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Poésie

Posts Tagged ‘vierge’

TERRE (Emad Fouad)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2020



 Illustration: Tineke Storteboom
    
TERRE

Notre terre vierge
au visage noir
Nous la blessons pour enterrer les morts
qu’elle a enfanté et façonné d’argile
Six pieds sous terre
suffisent
pour restituer les choses
confiées à sa famille
et pour recouvrir la terre
de terre.

***

ZIEMIA

Naszą dziewiczą matkę
o czarnej twarzy
ranimy, by chować naszych zmarłych
których rodziła i kształtowała z gliny
Sześć stóp pod ziemią
jest wystarczające,
by zwrócić to, co powierzono jej rodzinie
i usypać kopczyk z ziemi
na ziemi.

***

AARDE

Onze maagdelijke moeder
met een zwart gelaat
We kwetsen haar om de doden te begraven
die ze baarde en vormde uit klei
Zes voet onder de aarde
is voldoende
om dingen terug te geven
die aan haar familie werden toevertrouwd
en om de aarde
met aarde te bedekken.

***

EARTH

Our virgin mother
black of face
We hurt her to bury our dead
she bore and formed from clay
Six feet under earth
is enough
to return things entrusted to her family
and pile earth
on earth.

***

ERDE

Unsere jungfräuliche Mutter
mit schwarzem Gesicht
Wir verletzen sie, um unsere Toten zu begraben.
die sie gebar und aus Ton formte
Sechs Fuß unter der Erde
ist genug
um Dinge, die ihren Abkömmlingen anvertraut wurden,
zurückzugeben
und um die Erde
mit Erde zu bedecken

***

ΓΗ

Μητέρα μας παρθένα γη
πρόσωπο μαύρο που
σε σκάβουμε και θάψουμε νεκρούς
που από λάσπη εσχημάτισες
δυο μέτρα στο χώμα σου βαθειά
αρκούν
να της γυρίσουμε αυτά που ωφείλουμε
χώμα πάνω στο χώμα.

***

***

TERRA

Nossa mãe virgem
com a cara negra
ferimos para enterrar nossos mortos
que ela deu a luz e moldou em argila
Seis pés sob a terra
são suficientes
para devolver as coisas confiadas à sua família
e para cobrir a terra
com terra.

***

TIERRA

Nuestra madre virgen
con su rostro negro
La herimos para enterrar a los muertos
que ella dio a luz y modeló en arcilla
Seis pies bajo tierra
son suficientes
para devolver los elementos confiados a su familia
y así cubrir la tierra
con tierra.

***

TERRA

La nostra madre vergine
nera di faccia
la feriamo nel seppellire i nostri morti
che ha tenuto in grembo e formato nell’argilla
Sei piedi sotto terra
è abbastanza
per restituire ciò che è stato affidato
alla sua famiglia
e ammucchiare terra
su terra

***

地 球


我们的圣母
黑脸
我们伤害她是为了埋葬死者
她诞生和成形于粘土
地下六英尺
足够
把委托的东西还给她家
并在人间
堆土。

***

(Emad Fouad)

 

Recueil: ITHACA 614
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Polonais Mirosław Grudzień – Małgorzata Żurecka / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Anglais Camilo Gómez-Rivas / Allemand Wolfgang Klinck / Grec Manolis Aligizakis / Portugais José Eduardo Degrazia / Espagnol Rafael Carcelén / Italien Luca Benassi / Chinois William Zhou / Arabe
Editions: POINT

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LA ROSE (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2020



Xing Jianjian e_15141 [800x600]

LA ROSE

Je dirai la rose aux plis-gracieux.
La rose est le souffle embaumé des Dieux,
Le plus cher souci des Muses divines.
Je dirai ta gloire, ô charme des yeux,
O fleur de Kypris, reine des collines !
Tu t’épanouis entre les beaux doigts
De l’Aube écartant les ombres moroses;
L’air bleu devient rose, et roses les bois;
La bouche et le sein des Nymphes sont roses!
Heureuse la vierge aux bras arrondis
Qui dans les halliers humides te cueille!
Heureux le front jeune où tu resplendis!
Heureuse la coupe où nage ta feuille !
Ruisselante encor du flot paternel,
Quand de la mer bleue Aphrodite éclose
Étincela nue aux clartés du ciel.
La Terre jalouse enfanta la rose;
Et l’Olympe entier, d’amour transporté,
Salua la fleur avec la Beauté !

(Leconte de Lisle)

Illustration: Xing Jianjian 

 

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Dors, ô blanche victime, en notre âme profonde (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2020



Josélito Donas  13 - 6

Dors, ô blanche victime, en notre âme profonde,
Dans ton linceul de vierge et ceinte de lotos;
Dors! l’impure laideur est la reine du monde,
Et nous avons perdu le chemin de Paros.

Les Dieux sont en poussière et la terre est muette:
Rien ne parlera plus dans ton ciel déserté.
Dors ! mais,vivante en lui, chante au coeur du poète.
L’hymne mélodieux de la sainte Beauté!

Elle seule survit, immuable, éternelle.
La mort peut disperser les univers tremblants,
Mais la Beauté flamboie, et tout renais en elle,
Et les mondes encor roulent sous ses pieds blancs!

(Leconte de Lisle)

Illustration: Josélito Donas

 

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Une bonne fortune (Alfred de Musset)

Posted by arbrealettres sur 3 janvier 2020



Une bonne fortune

Il ne faudrait pourtant, me disais-je à moi-même,
Qu’une permission de notre seigneur Dieu,
Pour qu’il vînt à passer quelque femme en ce lieu.
Les bosquets sont déserts ; la chaleur est extrême ;
Les vents sont à l’amour l’horizon est en feu ;
Toute femme, ce soir, doit désirer qu’on l’aime.

S’il venait à passer, sous ces grands marronniers,
Quelque alerte beauté de l’école flamande,
Une ronde fillette, échappée à Téniers,
Ou quelque ange pensif de candeur allemande :
Une vierge en or fin d’un livre de légende,
Dans un flot de velours traînant ses petits pieds ;

Elle viendrait par là, de cette sombre allée,
Marchant à pas de biche avec un air boudeur,
Ecoutant murmurer le vent dans la feuillée,
De paresse amoureuse et de langueur voilée,
Dans ses doigts inquiets tourmentant une fleur,
Le printemps sur la joue, et le ciel dans le coeur.

Elle s’arrêterait là-bas, sous la tonnelle.
Je ne lui dirais rien, j’irais tout simplement
Me mettre à deux genoux par terre devant elle,
Regarder dans ses yeux l’azur du firmament,
Et pour toute faveur la prier seulement
De se laisser aimer d’une amour immortelle.

(Alfred de Musset)


Illustration

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Une Louise dans chaque port (Jean Villard–Gilles)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2019



Illustration: René Leforestier

    

Une Louise dans chaque port

C’était au bon temps des voiles latines
Nous, on naviguait sur la Madelon
Le patron c’était Jules d’Essertines
Il était beau comme Apollon
Il fallait le voir commander sa barque
Oeil clair, torse nu, gorgé de soleil
Plein de majesté, comme un vrai monarque
Doré ma foi jusqu’aux orteils
Un tombeur de charme, et un tout bon type
Les belles partout guettaient son retour
Il aimait la vie, il aimait sa pipe
Son bateau, le vin, et l’amour

(Refrain)
Car après Dieu seul maître à bord
Comme tous les marins du monde
Il avait pour son réconfort
Une Louise dans chaque port

Par le Bouveret, c’était, grassouillette
L’Angèle une blonde aux jolis yeux pers
Qui lui tricotait maillots et chaussettes
Pour qu’il s’enrhume pas l’hiver
A Thonon l’Irma, la belle cafetière
L’abreuvait d’amour et de vin clairet
Mais il apprenait les belles manières
Avec une Anglaise à Revers
Y avait l’Amanda, la muse de Morges
Qui lui donnait tout dans sa véranda
Son corps, son esprit, sa superbe gorge
C’était lui l’amant d’Amanda

(Au refrain)

On le surnommait parfois « Fend-la-bise »
Mais le plus souvent « Jules-le-tombeur »
Pour bien bourlinguer entre les Louises
Fallait un fort navigateur
Y avait les maris, y avait les tempêtes
Le soleil, la pluie, et le calme plat
On restait des jours sans bouger en quête
D’un souffle d’air et puis voilà
Le coup de Vauder, escale à l’auberge
Douchy où l’Esther, l’ange du quartier
Lui jouait au piano « La prière d’une vierge »
Qu’il exauçait bien volontiers

(Au refrain)

Mais le vent tournait, rabattait les voiles
Et la Madelon, chargée de graviers
Mettait cap à l’ouest, et Jules en sandales
Veillait au grain sans sourciller
Le vent fraîchissait, on voyait les grèves
Défiler ma foi vite et joliment
Puis on débarquait au port de Genève
Ahuri sans savoir comment
Pour nous accueillir, toutes les grandes gueules
De Piogre étaient là, ça faisait du bruit
La grande Lulu disait : « Pas de meule
J’emmène Jules pour la nuit »

(Au refrain)

C’était le bon temps, mais trop de Louises
Et trop de bordées, c’est bien épuisant
C’est ainsi qu’un soir, notre Fend-la-bise
Il allait sur ses cinquante ans
En faisait escale au port de Villeneuve
Est tombé, ma foi, mort en plein bonheur
Dans les bras douillets d’une jolie veuve
On peut bien dire « au champ d’honneur »
Au navigateur de charme et d’eau douce
On a fait alors un bel enterrement
Toutes étaient là, les blondes, les rousses
Toutes les perles du Léman

Et les pirates de tous bords
Pour fleurir la tombe où repose
Désormais celui qui est mort
D’une Louise dans chaque port

(Jean Villard–Gilles)

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La nuit (Bernard Dimey)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2019



matisse

 

La nuit, les cerfs-volants,
le grand-duc et la lune
et les engoulevents…
et les chiens dans les fermes
et dans les bergeries,
les agneaux qui se plaignent…

J’ai vu sur la rivière
une brume étonnante
où dansaient des fantômes
ou des vierges ou des saintes.
Je me tenais très loin
de ces ronds de sorcières…
Je n’avais peur de rien
mais je claquais des dents.

Que les nuits étaient belles
et qu’il est merveilleux
d’avoir encore dix ans!

(Bernard Dimey)

Illustration: Henri Matisse

 

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AMOUR DÉSHABILLÉ DE NOUS… (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2019




    
AMOUR DÉSHABILLÉ DE NOUS…

Amour déshabillé de nous comme, de mousse,
Par la rage de l’eau,
Un mur, toujours plus bas plongeant dans le terreau
Peuplé de larves douces,

Ton torse blanc résiste à la griffe des houx,
Aux hachures de l’ombre
Et chaque pierre en toi reste fidèle au nombre
Qui s’est défait de nous.

Te retrouverons-nous ? Brûlerons-nous ensemble ?
Parfois, dans le charbon,
L’enfant croit reconnaître en nos amas profonds
Quelqu’un qui lui ressemble,

Mais ce n’est qu’un nuage, une feuille, un serpent
Ou quelque rêve informe
Comme en font les rochers lorsque l’on croit qu’ils dorment
A l’ombre des vivants.

Et toi tu resplendis, à la fois vierge et veuve
Au soleil revenu :
On dirait que, nous arrachant à ton flanc nu,
La mort te fait plus neuve,

Amour femelle, et ton entêtement joyeux
Dans la beauté du monde
Qui n’est beau que de toi, de ton haleine blonde
Et de l’eau de tes yeux.

(Jean Rousselot)

 

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L’acte est vierge (René Char)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2019



 

saut

L’acte est vierge,
même répété.

(René Char)

Illustration

 

 

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NOUS NOUS SOMMES AIMÉS … (Emile Ripert)

Posted by arbrealettres sur 26 septembre 2019




NOUS NOUS SOMMES AIMÉS …

Nous nous sommes aimés d’une façon si haute
Que tous nos souvenirs, s’exaltant sous nos fronts,
Ainsi qu’un bois de pins au sommet d’une côte,
Aux plus légers émois de l’air bleu chanteront
Par-delà les blés murs, les flots et les vallons…

Nous nous sommes aimés d’une façon si pure
Que nous imaginions, à regarder nos yeux,
Tremper, par un matin frais et délicieux,
Dans l’eau vierge d’une calanque nos figures
Après l’été brûlant et le doute anxieux.

Nous nous sommes aimés d’une façon si tendre
Que nous avons rendu jalouse la saison
Qui verse aux flots pâlis sa rose et fine cendre,
Lorsque l’Automne a vu nos beaux amours s’étendre
Comme sa mer moelleuse au mourant horizon.

Nous nous sommes aimés d’une façon si forte
Que les grands midis d’Août en furent étonnés,
Et que, pour le départ ayant fermé la porte,
Du jardin tiède et blond où notre amour est né,
Cet amour vit encore après les feuilles mortes…

(Emile Ripert)

Illustration

 

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Conciliable (Thomas Vinau)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2019




    
Conciliable

Des routes vierges
se faufilant
dans les gris

Des petits matins
simples

Des pluies
clémentes

Des envies
de pardon

Des espoirs
conciliables

(Thomas Vinau)

 

Recueil: Juste après la pluie
Traduction:
Editions: Alma

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