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Poésie

Posts Tagged ‘vieillesse’

Peut-être (Bashô)

Posted by arbrealettres sur 22 novembre 2022



Illustration: Hokusaï
    
Peut-être serai-je
un de ces heureuses personnes –
fin d’année de ma vieillesse

(Bashô)

 

Recueil: Haikus du temps qui passe
Traduction: du Japonais par Makoto Kemmoku et Dominique Chipot
Editions: Verdier Poche

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Tu peux soupirer après l’inconnu… (Edward Stachura)

Posted by arbrealettres sur 21 juin 2022



Carlos Schwabe   la Mort_du_fossoyeur. wikijpg [1280x768]

Tu peux soupirer après l’inconnu, mais ne te l’imagines jamais
Parce que tu ne pourras jamais t’imaginer l’inconnu
Parce que imaginer veut dire se souvenir
Tu ne te souviendras jamais de l’inconnu
parce que l’inconnu n’a jamais été dans ton âme
il n’a jamais fait partie intégrante du toi
parce que toi tu n’as jamais fait parti de l’inconnu
tu es en dehors de l’inconnu
tu es le temps, pleinement et seulement le temps
et l’inconnu est en dehors du temps, en dehors de toi
sois toi-même, sois le temps
et prends conscience pleinement et videment
qu’il n’y a rien dans le temps, donc en toi,
rien, sauf la vieillesse, les souvenirs et les rêves
et en ce moment viendra le nouveau, le jeune,
l’incomparable, l’inconnu
il viendra sans le vouloir
sans hasard mais en même temps
merveilleusement inopinément

(Edward Stachura)

Illustration: Carlos Schwabe

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Jean-Daniel (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2022



Illustration: Marfa Indoukaeva
    
Jean-Daniel

I

Ce jour-là, quand je t’ai vue,
j’étais comme quand on regarde le soleil;
j’avais un grand feu dans la tête,
je ne savais plus ce que je faisais,
j’allais tout de travers comme un qui a trop bu,
et mes mains tremblaient.

Je suis allé tout seul par le sentier des bois,
je croyais te voir marcher devant moi,
et je te parlais,
mais tu ne me répondais pas.

J’avais peur de te voir, j’avais peur de t’entendre,
j’avais peur du bruit de tes pieds dans l’herbe,
j’avais peur de ton rire dans les branches;
Et je me disais: «Tu es fou,
ah! si on te voyait, comme on se moquerait de toi! »
Ça ne servait à rien du tout.

Et, quand je suis rentré, c’était minuit passé,
mais je n’ai pas pu m’endormir.
Et le lendemain, en soignant mes bêtes,
je répétais ton nom, je disais: « Marianne… »
Les bêtes tournaient la tête pour entendre;
je me fâchais, je leur criais: « Ça vous regarde?
allons, tranquilles, eh! Comtesse, eh! la Rousse… »
et je les prenais par les cornes.

Ça a duré ainsi trois jours
et puis je n’ai plus eu la force.
Il a fallu que je la revoie.
Elle est venue, elle a passé,
elle n’a pas pris garde à moi.

II

Les amoureux, c’est pour les filles
comme un écureuil dans un arbre;
elles s’amusent à le voir grimper:
sitôt qu’il est loin, il est oublié.
Elles ne pensent qu’à des bagues,
à des chapeaux, à des colliers;
qu’est-ce que çа leur fait qu’on souffre?
sitôt qu’on est loin, on est oublié.

C’est des miroirs à alouettes,
ça brille à distance, mais, quand on est près,
ça n’est plus rien que des morceaux de verre.
Il faut être bien fou pour leur courir après.

Ces filles, c’est comme des poupées
faites avec des ficelles et du carton;
ça a des joues en porcelaine,
ça a le ventre plein de son.

Mais on a beau dire et beau faire,
on n’y peut rien:
quand on est pris, c’est qu’on l’est bien.

III

Je lui demandé pardon dans mes pensées
de l’avoir ainsi méprisée.
Je sais qu’elle est douce et qu’elle a bon coeur.

Je sais qu’elle ne me connaît pas
et qu’il serait bien étonnant
qu’elle eût fait attention à moi
puisqu’elle ne me connaît pas.

Seulement il est dur d’être seul quand on aime.
On est comme fou, on se met en colère,
on pleure, on rit, sans savoir pourquoi.
On n’est pas juste quelquefois,
tant on a mal au coeur qui aime.

Mon coeur a mal, et moi je suis
comme un oiseau qui s’est envolé
et qui ne peut plus se poser,
et qui se sent bien fatigué
loin de son nid.

IV

Elle vit avec sa mère qui est vieille.
Elle l’aide à tenir le ménage.
Elle lave la vaisselle,
elle fait le dîner et les savonnages,
elle travaille du matin au soir:
il n’y a pas beaucoup de filles
qui font comme elle leur devoir.

Quand elle coud, ses doigts vont vite
comme au jeu de pigeon vole,
sa tête se penche sous la lampe,
sous la lampe sa tête se penche,
elle est appliquée et vaillante.

Elle laisse passer les jours
sans regret du temps qui s’en va,
ayant bien employé ses heures.
Le temps s’en va, elle demeure;
et sa vie est comme un ruisseau
qui coule d’un cours bien régulier,
sous les frênes et les noisetiers,
avec les oiseaux qui viennent y boire
et l’ombre errante vers le soir
des arbres noirs sur le ciel rose.

Et les mois et les mois viendront:
quand sera-t-elle comme elle est,
bonne et gaie, à coudre et à faire la cuisine,
dans une maison qui serait à nous,
dans une maison qui serait notre maison?

V

Car, moi, je suis pauvre et sa mère est riche.
Elle a une ferme et des champs,
elle a de l’argent
tout plein son armoire.

Elle a des chevaux, des boeufs et des vaches,
deux domestiques toute l’année,
des ouvriers quand l’ouvrage est pressant;
sa grange est pleine, ses étames de même;
et elle veut un gendre qui soit riche comme elle.

Il faudrait sans doute qu’on vienne
et qu’on lui dise: «Donnez-moi
votre fille, j’ai du bien
autant que vous;
j’ai comme vous des prés, des vaches et des bois,
alors c’est à égalité, n’est-ce pas ? »
Mais qu’on aime sa fille, elle n’y pense même pas.

Elle aura pour gendre un coureur d’auberges,
une espèce de beau parleur
qui fait briller ses écus
pour qu’on sache qu’il a de quoi…
Et je n’ai que mon amour, moi.

Seulement aussi amenez-m’en un
qui travaille davantage,
qui boude moins à l’ouvrage,
qui se lève de plus grand matin.

Je dis que des bons bras, c’est de l’argent comptant;
et je porterais des montagnes,
si on me disait: C’est pour Marianne.

VI

Quand le jour est mort, une lampe brille.
C’est la lampe, la petite lampe
que tu as à ta fenêtre,
Marianne, par les temps noirs,
pour les pauvres gens qui sont sur les routes.

On n’a plus peur; on voit de loin la lampe, on dit:
« C’est la lampe de Marianne,
elle est à coudre dans sa chambre avec sa mère »;
et on va vers la lumière,
parce qu’on sait que la porte s’ouvrira.

C’est comme une étoile, celle
qui guidait les bergers dans la nuit de Noël
et ils ont été amenés par elle
dans l’étable chaude où était la crèche
entre le boeuf et l’âne.

Là où la lampe brille, là aussi il fait chaud.
Celui qui vient pousse la porte et dit bonsoir.
On ne voit pas ses yeux sous son grand chapeau.
Sa moustache est givrée, il se fait déjà tard,
et il tient à la main un gros bâton d’épine.

Moi, je suis comme un papillon de nuit
qui tourne autour de la lumière.
Je me glisse le long des murs comme un voleur
pour te voir par la fenêtre.

Je n’ose pas entrer; je n’ose pas heurter;
je regarde de loin
le linge que tu tiens.
Je reste ainsi longtemps sans bouger de mon coin,
les yeux tendus vers toi,
mais c’est mon coeur qui va pour moi.

Il va vers toi, il se tient bien tranquille;
il est dans l’ombre de tes rideaux
il est dans l’aiguille qui brille,
il est dans le fil que tu casses
de temps en temps entre tes dents.

A quoi songes-tu? Sais-tu que je suis là?
Quand je te vois rêver, je pense que c’est à moi;
je ris ensuite de ma sottise.
Mais j’attends quand même
et sans savoir quoi,
jusqu’à ce que ta lampe s’éteigne.

VII

Le dimanche matin, elle va à l’église.
Le clocher a l’air d’un peu se pencher
pour mieux voir les fleurs dans les prés
comme ferait une petite fille
qui cueille un bouquet en chantant;
et la cloche dans le clocher
sonne d’abord un long moment.

Les femmes passent deux par deux;
elles sont en noir par respect pour le bon Dieu,
elles ont leur psautier dans la main.

Les hommes attendent qu’elles soient entrées
devant le porche en causant du beau temps,
du prix du bétail, des travaux des champs;
et il y a tant d’oiseaux dans les haies
que les branches se balancent
comme quand il fait du vent.

Alors, elle aussi, elle vient, elle a des gants blancs,
une robe bleue, un chapeau de paille;
elle traverse la place,
elle entre, je ne la vois plus.

La cloche se tait, le sonneur descend,
ses gros souliers dans l’escalier
font un bruit comme quand on bat en grange;
les gens dans l’église attendent en silence;
le pasteur, avec sa robe noire,
son chapeau de soie et son rabat blanc,
approche d’un air grave dans l’ombre des arbres.
Et je me sens si seul que je voudrais pleurer…

Je serais sur le banc, assis à côté d’elle;
quand elle chanterait, j’écouterais sa voix
et elle pencherait la tête pour prier.

VIII

Comme tu es jolie sur le petit sentier,
où tu vas, portant ton panier
avec le pain et le café
pour les quatre-heures.
L’ombre des cerisiers glisse sur tes épaules,
il fait chaud, les gens se reposent,
assis dans l’herbe, tout en causant,
et, te voyant venir, ils disent:

« Voilà Marianne avec son panier. »
Ils sont contents, parce qu’ils ont faim,
ayant travaillé qu’ils n’en peuvent plus
et le foin qui sèche sent fort au soleil.

Ils te disent: «Vous avez fait
la paresseuse! »
Tu dis: « Mais non, il n’est pas quatre heures. »
Un des ouvriers regarde à sa montre,
il dit: « Que si! il est quatre heures et cinq! »
Et tout le monde
éclate de rire sans savoir pourquoi.

C’est peut-être que le café
est meilleur quand tu le verses.
Tu fais plaisir à regarder
avec ton gros jupon d’indienne;
tu fais plaisir avec cette façon que tu as
de sourire en tendant la miche
et d’avoir soin qu’on soit toujours servi.

IX

Elle est venue un soir pour la première fois.
Il faisait nuit, elle est venue sans bruit.
Je regardais partout, je ne voyais personne
et j’entendais mon coeur battre dans le silence.
Mais, quand je l’ai vue, j’ai eu presque peur
et j’aurais voulu me sauver.

Elle venait entre les saules,
elle allait lentement, est-ce qu’elle avait peur aussi ?
Ou bien est-ce que c’était de l’ombre ?

Je suis allé vers elle, je lui ai dit bonjour.
« Alors, comme ça, ça va bien? »
« Oui, merci. » Nous n’avons plus su que dire.
Il y avait un arbre, l’étang était tout près,
le vent a passé dans les roseaux
et j’ai senti sa main trembler.
« Écoute, est-ce qu’on fait un petit tour? »
« On nous verrait, non, j’aime mieux… »
« On pourrait s’asseoir. » « Ce n’est pas la peine. »
J’ai voulu parler, mais je n’ai pas pu
et elle était déjà partie.

X

Elle m’a dit: «J’ai bien senti
tout de suite
que tu serais mon bon ami
N’est-ce pas? la première fois
qu’on se voit,
on ne s’aime pas,
pour bien dire, encore,
mais çа vient tout tranquillement
avec le temps.
Parce que, tu sais, ma mère est bien bonne
et je l’aime bien aussi,
mais ce n’est pas tout dans la vie.
On peut travailler du matin au soir
et être bien sage, çа n’empêche pas
qu’on pense parfois à des choses.

On se dit: «Il y en a qui ont des enfants,
il y en a qui se sont fait
des trousseaux d’une beauté
qu’on ne peut pas s’imaginer,
et on rêve à se marier
quand même. »

Elle m’a dit: «Je t’aime tellement
qu’il me faudrait bien venir à cent ans
pour t’aimer jusqu’au bout
et que je ne sais pas si j’y arriverais. »
Elle m’a dit: «Et toi, est-ce que tu m’aimes autant? »
« Ah! lui ai-je dit, qu’est-ce que tu penses? »
Et je lui ai serré la main
tellement fort qu’elle a crié.

XI

J’ai été au soleil et je pensais à toi.
Tu es toujours avec moi,
comme avant, mais avec un sourire,
à présent que je sais que, moi aussi, je vais
à tes côtés dans ta pensée.

Des oiseaux tombaient des branches,
l’herbe était fleurie, les foins mûrissaient;
j’avais ma faux, j’ai fauché,
ma faux allait toute seule.

Je suis revenu chercher la charrette,
j’ai chargé mon herbe; la roue grinçait
comme quand tu chantes pour le plaisir
ou pour te tenir compagnie.

Et puis le soir venu, j’ai pensé : « Que fait-elle? »
Je m’étais assis sur un banc,
j’avais mis mes mains dans mes poches;
je fumais ma pipe, je te voyais venir;
et tu étais dans la fumée
comme un de ces anges avec des ailes bleues
qui sont dans les livres.

XII

Je ne sais pas pourquoi
d’autres fois je suis triste
et je n’ai de coeur à rien faire.
Il faudrait faucher, il faudrait semer,
mais je dis: «Tant pis!» qu’il pleuve ou qu’il grêle,
ça m’est bien égal.
C’est ainsi quelquefois sans raison,
à cause d’une manière qu’elle a eue de me parler,
à cause d’un air qu’elle a eu de me regarder,
à cause de son rire,
à cause de sa voix qui était changée et de ses yeux
qui se sont baissés devant les miens,
comme si elle me cachait quelque chose.

Et pourtant je suis heureux quand même.
Je l’accuse à tort parce que je l’aime.
C’est pour me faire mal, et puis je me repens.
J’ai honte de moi, je me dis: «Tout va bien»;
et le bonheur me revient
comme quand la lune sort
de derrière un gros nuage.

XIII

Si ta mère savait pourtant que nous nous aimons,
et que le soir je viens t’accompagner
jusque tout près de la maison,
si elle savait que nous nous fréquentons
et que, cette fois, c’est pour de bon,
que dirait-elle ?

Elle qui a un front ridé,
des mains noires toutes tremblantes,
elle qui ne se souvient plus
de sa jeunesse;
elle qui a oublié le temps où elle allait danser,
et qui ne sait plus ce que c’est
tout le bonheur qu’on a d’aimer,
ta mère, qu’est-ce qu’elle penserait?

Nous ne parlons pas de ces choses
pour ne pas gâter notre bonheur;
nous nous regardons seulement
pour nous redonner du courage.
Car nous ne faisons rien de mal,
n’est-ce pas? il est naturel
d’être amoureux comme nous sommes;
ils ont tous été comme nous.
Et je dis: «Vois-tu, il faudra s’aimer d’autant plus,
d’autant plus fort, d’autant plus doux;
alors peut-être que ta mère aura pitié,
et elle nous laissera nous aimer. »

XIV

Marianne a pleuré, il faisait du soleil,
la cuisine était rose.
Ses larmes coulaient sur ses joues.
Elle a pris son mouchoir, elle a pleuré dedans,
elle s’est assise, n’ayant plus de force.

«Est-ce que c’est vrai que tu l’aimes tant? »
Marianne n’a rien répondu.
«J’aurais voulu pour toi quelqu’un d’autre. »

Marianne a secoué la tête.
«J’ai la raison que tu n’as pas,
j’ai connu la vie, je suis vieille.
Il n’y a pas que l’amour,
l’amour est beau, mais l’amour passe,
tandis que l’argent, ça dure une vie
et qu’on en laisse à ses enfants.»

Marianne a pleuré si fort
qu’on l’entendait depuis dehors.

« Mais maintenant que je t’ai dit ce que je pensais,
je ne voudrais pas te faire de la peine.
Prends ton amoureux si tu l’aimes… »

Marianne a levé la tête
et elle a cessé de pleurer.
« Je crois que c’est un bon garçon,
il aura soin de la maison,
il ne boit pas, il est sérieux,
eh bien, puisque tu le veux,
mariez-vous et soyez heureux. »

Elle a embrassé sa mère sur le front,
elle l’a prise par le cou:
«Tu permettras que je te l’amène?…
Tu verras que j’avais raison. »

XV

Le jour de notre noce, j’y pense tout le temps,
il fera un soleil comme on n’a jamais vu;
il fera bon aller en char
à cause du vent frais qui vous souffle au visage,
quand la bonne jument va trottant sur la route
et qu’on claque du fouet pour qu’elle aille plus fort.
On lui donnera de l’avoine,
en veux-tu, en voilà;
on l’étrillera bien qu’elle ait l’air d’un cheval
comme ceux de la ville;
et trotte! et tu auras ton voile qui s’envole,

et tu souriras au travers
parce qu’il aura l’air
de faire signe aux arbres
comme quand on agite un mouchoir au départ.

On se regardera, on dira: « On s’en va,
on commence le grand voyage;
heureusement qu’il n’y a pas
des océans à traverser. »
Et quand nous serons arrivés,
la cloche sonnera, la porte s’ouvrira,
l’orgue se mettra à jouer;
tu diras oui, je dirai oui;
et nos voix trembleront un peu
et hésiteront à cause du monde
et parce qu’on n’aime à se dire ces choses
que tout doucement à l’oreille.

XVI

Notre maison est blanche, elle est sous les noyers,
ta mère tricote près de la fenêtre;
iI fait chaud, on va moissonner,
mais, comme les foins sont rentrés,
on a un moment pour se reposer.

Tu mets les verres sur la table pour le dîner.
Du rucher, je te vois passer dans la cuisine,
et ta chanson me vient parmi
le bourdonnement des abeilles.

Ta mère s’est levée, elle a mis son tricot
et ses aiguilles dans la corbeille;
elle a l’air heureux de vivre avec nous,
nous sommes heureux de vivre avec elle.

Ne sommes-nous pas heureux de nous aimer,
d’être ensemble, de travailler,
de voir mûrir les foins, les moissons se dorer,
et, plus tard, vers l’automne,
les arbres plus lourds du poids de leurs fruits
jusqu’à terre se pencher?

Tu vas dans la maison, faisant un petit bruit,
et, du matin au soir, c’est toi qui veilles à tout;
pendant que, moi, je vais faucher
et que les chars rentrent grinçants,
hauts et carrés,
comme des petites maisons roulantes.

VII

Un jour je te verrai venir un peu plus lasse
et lourde d’un fardeau que tu n’as pas connu,
tandis que s’épaissit ta taille,
marchant dans le jardin où les roses fleurissent
et je t’aimerai encore un peu plus.

Je songe que tu portes deux vies
et qu’il me faut donc t’aimer doublement
pour toi-même et puis pour celui
qui va naître de tes souffrances.

Je sens que j’ai grandi vers de nouveaux aspects
d’où le monde paraît avec des tristesses,
mais missi avec des joies accrues en nombre;

et, quand je sens ta main s’appuyer sur mon bras,
et l’ombre de ton front se poser sur ma joue,
il me semble avancer sûrement avec toi
vers la réalisation d’une promesse.

XVIII

L’enfant que nous aurons ne nous quittera pas.
Il grandira dans la campagne.
Il sera paysan comme nous.
Il portera la blouse comme son père a fait,
et, comme son père, il traira les vaches;
il fera les moissons, il fera les regains,
il fauchera les foins;
il étendra peu à peu son domaine;
et, lorsque nous serons trop vieux,
quand l’heure du repos sera pour nous venue,
il nous remplacera, maître de la maison.

Il aimera comme nous avons aimé;
les jeux de nos petits-enfants
entoureront notre vieillesse.

Ce sera une après-midi de beau temps;
je serai assis au soleil,
j’aurai joint les mains sur ma canne,
il fera clair sur la campagne;
et toi, utile encore avec tes vieilles mains,
tu iras et viendras, tout près, dans le jardin,
nous acheminant ainsi ensemble
vers l’autre repos, qui est sans fin.

Nos derniers jours seront paisibles,
nous aurons fait ce que nous devions faire;
il y a une tranquillité qui vient,
une grande paix descend sur la terre.

Nous nous parlerons du passé:
te souviens-tu du jour où tu avais pleuré,
te souviens-tu du jour de nos noces?
on avait sonné les deux cloches
qu’on voyait bouger en haut du clocher.

Te souviens-tu du temps des cerises
et on se faisait avec des boucles d’oreilles,
et du vieux prunier qu’on secouait
pour en faire tomber les prunes?

Le cadet des garçons arrive alors et dit:
«Grand’mère, la poule chante,
elle a fait l’oeuf. »
«Va voir dans la paille, mon ami.»
Et nous sourions de le voir qui court
tant qu’il peut, à travers la cour,
sur ses grosses jambes trop courtes.

(Charles-Ferdinand Ramuz)

Recueil: Le Petit Village
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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LORSQUE J’ENTENDS LE SOIR (Claude Vigée)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2021




    
LORSQUE J’ENTENDS LE SOIR

Lorsque j’entends le soir
le concerto pour clarinette de Mozart,
le temps de la souffrance et de l’ennui s’achève,
soudain je nage dans la lumière dorée de mes quinze ans,
l’ombre de la vieillesse un instant se déchire,
nos deux corps flexibles se joignent
dans le torrent de nos cheveux emportés par le vent:
c’est le ciel de la tendresse que leur plaisir éclaire,
l’angoisse de vivre est devenue légère comme l’air

(Claude Vigée)

Recueil: L’homme naît grâce au cri
Traduction:
Editions: POINTS

    

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LA STATUE ET LE VISITEUR (Jean Brilman)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2021




LA STATUE ET LE VISITEUR

Lovée dans une robe de pierre dorée
Transparente comme un déshabillé
Laissant passer une cuisse rosée
Ferme et dodue
La statue
Fait du charme sans retenue
A un homme, qui passe
Et le dévisage avec audace.
Elle paraît vive et gaie
Frémissante de jeunesse
Lui est myope, laid
Rongé par la vieillesse
Elle a deux mille ans
Et lui déjà trente ans !

(Jean Brilman)

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Dans mon armoire à pharmacie (Jack Kerouac)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2021




    

Dans mon armoire à pharmacie
la mouche hivernale
est morte de vieillesse.

***

In my medicine cabinet,
the winter fly has died
of old age.

(Jack Kerouac)

 

Recueil: Poèmes
Traduction:
Editions: Seghers

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AMRUTLAL (Udayan Thakker)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2020




    
Poem in French, Dutch, Spanish, English, Italian, German, Portuguese, Sicilian, Romanian, Polish, Greek, Chinese, Arab, Hindi, Japanese, Farsi, Bulgarian, Icelandic, Russian, Filipino, Hebrew, Tamil, Kurdish, Bangla, Irish, Gujarati

Poem of the Week Ithaca 651
« Amrutlal », Udayan Thakker, India

– All translations are made in collaboration with Germain Droogenbroodt –

***
AMRUTLAL *

A l’encre verte, parfois rouge,
Amrutlal écrivit ses poèmes,
de façon soignée, d’un trait élégant,
dans un journal relié en cuir.
Parfois il avait un cauchemar
qu’il mourait de la peste
que ses poèmes ne seraient jamais publiés,
jamais découverts

Mais Amrutlal vécut une longue vie
(Il était mon ami)
Durant sa vie il vit
la naissance de ses Poèmes Réunis
il vit aussi
leur vieillesse et leur fin.

* Nom d’une personne (littéralement ‘ Immortel’)

(Udayan Thakker)

Traduction Elisabeth Gerlache
Translation into French by Elisabeth Gerlache

***

AMRUTLAL *

Met groene inkt, soms met rode,
schreef Amrutlal zijn gedichten neer,
zeer zorgvuldig, in keurig handschrift,
in een in leder gebonden dagboek.
Soms had hij een nachtmerrie
dat hij stierf aan de pest
dat zijn gedichten nooit gepubliceerd,
nooit ontdekt zouden worden

Maar Amrutlal leefde een lang leven.
(Hij was mijn vriend.)
Tijdens zijn leven zag hij
de geboorte van zijn Verzamelde Gedichten,
hij zag ook
hoe ze verouderden en stierven.

* Naam van een persoon (Letterlijk ‘Onsterfelijk’).

Vertaling Germain Droogenbroodt
Translation into Dutch by Germain Droogenbroodt

***

AMRUTLAL *

Con tinta verde, a veces con roja,
escribía Amrutlal sus poemas
con mucho cuidado, con una escritura limpia
en un diario encuadernado en cuero.
A veces tenía esta pesadilla
que murió de la peste
que sus poemas nunca fueron publicados
ni siquiera se encuentra

Pero Amrutlal vivió una larga vida.
(Era mi amigo.)
Durante su vida vio
el nacimiento de su Colección de Poemas,
también los vio
envejecer y morir.

* Nombre de una persona. (Literalmente, Immortal)

Traducción Germain Droogenbroodt

***

AMRUTLAL *

With green ink, sometimes with red,
Amrutlal would very carefully, in neat handwriting,
write down his poems
in a leather-bound diary.
Sometimes he had a nightmare
that he died of the plague,
that his poems were never published
not even found.

But Amrutlal lived a long life.
(He was my friend.)
During his lifetime,
he sawthe birth of his Collected Poems.
But he also saw them
age and die.

* Name of a person. (Literally, ‘Immortal.’)

Translation Udayan Thakker – Stanley Barkan

***

AMRUTLAL *

Con inchiostro verde, o a volte rosso,
Amrutlal con attenzione, con calligrafia chiara,
scriveva le sue poesie
su un diario dalla copertina di pelle.
A volte sognava
di morire di peste,
e che le sue poesia non sarebbero state pubblicate
nemmeno mai trovate.

Ma Amrutlal visse lunghi anni.
(era un mio amico.)
nel corso della sua vita,
vide la nascita delle suePoesie scelte.
Ma le vide anche
invecchiare and morire.

* nome proprio il cui significato letterale è Immortale

Traduzione Luca Benassi
Translation into Italian by Luca Benassi

***

Amrutlal *

Mit grüner, manchmal mit roter Tinte,
schrieb Amrutlal seine Gedichte nieder
sehr sorgfältig, in sauberer Handschrift,
in einem ledergebundenen Tagebuch.
Manchmal hatte er diesen Albtraum
dass er an der Pest starb,
dass seine Gedichte nie veröffentlicht,
nie entdeckt wurden.

Aber Amrutlal lebte ein langes Leben.
(Er war mein Freund.)
In diesen Jahren sah er
die Geburt seiner Gesammelten Gedichte,
er sah sie auch
altern und sterben.

* Name einer Person, (Wörtlich “Unsterblich“’).

Übersetzung Wolfgang Klinck
Translation into Germain by Wolfgang Klinck

***

AMRUTLAL *

Com tinta verde, às vezes vermelha,
Amrutlal escrevia os seus poemas
com muito cuidado, a escritura limpa,
num diário encadernado em couro.
Tinha muitas vezes este pesadelo:
tinha morrido da peste
sem que os seus poemas fossem publicados
nem encontrados jamais

Mas Amrutlal sobreviveu muitos anos.
(Foi meu amigo)
em vida pode ver
o nascimento de sua Antologia de poemas,
também os viu
envelhecer e morrer.

Tradução ao português: José Eduardo Degrazia
Translation into Portuguese by José Eduardo Degrazia

***

AMRUTLAL *

Cu nchiostru virdi, quacchi vota russu,
Amrutlal scriveva lentamenti
e cu calligrafia pulita
li so puisii
nta nu diariu
câ cupertina di peddi.
Quacchi vota ci vineva
un incubu unni iddu mureva di la pesti
eunni li so puisii non vinevanu mai pubblicati
e mancu truvati.

Ma Amrutlal appi na vitalonga
(era un amicu)
Mentri era ancora vivu
Vitti la nascita di li so Puisii Cugghiuti.
Ma li vitti puru
nvicchiari e moriri.

Traduzioni in sicilianu di Gaetano Cipolla
Translation into by Gaetano Cipolla

***

AMRUTLAL *

Cu cerneală verde, uneoriroșie
și-a scris cândvaAmrutlal poeziile,
trecându-le pe curat, foarte atent,
într-un jurnal legat în piele.
Îl bântuia,din când în când,coșmarul
că ar muri de ciumă, timpuriu,
iar poeziilesale ar rămâne
uitate, nedescoperite.

Dar Amrutlal a avut viață lungă.
(Mi-a fost prieten.)
În anii care i-au fost dați, a apucat să vadă
cum se năștea propria luiCulegere de Poezii
dar și cum ele
au îmbătrânit și au murit.

* Numele unei persoane, (tradus literal: “Nemuritorul”)

Traducere: Gabriela Căluțiu Sonnenberg
Translation into Romanian by Gabriela Căluțiu Sonnenberg

***

AMRUTLAL/NIEŚMIERTELNY *

Zielonym, a niekiedy czerwonym atramentem
Amrutlal bardzo uważnie, misternym pismem
notował swoje wiersze
do oprawionego w skórę dziennika.
Nierazmiewałkoszmary
że umiera od zarazy,
że jego wiersze nigdy nie zostały wydane
nawet ich nie odnaleziono.

Amrutlal żył jednakdługim życiem.
(Był moim przyjacielem)
Zażycia
zobaczył narodziny swychWierszy zebranych.
Ale zobaczył też,
jak się starzeją i umierają.
.
* Imię osobowe w Indiach (dosłownie ‘Nieśmiertelny ‘)

Przekład na polski: Mirosław Grudzień – Małgorzata Żurecka
Translation into Polish by : Mirosław Grudzień – Małgorzata Żurecka

***

ΑΜΡΟΥΤΛΑΛ ο Ποιητής

Με πράσινο μελάνι, και μερικές φορές κόκινο
έγραφε τα ποιήματα του ο Αμρουτλάλ
στο ημερολόγιο με το δερμάτινο κάλυμα.

Μερικές φορές είχε κι εφιάλτες
πως είχε πεθάνει από λιμό
και πως κανείς δεν είχε βρει
τα ποιήματα του.

Μα ο Αμρουτλάλ έζησε πολλά χρόνια
(ήταν και φίλος μου)
Έζησε να δει μια συλλεκτική έκδοση
όλων των ποιημάτων του
αλλάέζησεναδεικαιτηνπαρακμήτους.

* Name of a person. (Literally, ‘Immortal.’)

ΜετάφρασηΜανώληΑλυγιζάκη
Translation into Greek by Manolis Aligizakis

***

阿姆鲁特拉尔 *

用绿墨水,有时用红墨水,
阿姆鲁特拉尔会非常仔细,工整地,
写下他的诗歌
在一个皮革壳的日记本里。
他曾做过一个噩梦:
他死于瘟疫,
他的诗从未出版
甚至找不到了。
但阿姆鲁特拉尔活得很长。
(他曾是我的朋友。)
在他有生之年,
他看到了自己诗集的诞生。
但也看到了诗集的
衰老和死亡。
原作:印度尤达彦·特哈克
英译:尤达彦·特哈克-斯坦利·巴坎
汉译:中国周道模

*一个人的名字。(字面意思是“不朽”。)
Translation into Chinese by William Zhou

***

أمروتلال

بحبرأخضر،وأحياناأحمر،
وبخطأنيقبمنتهىالعناية،
دوّنأمروتلالقصائده،
وسطرهابدفترمذكراتمنالجلد.
أحياناكانيراودهكابوس
بأنهماتبالطاعون
ولمتنشرأشعاره
وماعثرعليهاقط.
لكنأمروتلالعاشحياةطويلة.
(فهوصديقي.)
وخلالحياتهتلك،
شهدولادةمجموعتهالشعرية.
لكنهرآهاأيضا
تشيخوتموت.

أودايانثاكر،الهند
ترجمتهعنالإنجليزيةسارةسليم
Translation into Arab by Sarah Selim

***

अमृतलाल *

हरी स्याही के साथ, कभी-कभी लाल के साथ,
अमृतलाल बहुत सावधानी से, साफ लिखावट में,

उनकी कविताएँ लिखो
एक चमड़े की बाउंड्री डायरी में।
कभी-कभी उसे बुरा सपना आता था

कि प्लेग से उसकी मृत्यु हो गई,
उनकी कविताएँ कभी प्रकाशित नहीं हुईं

मिला भी नहीं।

लेकिन अमृतलाल ने लंबा जीवन जिया।

(वह मेरा मित्र था।)
अपने जीवनकाल के दौरान,

उन्होंने अपनी एकत्रित कविताओं का जन्म देखा।

लेकिन उसने उन्हें भी देखा
उम्र बढ़ने और मरने में।

Translation into Hindi by Jyotirmaya Thakur

***

アムルトラル

緑のインクで、時々は赤のインクで
アムルトラルは革の手帳に
とても丁寧に、美しい字で
詩を書いたものだった
時々彼は悪夢を見た
自分が疫病で死ぬ夢
自分の詩が出版されない夢
さらには詩が消失する夢

アムルトラルは結局長く生きた
(彼は私の友人であった)
そして生前に詩集を出すことができた
しかし、その詩集が古くなり、
朽ちていくことも目にしなければいけなかった
*アムルトラルは人の名
(ウダヤン・タッカー,インド)

Translation into Japanese by by Dr. Manabu Kitawaki

***

امروتلال *

با جوهرى سبز، گاهى قرمز،
امروتلال با دقت بسيار ،
و دست خطى منظم،
اشعارش را مى نوشت
در دفتر خاطرات چرمى اش.
گاهى كابوس مى ديد
كه از طاعون مرده است،
و اشعارش هرگز چاپ نشده
و حتى پيدا نشده.

اما امروتلال عمری طولانی کرد.
( او دوستم بود.)
در زمان حياتش،
او تولد مجموعه اشعارش را ديد.
اما مرگ و پير شدنشان را هم دید.

اودايان تاكر، هند
ترجمه: سپیده زمانی

* نام شخص ( ادبی، جاودانی.

Translation into Farsi by Sepideh Zamani

***

Амрутлал*

Със зелено мастило, понякога с червено,
Амрутлал написа много внимателно,
с изящен почерк своите стихотворения
вбележник с кожена подвързия.
Понякога той имаше кошмар,
че умира по време на епидемия,
че стиховете му не бяха публикувани,
нито дори намерени.

Но Амрутлал живя дълъг живот.
(Той беше мой приятел.)
Докато беше жив
той видя раждането на своите „Събрани съчинения“.
Но той също ги видя
даостаряватида умират.

превод от английски: Иван Христов
Translation into Bulgarian by Ivan Hristov

***

EILÍFUR

Með grænu bleki og stundum rauðu
skrifaði Eilífur ljóðin sín
vandlega með snoturri rtithönd
í dagbók með leðurbandi.
Stundum fékk hann martröð
og fannst hann deyja í plágunni,
og að ljóðin hans væru aldrei gefin út
og fyndust ekki einu sinni.

En Eilífur lifði langa ævi.
(Hann var vinur minn.)
Og hann lifði það
að sjá Heildarsafn ljóða sinna gefið út.
En hann sá þau líka
eldast og deyja.

Translation into Icelandic by Þór Stefánsson

***

Амрутлал *

Зелеными и красными чернилами
записывал Амртулал свои стихи.
Сверхаккуратно, четкимпочерком
в красивой кожаной тетради.
Бывало, ночьювидел онкошмары,
чтоумираетотчумы,
а стихи так и не опубликованы,
никто их даже не нашел.

Но Амрутлал прожил долгую жизнь.
(Яснимдружил).
За свою долгую жизнь виделон
как рождался Сборник его стихов,
и также видел он,
как его стихистарились и умирали.

* Имя человека (буквально «Бессмертный»)

ПереводнарусскийязыкДарьиМишуевой
Translation into Russian by Daria Mishueva

***

AMRUTLAL *

Kulayberdengtinta, minsankulay pula
MaingatnamaingatsiAmrutla, samaayosnasulatkamayisinusulatniya angkanyangmgatulasakanyangtalaarawangtakipnayarisabalat ng hayop.
Minsanbinabangungotsiyanasiya ay namataysasalot,
at ang kanyangmgatula ay hindinailathalahindi man natagpuan.
Pero mahaba ang nagingbuhayniAmrutlal (Siya ay akingkaibigan)
Sa panahongsiya ay nabubuhay,
Nakita niya ang pagsilang ng mgakoleksyonn’yangtula.
Subalitnakitarinniyaitongtumanda at namatay.

* Name of a person. (Literally, ‘Immortal.’)

Translation into Filipino by Eden Soriano Trinidad

***

נצח *

בִּדְיוֹיְרֻקָּה, לִפְעָמִיםאֲדֻמָּה,
נֶצַח,בִּזְהִירוּתרַבָּה, בִּכְתַב-יָדמְסֻדָּר,
כּוֹתֵבאֶתשִׁירָיו
בְּיוֹמָןבִּכְרִיכַת-עוֹר.
לִפְעָמִיםהָיָהלוֹסִיּוּט-לַיְלָה
שֶׁהוּאמֵתבְּמַגֵּפָה,
שֶׁשִּׁירָיולֹאפֻּרְסְמוּמֵעוֹלָם
אֲפִלּוּלֹאנִמְצְאוּ.

אֲבָלנֶצַחחַיחַיִּיםאֲרֻכִּים
(הוּאהָיָהחֲבֵרִי).
בִּימֵיחַיָּיו
רָאָהאֶתהַלֵּדָהשֶׁלמִבְחָרשִׁירָיו.
אַךְהוּאגַּםרָאָהאוֹתָם
מַזְקִינִיםוּמֵתִים.

Translation into Hebrew by Dorit Weissman

***

அம்ருத்லால்

பச்சை மையினால், சில நேரங்களில் சிகப்பு
அம்ருத்லால் கவனமாக , அழகான கையெழுத்தில்
அவருடைய கவிதைகளை எழுதுவார்
ஒரு அழகாக பைண்டான டயரியில் நாள் குறிப்பேட்டில்
சிலநேரங்களில் கொடுங்கனவு வரும்
அவர் ப்ளேக் -கொள்ளை நோயால் இறந்ததாக.
அவருடைய கவிதைகள் என்றுமே பிரசுரிக்கப்படாமலே
எங்கு இருக்கிறது என்பது கூடத்தெரியாமல்.
ஆனால் அம்ருத்லால் நீண்ட வாழ்க்கை வாழ்ந்தார்
(அவர் எனது நண்பர்)
அவரது வாழ்நாட்களில்
அவரது கவிதைத் தொகுப்பு பிறந்ததைக் கண்டார்
அவைகளும் யது ஆகி இறந்ததையும்
கண்டார்.

Translation into Tamil by by Dr. N V Subbaraman

***

AMRUTLAL *

Bi divîtakesk, carna bi yasor,
Amrutlalhelbestênxwe
pirbibaldarî û bipaqijî di deftereke
bergpêstkirî, rojmêrî de dinivisîn.
Carnaewdikete nav şevbestê,
kuewê bi reşavêbimire,
û helbestênwînetênebelavkirin,
netênaskirin.

Lê Amrutlaljiyanekdirijbihurand.
(Ewdostê min bû).
Di salênjiyanaxwe de
wîderketinaçapa
helbestênxwedît
wîpîrîtî û mirin jîdît.

Navêmirov e, bi wateyanemir,

Translation into Kurdish by Hussein Habasch

***

অমৃতলাল *
কখনোসবুজআবারকখনোলালকালিতে,
অমৃতলালখুবযত্নেরসাথেপরিচ্ছন্নহাতেরলেখায়,
রচনাকরতেনতাঁরকবিতাগুলি
তারচামড়ারবাধাইকরাডাইরিতে।
কখনোতারদুঃস্বপ্নে
তিনিমৃত্যুবরণকরতেনপ্লেগমহামারীতে,
আরতারকবিতাগুলিকখনোহতোনাপ্রকাশিত
কখনো আরখুঁজেপাওয়াযেতনাতারকবিতাগুলিকে।
কিন্তুঅমৃতলালদীর্ঘজীবীছিলেন।
(তিনিছিলেনআমারসখা।)
তারজীবদ্দশায়,
তিনিদেখেছিলেনতারসংগ্রহীতকবিতাগুলোরপ্রকাশ
তবেতিনিপ্রত্যক্ষকরেছেনতারকবিতাগুলির
বার্ধক্যআরমৃত্যু।
উদয়নথ্যাকার,ভারত
অনুবাদ:উদয়নথ্যাকার- স্ট্যানলিবারকান
* একজনব্যক্তিরনাম। (সাহিত্যিক, ‘অমর।’)

Translation into Bangla by Tabassum Tahmina Shagufta Hussein

***

Amrutal*

Bhreacadh Amrutal síos a chuid dánta
I ndúch glas, uaireanta dearg,
É an-chúramach, lámhscríbhneoireacht néata,
Ina dhialann de chumhdach leathair.
Thagadh tromluí uafásach air anois is arís
Gur cailleadh sa phlá é
Nár foilsíodh a chuid dánta
I ndiaidh a bháis
Nár thángthas orthu fiú

Ach bhí saol fada ag Amrutal
(Cara liom ab ea é)
Le linn dó a bheith beo
Chonaic sé a bhailiúchán dánta i gcló
Chonaic sé ag dul in aois é chomh maith
Is ag fáil bháis

[*ainm duine a chiallaíonn ‘Neamhbhásmhar’ sa Ghúisearáitis].

Translation into Irish by Gabriel Rosenstock

***

અમરતલાલ

અમરતલાલ બહુ ચીવટથી કવિતા લખતા
અને લખ્યા પછી નોટબુકમાં ઉતારી લેતા
એમને ઘણી વાર એક ભયાનક સ્વપ્ન આવતું

સ્વપ્ન પણ કેવું ?
તો કે પોતે જાણે મરકીના રોગમાં મરી ગયા
ને પોતાની કવિતાઓ છપાઈ કે વંચાઈ નહીં
અરે, કોઈને હાથ જ ન ચડી !
પણ અમરતલાલ સ્વયં તો ઘણું લાંબુ જીવ્યા
(મારા મિત્ર હતા )
પોતાની જિંદગી દરમિયાન તેમણે
પોતાના કાવ્યસંગ્રહને
જન્મતો, વૃદ્ધ થતો
અને મરતો જોયો.

-ઉદયન ઠક્કર

Translation into Gujarati by by Udayan Thakker

(Udayan Thakker)

 

Recueil: ITHACA 651
Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

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Epouses du vent (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2020


Des gens de là-bas croient
à cette cité sous le Mékong
uniquement composée de femmes
ayant des filles avec un seul époux: le vent.
Elles apprennent pourtant
lettres et nombres.
De la surface
monte un refrain
de jeune apprentie
qui coud au fil noir sans un reste de jour
et mourra de vieillesse.

(Jean Follain)

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Soir (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2020




Illustration: ArbreaPhotos
    
Soir

Un soir d’or où le soleil songeur
rejette en s’en allant sa pompe habituelle, des arbres
qui se penchent vers leur verte compagne
et mère féconde, et leurs doux chuchotements — tout cela
et une mer immense et silencieuse. Cette heure est la plus proche de Dieu –
riche comme la vieillesse quand les longs chemins ont tous été parcourus.

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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THALIARQUE (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2020



Eugène Begarat JEUNE FILLE EN ROUGE [800x600]

THALIARQUE

Ne crains pas de puiser aux réduits du cellier
Le vin scellé quatre ans dans l’amphore rustique ;
Laisse aux Dieux d’apaiser la mer et l’orme antique,
Thaliarque ! Qu’un beau feu s’égaye en ton foyer !

Pour toi, mets à profit la vieillesse tardive :
Il est plus d’une rose aux buissons du chemin.
Cueille ton jour fleuri sans croire au lendemain ;
Prends en souci l’amour et l’heure fugitive.

Les entretiens sont doux sous le portique ami ;
Dans les bois où Phoebé glisse ses lueurs pures,
Il est doux d’effleurer les flottantes ceintures
Et de baiser des mains rebelles à demi.

(Leconte de Lisle)

Illustration: Eugène Begarat 

 

 

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