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Posts Tagged ‘vierge’

Je me baigne dans l’obscurité (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018




    
Je me baigne dans l’obscurité.
Je me peigne au grand soleil.

Quand je sors au clair de lune,
ma mère me lace serré.

J’ai trois soeurs aînées, plus heureuses que moi.
Au clair de lune j’ai vu la première,
et sa robe était dénouée.

Au grand soleil j’ai revu la seconde
et elle se laissait baiser sur la bouche.
Dans l’obscurité j’ai vu la troisième

Il n’y a pas de nuit assez noire,
où l’oeil d’une vierge ne devine l’amour.

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard
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Retouche à l’annonce (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2018



Retouche à l’annonce

les montagnes en robe d’eau se lèvent
dans un attelage d’ailes

un souffle à peine froisse la toile du monde
l’ange intraduisible attend
la vierge aux yeux sans fond

(Daniel Boulanger)


Illustration

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Maria – Albert Correspondance 1944-1959 (Albert Camus)(Maria Casarès)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2018




    
Si tu m’accueilles tout au fond de toi comme tu vas le faire,
je pourrai enfin être absolument transparente.

*

Je préfère n’importe quelle douleur
à la contrainte de ton coeur.

*

Je vais te dire ce qu’il faut faire:
1ère traite: m’aimer
2ème traite : me prendre dans tes bras
3ème traite: me serrer très fort.
Pour les autres, je te dirai au fur et à mesure à ton retour,
ce qu’il faut faire.

*

Ah! comment peut-on mourir tout à fait après avoir tant aimé.

*

Le bonheur que tu me donnes en existant par le seul fait que tu existes (près ou loin) est grand,
mais je dois l’avouer, un peu vague, un peu abstrait, et l’abstraction n’a jamais comblé une femme, ou du moins moi.
Que veux-tu ? J’ai besoin de ton corps long, de tes bras souples, de ton beau visage,
de ton regard clair qui me bouleverse, de ta voix, de ton sourire, de ton nez, de tes mains,
de tout.

*

Lorsque je pense à toi brun, j’oscille.
Il fait mauvais ici ; je suis encore café au lait, plutôt lait que café,
et je me coiffe avec chignons ou avec une natte derrière, comme les chinois.
Je m’habille le moins possible.
Et surtout je n’existe pas,
j’attends d’exister,
je ne suis que promesse.

*

Ah ! mon amour ! je voudrais être vierge de corps et d’âme pour toi !
Je voudrais connaître une langue jamais usée auparavant, pour te parler !
Je voudrais pouvoir t’exprimer par des mots le sens nouveau que tu m’as fait découvrir en eux !
Je voudrais surtout pouvoir mettre toute mon âme dans mes yeux et te regarder indéfiniment, jusqu’à ma mort !

*

La mer est devant toi.
Regarde comme elle est lourde, dense, riche, forte ;
regarde comme elle vit, effrayante de puissance et d’énergie,
et pense que, par toi, je suis un peu devenue comme elle.
Pense que quand je me sens sûre de ton amour,
je n’envie point la mer d’être si belle je l’aime en soeur.

*

S’il m’est arrivé de me sentir diminuée, misérable, stérile,
c’est uniquement parce que je me suis mise à douter ;
mais toi, m’aimant, toi, près de moi, ma vie est remplie, justifiée.
C’est moi, mon chéri, moi seule, qui doit, pendant ces deux longs mois,
revivifier mes forces pour qu’il ne m’arrive plus jamais de douter.
Toi, tu dois seulement m’aimer, m’aimer beaucoup ;
c’est tout ce qu’il me faut pour me sentir aussi grande,
aussi vaste, aussi peuplée que cet océan, que l’univers ;
c’est tout ce qu’il faut aussi pour que mon visage ait cet air de bonheur que tu aimes.
Notre triomphe, notre victoire est là et pas ailleurs.

*

Tu es confondu à mon coeur, à mon âme, à mon corps.
Dès que je me réveille, tu es là ;
dès que je ris, je pleure, tu es là,
dès que je regarde tu es là.
Oh mon amour.

*

L’ombre même m’est douce
si je te sais en plein soleil.

*

Plus rien ne peut changer de moi à toi,
et je serai toujours là toujours, jusqu’à la fin.
Tu es le seul être au monde qui m’ait appris la vraie douleur et la véritable joie ;
tu es le seul qui ait mis en moi l’angoisse de la mort
et la révolte contre la dernière séparation.
Je n’ai jamais aimé personne comme je t’aime, personne au monde,
et je n’aurais jamais connu le besoin de l’existence
et de la présence de quelqu’un si je ne t’avais pas rencontré.
Tout en toi est joie, plaisir, richesse et amour pour moi,
et je sens mon coeur fondre quand je pense à celui qui tremble un peu,
qui hésite, prie et frissonne au fond de toi, celui que je devine souvent
et qui de temps en temps se laisse aller devant moi.

*

Tu sais, et maintenant tu sais que je sais que tu sais
ce qu’il en est au fond, au fond de moi.
Mais gare ! Ceci n’empêche pas le printemps de fleurir ce qu’il touche,
et mon coeur, mon corps, mon âme de crier après toi,
de souffrir après toi, de courir, de hurler, de rire et de souffrir après toi.

Et il y a quelque chose qui ne peut décidément pas se résigner à ton absence,
c’est mon pauvre petit corps qui s’étire en vain vers toi, qui se tord, qui geint
et qui pleure après toi, mon petit corps triste qui se rabougrit de jour en jour
et qui demande sans cesse à s’épanouir, à se réchauffer, à battre, à frémir.

O mon beau, mon cher amour !
Ô brûlure ! Ô ma douce douleur !
O ma vie !

Me voici remplie de frissons,
d’ondulations mystérieuses,
de sons délicats et secrets.

Tu voulais que ma lettre t’apportât un peu de chaleur !
Elle a éveillé de nouveau, chez moi, toute cette zone obscure et intime
que j’aime tant à sentir naître juste dans mon centre, dans mon milieu,
cette zone vibrante qui m’émeut autant
que la présence d’un enfant dans mon ventre,
ou davantage même, la connaissant mieux.

Elle a touché ce point infime qui est en moi,
mais que toi seul connais et aimes
et j’en tremble tout entière.

*

Heureuse, Oh ! Oui !
Heureuse. Heureuse et débordante de désir et de tendresse.
Je t’attends. Je suis chaque jour dans l’attente de toi.
Je cours je cours sans cesse vers toi.
La côte tire à sa fin, mon chéri.
Bientôt la vue de la mer, et ensuite la plage et les vagues.

Maria

(Albert Camus)(Maria Casarès)

 

Recueil: Correspondance 1944-1959
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA CHANSON DES PAUVRES VIEUX (Maurice Boukay)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2018



LA CHANSON DES PAUVRES VIEUX

Dans les jardins, lents et tremblants,
Les pauvres vieux tous les soirs viennent.
Sur les vieux bancs ils se souviennent,
Les pauvres vieux aux cheveux blancs.

Songeant que les jours passent vite,
Ils chantent : « Gai ! la Marguerite ! »
Les pauvres vieux aux cheveux blancs.

Voyant les gamins de sept ans
Qui font des châteaux sur le sable
Et qui réclament une fable,
Les pauvres vieux rient aux enfants.

Songeant que le jeu vaut l’école,
Ils chantent : « Bel hanneton, vole ! »
Les pauvres vieux rient aux enfants.

Voyant les garçons de seize ans
Poursuivre les vierges timides,
Ils baissent leurs regards humides, —
Les pauvres vieux sont indulgents, —

Songeant : L’amour, c’est la Nature !
Ils chantent : « La Bonne Aventure. »
Les pauvres vieux sont indulgents.

Voyant les soldats de vingt ans,
Drapeau flottant, musique en tête,
Ils se sentent le cœur en fête,
Les pauvres vieux du bon vieux temps.

Songeant que c’est l’âme française,
Ils entonnent La Marseillaise,
Les pauvres vieux du bon vieux temps.

Voyant les veuves de trente ans
Qui vont, tout de noir habillées,
Parmi les fleurs ensoleillées,
Les pauvres vieux pleurent longtemps.

Songeant que le deuil n’a pas d’âge,
Ils chantent : « Page, mon beau Page… »
Les pauvres vieux pleurent longtemps.

Voyant à la mort du soleil,
Parmi les rayons et les ombres,
Les barques des nuages sombres,
Les pauvres vieux, pris de sommeil,

Sentant que leur barque chavire,
Fredonnent Le Petit Navire,
Et dorment leur dernier sommeil.

(Maurice Boukay)

Illustration: Jean-Marie Manson

 

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L’AMOUR, AU SOIR, INSPIRE LE РOÈTE (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018



    

L’AMOUR, AU SOIR, INSPIRE LE РOÈTE

Au coeur de la forêt se taisent les corneilles;
Mon âme a délaissé ses plus sombres soucis,
La lune vierge envoie ses baisers indécis,
Ses caresses vermeilles,
Aux branches que couronne un millier de bourgeons.
Sur ce nouvel amour glisse ton blanc visage,
Tout se tait : prés, bois, ciel. Aucun bruit. Nul orage.

Et se taisent aussi les plus fières chansons.
Mais finiront un jour ces exquises merveilles,
Ce miracle éternel. Par de nouveaux soucis
Les coeurs seront transis.
As seront pris d’assaut comme le sont les treilles
Que la corneille coiffe. Et la lune en déclin
Mon rêve entraînera. Le combat sera triste.

Et sur ce point, j’insiste :
Il sera, je le sais, décidément mesquin.
Je suis Dieu, infime clochard. J’attends la brune…
Pour créer de mes mains une nouvelle lune.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Quand vous êtes très loin de moi (Pier Paolo Pasolini)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2018



 

Boleslas Biegas

Quand vous êtes très loin de moi mon mal
qui dure déjà depuis tant de mois
me domine à son bon vouloir et non selon la volonté
de notre dure réalité.

Dure réalité qui réclame seulement ma mort.
Mais moi je ne meurs pas, comme qui pris de nausée
refuse de vomir. On a toujours tort
de ne pas céder : malgré cela Seigneur

comme tout le monde moi je vous rends raison.
Ainsi vaut-il mieux que vous soyez au loin.
Au lieu de mourir, j’écris sur vous.

Pour cela, me restera vierge votre manière
de jouer à être un homme,
seule source de joie de mon passage au monde.

(Pier Paolo Pasolini)

Illustration: Boleslas Biega

 

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Rire (Edmond-Henri Crisinel)

Posted by arbrealettres sur 9 juin 2018



Edmond-Henri Crisinel
    
Rire

Si vous dites que j’ai versé
Des pleurs de douce repentance,
Si vous dites que j’ai bercé
Mon cœur d’une prière intense,

Si vous dites que j’ai trahi
Les musiques de ma luxure
Bénie, et que j’ai…
Le vin de ma vendange impure,

Si vous dites que j’ai brisé
Mon orgueil au pied du Calvaire,
(O Maître) et que j’ai renié
L’œillet de ma folie amère,

Si vous dites ces choses saintes!
Divins élans ! sanglots divins !
Soupirs de femme ardente aussi,
Ha ! si vous dites ces choses saintes !

Vous mentez, ô nid chaud de mes lèvres,
Vierges folles: ce soir d’été
Ah ! nul frisson, ce soir funeste :
Rien qu’un rire égaré — dans le soir…

(Edmond-Henri Crisinel)

 

Recueil: Oeuvres
Traduction:
Editions: Plaisir de lire

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AH, TOURNESOL (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2018




AH, TOURNESOL

Ah, tournesol, lassé du temps,
Qui du soleil comptes les pas,
Tâchant d’atteindre au doux pays doré
Où le trajet du voyageur prend fin ;

Où le jouvenceau de désir consumé
Et la pâle vierge au linceul de neige
Se lèvent de leurs tombeaux et aspirent
À ce lieu où mon tournesol souhaite aller.

***

AH, SUNFLOWER

Ah, sunflower, weary of time,
Who countest the steps of the sun,
Seeking after that sweet golden clime
Where the traveller’s journey is done;

Where the youth pined away with desire
And the pale virgin shrouded in snow
Arise from their graves and aspire
Where my sunflower wishes to go.

(William Blake)

Illustration

 

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CANTIQUE DU PRINTEMPS (Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2018



CANTIQUE DU PRINTEMPS

Le printemps est revenu de ses lointains voyages,
Il nous apporte la paix du cœur.
Lève-toi, chère tête ! Regarde, beau visage !
La montagne est une île au milieu des vapeurs : elle a repris sa riante couleur.
O jeunesse ! ô viorne de la maison penchée !
O saison de la guêpe prodigue !
La vierge folle de l’été
Chante dans la chaleur.
Tout est confiance, charme, repos.

Que le monde est beau, bien-aimée, que le monde est beau !
Un grave et pur nuage est venu d’un royaume obscur.
Un silence d’amour est tombé sur l’or de midi.
L’ortie ensommeillée courbe sa tête mûre
Sous sa belle couronne de reine de Judée.
Entends-tu ? Voici l’ondée.
Elle vient… elle est tombée.
Tout le royaume de l’amour sent la fleur d’eau.
La jeune abeille,
Fille du soleil.

Vole à la découverte dans le mystère du verger ;
J’entends bêler les troupeaux ;
L’écho répond au berger.
Que le monde est beau, bien-aimée, que le monde est beau !

(Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Illustration: Castanheira Amilcar

 

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Une Louise dans chaque port (Jean Villard–Gilles)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



Illustration: René Leforestier

    

Une Louise dans chaque port

C’était au bon temps des voiles latines
Nous, on naviguait sur la Madelon
Le patron c’était Jules d’Essertines
Il était beau comme Apollon
Il fallait le voir commander sa barque
Oeil clair, torse nu, gorgé de soleil
Plein de majesté, comme un vrai monarque
Doré ma foi jusqu’aux orteils
Un tombeur de charme, et un tout bon type
Les belles partout guettaient son retour
Il aimait la vie, il aimait sa pipe
Son bateau, le vin, et l’amour

(Refrain)
Car après Dieu seul maître à bord
Comme tous les marins du monde
Il avait pour son réconfort
Une Louise dans chaque port

Par le Bouveret, c’était, grassouillette
L’Angèle une blonde aux jolis yeux pers
Qui lui tricotait maillots et chaussettes
Pour qu’il s’enrhume pas l’hiver
A Thonon l’Irma, la belle cafetière
L’abreuvait d’amour et de vin clairet
Mais il apprenait les belles manières
Avec une Anglaise à Revers
Y avait l’Amanda, la muse de Morges
Qui lui donnait tout dans sa véranda
Son corps, son esprit, sa superbe gorge
C’était lui l’amant d’Amanda

(Au refrain)

On le surnommait parfois « Fend-la-bise »
Mais le plus souvent « Jules-le-tombeur »
Pour bien bourlinguer entre les Louises
Fallait un fort navigateur
Y avait les maris, y avait les tempêtes
Le soleil, la pluie, et le calme plat
On restait des jours sans bouger en quête
D’un souffle d’air et puis voilà
Le coup de Vauder, escale à l’auberge
Douchy où l’Esther, l’ange du quartier
Lui jouait au piano « La prière d’une vierge »
Qu’il exauçait bien volontiers

(Au refrain)

Mais le vent tournait, rabattait les voiles
Et la Madelon, chargée de graviers
Mettait cap à l’ouest, et Jules en sandales
Veillait au grain sans sourciller
Le vent fraîchissait, on voyait les grèves
Défiler ma foi vite et joliment
Puis on débarquait au port de Genève
Ahuri sans savoir comment
Pour nous accueillir, toutes les grandes gueules
De Piogre étaient là, ça faisait du bruit
La grande Lulu disait : « Pas de meule
J’emmène Jules pour la nuit »

(Au refrain)

C’était le bon temps, mais trop de Louises
Et trop de bordées, c’est bien épuisant
C’est ainsi qu’un soir, notre Fend-la-bise
Il allait sur ses cinquante ans
En faisait escale au port de Villeneuve
Est tombé, ma foi, mort en plein bonheur
Dans les bras douillets d’une jolie veuve
On peut bien dire « au champ d’honneur »
Au navigateur de charme et d’eau douce
On a fait alors un bel enterrement
Toutes étaient là, les blondes, les rousses
Toutes les perles du Léman

Et les pirates de tous bords
Pour fleurir la tombe où repose
Désormais celui qui est mort
D’une Louise dans chaque port

(Jean Villard–Gilles)

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