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Poésie

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Solitaire et pensif j’irai sur les chemins (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



Solitaire et pensif j’irai sur les chemins,
Sous le ciel sans chaleur que la joie abandonne
Et, le coeur plein d’amour, je prendrai dans mes mains
Au pied des peupliers les feuilles de l’automne.

J’écouterai la brise et les cris des oiseaux
Qui volent par les champs où déjà la nuit tombe.
Dans la morne prairie, au bord des tristes eaux,
Longtemps je veux songer à la vie, à la tombe.

L’air glacé fixera les nuages transis
Et le couchant mourra doucement dans la brume.
Alors, las de marcher, sur quelque borne assis,
Tranquille, je romprai le pain de l’amertume.

(Jean Moréas)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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C’est bon, je vais me taire (Anthony Lhéritier)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



C’est bon, je vais me taire
Assez chanté pour vous, pour moi
J’adresse mon poème au Roi
— Même pas —
Je n’adresse rien à personne
Je ne sais plus, je m’abandonne
Je m’abandonne à qui ? Je m’abandonne à quoi ?
Je ne sais plus, je crois
Que la mort suffit à soi-même
Elle est venue avec le vent
Le vent la sème
Au long du temps

Il eût été peut-être
Trop simple et trop parfait
De n’être pas, de ne pas naître

Pourquoi tant de discours, pourquoi toutes ces heures
Comme des oiseaux blancs, comme, voyez ici
Ces mouettes dans la pluie
Dans le vent, dans la vie
Dans le vent de ma vie.

Inventons-nous, inventez-vous, moi je m’invente
En ciré sous la pluie
Par des envols, dans des novembres
Je me tais mais je chante.

Au convoi de Jopic Le Louz
Chacun pour soi et Dieu pour tous

(Antony Lhéritier)

Illustration: Jean-Michel Follon

 

 

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Bulle de savon (Thierry Cazals)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



 

Bulle de savon

bulle de savon
explosant sur ton nez: pof!

malle en osier
– toute vide –
dans un grenier à l’abandon

que te léguer d’autre?

une vie réussie
dépend aussi
dépend surtout

de ses lacunes

(Thierry Cazals)

Illustration

 

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« A quoi penses-tu ? » (Títos Patríkios)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



homme verre  _9ke4

Cette fameuse question indiscrète « à quoi penses-tu ? »
quand on a un air un peu pensif
ne me dérange plus comme autrefois
au contraire elle me satisfait
grâce aux possibilités qu’elle offre.
Je peux inventer différentes histoires
racontées avec conviction comme véridiques
je peux présenter la vérité comme douteuse
afin qu’elle ressemble à un mensonge
ou encore je peux découvrir
que je ne pensais absolument à rien.
Très rares, les heures de notre vie
où nous circulons avec la transparence du verre.

(Títos Patríkios)

Découvert ici: https://ecriturbulente.com/

 

 

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Trois miroirs pour ma mélancolie (Vera Feyder)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2018



Trois miroirs pour ma mélancolie
Le premier pour y perdre mes yeux
et ne plus les voir

Le second pour entendre
ce petit oiseau fou qui toujours
me fait signe

Et le troisième pour le briser
en autant de morceaux que ma vie
émiettée.

(Vera Feyder)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Francine Van Hove

 

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Tristesse (Napoléon Aubin)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2018



Tristesse

Seul bien que j’envie,
Amour! douce erreur!
Viens, ma triste vie
S’éteint de langueur.
Ô coupe d’ivresse,
Pourquoi te tarir?
Ô fleur de jeunesse,
Pourquoi te flétrir?

Une fièvre ardente
Consume mes os :
Chacun se tourmente
Pour changer de maux,
On suit sa chimère,
On fait des projets…
Et bientôt la terre
Les couvre à jamais.

Comme un flot se brise
Aux rochers du bord,
Ma vigueur s’épuise
À vaincre le sort.
Mal qui me possèdes,
Abrège ton cours!
Combien tu m’obsèdes,
Ô fardeau des jours!

Seul parmi la foule
Je m’en vais rêvant,
Et sans but je roule
Au pouvoir du vent.
J’offre, en ma détresse,
J’offre à tous la main,
Mais nul ne la presse;
Ils vont leur chemin…

Ô mélancolie
Qui partout me suit,
Vois, mon âme se plie
Aux faix des ennuis!
Chaque doux prestige
A fui devant toi :
Monde où tout m’afflige
Que veux-tu de moi?

La joie est donnée
À nos jeunes ans.
La vie et l’année
N’ont qu’un seul printemps.
Malheur à qui chasse
Les tendres plaisirs;
L’hiver bientôt glace
Et fleurs et désirs…

Je vis une rose
Au déclin du jour;
Que ma main t’arrose,
Dis-je, ô fleur d’amour!
Pour qu’elle te cueille
Demain sans retard.
Je vins… mais sa feuille
Volait au hasard.

(Napoléon Aubin)

 

 

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Chaque heure, chaque instant possède son Esprit gardien spécifique (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2018



Hommage aux anges
[24]

Chaque heure, chaque instant
possède son Esprit gardien spécifique ;

l’aiguille du réveil, minute après minute,
clique autour de son orbite prescrite ;

mais cette étrange perfection mécanique
ne devrait pas séparer, plutôt relier,

notre vie, cette éclipse temporaire
à cette autre…

***

Every hour, every moment
has its specific attendant Spirit;

the clock-hand, minute by minute,
ticks round its prescribed orbit;

but this curious mechanical perfection
should not separate but relate rather,

our life, this temporary eclipse
to that other …

(Hilda Doolittle)

Illustration

 

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Je t’aime, toi (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



Je t’aime, toi… Mais ne va point me plaindre,
Arbre de vie aux fruits délicieux,
Puisque ta forme et ses dons précieux
Sur tous mes cieux ne cessent de se peindre.

Oui, tous mes jours… Mais les nuits le font mieux :
A peine vient ma lampe de s’éteindre
L’ombre s’éveille, et mes regards de feindre
Ce qu’ils verraient et virent dans tes yeux.

L’obscurité m’ouvre ta chambre claire
Où si souvent ton sourire m’apprit
A t’inventer ce qui pourrait te plaire…

Ô pour ma soif de toi seule et d’esprit
Est-il au monde une autre récompense
Qu’être à nous deux la tendresse qui pense ?

(Paul Valéry)

Illustration: Françoise Martin-Marie

 

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A une petite fille de chez nous (Jean Villard–Gilles)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2018




    

 
A une petite fille de chez nous

Jour de Noël, jour d’espérance
On est là quatre cents gaillards
Officiers, soldats en silence
Perdus en Suisse quelque part
On pense en ce jour de décembre
A des visages familiers
Près du feu qui réchauffe nos membres
Hier, on a mis nos gros souliers
Cette nuit, par la cheminée
Le père Noël qu’est bon enfant
Avec ses voeux de bonne année
Nous a fait un beau p’tit présent

Y avait des cigares
Pour les torailleurs
Et pour le Cathare
Un mouchoir d’couleurs
Chocolats en barres
Pour les amateurs
Et faveur plus rare
Mon Dieu, quel bonheur !
Y avait ô délire
Plaisir sans égal
Avec son sourire
Vraiment idéal
Cela va sans dire
Mais c’était fatal
Pour nous remonter l’moral
La photo du général

Les quatre cents beaux militaires
Contemplaient d’un oeil ahuri
Le joyeux cadeau que l’arrière
Offrait à ses soldats chéris
Mais tout à coup, parmi ces choses
Voilà qu’on découvre en chemin
Comme fleurirait une rose
Une lettre écrite à la main
Ce sont, ravissante surprise
Les enfants de notre pays
Qui, d’un coeur tout simple nous disent :
« Bonjour, soldats on est amis ! »

Quelque chose nous serre
Une espèce d’émoi
Y en a qui sont pères
Y en a qui l’sont pas
Mais tendre mystère
Ce soir-là y a pas
Z’avions tous, mes frères
Des coeurs de papas
Bien que sous les armes
Et d’un dur métal
On essuie une larme
Ca fait un peu mal
Mais c’est plein de charme
Et pour le moral
Presque aussi haut – c’est fatal !
Qu’la photo du général

C’est pourtant bien vrai, sans histoires
Pour nous, soldats, Noël trente-neuf
Ce sera dans toutes nos mémoires
Ce salut d’un p’tit coeur tout neuf
Le mien s’appelle Marie-Thérèse
De Saint-Jean au val d’Annivier
Un joli nom, ne vous déplaise
Pour le livre de l’amitié
C’est pourquoi, ce soir, de Lausanne
Je lance au vent cette chanson
Pour ma petite Valaisanne
En lui demandant sans façons :

Pour fleurir ma vie
En blanc et en noir
Ma petite Marie
Je voudrais avoir
Ta photographie
Voilà mon espoir
Promis ma chérie
Envoie-la ce soir
En ce temps d’misère
Ce siècle brutal
Où le diable en guerre
Mène triste bal
Ta jeunesse claire
Ne fera pas mal
Au petit front virginal
A côté du général

(Jean Villard–Gilles)

 

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Que notre reconnaissance se transforme en étoiles (Eléonore Sioui)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2018



images

Que notre reconnaissance
Se transforme en étoiles
Pour vous
A chaque jour de l’An Nouveau
Que les fleurs d’amitié et de
Reconnaissance qui prennent vie
Le long des lacs et des rivière de nos bois
Embellissent de leurs secrets
Tous vos moments en cette Nouvelle Année.

Marouane

(Eléonore Sioui)

Découvert ici: https://petalesdecapucines.wordpress.com/

 

 

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