு இடம்பெயர,
எனது விரல்களுக்கு இடையே நினைவு உறைந்து போகிறது
இமைகள் அசைக்காத எனது கண்களின் பார்வையில்!

அது காற்றின் வெற்றி
எனது இதயத்தின் வெற்றி அல்ல
எனது கன்னங்கள் அந்த நினைவின்
வெது வெதுப்பினின்று நாணமடையாது!
எனது சொற்கள் பறவைகளைப் பின்பற்றுகின்றன
ந்எங்கு கவித இருக்கிறதோ அங்கு
ஓய்வெடுக்கிறது!

Translation into Tamil by NV Subbaraman

***

উষ্ণতা

স্মৃতিগুলো হিমায়িত হয় আমার অঙ্গুলি গুলির মাঝারে,
নয়নযুগল তাকায় অনিচ্ছাসত্বে,
যখন পাখিরা উড়ে যায় একটু উষ্ণতার জন্য
বিষণ্ণতায় ।
এই জয় যে পবনের,
কিন্তু নয় হৃদয়ের ।
আমার গাল গুলি হয়না গোলাপ কপোল
স্মৃতির উষ্ণতায় ।
আমার শব্দমালা অনুসরণ করে পাখিদের:
তারা বিশ্রাম করে যেখানে বসবাস করে কবিতামালা ।

Bangla Translation-:Tabassum Tahmina Shagufta Hussein

***

FONN TAISTIL

Reonn an chuimhne idir mo mhéara,
in éadan mo thola féachaim romhaim
le teann éadóchais
ar na héin ag triail ó dheas—
leanann siad treo na gaoithe,
ní thugann siad aird ar a gcroíthe.
Á dtabhairt chun cuimhne,
ní lasann mo ghrua.
Leanann mo bhriathra imirce na n-éan:
Fáirfidh siad san áit a bhfuil an fhilíocht ann.

Aistrithe go Gaeilge ag Rua Breathnach
Translation into Irish by Rua Breathnach

***

TOPLOTA

Sećanje se smrzava između mojih prstiju,
oči uporno gledaju u istu tačku ,
dok se očajne ptice
sele u toplije krajeve.
To je pobeda vetrova
ne srca.
Ne rumene se moje jagodice
od topline sećanja.
Moje reči lete za pticama:
odmore se tamo gde je poezija.

Preveli: Armenuhi Sisyan – Stanley Barkan
S engleskog prevela S. Piksiades

***

Ջերմություն

Մատներիս միջև սառչում է հիշողությունը,
սառչում են աչքերս
ու թռչունները ճարահատ
չվում են տաք տարածքներ:
Քամիների հաղթանակն է
և ոչ սրտի,
որ այտերս չեն շառագունի
ջերմության հուշից:
Բառերս հետևում են թռչուններին.
նրանք հանգրվանում են այնտեղ,
ուր բանաստեղծությունն է…

(Armenuhi Sisyan)

 

Recueil: Ithaca 676
Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

FRIENDS ITHACA
Holland: https://boekenplan.nl
Poland: http://www.poetrybridges.com.pl
France: https://arbrealettres.wordpress.com
Poland: http://www.poetrybridges.com.pl
Romania: http://www.logossiagape.ro; http://la-gamba.net/ro; http://climate.literare.ro; http://www.curteadelaarges.ro.; https://cetatealuibucur.wordpress.com
Spain: https://www.point-editions.com; https://www.luzcultural.com
India: https://nvsr.wordpress.com; https://ourpoetryarchive.blogspot.com>
USA-Romania: http://www.iwj-magazine.com/journal02

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Il souffle un vent terrible (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 28 mars 2021



 

trou coeur1

Il souffle un vent terrible.
Ce n’est qu’un petit trou dans ma poitrine,
Mais il y souffle un vent terrible…
Dans le trou il y a haine (toujours), effroi aussi
et impuissance :
Il y a impuissance et le vent en est dense,
Fort comme sont les tourbillons,
Casserait une aiguille d’acier,
Et ce n’est qu’un vent, un vide…

(Henri Michaux)

Illustration

 

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Le ciel n’est plus une espérance… (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2021




Illustration: ArbreaPhotos
    
Le ciel n’est plus une espérance…

Le ciel n’est plus une espérance,
mais seulement une expectative.
L’enfer n’est plus une condamnation,
mais seulement un vide.

Désormais l’homme ne se sauve ni ne se perd :
simplement parfois il chante dans le chemin.

***

El cielo ya no es una esperanza,
sino tan sólo una expectativa.
El infierno ya no es una condena,
sino tan sólo un vacío.

El hombre ya no se salva ni se pierde
tan sólo a veces canta en el camino.

(Roberto Juarroz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Sixième poésie verticale
Traduction: Traduit de l’espagnol (Argentine) par Roger Munier
Editions: Points

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LA LUMIÈRE ÉBLOUIT L’INVISIBLE (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2021



Illustration: Giorgio de Chirico
    
LA LUMIÈRE ÉBLOUIT L’INVISIBLE
(Le Philosophe et le Poète)

Un des états extrêmes qu’atteint l’homme
dans les peintures métaphysiques :
un mannequin d’osier
traversé de songes et d’énigmes.

Le ciel est sans oiseaux et les façades ont des fenêtres aveugles.
Dans la pénombre de la pièce, au premier plan,
deux Figures méditantes, de plâtre et de treillis,
contemplent un tableau posé sur un chevalet

Dehors la lumière éblouit l’invisible.

Sur un fond outremer presque vide,
le tableau dessine le trajet d’astres capricieux
ou bien la chute des Esprits élémentaires de la matière.
On peut y voir, si l’on préfère,
les théorèmes de la Nuit.

Dehors la lumière éblouit l’invisible.

Que se disent les deux Figures ?
—jusqu’où s’étend le bleu du doute ?
demande le Philosophe.
—jusqu’au parloir de l’orage,
répond le Poète.

Dehors la lumière éblouit l’invisible.

(Jacques Lacarrière)

 

Recueil: A l’orée du pays fertile
Traduction:
Editions: Seghers

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LE JOUR DE L’ANNONCIATION A PASSÉ (Aksinia Mihaylova)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2021




    
LE JOUR DE L’ANNONCIATION A PASSÉ

À vue de corbeau
le quartier est d’un blanc indécent
à la fin de juin.
Une femme arrose les fleurs et regarde
de loin les reflets noirs et aveuglants
de l’oiseau dans la cage
qu’un enfant accroche sur le balcon d’en face.
Un jour l’enfant va oublier
de fermer la porte de la cage.
Un jour la femme va traverser
l’unique mur de verre de sa boîte en béton
et ils vont se rencontrer dans l’infini
de cinq mètres entre les immeubles :
quand quelqu’un se jette dans le vide
Dieu construit un pont pour lui,
lance une échelle
ou bien lui envoie un oiseau.

Mais peut-on sortir d’un paysage
gravé dans l’œil
d’un corbeau empaillé ?

(Aksinia Mihaylova)

 

Recueil: Le baiser du temps
Traduction:
Editions: Gallimard

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La Tête à couper (Christophe Dauphin)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2021




    
La Tête à couper

Homme de nulle part
Immobile sur la page blanche de la langue
Couteau dans la gorge

Homme de nulle part
qui broie le langage et ses pierres
comme d’autres broient leurs vertèbres

Homme de nulle part
dont tous les sens se jettent dans le vide
exilé dans la langue

Homme de nulle part
Photocopie recto A4 noir et blanc
que l’on lave sur les murs d’un business plan

Homme de nulle part
Photocopie du caporal-solitude
Voix étouffée du quotidien

Homme de nulle part
Chômeur de longue haleine
Ils te jetteront du haut d’une montagne
taillée à pic dans tes entrailles

Balayés par la pluie
tes rêves ne laisseront aucune trace.

(Christophe Dauphin)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Totems aux yeux de rasoir, poèmes 2001-2008
Traduction:
Editions: Librairie-Galerie Racine

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Mon amour c’est ma bien-aimée adorée (Ghérasim Luca)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2021



Illustration: Carole Cousseau

    

Mon amour c’est ma bien-aimée adorée
et ma bien-aimée est à adorer dans ma bien-aimée
et j’adore l’adorée, l’ardente, la toujours-adorée, la partout-odorante,
je l’adore, j’adore son odeur,
ce tout et ce non-tout éventés par ma bien-aimée partout et cette aimantation adorée
qui est son non-ventre adoré, adorant et amoureusement fabriqué en or fabriqué dans l’âge d’or fabriqué de mon Amour,
comme un grand vide troué dans un grand trou à vider jusqu’à la fin des âges.

(Ghérasim Luca)

 

Recueil: Ne pas détacher le vide du sol
Traduction:
Editions: Gallimard

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Où trouver la force de tenir (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2021



Illustration: Bénédicte Pontet
    
Où trouver la force de tenir
Trop longue à poindre
la petite lueur
qui éclairerait le chemin
Comment apprendre la patience
D’où vient cette obstination
qui permet de poursuivre
alors même que tu voudrais renoncer
D’où vient cette force
Pour lui donner plus de vigueur
tu dois descendre encore plus bas
là où l’excès de souffrance
met fin à la souffrance

Tu ne peux encore franchir ce seuil

Tu voudrais t’emplir
de tout ce qui te manque
de tout ce que follement tu désires
mais la prise se dérobe
tes mains ne peuvent rien garder
Tout est emporté par le vent
Alors accepte
Au lieu de vouloir t’emplir
laisse-toi traverser
Accepte d’avoir les mains vides
Peut-être pourront-elles consolider
ceux qui n’ont pas les mots
et pleurent derrière les murs

*

Descends toujours plus bas
aie confiance
Les questions qui te harcèlent
vont trouver réponse
et c’en sera fini
de la tension qui t’étreint

(Charles Juliet)

 

Recueil: Moisson
Traduction:
Editions: P.O.L.

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Jours vides interminables (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2021



Illustration: Tamara Lunginovic
    
jours vides
interminables
écrasés d’ennui

rien ne se propose
de ce qui pourrait
m’apporter
ce dont l’attente
me consume

une région de ténèbres
où tout m’est retiré
de ce qui habituellement
me fait vivre

certes le temps va
mais si lentement
si lentement
et chaque seconde
ronge lancine accable

ce qui me fait
défaut
je l’ignore

je ne le connais
que par ce besoin
que j’en ai

un âpre désir
une torturante
nostalgie

alors
replié dans mes limbes
sourd et aveugle
à ce qui me hèle
voué souvent
à des heures
lasses et cendreuses
j’attends

j’attends
que sourde
la lumière

que meure
le temps

que jaillisse l’eau
dont j’ai soif

(Charles Juliet)

 

Recueil: Moisson
Traduction:
Editions: P.O.L.

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