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Les eaux bruns, les eaux noirs, les eaux de merveille (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2017



les eaux bruns, les eaux noirs, les eaux de merveille
les eaux de mer, d’océan, les eaux d’étincelles
nuitent le jour, jurent la nuit
chants de dimanche à samedi

les yeux vertes, les yeux bleues, les yeux de sucelle
les yeux de passante au cours de la vie
les yeux noires, yeux d’estanchelle
silencent les mots, ouatent le bruit

eau de ces yeux penché sur tout miroir
gouttes secrets au bord des veilles
tout miroir, toute veille en ces ziaux bleues ou vertes
les ziaux bruns, les ziaux noirs, les ziaux de merveille

(Raymond Queneau)

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BATTRE LA CAMPAGNE (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2017



 

Carry Akroyd

BATTRE LA CAMPAGNE
(extrait)

L’espace doux entre verveines
entre pensées entre reines-
marguerites, entre bourdaines
s’étend à l’abri des tuiles

l’espace cru entre artichauts
entre laitues entre poireaux
entre pois entre haricots
s’étend à l’abri du tilleul

l’espace brut entre orties
entre lichens entre grimmies
entre nostocs entre funaries
s’étend à l’abri des tessons

en ce lieu compact et sûr
se peut mener la vie obscure
le temps est une rature
et l’espace a tout effacé

(Raymond Queneau)

Illustration: Carry Akroyd

 

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Dit de la Force et de l’Amour (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017




    
Dit de la Force et de l’Amour

Entre tous mes tourments entre la mort et moi
Entre mon désespoir et la raison de vivre
Il y a l’injustice et ce malheur des hommes
Que je ne peux admettre il y a ma colère

Il y a les maquis couleur de sang d’Espagne
Il y a les maquis couleur du ciel de Grèce
Le pain le sang le ciel et le droit à l’espoir
Pour tous les innocents qui haïssent le mal

La lumière toujours est tout près de s’éteindre
La vie toujours s’apprête à devenir fumier
Mais le printemps renaît qui n’en a pas fini
Un bourgeon sort du noir et la chaleur s’installe

Et la chaleur aura raison des égoïstes
Leurs sens atrophiés n’y résisteront pas
J’entends le feu parler en riant de tiédeur
J’entends un homme dire qu’il n’a pas souffert

Toi qui fus de ma chair la conscience sensible
Toi que j’aime à jamais toi qui m’as inventé
Tu ne supportais pas l’oppression ni l’injure
Tu chantais en rêvant le bonheur sur la terre

Tu rêvais d’être libre et je te continue.

(Paul Eluard)

 

Recueil: Poèmes politiques
Traduction:
Editions: Gallimard

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AUX PALES ACCENTS DE L’AUBE (Jean Cayrol)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017




    
AUX PALES ACCENTS DE L’AUBE

Dans la pleine liberté de la mort
quand le sang se refuse à être partagé
dans la noirceur de l’herbe qui s’endort
quand la terre apparaît tout au fond de la plaie

sous le soleil et sous la lune
quand le monde sans fin appelle un autre monde
dans le vent dur des arbres sur la dune
quand la mer est comme un attelage qui s’effondre

dans le ciel trouvé au fond du tombeau
quand la vie sourit aux feuilles qui tombent
dans la nuit qui joue qui rit dans les cendres
quand le vent n’est plus qu’un vol de l’oiseau

écoute je viens.

(Jean Cayrol)

 

Recueil: Poèmes de la nuit et du brouillard
Traduction:
Editions: Seuil

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Je me souviens des longs tourments (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



 

Illustration: Evaristo
    
Je me souviens des longs tourments :
La nuit se mourait aux fenêtres;
Elle se tordait les bras, son image
Luisait dans les rayons du jour.

Cette vie, fuyant, inutile,
Blessait, brûlait et humiliait:
Et tel un spectre se dressant,
Le jour profilait les coupoles;

Sous la fenêtre, plus pressant
Se faisait le pas des passants;
Et, dans l’eau grisâtre des flaques,
La pluie faisait des ronds.

Le matin n’en finissait pas…
La question vaine taraudait,
Et rien n’a résolu l’averse
De larmes folles du printemps.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Qu’il est dur d’avancer (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017




    
Qu’il est dur d’avancer parmi les hommes
Tout en feignant de n’avoir pas péri,
Et de narrer le jeu tragique des passions
À tous ceux qui n’ont pas vécu encore.

Et de chercher, dans son cauchemar nocturne,
Un ordre au tourbillon désordonné du coeur,
Pour que, dans les pâles lueurs de l’art,
On devine le feu dévorant de la vie!

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Il est des instants (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



Illustration: Rafal Olbinski
    
Il est des instants où s’apaise
Le funeste orage de la vie.
C’est quelqu’un qui vous touche l’épaule,
Ou qui pose un regard radieux…

Et alors le quotidien s’effondre
Dans un sombre gouffre sans fond…
Et lentement, au-dessus du gouffre,
L’arc-en-ciel du silence se lève…

Et la mélodie naissante et sourde,
Dans le silence qui retient son souffle,
Frôle les cordes, engourdies par la vie,
De l’âme tendue comme une harpe.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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LA SURVIVANTE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017




    
LA SURVIVANTE

Toi
Comme il faudrait toutes les sources
Ma survivante des forêts
Toi dans le ciel avec les ourses
Qui perdent lentement leur lait
Toi que je nomme en ma mémoire
Carpe de lune pour eaux noires
Sais-tu bien que je pleure encor

Quatre murs blancs c’est un décor
Quatre murs blancs sans une image
Du Dieu qui dès l’apprentissage
Fit un chef-d’œuvre de son corps

Mais par bonheur une fenêtre
Grande ouverte sur la vallée
Un facteur va dans les allées
Du ciel en soulevant tes lettres

Lettres ou fleurs je ne sais pas
L’encre est bleue comme les lilas
Abeilles déchiffrez la neige
Colombe emporte ces mots-là

Et toi qui m’écris sur la route
Sur le pupitre des prairies
Aide-moi à terrasser toutes
Les roses noires de ma vie.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Le cœur définitif
Traduction:
Editions: Seghers

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Je traîne, je traîne ma vie (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



 

Je traîne, je traîne ma vie,
Ma vie insensée, sourde :
Aujourd’hui, sereinement, je souris,
Demain, je pleure et je chante.

Mais, si imminente est ma fin ?
Si derrière mon dos, immobile, se tient
Celui qui de son immense main
Recouvre, tout entier, le miroir ?

Alors, la glace jette comme un feu,
Et, plein d’horreur, fermant les yeux,
Je recule dans ce domaine de la nuit,
D’où jamais on ne revient plus…

(Alexandre Blok)

 

 

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LA VOIX DU CHOEUR (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



LA VOIX DU CHOEUR

Combien souvent nous pleurons
Sur la médiocrité de notre vie !
Mais si vous saviez, amis,
Le froid et les ténèbres des jours futurs !

Maintenant, tu serres la main de l’aimée,
Tu joues, tu plaisantes avec elle ;
Tu pleures, si tu te crois trompé,
Ou si tu vois dans sa main un poignard,
Enfant, enfant !

Mensonge et perfidie sont sans mesure,
Et la mort est encore loin !
De plus en plus noir sera le monde terrible,
De plus en plus fou le tourbillon des planètes
Pendant des siècles, des siècles !

Et le siècle dernier, le plus effrayant de tous,
Nous le verrons, vous et moi.
Le péché sordide cachera tout le ciel,
Le rire se figera sur les bouches,
Devant l’horreur du néant !

Le printemps, enfant, tu attendras :
Le printemps te trahira.
Tu appelleras le soleil dans le ciel
Le soleil ne se lèvera pas.
Et ton cri, quand tu te mettras à crier,
Comme une pierre, retombera.

Soyez donc contents de votre vie,
Plus calmes que l’eau, plus humbles que l’herbe
Oh, si vous pouviez savoir, enfants,
Le froid et les ténèbres des jours qui viennent !

(Alexandre Blok)

Illustration: Hans Thoma

 

 

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