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Posts Tagged ‘virer’

Dimanche matin (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2019




    
Dimanche matin

La neige au-dessus des mimosas, les paquets de
journaux près des flaques, la fontaine dans les bois où le
receveur des contributions nettoie sa voiture.

En bas les bâches bleues et rouges tendues sur les piles
de sacs de ciment et les taches de rouille ou de minium sur
les coques des cargos qui viennent de Limassol ou d’Odessa.

Plus loin quelques fleurs mauves dans les rochers
blancs, les nudistes parcourent le sentier des douaniers,
baisers dans les coins, chiens qui flairent, la mer lape les
galets et les retourne comme des pièces fausses.

Au large les yachts frétillent après une semaine de
somnolence, les mouettes virent à l’assaut, claquent un
peu et plongent vers les épluchures que les cuisiniers
laissent tomber dans leur sillage.

Puis l’heure sonne à travers le frisson des branches
et le tintement des câbles métalliques dans l’accalmie de
la circulation.

Soudain le nid du phénix s’enflamme dans les collines et les mots éperdus, comme lâchés après des mois
de claustration, se cherchent dans ma tête au galop.

Alors je ramasse au bord du chemin les fragments
d’un vieux prospectus vantant les mérites d’une voyante, et
m’appuie sur le dossier d’un banc pour écrire ceci au verso.

(Michel Butor)

 

Recueil: Collation précédé de HORS-D’OEUVRE scandés par les SOUVENIRS ILLUSOIRES D’UN JAPON TRES ANCIENS
Traduction:
Editions: Seghers

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RONDEAU DE L’HOMME LAS DE PENSER (André Berry)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2019



    

RONDEAU DE L’HOMME LAS DE PENSER

Combien de temps, tête sempiternelle,
Te faudra-t-il penser et repenser,
Tel l’aiguilleur reclus dans sa tourelle,
Guetteur raidi du train qui va passer ?
Au roulement des rapides idées
Ouvrant ou non les disques lumineux,
Combien de temps, leviers vertigineux,
Dois-je mouvoir vos tiges recoudées?
Combien de temps?

Combien de temps, radoteuse cervelle,
Dois-je sentir ta roue en moi tourner,
Virer au vent et voleter ton aile,
Et sous ta meule un grain dur s’enfourner?
Combien de temps, machine tyrannique,
De ton tiquant, de ton taquant moulin,
Où toujours entre et d’où sort un sac plein,
Me faudra-t-il servir la mécanique?
Combien de temps?

Combien de temps,
Dans la guérite où je
Me faudra-t-il garder
Tenace Esprit qui ne
nocturne sentinelle,
dois m’enfermer,
ta citadelle,
veux désarmer?
Le poing toujours sur le pommeau du glaive,
Prêt à jeter l’anxieux Qui va là,
Combien de temps, dans le trou que voilà,
Me faudra-t-il attendre la relève?
Combien de temps?

(André Berry)

 

Recueil: Poèmes involontaires suivi du Petit Ecclésiaste
Traduction:
Editions: René Julliard

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Le martinet (René Char)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2019



Martinet aux ailes trop larges,
qui vire et crie sa joie autour de la maison.
Tel est le coeur.

Il dessèche le tonnerre.
Il sème dans le ciel serein.
S’il touche au sol, il se déchire.

Sa repartie est l’hirondelle.
Il déteste la familière.
Que vaut dentelle de la tour?

Sa pause est au creux le plus sombre.
Nul n’est plus à l’étroit que lui.

L’été de la longue clarté,
il filera dans les ténèbres,
par les persiennes de minuit.

Il n’est pas d’yeux pour le tenir.
Il crie, c’est toute sa présence.
Un mince fusil va l’abattre.
Tel est le coeur.

(René Char)


Illustration

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Petit linge intime du ciel (Thomas Vinau)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2019



    

Petit linge intime du ciel

Des trouées mauves
dans la toile noire
un scintillement glacé
qui s’installe
du tulle blanc
virant au rose
petit linge intime du ciel
le jour se lève

(Thomas Vinau)

 

Recueil: Juste après la pluie
Traduction:
Editions: Alma

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Midi cisaillé de cigales (Claude Pujade-Renaud)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2018




    
Midi cisaillé de cigales
et la lumière en embuscade
ciel bleu de mort
ce bleu qui s’assombrit
à l’alambic du corps
vire au noir rauque
là où crépite l’angoisse
au rythme haché menu
d’insectes ivres fous

(Claude Pujade-Renaud)

 

Recueil: Instants incertitudes
Traduction:
Editions: Le Cherche Midi

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Destination (Morten Nielsen)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2018




    
Destination

C’est ce feu qui rit dans tes yeux et, tant qu’il brûle,
joue froidement, doucement dans mes mains,
rougeoie à travers nos réseaux de résistance,
vire en vagues d’un bleu glacial.

Nous dérivons l’un vers l’autre dans une vague.
Comme l’écume des vagues, nos mains se rencontrent.
Au début, nous ne voulions rien ; à présent,
nous savons tous deux comme cela finit.

Nous dérivons vers quelque chose qui va
nous arriver, nous coûter cher et nous coûter des rêves.
Nous attendons, l’avons su depuis notre rencontre.
Et les mots ne sont ni durs ni tendres.

Nous écoutons. Quelque chose brûle en secret au-dedans.
Comme l’écume des vagues, nos mains se rencontrent.
Nous dérivons vers quelque chose qui va nous arriver :
un feu aussi frais que la mer, tant qu’il brûle.

***

Bestemmelse

Det er den Ild som ler i dine Ojne
og leger koldt og mildt i mine Hænder,
der gloder vores Modstandsnet igennem
og blir til isblaa B&lger, mens den brænder.

Vi driver mod hinanden i en Bolge.
Som Bolgeskummet modes vore Hænder.
Vi vilde ingenting, da det begyndte.
Nu ved vi begge to, hvordan det ender.

Vi driver ud mod noget som vil ske os,
og det skal blive dyrt og koste Dromme.
Vi venter, og har vidst det fra vi moches.
Og Ord er hverken haarde eller omme.

Vi lytter. Og det brænder skjult derinde.
Som Bolgeskummet modes vore Hænder.
Vi driver ud mod noget som vil ske os:
En Ild saa sval som Havet, mens den brænder.

(Morten Nielsen)

 

Recueil: Guerriers sans armes Krigere uden vaaben
Traduction: Pierre Grouix
Editions: Grèges

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Girouette (Norge)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2018


Girouette

Beaucoup d’amour, peu d’espoir,
Le vent tourne mal, Gustave.
Mieux vaut glisser dans ton noir,
Dans ta mine, dans ta cave.

Mieux vaut glisser dans ta mine,
La fille a le coeur pourri
Et l’espoir que tu rumines
S’enfuit comme une souris.

Mais le vent tourne, Gustave
Et ce bel épi fauché,
C’est la fille au coeur suave
Qui, près de toi, vient coucher.

— Trop tard ; le vent a viré,
L’amour est mort, dit Gustave,
Est mort de faim dans la cave !
I1 est mort et enterré.

(Norge)

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Furieusement (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2018



Illustration
    
Furieusement
Vire
Sur un reflet
Tombe
En ligne droite
Blancheur
Affilée
Monte
Le bec sanglant déjà
Sel épars
A peine ligne
Quand tombe
Droit
Ton regard
Sur cette page
Dissoute

(Octavio Paz)

 

Recueil: Versant Est
Traduction: Yesé Amory,Claude Esteban,Carmen Figueroa,Roger Munier,Jacques Roubaud
Editions: Gallimard

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Pavillon noir (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2018



Pavillon noir

Quand les filles de proue des caravelles
chantèrent à poitrine nue
l’amour sur la mer
les vaisseaux de ces reines
frémirent des cales aux hunes
comme de grands violoncelles
couchés sous la lune
et l’archet des vents
dans les cordages
prolongeait le chant
qui regrettait les rivages.

C’était un rude capitaine
le Roi l’avait remarqué
un jour que Jean s’en était allé
avec son vaisseau Fleur de Misaine
son équipage et ses gabiers
et qu’il avait souri à la reine
en jetant à ses pieds
les épices
de l’amour sans espoir
sous le pavillon noir.
C’est toujours l’amour qui appareille.
Lover signifie parfois bien-aimé.

Le vent chantait
Misaine Misaine
le vent qui vient de Vire
pare à vire
pare à virer
l’amour chavire
pare à aimer.

Et jouant dans les ramures du navire
pour les matelots qui ont la vague à
l’âme
le vent nonchalant
s’amusait
à ses essais sur la gamme.

La mort est mon second
ensemble nous voguons.
Quand les filles de proue des caravelles
devinrent de bois chantant
sur la mer la mer des sirènes
les sirènes se turent de honte
et noyèrent dans l’onde
les feux de leurs écailles.

Sur le pont Jean de la Manche dort.
Il rêve de la reine infidèle
qui oublia qu’elle fut sa belle
un instant.
II rêve de grille d’or
pour mettre la dame en cage
car l’amour est un sauvage
rouge et tatoué et menaçant.

La mort est mon second
ensemble nous voguons.
C’était un rude capitaine
qui commandait la Fleur de Misaine
capitaine que la Reine
a trop regardé
pour sa santé.
La Reine est morte depuis dix ans.
Le Roi ombrageux l’a étouffée
comme un canard au sang.
Misaine cherche dans le vent
Misaine cherche dans les cris

de la mouette et de la poulie
Misaine cherche jusque dans la haine
le souvenir de la voix
de l’infidèle au marin de l’infidèle au Roi
quand elle disait je t’aime
et qu’il était son amant.

Quand les filles de proue des caravelles
chantèrent la peine des forçats
la peine sur la mer
l’eau du monde ne fut plus qu’une voix
et les galériens crièrent au Roi :
Beau Sire du grand collège
tu as fait de nous les Juifs errants
de l’Océan
Hollandais volants
condamnés à ramer dix mille ans
mais nous avons le cœur content.
La mer chante dans le vent
du soleil levant!

La mort est mon second
ensemble nous voguons.

Quand les corsaires goddons
prirent Jean de Misaine
pour le pendre
Jean de Misaine chantait
Jean de Misaine chantait
devant la cravate de chanvre:
Mon amour revient dans le vent
mon amour mon beau revenant.
J’ai tué le Roi la Reine est morte
bourreau blond
tu m’ouvres la porte
du grand élan.

En manière d’ancre les marins de la
Misaine
portent une lyre de laine
sur leur maillot rayé.
Une rose à la main
le plus jeune mousse la tient
à peine effeuillée
c’est la rose des vents.

(Armand Lanoux)

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Pousser la tête dehors (Emmanuelle Le Cam)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2018




    
Pousser la tête
dehors.

Contre le vent.

C’est grande
bourrasque.

Je vire, chavire.

Vite! Votre main,
si belle illusion…
m’y
raccrocher!

(Emmanuelle Le Cam)

 

Recueil: Unique demeure
Traduction:
Editions: Le dé bleu

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