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Poésie

Posts Tagged ‘vider’

Un mot m’a échappé (Josée Tripodi)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2019



Illustration: René Magritte
    
Un mot m’a échappé
Il a filé comme un serpent
Dans les taillis
De ma mémoire

Perdu parmi les traces
Et les décombres
Du déjà vu

Rivières qui coulent vers le ciel
Vents d’antan
Tonnerre nommé désir

Rues sans lune
Forêts vidées d’oiseaux

Les souvenirs ne sont plus
Ce qu’ils étaient

Pas de quoi pleurer

(Josée Tripodi)

 

Recueil: Le temps court plus vite que moi
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Vacuité de l’abstrait (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2019



Asit Kumar Patnaik 1968 - Indian painter -   (27)

 

Vacuité de l’abstrait
qui désintègre la forme
intellect agent secret
garde le reflet symbole
Elle était de la Balance,
moi je coulais au Verseau,
à chacun sa résonance
dans le contenu d’un mot.
Ne videz pas la parole,
tout est plein qui nous console,
mes chants seront de forêt,
d’anémones dans le vent
de mer et de parapets :
la forêt sera le chant.

(Georges Libbrecht)

Illustration: Asit Kumar Patnaik

 

 

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Nous allons vidant des éternités (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2019



Nous allons vidant des éternités,
tandis que la lumière nous parvient
d’un lieu obstinément caché.

Rien ne tient entre nos mains,
mais rien ne tient nulle part.

Nous-mêmes tiendrons-nous dans la mort ?

Ou sera-ce à la fin la même chose ?

Lire cela
qui s’il est lu s’efface.

***

Andamos vaciando eternidades
mientras la luz nos llega
de un lugar tercamente escondido.

Nada nos cabe entre las manos,
pero nada cabe en ningún sitio.

¿Cabremos nosotros en la muerte?

¿O al fin será lo mismo?

Leer algo
que se borra si es leído.

(Roberto Juarroz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: ArbreaPhotos

 

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Combien dureront nos amours? (Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018


bouteille

— Combien dureront nos amours?
Dit la pucelle au clair de lune.
L’amoureux répond : — Ô ma brune,
Toujours, toujours!

Quand tout sommeille aux alentours,
Élise, se tortillant d’aise,
Dit qu’elle veut que je la baise
Toujours, toujours!

Moi, je dis : — Pour charmer mes jours
Et le souvenir de mes peines,
Bouteilles ; que n’êtes-vous pleines
Toujours, toujours!

Mais le plus chaste des amours,
L’amoureux le plus intrépide,
Comme un flacon s’use et se vide
Toujours, toujours!

(Baudelaire)

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Tu captes les départs immobiles (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2018



 

 Brendan Monroe Observer__before_sleep_

Tu captes les départs immobiles
au fond d’un rêve où tu laves tes sensations

Tu emplis la rue de ta solitude tendue
et les femmes qui auraient pu t’arrêter
ont déjà emprisonné leurs corps

Tu épuises dans des rencontres sans attente
les biceps que tu allonges dans les stades
et les murs tendres de ta prison
— tu tends des velours pour masquer les pièces —
ne cassent pas souvent ta tête
quand tu la jettes
dans des départs qui ne seront pas réalisés

C’est bien — on le sait que tu as des élans
mais tu retombes assis dans ton aventure assise
enfant
qui par sursaut t’aperçois
que les grains de ta vie tombent tombent
et que se vide ta puissance
et que s’alourdit la moitié basse de ton sablier

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Brendan Monroe

 

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Le silence est obligé de remplir (Michel Camus)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018


silence

Le silence est obligé de remplir
celui qui s’ouvre et se vide.
Il remplit les rares vivants
comme il remplit les morts

(Michel Camus)

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Chanson du chagrin (Li Po)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2018



werner pawlok-photographer-Crying-Monkey [800x600]

Chanson du chagrin

Le maître de céans a du vin,
mais ne le versez pas encore :
Attendez que je vous aie chanté la Chanson du chagrin.

Quand le chagrin vient,
si je cesse de chanter ou de rire,
Personne, dans ce monde,
ne connaîtra les sentiments de mon cœur.
Seigneur, vous avez quelques mesures de vin,
Et moi je possède un luth long de trois pieds ;

Jouer du luth et boire du vin
sont deux choses qui vont bien ensemble.
Une tasse de vin vaut, en son temps, mille onces d’or.
Bien que le ciel ne périsse point,
bien que la terre soit de longue durée,
Combien pourra durer pour nous la possession de l’or et du jade ?
Cent ans au plus.
Voilà le terme de la plus longue espérance.

Vivre et mourir une fois,
voilà ce dont tout homme est assuré.
Ecoutez là-bas, sous les rayons de la lune,
écoutez le singe accroupi qui pleure, tout seul, sur les tombeaux.
Et maintenant remplissez ma tasse ;
il est temps de la vider d’un seul trait.

(Li Po)

Illustration: Werner Pawlok

 

 

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J’AI DÉMONTÉ MA VIE (Claude Prouvost)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2018



 

monologue

J’AI DÉMONTÉ MA VIE

Lorsque tu m’as quitté j’ai replié le ciel,
J’ai arraché les fleurs, j’ai raboté les dunes,
J’ai bu les océans, dévissé le soleil,
J’ai avalé le vent, j’ai décroché la lune ;

Lorsque tu m’as quitté j’ai vidé les rivières,
J’ai repeint les prairies, bâillonné les oiseaux,
J’ai éteint les volcans, j’ai écrasé les pierres,
J’ai fondu les glaciers, j’ai coulé les bateaux ;

Lorsque tu m’as quitté j’ai noyé les déserts,
J’ai asséché la pluie, j’ai mangé mes poèmes,
J’ai fermé les chemins, inondé les polders,
J’ai renié tous les dieux, j’ai caché mes « je t’aime » ;

Lorsque tu m’as quitté j’ai détruit les villages,
J’ai brisé la montagne, effacé la forêt,
J’ai rasé les vallées, j’ai cassé les rivages,
J’ai comblé tous les puits, j’ai brûlé l’alphabet ;

Lorsque tu m’as quitté j’ai fusillé les rois,
J’ai tué les aigles noirs, cultivé l’hérésie,
J’ai damné tous les saints, j’ai abrogé les lois ;
Lorsque tu m’as quitté, j’ai démonté ma vie !

(Claude Prouvost)

Illustration: Kristoffer Zetterstrand

 

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Mains coupées de mes désirs (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2018



 

Alberto Gálvez 5

Mains coupées de mes désirs
— ô blondeurs inaccessibles —
je vide mon verre vide,
le jour ne peut plus venir.
Voilà. Nous en étions là :
une pensée à la fois
et la bague autour du doigt,
pensée pour elle ou pour toi
qui papillote et s’en va.
Balançoire, balançoire
fille d’ambiguïté
analogie et du croire,
ouvrez-moi l’autre côté.

(Georges Libbrecht)

Illustration: Alberto Gálvez

 

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Le jour vide ses poches (János Pilinszky)

Posted by arbrealettres sur 18 juin 2018



 

Un pont, le macadam brûlant,
le jour vide ses poches,
une chose après l’autre.
Seul dans le soir catatonique.

Le paysage : froissure de fond de fossé,
cicatrice ardente dans l’ombre qui scintille.
Crépuscule. Le rayonnement me glace,
le soleil m’aveugle. Jamais je n’oublie, c’est l’été.

C’est l’été et la chaleur foudroie.
Debout, et je sais leurs ailes immobiles,
les oiseaux, comme chérubins en flamme
dans des cages aveuglées, hérissées d’échardes.

Te souviens-tu ? Au commencement fut le vent ;
puis la terre ; puis la cage.
Feu et crottin. Et de temps en temps
quelques coups d’ailes, des réflexes vides.

Et soif. Alors j’ai demandé à boire.
J’entends encore les gorgées fiévreuses,
et j’endure impuissant, telle la pierre,
et j’éteins les scintillements.

Des années passent, années, et l’espoir —
comme une vieille casserole renversée dans la paille.

(János Pilinszky)

Illustration: Michael Whelan

 

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