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Poésie

Posts Tagged ‘vin’

Jadis, la Seine était verte et pure (François Coppée)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2021



    
À mes jeunes camarades, aux équipiers du Club nautique de Chatou

Jadis, la Seine était verte et pure à Saint-Ouen,
Et, dans cette banlieue aujourd’hui sale et rêche,
J’ai canoté, j’ai même essayé de la pêche.
Le lieu semblait alors champêtre. Que c’est loin !

On dînait là. Le beurre, au cabaret du coin,
Était rance, et le vin fait de bois de campêche.
Mais les charmants retours, sur l’eau, dans la nuit fraîche,
Quand, sur les prés fauchés, flottait l’odeur du foin !

Oh ! quels vieux souvenirs et comme le temps marche !
Pourtant je vois encor le couchant, sous une arche,
Refléter ses rubis dans les flots miroitants.

Amis, embarquez-moi sur vos bateaux à voiles,
Par un beau soir, à l’heure où naissent les étoiles,
Afin que je revive un peu de mes vingt ans.

(François Coppée)

 

Recueil: Promenades et interieurs
Traduction:
Editions:

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Depuis que son garçon est parti pour la guerre (François Coppée)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2021




    

Depuis que son garçon est parti pour la guerre,
La veuve met les deux couverts comme naguère,
Sert la soupe, remplit un grand verre de vin,
Puis, sur le seuil, attend qu’un envoyé divin,
Un pauvre, passe là pour qu’elle le convie.
Il en vient tous les jours. Donc son fils est en vie,
Et la vieille maman prend sa peine en douceur.
Mais l’épicier d’en face est un libre penseur
Et songe : –  » Peut-on croire à de telles grimaces ?
Les superstitions abrutissent les masses.  »

(François Coppée)

 

Recueil: Promenades et interieurs
Traduction:
Editions:

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Transformation (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2021



    

Transformation

Mon souffle coule en un courant rythmique subtil ;
il emplit mes membres d’une puissance divine :
j’ai bu l’Infini comme un vin de géant.
Le Temps est mon théâtre ou mon spectacle de rêve.
Mes cellules illuminées sont la trame flamboyante de la joie
et les fibres frémissantes de mes nerfs sont devenues
de fins courants d’ivresse, opale et hyaline,
où pénètre l’Inconnu, le Suprême.

Je ne suis plus vassal de la chair,
esclave de la Nature et de sa loi implacable ;
je ne suis plus captif des rets étroits des sens.
Mon âme s’étend par-delà tout horizon en une vision sans borne,
mon corps est l’heureux et vibrant instrument de Dieu,
mon esprit un vaste soleil de lumière immortelle.

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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Graine d’amour (Hâfez Shirâzi)(Hafiz)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2020



 

Illustration: Oleg Zhivetin
    
Graine d’amour

Ô toi, si loin de mes regards,
c’est à Dieu que je te confie.
Tu m’as brûlé l’âme, pourtant
moi, je t’aime plus que ma vie.
Tant que je ne tirerai pas
le pan de mon linceul sous terre,
Ne crois pas que j’ôte ma main
du pan de ta robe légère.
Laisse-moi voir l’arcade sainte
de tes sourcils : au petit jour,
J’étendrai les bras pour prier
et les mettre autour de ton cou.
Même si je dois m’adresser
à l’ange déchu de Babel,
Je ferai cent tours de magie
pour te ramener, ô ma belle !
Je voudrais mourir avant toi,
ô mon médecin infidèle !
Vas donc ausculter ton patient :
je suis dans une attente telle !
J’ai fait ruisseler de mes yeux
sur mon sein cent ruisseaux de larmes,
pour arroser les grains d’amour
que je sèmerai dans ton coeur.
Le Bien-Aimé versa mon sang,
me sauvant des peines de coeur :
Voici ton clin d’oeil assassin
qui me transperce comme une arme.
Mais je pleure, et mon seul désir,
au sein de ce torrent de larmes,
C’est de pouvoir semer en toi
la seule graine de l’amour.
Sois généreux ! Reçois-moi donc,
pour que, dans l’ardeur de mon âme,
Mes larmes tombent à tes pieds,
comme des perles, tour à tour.

Vin, amour et libertinage,
Hâfez. ne sont pas ton partage ; –
Et pourtant. c’est ce que tu fais.
Tant pis pour toi, c’est bien dommage

***

(Hâfez Shirâzi)(Hafiz)

 

Recueil: L’amour, l’amant, l’aimé
Traduction: Vincent-Masour Monteil
Editions: Actes Sud

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Le bon moment (Hâfez Shirâzi)(Hafiz)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2020



    
Le bon moment

Rien de meilleur que le plaisir :
printemps, verdure et amis tendres.
Où est l’échanson ? Dis-le-moi !
Pourquoi donc me fait-il attendre ?
Sache apprécier chaque occasion
que la fortune te propose,
Car personne ne peut savoir
quelle sera la fin des choses.
Sois vigilant, car notre vie
est suspendue à un cheveu.
Ne prends garde qu’à tes ennuis :
le monde tournera sans eux.
Que signifie : Eau de Jouvence ?
Qu’est-ce qu’un Paradis terrestre ?
L’une n’est qu’un petit ruisseau ;
l’autre, un bon petit vin champêtre.
Pudique ou buveur, ce ne sont
que deux facettes du réel.
Les deux aspects sont attirants,
mais nous allons choisir lequel ?
Le secret derrière l’écran,
qu’en connaît le Ciel ? Maintenant,
Tais-toi, prétentieux ! A quoi bon
traiter avec le chambellan ?
Si je n’étais pas responsable
de mes erreurs, de mes offenses,
Que signifierait Ton pardon,
ô mon Dieu miséricordieux ?
Le dévot boit l’eau de l’Eden ;
Hâfez, le vin. Auquel des deux
Le Créateur, en fin de compte,
donnera-t-il la préférence ?

***

(Hâfez Shirâzi)(Hafiz)

 

Recueil: L’amour, l’amant, l’aimé
Traduction: Vincent-Masour Monteil
Editions: Actes Sud

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La fin du jeûne (Hâfez Shirâzi)(Hafiz)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2020




    
La fin du jeûne

Quand la rose et le vin et l’ami sont à toi, le
roi du monde est ton esclave, ce jour-là.

N’éclairez pas notre assemblée à la chandelle : le
clair de lune de l’ami se passe d’elle !

Le vin, certes, est licite, selon notre Loi,
mais il est illicite si tu n’es pas là !

J’écoute la voix du roseau, celle du luth, et je
cherche des yeux le rubis de tes lèvres et la
coupe de vin qui circule entre nous.

Pourquoi répandre du parfum ici, chez nous,
quand nous embaume l’odeur de ta chevelure ?

Ne parle pas du goût du candi, ni du sucre, car ma
bouche est sucrée au goût de tes deux lèvres !

Tant que gît, dans mon coeur en ruine, mon chagrin, je
prends toujours ma place au coin du temple ancien.

Que parles-tu de ma réputation infâme, car
c’est cette infamie-là qui fait mon renom ?

Et que demandes-tu, à propos de mon nom,
puisque j’ai honte d’avoir un renom infâme ?

Nous sommes vagabonds, ivrognes, libertins et
voyeurs. Mais qui ne l’est pas, dans cette ville ?

Hâfez, ne sois jamais sans amour et sans vin :
voici rose et jasmin – le jeûne va finir.

***

(Hâfez Shirâzi)(Hafiz)

Recueil: L’amour, l’amant, l’aimé
Traduction: Vincent-Masour Monteil
Editions: Actes Sud

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Le vin d’éternité (Hâfez Shirâzi)(Hafiz)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2020



    
Le vin d’éternité

En ce temps-ci, il n’est d’autre ami sans défaut
qu’un verre de vin pur, un recueil de poèmes:

Pars sans bagage étroit est le pas du salut.
Prends la coupe, car rien, rien ne vaut une vie.

Je ne suis pas le seul à être négligent : les
savants, eux aussi, sont tristes de ne pas
mettre en pratique ce qu’ils savent.

On voit bien que ce monde est un passage obscur
et que tout, ici-bas, est déplacé, instable.

Tiens-t-en aux beaux cheveux ! Ne conte pas de fable !
Ce sont les astres seuls qui sont les responsables : de
Saturne et Vénus dépend notre destin.

Mon cœur espérait tant s’unir avec le tien,
mais la mort a coupé la route de la vie.

On ne trouve jamais notre Hâfez lucide :
n’est-il pas toujours ivre du vin éternel?

***

(Hâfez Shirâzi)(Hafiz)

 

Recueil: L’amour, l’amant, l’aimé
Traduction: Vincent-Masour Monteil
Editions: Actes Sud

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CORONA (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2020



Josef Bordat
    

Poem in French, Dutch, Spanish, English, Italian, German, Portuguese, Sicilian, Romanian, Polish, Greek, Chinese, Arab, Hindi, Japanese, Farsi, Bulgarian, Icelandic, Russian, Filipino, Hebrew, Tamil, Kurdish, Bangla, Iers, Serbian

Poem of the Week Ithaca 655
« Corona » Paul Celan, Czernowitz-Paris (1920 – 1970)

uit „Kwetsbaar door schoonheid in het oog“
Moderne Oostenrijkse poëzie, POINT 2001

– All translations are made in collaboration with Germain Droogenbroodt

CORONA

De la main l’automne me dévore sa feuille :
nous sommes amis.
Nous décortiquons le temps hors des noix et
lui apprenons à courir:
le temps retourne dans sa coquille.

Dans le miroir c’est dimanche,
dans le rêve on s’endort,
la bouche dit vrai.

Mon regard descend vers le sexe de celle que j’aime :
nous nous regardons,
nous nous disons quelque chose d’obscur,
nous nous aimons comme pavot et souvenir,
nous dormons semblable au vin dans les coquillages,
telle la mer dans le rayon sanglant de la lune.

Nous sommes enlacés dans la fenêtre, ils nous regardent
depuis la rue:
il est temps, que l’on sache!

Il est temps que la pierre fleurisse enfin,
qu’au désordre batte un cœur.
Il est temps, que le temps soit.
Il est temps.

Traduction Elisabeth Gerlache
Translation into French by Elisabeth Gerlache

(Paul Celan)

***

CORONA

Uit de hand vreet de herfst mij zijn blad:
wij zijn vrienden.
We schillen de tijd uit de noten en
leren haar lopen:
de tijd keert terug in de schaal.

In de spiegel is het zondag,
in de droom wordt geslapen,
de mond spreekt waar.

Mijn oog daalt af naar het geslacht van de geliefde:
we kijken ons aan,
we zeggen ons iets duisters,
we beminnen elkaar als klaproos en herinnering,
we slapen zoals wijn in de schelpen,
zoals de zee in de bloedstraal van de maan.

We staan omarmd in het venster, ze kijken
naar ons vanaf de straat:
het is tijd, dat men weet!
Het is tijd dat de steen besluit te bloeien,
dat de onrust een hart slaat.
Het is tijd, dat het tijd wordt.

Het is tijd.

Vertaling Germain Droogenbroodt
Translation into Dutch by Germain Droogenbroodt

***

CORONA

En mi mano come el otoño su hoja: somos amigos.
Descascaramos el tiempo de las nueces y le enseñamos a andar:
el tiempo retorna a la cascara.

En el espejo es domingo,
en el soñar se duerme,
la boca dice verdad.

Mi ojo desciende al sexo de la amada:
nos miramos,
nos decimos lo oscuro,
nos amamos uno al otro como amapola y memoria,
dormimos como vino en las conchas,
como la mar en el rayo de sangre de la luna.

Estamos abrazados en la ventana, nos miran desde la calle:
¡Ya es tiempo de que se sepa!
Ya es tiempo de que la piedra se avenga a florecer,
que a la inquietud le palpite un corazón.
Ya es tiempo de que sea tiempo.

Ya es tiempo.

Traducción José Luis Reina Palazón
de “Paul Celan, Obras completas”, Editorial Trotta, Madrid

***

CORONA

Autumn eats its leaf out of my hand: we are friends.
We shell time from the nuts and teach it to walk:
time returns to the shell.

In the mirror is Sunday,
in the dream we sleep,
the mouth speaks true.

My eye goes down to my lover’s sex:
we gaze at each other,
we speak of dark things,

we love each other like poppy and memory,
we sleep like wine in the seashells,
like the sea in the moon’s blood-beam.

We stand and embrace at the window, they watch us from the street:
it is time, for this to be known!
It is time that the stone took the trouble to bloom,
that unrest’s heart started to beat.
It’s time for it to be time.

It is time.

Translated by Pierre Joris

***

CORONA

L’autunno mi bruca dalla mano la sua foglia: siamo amici.
Noi sgusciamo il tempo dalle noci e gli apprendiamo a camminare:
lui ritorna nel guscio.

Nello specchio è domenica,
nel sogno si dorme,
la bocca fa profezia.

Il mio occhio scende al sesso dell’amata:
noi ci guardiamo,
noi ci diciamo cose oscure,
noi ci amiamo come papavero e memoria,
noi dormiamo come vino nelle conchiglie,
come il mare nel raggio sanguigno della luna.

Noi stiamo allacciati alla finestra, dalla strada ci guardano:
è tempo che si sappia!
È tempo che la pietra accetti di fiorire,
che l’affanno abbia un cuore che batte.
È tempo che sia tempo.

È tempo.

Traduzione di Giuseppe Bevilacqua
da “Paul Celan, Poesie”, “I Meridiani” Mondadori, 1998

***

CORONA

Aus der Hand frisst der Herbst mir sein Blatt: wir sind Freunde.
Wir schälen die Zeit aus den Nüssen und lehren sie gehn:
die Zeit kehrt zurück in die Schale.

Im Spiegel ist Sonntag,
im Traum wird geschlafen,
der Mund redet wahr.

Mein Aug steigt hinab zum Geschlecht der Geliebten:
wir sehen uns an,
wir sagen uns Dunkles,
wir lieben einander wie Mohn und Gedächtnis,
wir schlafen wie Wein in den Muscheln,
wie das Meer im Blutstrahl des Mondes.

Wir stehen umschlungen im Fenster, sie sehen uns zu von der Straße:
es ist Zeit, daß man weiß!
Es ist Zeit, daß der Stein sich zu blühen bequemt,
daß der Unrast ein Herz schlägt.
Es ist Zeit, daß es Zeit wird.

Es ist Zeit.

Paul Celan, Czernowitz-Paris (1920 – 1970)

aus „Mohn und Gedächtnis“
Suhrkamp Verlag

***

CORONA

Na minha mão como no outono a folha: somos amigos.
Descascaremos o tempo das nozes e o ensinaremos a andar:
o tempo retorna à sua casca.

No espelho é domingo,
no sonho se adormece,
a boca diz a verdade.

Meu olho desce ao sexo da amada:
nos olhamos
dizemos a escuridão,
amamos um ao outro como papoula e memória,
dormimos como o vinho nas conchas,
como o mar no raio de sangue da lua.

Estamos abraçados à janela: nos olham desde a rua:
já é tempo que saibam!
Já é tempo que a pedra floresça,
que a inquietude faça palpitar um coração,
já é tempo que seja tempo.

Já é tempo.

Tradução ao português: José Eduardo Degrazia
Translation into Portuguese by José Eduardo Degrazia

***

CURUNA

L’autunnu si mancia li so fogghi dâ me manu: semu amici.
Scurciamu lu tempu di li nuci e ci nzignamu a caminari:
Lu tempu ritorna dintra a scorcia.

Nta lu specchiu è duminica,
nta lu sognu durmemu,
la vucca parra lu veru.

L’occhiu scinni a taliari lu sessu di la me amanti:
Nni taliamu,
parramu di cosi scuri,
nni amamu comu li papaviri e la mimoria,
durmemu comu vinu dintra li cunchigghi
comu lu mari nta lu raggiu lunari russu di sangu.

Addritta nn’abbracciamu davanti a la finestra, nni talianu di la strata:
È ura, ca chistu si sapissi !
È ura ca la petra si pigghiassi cura di ciuriri,
ca ddu cori senza riposu cuminciassi a battiri
è ura ca lu tempu fussi tempu.

È ura!

Traduzioni in sicilianu di Gaetano Cipolla
Translation into Sicilian by Gaetano Cipolla

***

CORONA

Din mâna mea toamna frunzași-o mănâncă: suntem prieteni.
Din nuci cojim timpul și le învățăm să se ducă:
timpul se întoarce în coajă.

În oglindă este duminică,
în vis se doarme,
gura rostește adevăr.

Ochiul meu cată spre sexul iubitei:
ne privim,
ne spunem ceva întunecat,
unul pe altul ne iubim precum luna și memoria,
dormim ca vinul în scoici,
ca marea în jetul de sânge al lunii.

Îmbrățișați stăm în geam, ei ne văd de pe stradă:
e timpul să se știe!
E timpul ca piatra să se dedea înfloririi,
neliniștea să bată o inimă.
E timpul să se facă timpul.

E timp.

Traducere Gabriela Căluțiu Sonnenberg
Translation into Romanian by Gabriela Căluțiu Sonnenberg

***

KORONA*

Z ręki mi jesieńwyjada swój liść: jesteśmy przyjaciółmi.
Obłuskujemy czas z orzechów i uczymy je chodzić.
Czas powraca do skorupki.

W lustrze jest niedziela
w marzeniu sennym zasypianie,
usta się wypowiadają prawdziwie.

Moje oko zstępuje w dół ku płci ukochanej.
patrzymy na siebie nawzajem
mówimy sobie ciemne rzeczy,
kochamy się jak mak i pamięć,
śpimy jak wino w muszlach
jak morze w krwawym promieniu księżyca.

Stoimy objęci w oknie, widzą nas z ulicy:
czas, aby wiedziano !
Czas, by kamień zechciał zakwitnąć,
by serce niepokoju zaczęło bić.
Jest czas, aby nastał czas.

Już czas.

Przekład na polski: Miroslaw Grudzień
Translation into Polish by Miroslaw Grudzień

***

ΚΟΡΟΝΑ

Τρώειτοφθινόπωροτοφύλλο του
απότοχέρι μου: είμαστε φίλοι,
παίρνουμετουςξηρούς καρπούς

και τους μαθαίνουμε να περπατούν
χρόνος που επιστρέφει στο κέλυφος του.
Κυριακή μες στον καθρέφτη μας
ονειρευόμαστε
το στόμα την αλήθεια ομολογεί.

Η ματιά μου ταξιδεύει στ’ όργανο της αγάπης μου
βλεπόμαστε στα μάτια
μιλούμε για πράγματα σκοτεινά
αγαπιόμαστε σαν παπαρούνες και θύμηση
κοιμόμαστε σαν το κρασί μες στα κοχύλια
σαν θάλασσα στου φεγγαριού το αιμάτωμα.

Στεκόμαστε αγκαλιά μπρος στο παράθυρο
ανθρώποι μας κοιτούν από το δρόμο
η ώρα ήρθε αυτό να μαθευτεί
η ώρα ήρθε που η πέτρα άνθισε
και της καρδιάς ο καλπασμός ακούστηκε
ήρθε η στιγμή για τη στιγμή

είναι η ώρα.

ΜετάφρασηΜανώληΑλυγιζάκη
Translation into Greek by Manolis Aligizakis

***

日 冕

秋天吃我手中的叶子:我们是朋友
我们从坚果剥壳时间,教它走路:
时间又回这壳里
镜子里是星期天,
在梦中我们睡着了,
嘴巴讲真东西
我的眼睛落到我爱人的性上:
我们互相凝视,
我们谈论黑暗的事物,
我们像罂粟和记忆一样相互爱恋,
我们像海贝里的酒一样睡眠,
就像月亮的血光中的大海
我们站在窗前拥抱,他们从街上观看我们:
是让大家知道这事的时候了!
是石头受难而开花的时候了,
是骚动的心开始狂跳的时候了
是该它成为时间的时候了
是时候了

汉译:中国 周道模 2020-10-23
Translation into Chinese by William Zhou

***

كورونا

الخريفيقضمأوراقهمنيدي: نحنإذنأصدقاء
نسلخالزمنمنقوقعتهلنعلمهكيفيسير:
لكنالوقتيؤوبلمحجره.
أبصرتفيالمرآةأنهيومالأحد
فحلمتأنناهجعنا،
الفملاينطقإلابالحق.
عينايتهبطانصوبمكانالإثارةفيعشيقتي
فيحدقأحدنابالآخر
ونتحدثبأشياءمبهمة
نحنعاشقانكشقائقالنعمانوالذاكرة
ننامثملينفيالأصداف
فنبدوكالبحرفيشفقالقمرالأحمر.
ننهضفيعناققربالنافذة
فيبصرناالآخرونعبرالشارع
لقدآنالأوانلنفصحللعلن!
حانالوقتللحصىأنتزدهر
وأنيشرعالقلبالمضطرببالخفقان
لقدأزفالوقتلهليكشفعننفسه،
لقدأزفوقته

ترجمتهعنالإنجليزيةسارةسليم
Translation into Arab by Sarah Slim

***

रात का समय

पूर्वी खिड़की पर
उसे अब छोटा दिखाई देता है
भटकने का आंकड़ा
पॉल सेलेन
पेड़ों की शाखाओं के साथ
अब अंधेरे पर चढ़ता है,
और शाम,
एक हजार मौतें मर रहे हैं
रात में संघनन
अपने काले घूंघट के साथ सजाना
टिमटिमाती रोशनी
दिन के धावकों
मेरे कमरे की खिड़की पर
व्यर्थ बीकन जलता है
बिजली की रोशनी।

Translation into Hindi by Jyotirmaya Thakur

***

コロナ

秋はわたしの手から葉っぱを食らう
わたしたちは友だち
木の実から時間を取り出し、
歩くように教えたが
時間は貝殻に戻った
鏡の中は日曜日
夢の中にわたしたちは眠る
口は真実を話す

わたしの目は恋人の性を見下ろす
わたしたちは見つめ合い
深刻な話をする
わたしたちは子犬の思い出のように愛し合い
貝殻に入ったワインのように眠る
月の血の光線に照らされた海のように
わたしたちは窓のそばに立ち、抱き合う
人々は通りから見ている
もう知られてもよい時だ
もう花開いてもよい時だ
休まない心臓が鼓動を始めてもよい時だ
今がその時だ
その時なのだ

Translation into Japanese by Manabu Kitawaki

***

रात का समय

पूर्वी खिड़की पर
उसे अब छोटा दिखाई देता है
भटकने का आंकड़ा
पॉल सेलेन
पेड़ों की शाखाओं के साथ
अब अंधेरे पर चढ़ता है,
और शाम,
एक हजार मौतें मर रहे हैं
रात में संघनन
अपने काले घूंघट के साथ सजाना
टिमटिमाती रोशनी
दिन के धावकों
मेरे कमरे की खिड़की पर
व्यर्थ बीकन जलता है
बिजली की रोशनी।

Translation into Farsi by Jyotirmaya Thakur

***

CORONA

Есента яде своето листо от ръката ми: ние сме приятели.
Вадим време от орехите и го учим да ходи:
времето се връща в черупката.

В огледлото е неделя,
докато спим бълнуваме,
устата говори истина.

Окото ми се спуска към пола на любимата:
гледаме се един друг,
говорим си тъмни неща,
обичаме се като мак и памет,
спим като вино в раковини,
като морето в кървавия процеп на луната.

Стоим и се прегръщаме до прозореца, от улицата ни гледат:
време е това да бъде узнато!

Време е камъкът да предприеме риск да разцъфти,
защото неспокойното сърце започна да тупти.
Време е за времето да бъде време.

Време е.

превод от английски: Иван Христов
Translation into Bulgarian by Ivan Hristov

***

Kóróna

Haustiðéturlaufsittúrlófamínum: viðerumvinir.
Viðflettumskeltímansafhnetunumogkennumhonumað ganga:
tíminn fer aftur inn í skelina.

Í speglinum er sunnudagur,
í draumnumsofumvið,
munnurinnsegirsatt.

Augumínleitaniðuraðkynfærumelskunnar:
viðstörumhvort á annað,
viðtölum um myrkrið,

viðelskumsteinsogvalmúinnogminnið,
viðsofumeinsogvín í skeljum,
einsogsjórinn í blóðgeislummánans.

Viðföðmumstviðgluggann, fólkhorfið á okkurafgötunni:
það er tímitilkominnaðþettafréttist!
Það er tímitilkominnaðsteinninnfariaðblómstra,
aðhjartaóróansbyrjiaðslá.
Það er tímitilkominnaðsétímitilkominn.

Það er tími til kominn.

Translation into Icelandic by s Þór Stefánsson

***

CORONA

С моей ладони пожирает осень лист:ведь мы друзья.
Мы слущиваем время с орехов и учим его ходить:
время бежит обратно в скорлупу.

Взеркале– воскресенье,
во сне мы спим,
рот говорит правду.

Мойвзглядсбегаетвнизклонумоейлюбви:
мысмотримдругдругувглаза,
говоримотемноте,
мы любим друг друга, какпамять и мак,
мы спим, как вино в ракушках,
как море в огненном течении луны.

Мыстоимобнявшисьуокна. Ониглядятна нас с улицы:
пришла пора, чтобы все знали!
поразацвести камню,
пора мятежности проснуться в сердце.
И времени стать временем пора.

Пора.

ПереводнарусскийязыкДарьиМишуевой
Translation into Russian by Daria Mishueva

***

CORONA

Kinakain ng Taglagas ang mga dahon sa aking mga kamay: magkaibigan kami
Ginugol ang oras sa pagtalop ng balat ng mani at tinuruan itong maglakad:

bumalik ang oras sa tinalop na balat,
Sa salamin ay araw na ng Linggo,
Sa panaginip kami ay nahihimbing,
nagsasabi ng totoo ang bibig.

Dumako ang aking paningin sa maselang bahagi ng aking mahal:

pinagmamasdan namin ang isa’t-isa,
nag-uusap ng mga malulungkot na mga bagay,
animo lango sa droga ang pagmamahal namin sa isa’t-isa at mga ala-ala

Mahimbing ang aming tulog na tulad ng alak sa sisidlan
tulad ng dagat na nabalot ng kulay dugong liwanag ng buwan
magkayakap na nakatayo sa may tabi ng bintana, mula sa daan kami ay

kanilang pinapanood
oras na, upang malaman nila ito,
Oras na upang ang bato naman ang namumulaklak,
ang nagugulumihanang puso ay nagsimulang pumintig.

Panahon na upang ito ay magsimula.

Panahon na!

Translation into Filipino by Eden Soriano Trinidad

***

שיר השבוע

מִ ן הַ יָּד מְ כַרְ סֵ ם לִ י הַ סְ תָּ ו אֶ ת עָּ לֵהּו. אֲנַחְ נּו יְדִ ידִ ים.
אֲנַחְ נּו קוֹלְ פִ ים אֶ ת הַ זְ מַ ן מִ ּתוְֹך הָּ אֱגוֹזִ ים ּומְ לַמְ דִ ים אוֹתוֹ לָּלֶכֶת.

הַ זְ מַ ן חוֹזֵר לַקְ לִ פָּ ה.
בָּ רְ אִ י יוֹם רִ אׁשוֹן,
בַ חֲלוֹם יְׁשֵ נִים,
הַ פֶ ה דוֹבֵ ר אֱמֶ ת.
עֵ ינִי רְ כּונָּה אֶ ל עֵ רְ וַת אֲהּובָּ תִ י:
אֲנַחְ נּו מִ סְ ּתַ כְ לִ ים זֶה בָּ זֶה,
אֲנַחְ נּו אוֹמְ רִ ים זֶה לָּזֶה דְ בָּ רִ ים אֲפֵ לִ ים.
אֲנַחְ נּו אוֹהֲבִ ים זֶה אֶ ת זֶה כְ פָּ רָּ ג וְ זִ כָּרוֹן,
אֲנַחְ נּו יְׁשֵ נִים כְ מוֹ יַיִן בְ צֶ דֶ ף,
כְ מוֹ הַ יָּם בְ קֶ רֶ ן-דָּ ם ׁשֶ ל הַ סַ הַ ר .

אֲנַחְ נּו עוֹמְ דִ ים חֲבּוקִ ים בְ חַ ּלוֹן, מִ ן הָּ רְ חוֹב מִ סְ ּתַ כְ לִ ים בָּ נּו:

הִ גִ יעָּ ה עֵ ת ׁשֶ יֵדְ עּו!
הִ גִ יעָּ ה עֵ ת ׁשֶ הָּ אֶ בֶ ן ּתוֹאִ יל לִ פְ רֹחַ ,
ׁשֶ אִ י-הַ מְ נּוחָּ ה ּתַ פְ עִ ים אֶ ת הַ ּלֵב.
הִ גִ יעָּ ה עֵ ת ׁשֶ ּתַ גִ יעַ עֵ ת.
הִ גִ יעָּ ה עֵ ת.
תרגום לעברית: שמעון זנדבנק
מתוך הספר סורג – שפה, הוצאת הקבוץ המאוחד

Translation into Hebrew by Shimon Zandbank

***

கொரோனா

இக்லையுதிர் காலம் எனது கைகளிலிருந்து இலையை தின்கிறது
நாங்கள் நண்பர்கள்
நாங்கள் கொட்டையிலிருந்து மேலோட்டை எடுத்து, நடக்கக்
கற்றுக் கொடுக்கிறோம்
நேரம் ஓட்டிற்குள் திரும்பி விடுகிறது
கண்ணாடியில் இன்று ஞாயிற்றுக் கிழமை
கனவில் உறங்குகிறோம்
வாய் உண்மை உரைக்கிறது
எனது கண் எனது காதலியின்பால் செல்கிறது
நாங்கள் ஒருவரை ஒருவர் உற்று நோக்குகிறோம
நாங்கள் இருளைப் பற்றிப் பேசுகிறோம்
நாங்கள் இருவரும் காதலிக்கிறோம் செந்நிறக் காட்டுப்பூவும்,
நினைவும் போல

கடல் ஓட்டில் உள்ள சாராயம் போல நாங்கள் உறங்குகிறோம்
நிலவின் சிகப்புக்கிரணங்கள் கடலில் உள்ளது போல.
சாளரத்தில் நாங்கள் நிற்கிறோம், கட்டித் தழுவுகிறோம்
அவர்கள் தெருவிலிருந்து எங்களைக் கவனிக்கிறார்கள்
இதை அறிந்து கொள்ளும் காலம் வந்துவிட்டது!
கல் மலரும் காலம் கஷ்டப்பட்டு வந்து விட்டது
அமைதியற்ற இதயம் துடிக்கத் துவங்கியது
அது காலமாய் இருக்கும் காலம் இது
அது காலம்!
ஆக்கம்

Translation into Tamil by Dr. N.V Subbaraman,

***

MIRINA BIHEVRA * (Vîrosa Korona)

Bona Donald Trump, Boris Johnson, Jair Bolsonaro …

Mirinê, em te vedixwin,
em te bi çehvên xwe vedixwin,
em te bi guhên xwe vedixwin
em te roj bi roj vedixwin

Mirîno, dem tune ye, ku em we verêkin,
dem tune ye, ku em gorên we bikolin

Serokan rê bi durûtiyê û derewan
dwîz kirine

Mirinê, em te vedixwin,
em te bi çehvên xwe vedixwin,
em te bi guhên xwe vedixwin
em te roj bi roj vedixwin.

Husên Hebeş ji elmanî û îngilîzî wergerand
Translation into Kurdish by Hussein Habasch

***

করোনা

শরতেরপাতাটিআমারহাতথেকে
পড়েযায়: আমরাপরস্পরেরবন্ধু ।
আমরাসময়চিরেনেইবাদামথেকেআর
হাটতেশিখাই:
সময়ফিরেআসেখোলসে ।
রবিবারেরআয়নারপ্রতিবিম্বতে,
স্বপ্নেআমরাঘুমাই,
মুখসত্যকথাবলে ।
আমারদৃষ্টিছুঁয়েযায়আমারপ্রেমিকারশরীরেরএকান্ত
অংশে:
আমরাএকেঅপরেরদিকেচেয়েথাকি,
আমরাগোপনঅন্ধকারবিষয়নিয়েকথাব,
আমরাএকেঅপরকেপপিআরস্মৃতির
মতোভালোবাসি,
আমরাসমুদ্রেরঝিনুকেমাদকতায়
ঘুমাই,
ঠিকযেনসাগরেরক্তিমচন্দ্রিমার-
দ্যুতিরমত।
আমরাদাড়াইআরআলিঙ্গনকরিজানালার
পাশে, তারারাস্তাথেকেআমাদেরদেখতে
পায়:
এইতোসময়, সবাইকেজানাবার!
এইতোসময়যেপাথরপ্রস্ফুটিতহয়েছিল
অনেককষ্টকরে,
সেইঅস্থিরহৃদয়বাড়তেথাকে
কম্পন।
এইতোসময়সেইসময়হবার।
এইতোসময় ।

ইংরেজিঅনুবাদপিয়েরজোরিস

Translation into Bangla by Tabassum Tahmina Shagufta Hussein

****

CORONA

Itheannanfómharduilleog as modhearna: iscairdesinn.
Bainimidan t-am as blaoscnagcnónna, ismúinimiddó conas siúl:
filleannan t-am ar anmblaosc.

Domhnachatáannsascáthán,
beidh suan sabhrionglóid,
insíonnanbéalanfhírinne.

Íslíonnmoshúilechuigbaillghiniúna
moleannáin:
féachaimid ar a chéile,
caintdhorcha,
gráagainndáchéile ar nósanphoipín
isnacuimhne,
codlaímid mar fhíon i ndiúilicín,
anmhuirfaoisholasfuilteachnagealaí.

Barrógagainn ar a chéile san fhuinneog, feiceanndaoinesinnóntsráid:
Tá sé in am fhios a bheith acu!
Tá sé in am agangcloch a bheithsástabláthú
agangcroíbualadhgocorrabhuaiseach
Tá sé in am agan am a bheithann.

Tá sé in am.

Translation into Irish by Gabriel Rosenstock

***

KORONA

Jesenjedelišćeizmoješake: mi smoprijatelji.
Ljuštimo vreme sa orahai učimo ga da hoda:
vreme se vraćaljusci.
U ogledalu je nedelja,
u snuspavamo,
ustagovoreistinu.

Oko mi se spušta na telomogljubavnika:
zurimojedan u drugog
dok govorimo o mračnimstvarima,

wolimo se kao mak i sećanja,
spavamokaovino u morskimškoljkama
kao more u krvavomzrakumeseca.

Stalismo na prozor I grlili se dok sunasgledali s ulice:
vreme je da se ovoobelodani!
Vreme je da kamen počne da cveta,
da srcanemirapočnu da kucaju.
Vreme je da se za to da vremena.

Vreme je.

Translation into Serbian by Daniel en Smiljana Piksiade

(Paul Celan)

 

Recueil: ITHACA 655
Editions: POINT
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Chaque soir… (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2020




    
Chaque soir…

Chaque soir revenait l’instant fatidique Il
traînait prenait le pot traînait encore Puis
bandant sa volonté dominant sa peur il se
jetait dans la nuit descendait des marches

ouvrait à tâtons la porte qui grinçait
Il descendait encore La lumière éclairait
à peine la cuve et les tonneaux
Du robinet ne coulait qu’un mince filet de vin

À tout instant pouvait surgir le voleur d’enfant
Dans sa main le pot tremblait
Plus tard il lui a fallu descendre dans une autre cave Il
n’en est remonté qu’après de longues années

(Charles Juliet)

S’il fut un premier jour, 2005.

Recueil: Courage Dix variations sur le courage et un chant de résistance
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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LA MAISON DU MONDE (Eugénio de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2020



Illustration: Antonio Canova
    
LA MAISON DU MONDE

La petite
fleur de la bougie,
sur la table le pain, le vin
la rose,
la soudaine
blancheur du lit ouvert, –
l’éternité
à partager millimètre par millimètre
avec toi.

***

CASA DO MUNDO

La diminuta
flor da candela,
na mesa o pão o vinho
a rosa,
a súbita
brancura da cama aberta ─
la eternidade
milimetricamente
a dividir contigo.

***

THE HOUSE OF THE WORLD

The tiny
flower of the candle,
on the table
—the bread, the wine, the rose—
the sudden whiteness
of the open bed,
eternity
millimetrically
to share with you.

***

CASA LUMII

Minuscula inflorescență
a candelei,
pâinea și vinul de pe masă
un trandafir,
albul marcant
al patului nearanjat ─
eternitatea,
milimetric porționată
de împărțit cu tine.

***

HAUS DER WELT

Das kleine
Blümchen der Kerze,
auf dem Tisch das Brot, der Wein,
die Rose,
das plötzliche
Weiß des offenen Bettes ─
um die Ewigkeit
millimeterweise
mit dir zu teilen.

***

HET HUIS VAN DE WERELD

Het kleine
bloemetje van de kaars,
op de tafel het brood, de wijn
de roos,
de plotselinge
witheid van het open bed, ─
de eeuwigheid,
om millimetergewijs
met jou te delen.

***

***

HÚS HEIMSINS

Litla
blómið á kertinu
á borðinu
— brauðið, vínið, rósin —
opið rúmið
skyndilega snjóhvítt,
eilífð
í millimetratali
með þér.

***

DUNIA KEDIAMAN

Bunga kecil
pada kandil di atas meja
—roti, wain, bunga mawar—
terbuka ranjang
memutih
secara tiba-tiba,
keabadian
kepastian
perkongsian hidup denganmu.

***

ДОМ МИРА

Крошечный цветок свечи на столе,
– хлеб, вино, роза –
внезапная белизна открытой постели,
вечность в миллиметре,
чтобы разделить ее с тобой.

***

Σπίτι του Κόσμου

Το μικροσκοπικό λουλούδι
του καντηλιού
στο τραπέζι το ψωμί, το κρασί
το τριαντάφυλλο
το ξαφνικό λευκό του κρεβατιού
αιωνειότητα
χιλιοστών
που μοιραζόμαστε.

***

世界之家

这微小的
蜡烛之花,
这桌上, 面包, 美酒,
玫瑰,
突然
敞开床的洁白——
永恒
细微地
与你享用。

***

CASA DEL MUNDO

La diminuta
flor de la candela,
en la mesa el pan el vino
la rosa,
la súbita
blancura de la cama abierta ─
la eternidad
milimétricamente
para dividir contigo.

***

***

LA CASA DELLA TERRA
Il piccolo
fiore della candela,
sul tavolo il pane, il vino,
la rosa,
il bianco
improvviso di un letto sfatto ─
eternità
millimetrica
da condividere con te.

(Eugénio de Andrade)

 

Recueil: ITHACA 618
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Portugais / Anglais Stanley Barkan / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Allemand Wolfgang Klinck / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Indi Jyotirmaya Thakur / Islandais Thor Stefánsson / Malaisien Dr.Raja Rajeswari Seetha Raman / Russe Rahim Karim / Grec Manolis Aligizakis / Chinois William Zhou / Espagnol José Luis Puerto / Persan Sepideh Zamani / Italien Luca Benassi /
Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

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