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Posts Tagged ‘virginité’

LE NOUVEAU PRINTEMPS (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2017



Illustration: Philibert Léon Couturier

    

LE NOUVEAU PRINTEMPS

Les tantes veuves portent de pesantes armatures
de mort et de gourgouran. Du cou
jusqu’à l’inviolée pointe des brodequins, elles proclament
leur rupture avec le siècle. Et rien n’existe plus
hors de la nuit de leurs maris empreinte
en chacun de leurs gestes de superbe solitude.

Ainsi les voulons-nous pour toujours de nouveau
vierges, réintégrées dans la pureté originelle.
Malheur à qui murmure: les tantes sont des femmes
sujettes à la terrestre loi du désir,
et dans leurs nuits blanches elles luttent corps à corps avec les farfadets.

Une tante, pourtant, oublie les commandements
et se remarie. La foudre s’abat sur la famille.
Elle est toute jardin, elle est pur amandier
dans le joyeux abandon de son autre virginité.
La famille en a décidé: cette tante est morte.

(Carlos Drummond de Andrade)

 

Recueil: La machine du monde et autres poèmes
Traduction: Didier Lamaison et Claudia Poncioni
Editions: Gallimard

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SONNET MOYEN-AGE (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2017



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SONNET MOYEN-AGE

Dans le décor de la tapisserie ancienne
La châtelaine est roide et son corsage est long.
Un grand voile de lin pend jusqu’à son talon,
Du bout de son bonnet pointu de magicienne.

Aux accords d’un rebec la belle musicienne
Chante son chevalier, le fier preux au poil blond
Qui combat sans merci le Sarrasin félon.
Elle garde sa foi comme il garde la sienne.

Il reviendra quand il aura bien mérité
De cueillir le lis blanc de sa virginité.
Peut-être il restera dix ans, vingt ans loin d’elle.

Et s’il ne revient pas, s’il périt aux. lieux saints,
Elle mourra dans son serment, chaste et fidèle,
Et nul n’aura fondu la neige de ses seins.

(Jean Richepin)

 Illustration: Rogier Van der Weyden 

 

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Max Ernst (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2016



Max Ernst

Max Ernst

Dans un coin l’inceste agile
Tourne autour de la virginité d’une petite robe.
Dans un coin le ciel délivré
Aux épines de l’orage laisse des boules blanches.

Dans un coin plus clair de tous les yeux
On attend les poissons d’angoisse
Dans un coin la voiture de verdure de l’été
Immobile glorieuse et pour toujours.

A la lueur de la jeunesse
Des lampes allumées très tard
La première montre ses seins que tuent des insectes rouges.

(Paul Eluard)

Illustration: Max Ernst

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L’Etoile de Vénus (VI) (José-Maria de Heredia)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2016



Jeunesse ,dévouement, amour, virginité
Qui de nous à seize ans n’a fixé dans un être
Ce rêve de ses nuits? Quel coeur n’a palpité
A ces premiers élans souvent sans se connaître.

Lorsque dans notre coeur l’amour venait de naître
En serrant dans nos bras l’idéale beauté
N’avons-nous pas senti le monde disparaître
Et ne croyions-nous pas à son Eternité?

Il est doux de songer plus tard à ce délire
Et de se souvenir après avoir aimé
Et d’entendre vibrer les cordes de la lyre

Il nous semble revivre à ce souffle embaumé
C’est l’intime plaisir que l’on trouve à relire
Un livre préféré depuis longtemps fermé.

(José-Maria de Heredia)

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Le coeur de l’Eau pensive est un coeur nostalgique (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2016



Le coeur de l’Eau pensive est un coeur nostalgique,
Coeur de vierge exaltée en proie à l’idéal,
Qui souffre d’être seule, et qu’aucun ne complique
D’un peu de bruit ce grand calme qui lui fait mal;
Coeur de l’Eau sans tristesse et cependant nocturne,
Coeur de l’Eau variable et toujours ignoré,
Qu’un clair d’amour sans doute aurait édulcoré
Et qui s’aigrit, ô coeur à jamais taciturne !

Certes quelques reflets hantent ce coeur de l’Eau;
Mais toute chose en y descendant se déflore,
Toute chose recule et devient incolore,
Y propageant un froid d’absence et de tombeau
Et comme une douleur d’adieux qui diminue…

L’Eau n’en est que plus triste, attendant, l’air songeur,
Quelqu’un qui ne vient pas par la pâle avenue
Que les arbres mirés enfoncent dans son coeur.
Hélas ! l’Eau solitaire et fantasque frissonne,
Elle qu’on n’aime pas et qui n’aime personne,
Et qui meurt d’être seule en cette fin du jour,
Surtout que des amants vont devisant d’amour
Et sur ses bords, dans elle, effeuillent des paroles :
Bouquet d’aveux que son silence a recueilli,
Propos final, lis morts des volontés trop molles,
0 pénultièmes fleurs d’un coeur presque cueilli !
Or ces aveux que l’eau fiévreuse s’assimile
Lui donnent un émoi, toute une anxiété
Comme si devenue elle-même nubile
C’était enfin la fin de sa virginité !

(Georges Rodenbach)

Illustration

 

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