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Poésie

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Quand on porte une pensée dans son cœur (Chen Zi’ang)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2018




    
Quand on porte une pensée dans son cœur
on la loge dans ses yeux
et si les sentiments veulent s’échapper
on les confie a la parole

Chaque beau jour qui s’écoule
s’en va pour ne plus revenir ;
Le printemps suit son cours rapide
et déjà touche à son déclin.
Abîmé dans une rêverie sans fond,
je ne sais où se perdent mes pensées ;
Je suis couché sous les grands arbres,
et je contemple l’œuvre éternelle.

Hélas !
toute fleur qui s’épanouit
doit mourir en son temps,
Les chants plaintifs du ki-kouey
en avertissent mon oreille attristée.
Que d’êtres anéantis, depuis l’âge antique
des grands vols d’oies sauvages !

L’homme le plus populaire des siècles passés,
s’il revenait aujourd’hui, qui le reconnaîtrait ?
Les fleurs appelées Lân et Jo,
depuis le printemps jusqu’à l’été,
Croissent avec vigueur.

Oh ! combien elles sont verdoyantes !
combien elles sont verdoyantes !
Solitaires, au plus profond des bois,
elles développent leur beauté
dans le bosquet désert.
La fleur entrouvre sa corolle odorante,
et s’élance sur sa tige
dans tout l’éclat de ses vives couleurs.

Cependant le soleil s’éloigne
et s’affaiblit peu à peu :
Le vent d’automne surgit
au milieu des feuilles tremblantes ;
Les fleurs de l’année s’épuisent
et tombent entraînées par lui ;

Mais le parfum de la fleur,
enfin, que devient-il ?

(Chen Zi’ang)

 

 

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Pierre (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2018



 


    
Pierre, pierre sous ma main
Dans ta vigueur coutumière,
Pleine de mille lumières
Sous un opaque maintien,
Bouge enfin, je te regarde,
Et même si longuement
Que j’en suis sans mouvement,
Montre ce que tu sais faire,
Montre que tu peux me voir,
Tu me caches ton pouvoir,
Faux petit os de la terre,
Ne te souviens-tu de rien,
Au fond de toi cherche bien :
Tu pleurais dans les ténèbres.

(Jules Supervielle)

 

Recueil: Le forçat innocent suivi de Les amis inconnus
Traduction:
Editions: Gallimard

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TA MAIN LÉGÈRE (Philippe Delaveau)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2018




    
TA MAIN LÉGÈRE

Ta main légère et fine comme un oiseau
Sous mes doigts si craintifs : j’entends battre une veine
Au creux de ton poignet :
Ta veine bleue comme un fil de rosée.

Nos coeurs, timbaliers enivrés de leur rythme
Lorsque nos ciels se penchent se rapprochent
Comme l’eau fébrile et les arbres patients :
Que de choses graves et claires dans tes yeux.

Ô mon amie nous n’avons plus le temps mais ton haleine,
Tes chevilles pour traverser l’été : fines, vivantes.
Pieds dorés. Vigueur d’azur. Corps de lumière.

(Philippe Delaveau)

 

Recueil: Le Veilleur amoureux précédé d’Eucharis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Chant de jeunesse (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2018




    
Chant de jeunesse

Beau temps
Printemps
Vingt ans
Eh quoi le ciel est-il si vaste et si grande la terre
Que tant et tant d’immensité nous oblige à nous taire?

1
Vigueur! Vigueur! ô jeunesse
C’est jour de soleil et c’est jour de liesse
Devant nos pas c’est la vie
C’est jour de soleil et c’est jour de liesse
Nos coeurs jamais ne dévient
C’est jour de vigueur
C’est jour de chaleur
C’est jour de soleil et c’est jour de liesse

2
Un cri! un chant! Qu’on se lève
C’est nuit de désir et c’est nuit de rêve
C’est nuit de foi, nuit de noces
C’est nuit de désir et c’est nuit de rêve
O soif ardente et féroce
C’est nuit de l’amour
Avant le beau jour
C’est nuit de désir et c’est nuit de rêve

3
De nuit en jour, vol de plumes
Pour nous le soleil à son tour s’allume
Un cri lointain nous appelle
Pour nous le soleil à son tour s’allume
Adieu la nuit qui fut belle
Pour nous la vigueur
Pour nous le labeur
Pour nous le soleil à son tour s’allume!

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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Où es-tu ? (Giosuè Carducci)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2018



Où es-tu ? De tes yeux purs et riants,
sur qui reposes-tu le beau regard, ô femme ?
Pour qui harmonises-tu dans tes suaves accents
l’intime mélodie de ton coeur
Assise parmi la verdure et les fleurs,
abandonnes-tu ton âme songeuse et douce aux vents légers,
ou bien as-tu livré ton corps aux étreintes frémissantes de vigueur de l’onde sacrée?

(Giosuè Carducci)

Illustration: Alexandre Cabanel

 

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Il advient au poète (René Char)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2018



Illustration: Gao Xingjian
    
Il advient au poète d’échouer au cours de ses recherches sur un rivage
où il n’était attendu que beaucoup plus tard, après son anéantissement.
Insensible à l’hostilité de son entourage arriéré le poète s’organise,
abat sa vigueur, morcelle le terme, agrafe les sommets des ailes.

(René Char)

 

Recueil: En trente-trois morceaux et autres poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Arbrisseau (Coplas Poèmes Andalous)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2017




    
Arbrisseau, tu t’es desséché
ayant l’eau à tes pieds,
la vigueur dans le tronc
et le désir dans le bourgeon.

(Coplas Poèmes Andalous)

 

Recueil: Coplas Poèmes de l’amour andalou
Traduction: Guy Lévis Mano
Editions: Allia

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Médiévallonnementionnellement (Jean-Claude Demay)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2017



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Médiévallonnementionnellement

Ma princesse charmeresse a de belles fesses
Des seins divinement saintement ciselés
Un visage de nacre encadré de deux tresses
Des joues sur lesquelles j’aime à me reposer

Or ses immenses mammes sont pleines d’amour
Sa croupe potelée est vouée à Éros
Sa poitrine opulente n’égale que le tour
De ses reins bien cambrés sous sa culotte rose

Le reste est trop secret pour être révélé
Et je me tairai donc sur les plus beaux tournois
Que la damoiselle m’offre et sait me donner

Avec vigueur et puis tendresse quelquefois
Je me contenterai de vous laisser rêver
À mes lances rompues pour ma belle adorée

(Jean-Claude Demay)

Illustration: Serge Marshennikov

 

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L’existence supposée (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2016



L’existence supposée

Le lieu, comment est-il
tandis que personne n’y passe?
Les choses, existent-elles
quand elles ne sont pas vues?

L’intérieur de l’appartement désaffecté,
la pince oubliée dans le tiroir,
les eucalyptus la nuit sur le chemin
trois fois désert,
la fourmi sous la terre le dimanche,
les morts, une minute
après leur sépulture,
nous, seuls
dans la chambre sans miroir?

Que font, que sont
les choses non éprouvées comme choses,
minéraux non découverts – et qui un jour
le seront?

Etoile non pensée,
mot griffonné sur le papier
que personne n’a jamais lu?
Existe-t-il, le monde existe-t-il
par le seul regard
qui le crée et lui confère
spatialité?

Concrétude des choses: fourberie
de l’œil trompeur, oreille fausse,
main qui s’amuse à attraper le non
et, l’ayant attrapé, à lui octroyer
l’illusion de la forme
et, illusion plus grande, celle du sens?

Ou bien tout a-t-il vigueur
plantureusement, par défaut
de notre judiciaire inquisition,
et celle-ci même, n’existe-t-elle que consentie
par les éléments qui s’y soumettent?
Peut-être tout n’est-il qu’un hypermarché
de possibles et d’impossibles possiblissimes
qui engendrent ma fantaisie de conscience
cependant que
je me livre au mensonge de me promener
quand c’est moi qui suis promené par la promenade,
qui est le suprême réel, et qui s’amuse
de cette brume-rêve dans laquelle je m’éprouve
et jouis de péripéties de passage?

Voici que s’ébauche
l’épouvantable bataille
entre l’être inventé
et le monde inventeur.
Je suis une fiction insurgée
contre l’esprit universel
et je tente de me construire
de nouveau à chaque instant, à chaque colique,
dans le labeur de tracer
un commencement qui n’appartienne qu’à moi
et de détendre un arc de volonté
pour recouvrir tout le dépôt
des souveraines choses circonstantes.

La guerre sans merci, indéfinie
se poursuit
faite de négation, armes du doute,
tactiques propres à se retourner contre moi,
entêtement interrogeant qui veut savoir
si l’ennemi existe, si nous existons
ou si nous sommes tous une hypothèse de lutte
au soleil du jour bref où nous luttons.

(Carlos Drummond de Andrade)

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À UNE ATTRISTÉE D’AMBITION (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2016




À UNE ATTRISTÉE D’AMBITION

Comme hier, vous avez les souplesses étranges
Des tigresses et des jaguars,
Vos yeux dardent toujours sous leurs ombreuses franges
L’or acéré de leurs regards.

Vos mains ont, comme hier, sous leurs teintes d’aurores
Leur inexplicable vigueur;
Elles trouvent encor sur les touches sonores
Des accords qui frôlent le coeur.

Comme hier, vous vivez dans les fécondes fièvres
Et dans les rêves exaltés,
Les mots étincelants s’échappent de vos lèvres,
Echos des intimes clartés.

Trop heureuse en ce monde et trop bien partagée,
Idéal et charnel pouvoir,
Vous avez tout, et vous êtes découragée,
Comme un ciel d’automne, le soir.

*

Ne rêvez pas d’accroître et de parfaire encore
Les dons que vous a faits le ciel.
Ne changez pas l’attrait suprême, qui s’ignore,
Pour un moindre, artificiel.

Il faut que la beauté, vivante, écrite ou peinte
N’ait rien des soucis du chercheur.
Et si la rose avait à composer sa teinte
Elle y perdrait charme et fraîcheur.

Dites-vous, pour chasser la tristesse rebelle,
En ornant de fleurs vos cheveux,
Que, sans peine pour vous, ceux qui vous trouvent belle
Sauront le dire à nos neveux.

(Charles Cros)

Illustration: Arthur Braginsky

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