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Poésie

Posts Tagged ‘violet’

Musique slave (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2017




    
Musique slave

C’est le concert doux des voix pleureuses,
Vieux chagrins résignés et tendresses
Que l’on méconnut et la tristesse
Des élans réprimés. Effleureuses
Voix sourdes, pleurez comme les ifs
Embrumés qu’échevèle un vent convulsif.

C’est le concert tout en lancinances
Des désirs contraires et la ronde
Des corbeaux et des folles arondes
Par le ciel fleuri d’incohérences:
Rouges pompeux, tristes violets
Dont se mêlent, en accords faux, les reflets.

C’est le concert vraiment sans mesures
Des baisers profonds et des morsures;
Le vibrement nerveux des ciguës
Sous l’archet des bises ambiguës
D’avril où reluit un soleil blond
Que voile une averse blême de grêlons.

C’est surtout l’écart entre le rêve
Et le réel qui, sans nulle trêve,
Par des accents forcenés s’exprime,
Comme une blessure s’envenime,
Puis éclate enfin en gémissant
Et remplit l’horizon noir d’un flot de sang.

(Marie Dauguet)

 

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La chanson du jasmin fleuri (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017




    
La chanson du jasmin fleuri

Tant de mornes cinéraires
D’un violet mortuaire
Sous le terne effleurement

Du jour captif de la serre
Sans qu’un rayon les éclaire,
Languissent inertement!

En la paix crépusculaire
Où donc es-tu, ma lumière,
O mon beau jasmin soyeux?

La neige inlassable tombe
Sur le vitrail et la tombe
Est moins sombre que les cieux.

Quelle torpeur s’éternise
Où lentement agonise
Le rêve silencieux?

Ah! sortons parmi la neige,
Les lacs sanglants et les pièges,
Parmi les luisants remous

De l’herbe haute qui craque,
Où sournoisement nous traque
La troupe hagarde des loups.

La neige et le vent m’oppressent;
Au jardin bleu des tendresses
Jadis tu t’épanouis,

O mon beau jasmin! La neige
Implacablement m’assiège
Où mes pas sont enfouis.

Loin des mornes cinéraires
Et des tiédeurs de la serre,
Je vais, les yeux éblouis,

Cueillir la fleur que j’adore,
Aux blancheurs qui s’évaporent
Par les cieux endoloris.

A travers les bois farouches,
J’ai ton parfum sur la bouche
Que levent âpre meurtrit,

Et je crois parmi la nue
Baiser enfin ta chair nue,
O mon beau jasmin fleuri!

(Marie Dauguet)

 

 

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Le perroquet (Jean-Hugues Malineau)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2017



Le perroquet

C’est très coquet
Un perroquet

Des plumes rouges
Bleues violettes
Ça vit ça bouge
Et ça répète

C’est très coquet
Un perroquet

Dans un baquet
Un perroquet
Ça fait trempette
Et ça répète

C’est très coquet
Un perroquet

C’est beau, c’est sec
Après toilette
Et ça répète
Du bout du bec

C’est très coquet
Un perroquet

Tais ton caquet
Vieux perroquet
mais ça répète
Saperlipopette

C’est très coquet
Un perroquet

(Jean-Hugues Malineau)

Illustration

 

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Quelle est la couleur du joyau ? (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



agate

Hommage aux anges
[13]

« Quelle est la couleur du joyau ? »
blanc-vert, opalescent,

avec sous-couche de bleu changeant,
avec veine rose ; une agate blanche

avec un pouls incalmé qui bat encore,
vague bleu-violet ;

il vit, respire,
il répand — fragrance ?

j’ignore ce qu’il dégage,
une vibration que nous ne pouvons nommer

car elle n’a pas de nom ;
mon patron a dit : « nomme-la » ;

j’ai dit, je ne peux pas la nommer,
il n’y a pas de nom ;

il a dit:
« invente-le ».

[14]

Je ne peux pas l’inventer,
j’ai dit que c’était agate,

j’ai dit qu’il vivait, qu’il donnait —
fragrance — j’étais assez proche

pour expliquer cette qualité
pour laquelle il n’est pas de nom ;

je ne veux pas le nommer,
je veux regarder sa vague

pulsation, battement de coeur
quand il frémit, je ne veux pas

en parler,
je veux minimiser la pensée,

me concentrer sur lui
jusqu’à rétrécir,

dématérialiser
et être entraînée en lui.

***

« What is the jewel colour? »
green-white, opalescent,

with under-layer of changing blue,
with rose-vein; a white agate

with a pulse uncooled that beats yet,
faint blue-violet;

it lives, it breathes,
it gives off—fragrance?

I do not know what it gives,
a vibration that we can not name

for there is no name for it;
my patron said, « name it »;

I said, I can not name it,
there is no name;

he said,
« invent it ».

I can not invent it,
I said it was agate,

I said, it lived, it gave
fragrance—was near enough

to explain that quality
for which there is no name;

I do not want to name it,
I want to watch its faint

heart-beat, pulse-beat
as it quivers, I do not want

to talk about it,
I want to minimize thought,

concentrate on it
till I shrink,

dematerialize
and am drawn into it.

(Hilda Doolittle)

 

 

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Vierge-de-la-mer (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2017



La floraison du bâton

[ 22]
Mais l’hôte, Simon, pensa,
il faut se fixer une limite quelque part ;

il avait vu quelque chose de semblable
sur une image païenne

ou à l’entrée d’un temple marin interdit,
sculpté sur le portail en pierre ;

on appelait la créature
ainsi représentée,

assise au bord de la mer
ou sur un rocher, une Sirène,

une vierge-de-la-mer, mer-maid ;
d’aucuns disaient que cette sirène chantait

et que le chant d’une sirène était fatal
et que des épaves jonchaient le sillage de tels cheveux ;

elle n’était pas invitée,
il se pencha pour chuchoter

à l’oreille de son Convive,
je ne la connais pas.

[23]
Toujours une foule attendait devant chaque porte
par laquelle son Convive était entré ;

il ne voulait pas créer une scène,
il demanderait à quelqu’un de l’expulser discrètement

Simon, bien que tendu et excité,
avait pris note de tous ses convives ;

tout s’était très bien passé jusqu’à présent,
mais ceci était embarrassant ;

elle était en fait en train de baiser Ses pieds ;
Il ne comprend pas ;

ils l’appellent Maître,
mais Simon questionna :

s’il était prophète, il saurait bien qui est,
et quelle est cette femme qui le touche.

[24]
Simon l’ignorait mais Balthasar
ou Melchior aurait pu lui expliquer,

ou mieux encore, Gaspar ou Kaspar,
qui, dit-on, apporta la myrrhe ;

Simon voulait éviter une scène
mais Kaspar savait que la scène était inévitable

et déjà écrite sur une étoile
ou une configuration d’étoiles

qui revient rarement, peut-être une fois
en un peu plus de deux mille ans.

[25]
Simon pouvait dire, oui,
elle avait l’air d’une image

païenne ou idole sculptée
dans un temple marin interdit ;

et Simon avait peut-être entendu
que cette femme de la ville,

était accablée de démons ou l’avait été ;
mais Kaspar pouvait appeler

les diables daemons,
et pouvait même nommer les sept

dans sa barbe, car techniquement
Kaspar était un païen ;

il pouvait chuchoter tendrement, ces noms
sans crainte de la damnation éternelle,

Isis, Astarté, Cyprus
et les quatre autres ;

il pouvait les renommer,
Ge-meter, De-meter, mère-terre

ou Vénus
dans une étoile.

[26]

Mais il n’est pas juste de comparer
Kaspar à Simon ;

ce Simon n’est pas Simon Pierre, évidemment,
ce n’est pas Simon le Zélote, le Cananéen

ni Simon, de Cyrène
ni le Simon plus tardif, le sorcier,

ce Simon est Simon le lépreux ;
mais Simon faisant partie de la bande,

était, l’on suppose, guéri de ce fléau,
guéri dans son corps, tandis que l’autre,

la sirène peu virginale, Marie de Magdala
était guérie dans son âme ; d’elle, le Maître

avait chassé sept démons ;
mais Simon, bien que guéri dans son corps,

n’était pas préparé pour savoir
que ces diables eux-mêmes ou daemons,

comme les aurait appelés Kaspar,
faisaient dorénavant définitivement partie du table

ils avaient pénétré séparément ou ensemble
la belle jeune fille, peut-être sans lubricité,

mais en franchissant le seuil
de ce temple pas si désagréable,

ils désiraient peut-être rendre hommage,
tout comme l’avaient fait Kaspar,

et Melchior
et Balthasar.

[27]
Et Kaspar (car évidemment le marchand était Kaspar)
tout d’abord ne la reconnut pas ;

elle était frêle et svelte, ne portait ni bracelet
ni autre ornement, et avec ce foulard

enveloppant sa tête, drapant ses épaules,
elle était impersonnelle, pas une servante

envoyée faire une course mais, pour ainsi dire,
une confidente, envoyée par quelque grande dame ;

elle était la discrétion même
dans sa robe et sa coiffure sombres ;

Kaspar ne la reconnut
qu’une fois que son foulard eût glissé à terre,

et alors, non seulement il reconnut Marie
comme l’avaient dit les étoiles (Vénus à l’ascendant

ou Vénus en conjonction avec Jupiter,
ou tout autre nom qu’il donnait à ces feux errants),

mais quand il vit la lumière dans ses cheveux
pareille à un clair de lune sur une rivière perdue,

Kaspar
se rappela.

[28]
Et Kaspar entendit
l’écho d’un écho dans un coquillage,

en elle étaient pardonnés
les péchés des sept démons chassés d’elle ;

et Kaspar vit comme dans un miroir,
une autre tête découverte et deux têtes couronnées,

l’une d’un simple tortil, l’autre d’un tortil de gemmes
que même lui n’aurait pu nommer ;

et Kaspar, maître des caravanes,
avait connu des splendeurs que peu ont connues,

et vu des joyaux taillés ou non qui changeaient
comme l’eau au lever et au coucher du soleil,

et des pierres de sang et des saphirs ;
point besoin d’énoncer de détails quant au savoir précis de Kaspar

ni d’inventaire de ses propres possessions,
tout ce qu’il nous faut savoir est que Kaspar

en savait plus sur les pierres précieuses que quiconque,
davantage encore que Balthazar ;

mais son coeur était plein d’une extase plus exaltée
qu’aucun expert devant une nouvelle teinte de rose ou de gris fumé

sur une opale ou une perle indienne ; c’était Kaspar
qui vit comme dans un miroir,

une tête sans couronne et une autre avec un simple tortil
puis une tête avec un tortil de gemmes d’une couleur inimitable ;

elles étaient bleues et pourtant proches du violet,
pourtant très bleues ; si on vous demandait de les décrire,

vous diriez que c’étaient des pierres bleues
d’une taille carrée étrange et serties de sorte que la lumière

surgissait comme du dedans ; les facettes intérieures semblaient
miroiter et lancer d’incalculables angles de lumière,

ce bleu traversé de violet ;
comment exprimer ce qu’il ressentait ?

il vit comme dans un miroir; distinctement, oh très distinctement,
un tortil de pierres taillées carré sur la tête d’une dame,

et ce qu’il vit mit tant de bonheur dans son coeur
que ce fut comme s’il souffrait,

son coeur peinait tellement
avec son extase.

[29]
Ce n’était pas uniquement du fait de la beauté
bien que cela eût aussi compté,

c’était la découverte, la découverte qui l’exaltait
car il savait que la vieille tradition, la vieille, vieille légende,

son père l’avait eue de son grand-père
et son grand-père de son arrière grand-père (et ainsi de suite),

était vraie ; on n’en parlait jamais, même en chuchotements secrets ;
la légende était contenue dans de vieux signes et symboles,

et seule la plus pénible application pouvait les déchiffrer;
et seuls quelques-uns pouvaient même tenter de le faire,

après une enfance et une jeunesse dédiée
aux plus rigoureuses séances de concentration

et l’étude du thème et de la loi
des relations de temps et de la rétention de mémoire ;

mais pour finir, Kaspar aussi reçut le titre de Magian
(il est traduit dans l’Écriture, Homme Sage).

***

But Simon the host thought,
we must draw the line somewhere;

he had seen something like this
in a heathen picture

or a carved stone-portal entrance
to a forbidden sea-temple ;

they called the creature,
depicted like this,

seated on the sea-shore
or on a rock, a Siren,

a maid-of-the-sea, a mermaid;
some said, this mermaid sang

and that a Siren-song was fatal
and wrecks followed the wake of such hair;

she was not invited,
he bent to whisper

into the ear of his Guest,
I do not know her.

There was always a crowd hanging about outside
any door his Guest happened to enter;

he did not wish to make a scene,
he would call someone quietly to eject her;

Simon though over-wrought and excited,
had kept careful count of his guests;

things had gone excellently till now,
but this was embarrassing;

she was actually kissing His feet;
He does not understand;

they call him a Master,
but Simon questioned:

this man if he were a prophet, would have known
who and what manner of woman this is.

Simon did not know but Balthasar
or Melchior could have told him,

or better still, Gaspar or Kaspar,
who, they say, brought the myrrh;

Simon wished to avoid a scene
but Kaspar knew the scene was unavoidable

and already written in a star
or a configuration of stars

that rarely happens, perhaps once
in a little over two thousand years.

Simon could say, yes,
she looked like a heathen

picture or carved idol
from a forbidden sea-temple;

and Simon might have heard
that this woman from the city,

was devil-ridden or had been;
but Kaspar might call

the devils daemons,
and might even name the seven

under his breath, for technically
Kaspar was a heathen;

he might whisper tenderly, those names
without fear of eternal damnation,

Isis, Astarte, Cyprus
and the other four;

he might re-name them,
Ge-meter, De-meter, earth-mother

or Venus
in a star.

But it is not fair to compare
Kaspar with Simon;

this Simon is not Simon Peter, of course,
this is not Simon Zelotes, the Canaanite

nor Simon of Cyrene
nor the later Simon, the sorcerer,

this Simon is Simon, the leper;
but Simon being one of the band,

we presume was healed of his plague,
healed in body, while the other,

the un-maidenly mermaid, Mary of Magdala
was healed of soul; out of her, the Master

had cast seven devils;
but Simon, though healed of body,

was not conditioned to know
that these very devils or daemons,

as Kaspar would have called them,
were now unalterably part of the picture;

they had entered separately or together
the fair maid, perhaps not wantonly,

but crossing the threshold
of this not un-lovely temple,

they intended perhaps to pay homage,
even as Kaspar had done,

and Melchior
and Balthasar.

And Kaspar (for of course, the merchant was Kaspar)
did not at first know her;

she was frail and slender, wearing no bracelet
or other ornament, and with her scarf

wound round her head, draping her shoulders,
she was impersonal, not a servant

sent on an errand, but, as it were,
a confidential friend, sent by some great lady;

she was discretion itself
in her dark robe and head-dress;

Kaspar did not recognise her
until her scarf slipped to the floor,

and then, not only did he recognise Mary
as the stars had told(Venus in the ascendant

or Venus in conjunction with Jupiter,
or whatever he called these wandering fires),

but when he saw the light on her hair
like moonlight on a lost river,

Kaspar
remembered.

And Kaspar heard
an echo of an echo in a shell,
in her were forgiven
the sins of the seven
daemons cast out of her;

and Kaspar saw as in a mirror,
another head uncovered and two crowned,

one with a plain circlet, one with a circlet of gems
which even he could not name;

and Kaspar, master of caravans,
had known splendour such as few have known,

and seen jewels cut and un-cut that altered
like water at sun-rise and sun-set,

and blood-stones and sapphires;
we need no detailed statement of Kaspar’s specific knowledge

nor inventory of his own possessions,
all we need to know is that Kaspar

knew more about precious stones than any other,
more even than Balthasar;

but his heart was filled with a more exalted ecstasy
than any valuer over a new tint of rose or smoke-grey

in an Indian opal or pearl; this was Kaspar
who saw as in a mirror,

one head uncrowned and then one with a plain head-band
and then one with a circlet of gems of an inimitable colour;

they were blue yet verging on purple,
yet very blue; if asked to describe them,

you would say they were blue stones
of a curious square cut and set so that the light

broke as if from within; the reflecting inner facets
seemed to cast incalculable angles of light,

this blue shot with violet;
how convey what he felt?

he saw as in a mirror, clearly, O very clearly,
a circlet of square-cut stones on the head of a lady,

and what he saw made his heart so glad
that it was as if he suffered,

his heart laboured so
with his ecstasy.

It was not solely because of beauty
though there was that too,

it was discovery, discovery that exalted him
for he knew the old tradition, the old, old legend,

his father had had from his grandfather
and his grandfather from his great-grandfather (and so on),

was true; this was never spoken about, not even whispered in secret;
the legend was contained in old signs and symbols,

and only the most painful application could decipher them,
and only the very-few could even attempt to do this,

after boy-hood and youth dedicated
to the rigorous sessions of concentration

and study of the theme and law
of time-relation and retention of memory;

but in the end, Kaspar, too, received the title Magian
(it is translated in the Script, Wise Man).

(Hilda Doolittle)

Illustration: Frederic Leighton

 

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Branches dénudées (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
Branches dénudées
formant corolle

De tout votre corps
en traits de rigueur
en lignes de grâce
Vous dessinez le ciel

Dessinant l’élan
Dessinant l’envol
Sur fond de gris, de bleu
ou de violet

À l’insu des nuées
Vous nous faites signe
Quand passent les anges
de l’infini

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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Je m’aperçois que je me suis laissé partout (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2017




    
Je m’aperçois que je me suis laissé
Partout où je suis passé depuis que je suis né
Et je traîne derrière moi un film déjà bien long
Alors si nous achetions une ombrelle japonaise
Nous venons de l’ouvrir en arrivant
La joie qui a jailli de ses violets
A repoussé les six parois de la chambre
Comprenez-vous maintenant pourquoi le monde est plus grand l’été

(Pierre Albert-Birot)

 

Recueil: Poèmes à l’autre moi précédé de La Joie des sept couleurs et suivi de Ma morte et de La Panthère noire
Editions: Gallimard

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Dans ce pays… (Renée Rivet)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2017



Dans ce pays…

Dans ce pays,
il y a des cathédrales d’ombre violette au long des rues,
et des oiseaux volant à ras de terre.

Un vieux sourit de voir son ombre croître autour de lui,
car il a plus d’un ciel dans les yeux,
et il les plante gaillardement dans ceux de la mort.

Derrière une vitre de vent figé,
une petite fille regarde l’éternité…

Dans une cage entrouverte,
un oiseau essaye en vain de rentrer…

Dans ce pays, il y a des cloches souterraines,
et des pierres où danse le feu.

(Renée Rivet)

Illustration: Laurent Botella

 

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LE MIROIR (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2017



LE MIROIR

Dans le miroir où l’on voit l’avenir je me suis vue
Vers la grotte violette avançant lentement
Sous la robe bleue à l’ombre verte

Chant aigu — crotales et cithares
Voici le pays de la panique et de la distance.

***

O ESPELHO

No espelho onde se vi o futuro vi-me
Devagar avançando para a gruta roxa
Sob o vestido azul de verde sombra

Agudo canto — crótalos e cítaras
Eis o país de pánico e distância

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

Illustration: Daniel Jègoû

 

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J’AI VU (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2016



J’AI VU

J’ai vu des pays de pierres et de fleuves
Où des nuages sombres comme des araignées
Rongent le profil violet des montagnes
Parmi des crépuscules roses et froids.

Mouvante je suis passée à travers les images
Excessives de terres et de ciels
Plongeant dans le corps de ce dieu
Qui s’offre, tel un baiser, dans les paysages.

***

VI

Vi países de pedras e de rios
Onde nuvens escuras como aranhas
Roem o perfil roxo das montanhas
Entre poentes cor-de-rosa e frios.

Transbordante passei entre as imagen
Excessivas das terras e dos céus
Mergulhando no corpo desse deus
Que se oferece, como um beijo, nas paisagens.

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

 

 

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