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Posts Tagged ‘vider’

Chanson du chagrin (Li Po)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2018



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Chanson du chagrin

Le maître de céans a du vin,
mais ne le versez pas encore :
Attendez que je vous aie chanté la Chanson du chagrin.

Quand le chagrin vient,
si je cesse de chanter ou de rire,
Personne, dans ce monde,
ne connaîtra les sentiments de mon cœur.
Seigneur, vous avez quelques mesures de vin,
Et moi je possède un luth long de trois pieds ;

Jouer du luth et boire du vin
sont deux choses qui vont bien ensemble.
Une tasse de vin vaut, en son temps, mille onces d’or.
Bien que le ciel ne périsse point,
bien que la terre soit de longue durée,
Combien pourra durer pour nous la possession de l’or et du jade ?
Cent ans au plus.
Voilà le terme de la plus longue espérance.

Vivre et mourir une fois,
voilà ce dont tout homme est assuré.
Ecoutez là-bas, sous les rayons de la lune,
écoutez le singe accroupi qui pleure, tout seul, sur les tombeaux.
Et maintenant remplissez ma tasse ;
il est temps de la vider d’un seul trait.

(Li Po)

Illustration: Werner Pawlok

 

 

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J’AI DÉMONTÉ MA VIE (Claude Prouvost)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2018



 

monologue

J’AI DÉMONTÉ MA VIE

Lorsque tu m’as quitté j’ai replié le ciel,
J’ai arraché les fleurs, j’ai raboté les dunes,
J’ai bu les océans, dévissé le soleil,
J’ai avalé le vent, j’ai décroché la lune ;

Lorsque tu m’as quitté j’ai vidé les rivières,
J’ai repeint les prairies, bâillonné les oiseaux,
J’ai éteint les volcans, j’ai écrasé les pierres,
J’ai fondu les glaciers, j’ai coulé les bateaux ;

Lorsque tu m’as quitté j’ai noyé les déserts,
J’ai asséché la pluie, j’ai mangé mes poèmes,
J’ai fermé les chemins, inondé les polders,
J’ai renié tous les dieux, j’ai caché mes « je t’aime » ;

Lorsque tu m’as quitté j’ai détruit les villages,
J’ai brisé la montagne, effacé la forêt,
J’ai rasé les vallées, j’ai cassé les rivages,
J’ai comblé tous les puits, j’ai brûlé l’alphabet ;

Lorsque tu m’as quitté j’ai fusillé les rois,
J’ai tué les aigles noirs, cultivé l’hérésie,
J’ai damné tous les saints, j’ai abrogé les lois ;
Lorsque tu m’as quitté, j’ai démonté ma vie !

(Claude Prouvost)

Illustration: Kristoffer Zetterstrand

 

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Mains coupées de mes désirs (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2018



 

Alberto Gálvez 5

Mains coupées de mes désirs
— ô blondeurs inaccessibles —
je vide mon verre vide,
le jour ne peut plus venir.
Voilà. Nous en étions là :
une pensée à la fois
et la bague autour du doigt,
pensée pour elle ou pour toi
qui papillote et s’en va.
Balançoire, balançoire
fille d’ambiguïté
analogie et du croire,
ouvrez-moi l’autre côté.

(Georges Libbrecht)

Illustration: Alberto Gálvez

 

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Le jour vide ses poches (János Pilinszky)

Posted by arbrealettres sur 18 juin 2018



 

Un pont, le macadam brûlant,
le jour vide ses poches,
une chose après l’autre.
Seul dans le soir catatonique.

Le paysage : froissure de fond de fossé,
cicatrice ardente dans l’ombre qui scintille.
Crépuscule. Le rayonnement me glace,
le soleil m’aveugle. Jamais je n’oublie, c’est l’été.

C’est l’été et la chaleur foudroie.
Debout, et je sais leurs ailes immobiles,
les oiseaux, comme chérubins en flamme
dans des cages aveuglées, hérissées d’échardes.

Te souviens-tu ? Au commencement fut le vent ;
puis la terre ; puis la cage.
Feu et crottin. Et de temps en temps
quelques coups d’ailes, des réflexes vides.

Et soif. Alors j’ai demandé à boire.
J’entends encore les gorgées fiévreuses,
et j’endure impuissant, telle la pierre,
et j’éteins les scintillements.

Des années passent, années, et l’espoir —
comme une vieille casserole renversée dans la paille.

(János Pilinszky)

Illustration: Michael Whelan

 

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Quels mots trouver (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2018



    

Quels mots trouver
qui dénoueraient tes tensions
te videraient de ton angoisse
apaiseraient ce qui te ronge

quels mots trouver
qui te clarifieraient
te révéleraient à toi-même
transformeraient ton regard

des mots
qui activeraient ton sang
germeraient dans ton corps
renforceraient tes racines

des mots
qui t’éveilleraient
à la plus haute exigence

te donneraient
le pouvoir de t’aimer

te pousseraient
au-devant de la vie

(Charles Juliet)

 

Recueil: L’Opulence de la nuit
Traduction:
Editions: P.O.L.

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A quoi renonces-tu pour moi ? (Max Jacob)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018




    
« A quoi renonces-tu pour moi ? dit le Dieu du mur. »
—A quoi aurais renoncé si je n’avais cherché que Toi ?

As-tu vidé mon coeur?
Mais je n’avais pas de coeur.

M’as-tu réduit à néant ?
alors le néant serait toi-même
c’est tout.

(Max Jacob)

 

Recueil: Actualités éternelles
Traduction:
Editions: De la Différence

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UNE FEMME EN PLEURS (Tang Wall)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2018



UNE FEMME EN PLEURS

Le monde est hostile
L’amour est infidèle
A l’approche de la nuit
La pluie fragilise les fleurs
Le vent matinal sèche mes larmes
Je m’appuie sur la balustrade
Silencieuse, j’essaie de vider mon coeur
Impossible ! Impossible ! Impossible !

Solitaire, je ne suis plus comme hier
Mon âme malade est désorientée
comme la corde de la balançoire
Le son du cor me fait frémir
Le soir est déjà profond
Par crainte d’être surprise
J’essuie mes larmes
Je m’efforce de dessiner un sourire
Trompeur ! Trompeur ! Trompeur !

(Tang Wall)

Illustration

 

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VIDONS NOS VERRES (Wei Zhuang)

Posted by arbrealettres sur 18 mai 2018



trinquer

VIDONS NOS VERRES

Buvons ce soir tout notre soûl
Oublions demain devant la coupe
J’apprécie votre accueil si hospitalier
le gobelet rempli de votre amitié

Attention à ce que la nuit printanière soit courte
Les verres ne sont jamais trop pleins
Trinquons une fois encore
A notre vie qui passe comme l’éclair

(Wei Zhuang)

 

 

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Celui qui a vu tout se vider (Antonio Porchia)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2018





Celui qui a vu tout se vider,
il n’est pas loin de savoir de quoi tout se remplit.

(Antonio Porchia)

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Vider mon Coeur, de Toi (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2018



Vider mon Coeur, de Toi —
Son unique Artère —
Commencer, et T’omettre —
Simple Date d’Extinction —

***

Empty my Heart, of Thee —
It’s single Artery —
Begin, and leave Thee out —
Simply Extinction’s Date —

(Emily Dickinson)


Illustration

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