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Poésie

Posts Tagged ‘vieillesse’

De la jeunesse à l’âge mûr (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2019




    
De la jeunesse à l’âge mûr, il n’est pas de chemin tracé,
Cependant hier un enfant, maintenant un homme tassé,
Inutile de s’exciter, chaque pas fera du passé.

De l’âge mûr à la vieillesse, il n’est pas de route certaine,
Cependant hier voix qui tranche, aujourd’hui tremblante rengaine,
Pas besoin de beaucoup d’effort, c’est la pente qui vous emmène.

Et des derniers jours à la mort, le chemin, peut-on le décrire?
Hier soir quarante de fièvre, aujourd’hui visage de cire,
Impossible d’en rien savoir, les uns dorment, d’autres délirent.

(Henri Thomas)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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LE CAVEAU DE LA MÉMOIRE (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019



LE CAVEAU DE LA MÉMOIRE

Qui dit que je vis tristement s’égare.
Ne crois pas que les souvenirs me rongent.
Je rends peu de visites à ma mémoire,
D’autant qu’elle dit beaucoup de mensonges.

Quand, lampe en main, au caveau je descends,
A chaque fois l’avalanche, il me semble,
Dans l’escalier étroit sourdement gronde.
La lampe fume, il n’y a point de retour,
Je descends chez l’ennemi de toujours ;
Alors, comme une grâce je demande…

Mais là — finie la fête. Tout est éteint.
Les dames sont rentrées il y a trente ans,
De vieillesse est mort le boute-en-train…
Malheur à moi — je suis venue trop tard.
Vrai, je ne peux me montrer nulle part.

Mais j’effleure les ornements du mur,
Je me chauffe à l’âtre. Et, enchantement! —
Dans le moisi, les miasmes, la pourriture
Deux émeraudes vont étincelant
Et un chat miaule. À la maison, rentrons!
Mais où est ma maison ? et ma raison ?

(Anna Akhmatova)

Illustration

 

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Qu’il serait bon que ma vie soit un char à boeufs (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2019



Qu’il serait bon que ma vie soit un char à boeufs
Qui vient en grinçant, de bon matin, de par la route.
Et vers l’endroit d’où il est venu s’en retourne plus tard
Presque à la brune de par la même route.
Oui, je n’aurais pas à avoir de l’espoir –
je n’aurais qu’à avoir des roues…
Ma vieillesse n’aurait rides ni cheveux blancs…
Et quand je ne servirais plus à rien,
on m’enlèverait les roues
Et je resterais renversé et cassé
au fond d’un ravin.

(Fernando Pessoa)

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A MES AMIS (Evariste Parny)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2019



 

William Bouguereau La Jeunesse de Bacchus 1884 (Détail)-

A MES AMIS

Rions, chantons, ô mes amis,
Occupons-nous à ne rien faire,
Laissons murmurer le vulgaire,
Le plaisir est toujours permis.
Que notre existence légère
S’évanouisse dans les jeux.
Vivons pour nous, soyons heureux,
N’importe de quelle manière.
Un jour il faudra nous courber
Sous la main du temps qui nous presse ;
Mais jouissons dans la jeunesse,
Et dérobons à la vieillesse
Tout ce qu’on peut lui dérober.

(Evariste Parny)

Illustration: William Bouguereau

 

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LE FIL (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018




    
LE FIL

Seule la vierge connaît l’histoire de la vie,
Le mythe implicite dans le bourgeon soyeux
Dont les feuilles sont les pages jamais ouvertes du coeur.

Les filandres de son rêve flottent dans la nuit;
Leurs fils fragiles portent la somnambule
(Que nul n’éveille ma bien-aimée, ou elle est perdue).

Quand l’ange est venu elle connaissait son visage
Et à une question étrange de l’étranger
Elle donna la réponse de tout temps prédestinée.

Les jeunes araignées tissent d’abord des toiles parfaites
Puis avec l’âge leur travail devient moins sûr.
La vieillesse tisse des haillons, des lambeaux, des loques.

Mater Dolorosa, à la fin d’un mythe usé,
Se souvenant du passé, mais non du futur,
A perdu son fil, telle une vieille araignée.

Car le temps nous défait, l’obscurité efface
Les figures du rouet nocturne de Pénélope.
Les étoiles qui tournent cassent les fils ténus de la rêverie
Et la vieille fileuse emmêle ses écheveaux de mort.

***

THE CLUE

Only the virgin knows the life story,
The myth implicit in the silk-spun bud
Whose leaves are the unopened pages of the heart.

The gossamer of her dream frets out across the night;
Its fragile thread upholds the somnambulist —
(Let none awaken my beloved, or she is lost)

When the ange’ came, she knew his face
And to the stranger asking a strange thing
Gave the answer predestined before time.

Young spiders weave at first their perfect webs,
Later, less certain, they weave worse.
Old age spins tattered cobwebs, rags and shreds.

Mater Dolorosa, at the end of a spent myth,
Remembering the part, but not the future,
Has lest ber due, like an old spider,

For time undoes us, darkness defaces
The figures of Penelope’s night loom.
Revolving stars wind up the tenuous threads of day-dream
And the old spinner ravels skeins of death.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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LA CLOCHE FÊLÉE (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



cloche fêlée

LA CLOCHE FÊLÉE

Il est amer et doux, pendant les nuits d’hiver,
D’écouter, près du feu qui palpite et qui fume,
Les souvenirs lointains lentement s’élever
Au bruit des carillons qui chantent dans la brume.

Bienheureuse la cloche au gosier vigoureux
Qui, malgré sa vieillesse, alerte et bien portante,
Jette fidèlement son cri religieux,
Ainsi qu’un vieux soldat qui veille sous la tente

Moi, mon âme est fêlée, et lorsqu’en ses ennuis
Elle veut de ses chants peupler l’air froid des nuits,
Il arrive souvent que sa voix affaiblie

Semble le râle épais d’un blessé qu’on oublie
Au bord d’un lac de sang, sous un grand tas de morts,
Et qui meurt, sans bouger, dans d’immenses efforts.

(Charles Baudelaire)

 

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Passage (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2018



Illustration: Jérôme Royer
    
Passage

Jeunesse drap sans pli
Vieillesse panoplie

Jeunesse vive page lisse
Vieillesse lente long supplice

Toi la jeunesse vas-y raconte
Comme ton sang flambe et remonte

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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Qui te connaît (Georges Perros)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2018



Illustration: Zofia Rozwadowski
    
Qui te connaît Georges Perros
Nul au monde ni moi ni vous
Toi peut-être fille aux seins roux
Prêtresse de ce vieil Eros
Je ne sus que te caresser
Alors qu’intense amour à faire
Qu’es-tu devenue ô beauté
Dont je perçus mal le mystère
Qu’est-il devenu ton cher corps
Terreux, dansant avec les morts
L’horrible, l’éternel quadrille
Où es-tu folle jeune fille
Folle d’aimer qui ne sait pas
Être aimé autrement qu’en rêve
Non plus aimer sinon trop brève
La férocité d’un désir
Moins à vivre hélas qu’à mourir.

Si je te rencontrais demain
Tu me verrais main dans leurs mains
A ces enfants que je fis naître
Tu me dirais bonjour peut-être

— Je l’ai vu quelque part mais où
Cet homme près de la vieillesse
Avec ce regard un peu flou
Mais quand mon Dieu mais où était-ce ?

(Georges Perros)

 

Recueil: J’habite près de mon SILENCE et 27 autres poèmes
Traduction:
Editions: Finitude

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Ce que je crains (Du Fu)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2018



Non pas que j’aime les fleurs au point d’en mourir
Ce que je crains: beauté éteinte, vieillesse proche!
Branches trop chargées: chute des fleurs en grappes
Tendres bourgeons se consultent et s’ouvrent en douceur

(Du Fu)


Illustration: ArbreaPhotos

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VIEILLESSE (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2018



    

VIEILLESSE

Les douceurs, les rencontres
ne s’offrent plus à emporter (take away)

où serait-ce ? et pour quel petit temps ?

Mais, pour qui a souvent parcouru des espaces impitoyables,
plus belles les noces,
soleil, amitié, vignes,
à consommer sur place.

(Marie-Claire Bancquart)

 

Recueil: Avec la mort, Quartier d’orange entre les dents
Editions: Obsidiane

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