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Posts Tagged ‘vieilli’

Toi aussi tu viendras où je suis (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2019



Toi aussi tu viendras où je suis

Aujourd’hui je me suis promené avec mon camarade.
Même s’il est mort,
Je me suis promené avec mon camarade.
Qu’ils étaient beaux les arbres en fleurs,
Les marronniers qui neigeaient le jour de sa mort.

Avec mon camarade je me suis promené.
Jadis mes parents
Allaient seuls aux enterrements
Et je me sentais petit enfant.
Maintenant je connais pas mal de morts,

J’ai vu beaucoup de croque-morts
Mais je n’approche pas de leur bord.
C’est pourquoi tout aujourd’hui
Je me suis promené avec mon ami.
Il m’a trouvé un peu vieilli,

Un peu vieilli mais il m’a dit:
Toi aussi tu viendras où je suis,
Un dimanche ou un samedi,
Moi, je regardais les arbres en fleurs,
La rivière passer sous le pont

Et soudain j’ai vu que j’étais seul.
Alors je suis rentré parmi les hommes.

(Robert Desnos)


Illustration

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TROIS NOTES (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2019




TROIS NOTES

J’ai attendu votre lever,
et vous baignez enfin de rouge et de bleu
ma main qui se tend.

Ciel, couleurs d’amour,
votre enfant ce matin
tient à la main la plus belle
rose rêvée.

*

Vieilli sur les routes du soir,
je m’étendais sur l’herbe sombre,
et je goûtais ce désir sans fin,
cri trouble et ailé
que retient une lumière,
quand elle se meurt.

*

L’été a tout brûlé,
mais le coquelicot retrouve
son sang dans l’ombre,
et voix de lune
est la voix qui s’égrène,
et la tristesse de l’homme
n’est qu’un roseau,
l’oreille au guet,
mais il est sans crainte et sans pitié.

(Giuseppe Ungaretti)

 

 

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Le doux nid joyeux de l’enfance qui chante (Lewis Caroll)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



Nous ne sommes, enfant, que des enfants vieillis
Qui pleurnichent, sachant qu’il faut aller dormir.
Dehors, l’âpre froidure et la neige aveuglante,
Le sifflement rageur et maussade du vent;
Au-dedans, la lueur du foyer rougeoyant
Et le doux nid joyeux de l’enfance qui chante.

(Lewis Caroll)


Illustration: Mark Ryden

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PLATRE (Manuel Bandeira)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2018



statue brisée 3f

PLATRE

Cette petite statue de plâtre, quand elle était neuve
— Le plâtre très blanc, les lignes très pures, —
Suggérait imparfaitement l’image de la vie
(Quoique la figure pleurât).
Depuis de longues années je l’ai chez moi.
Le temps l’a vieillie, l’a rongée,
l’a barbouillée d’une patine jaune sale.
Mes yeux, de tant la regarder,
L’ont imprégnée de mon humanité ironique de phtisique.

Un jour une main maladroite
Par inadvertance la fit choir et la brisa.
Alors je m’agenouillai plein de rage,
recueillis ces tristes fragments et reconstituai la statuette qui pleurait.
Et le temps passa sur les blessures et obscurcit encore davantage
la souillure mordante de la patine…

Aujourd’hui ce petit plâtre commercial
Est touchant. Il vit, et me fait maintenant songer
Que seul est vraiment vivant ce qui a déjà souffert.

(Manuel Bandeira)

Illustration

 

 

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Avec ces souvenirs (Jean Royère)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2018



 

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Avec ces souvenirs

Avec ces souvenirs d’automne gris et las
Qui traînent dans le parc blême leurs falbalas
Indifférents au galbe effacé des statues
– Le soir pâme au toucher de ces chairs dévêtues
Et sur le marbre nu met l’appât du velours –
Je farderai du rose alangui des vieux jours
Où l’avenue à l’infini du crépuscule
Jaune et mourante ainsi que du passé recule
Pour vous – pour vos espoirs renaissent tous les mois,
Le visage vieilli de nos jeunes émois,
Méditant notre amour et cette destinée
De la feuille qui meurt aux cendres condamnée.

(Jean Royère)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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La fleur se fane (Tshanyang Gyatsho)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



La fleur se fane une fois ouverte :
devenue ma compagne, mon aimée a vieilli.
L’abeille jaune et moi
nous sommes fait une raison !

(Tshanyang Gyatsho)

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[IL SEMBLE QU’UN NAVIRE…] (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2018



[IL SEMBLE QU’UN NAVIRE…]

Il semble qu’un navire autre que tous les autres
devra, l’heure venue, se montrer sur la mer.
Il n’est pas en acier. Ses pavillons
ne sont pas orangés :
nul ne sait d’où il vient
ni à quelle heure on le verra :
mais tout est prêt
et il n’est de plus beau salon dressé
pour ce fugace événement.
L’écume est déployée
comme un luxueux tapis
tout d’étoiles tissé,
et plus loin c’est le bleu,
le vert, le mouvement ultra-marin,
l’attente générale.
Et les rochers, ouverts,
lavés, nets, éternels,
ont été disposés
sur le sable comme un cordon
de châteaux, un cordon de tours.
Tout
est prêt,
on a invité le silence,
et les hommes eux-mêmes, toujours distraits,
espèrent bien ne point perdre cette présence :
ils se sont habillés comme pour un dimanche,
ils ont fait briller leurs souliers,
ils ont passé le peigne en leurs cheveux.
Ils ont vieilli, ils ont vieilli,
et le bateau n’arrive toujours pas.

(Pablo Neruda)

Illustration: Vladimir Kush

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ÉCLAIREMENT (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2018



Illustration: Freydoon Rassouli  
    
ÉCLAIREMENT

J’émerge alors de l’angoisse quand le soleil
Perce en se souvenant de sa droite les brumes
A la saison vieillie par les glaives du ciel
Bleu profond qui réchauffe encor les amertumes

Et me souviens : vous êtes amoureusement
Tout amoureusement à toute heure de vie
Si je sais vous aimer dès le souffle aspirant
Seulement vous aimer où votre sein supplie

la plaie! Seulement uniquement aimer
Par souffle et par poil frémissant et par penser
Votre être; et votre éternité claire et ravie.

(Pierre Jean Jouve)

 

Recueil: Diadème suivi de Mélodrame
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA NUIT OÙ ELLE VINT (Thomas Hardy)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2017



LA NUIT OÙ ELLE VINT

Je lui dis un jour en la quittant
Que si lourde soit l’inquiétude qui puisse
Menacer notre amour, le simple assaut du Temps
Ne pourrait rien changer.
Et dans la nuit, elle m’apparut
Brèche-dent, blafarde, vieillie,
Les orbites cernées de plomb
Et de nombreuses rides.

Je m’écriai tout frissonnant :
« Pourquoi m’apparais-tu ainsi !
J’ai dit que nous resterions saufs
De l’horrible usure du temps ».
« Et dis-tu ta vérité ? », s’écria-t-elle
D’une voix chancelante.
Je balbutiai : « Mais… Je ne pensais pas
Que tu en ferais si tôt la preuve ! »

Elle s’en fut, avec un étrange sourire
Qui, plus que par des mots, me dit
Que ma sincère promesse ne pouvait guère
Apaiser sa crainte manifeste.
Son doute en moi creusa son chemin,
En lui prodiguant le lendemain
Les caresses qui lui étaient dîtes, une ombre
Sembla nous séparer.

***

IN THE NIGHT SHE CAME

I told her when I left one day
That whatsoever weight of care
Might strain our love, Time’s mere assault
Would work no changes there.
And in the night she came to me,
Toothless, and wan, and old,
With leaden concaves round her eyes,
And wrinkles manifold.

I tremblingly exclaimed to her,
`O wherefore do you ghost me thus !
I have said that dull defacing Time
Will bring no dreads to us.’
`And is that true of you’ she cried
In voice of troubled tune.
I faltered : ‘ Well… I did not think
You would test me quite so soon !’

She vanished with a curious smile,
Which told me, plainlier than by word,
That my staunch pledge could scarce beguile
The fear she had averred.
Her doubts then wrought their shape in me,
And when next day I paid
My due caress, we seemed to be
Divided by some shade.

(Thomas Hardy)

Illustration

 

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CHEVAL DES RÊVES (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2017




CHEVAL DES RÊVES

Superflu, me regardant dans les miroirs
avec un goût de semaines, de biographes, de papiers,
j’arrache de mon sieur le capitaine de l’enfer,
j’établis des clauses indéfiniment tristes.

j’erre d’un point à l’autre, j’absorbe des illusions,
je bavarde avec les oiseaux dans leurs nids:
et eux, souvent, d’une voix fatale et froide
chantent et font fuir les maléfices.

I1 y a un vaste pays dans le ciel
avec les superstitieux tapis de l’arc-en-ciel
et les végétations vespérales :
c’est vers lui que je vais et grande est ma fatigue,
foulant une terre retournée de tombes encore fraîches,
je rêve entre ces plantes aux fruits indécis.

Je Passe entre les enseignements possédés, entre les sources,
vêtu comme un être original et abattu :
j’aime le miel usé du respect,
le doux catéchisme entre les feuilles duquel
dorment des violettes vieillies, évanouies,
et les balais, aux secours émouvants,
dans leur apparence il y a sans doute, cauchemar et certitude.

Je détruis la rose qui siffle et la ravisseuse anxiété:
je brise les extrêmes aimés: et plus encore,
je guette le temps uniforme, sans mesures
une saveur que j’ai dans l’âme me déprime.

Quelle aurore a surgi! Quelle épaisse lumière de lait,
compacte, digitale, me protège !
J’ai entendu hennir son rouge cheval
nu, sans fers et radieux.
Je survole avec lui les églises,
Je galope à travers les casernes désertes de soldats
et une armée impure me poursuit.
Ses yeux d’eucalyptus volent l’ombre,
son corps de cloche galope et frappe.

J’ai besoin d’un éclair de splendeur persistante,
d’une parenté joyeuse qui assume mes héritages.

(Pablo Neruda)

Illustration: Marc Chagall

 

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