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Poésie

Posts Tagged ‘visage’

La jeune Muse était fidèle (Vassili Joukovski)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2018



Illustration: Rafal Olbinski
    
La jeune Muse était fidèle
Et me suivait de lieu en lieu.
L’inspiration, toujours nouvelle,
Volait à moi du haut des cieux.
Elle animait de sa lumière
Tous les visages de la vie,
Je lui vouais ma vie entière :
Vivre était vivre en poésie.

Or, aujourd’hui je sens l’absence
De l’être qui m’offrait ces chants,
La harpe dort dans le silence,
Le cœur est lourd et somnolent.
De moi espoir et de mon aide
Saurai-je attendre le retour ;
Ma perte est-elle sans remède,
La voix éteinte pour toujours?

Pourtant, ce que des temps magiques
J’ai su garder jusqu’aujourd’hui,
Les clairs, les sombres, les uniques
Instants vivants des jours enfuis,
Les heurs des songes solitaires,
Sublimes de fragilité,
Je te les offre et te vénère,
O pur génie de la beauté !

Je ne sais pas pour quelle aurore
Peut revenir la poésie,
Mais ton étoile brille encore,
Je te connais, ô pur génie!
Tant que mon âme s’ illumine
De l’approche que je pressens,
Le charme vit, l’heure est divine,
Et le passé est le présent.

(Vassili Joukovski)

 

Recueil: Le soleil d’Alexandre Le Cercle de Pouchkine
Traduction: André Markowicz
Editions: Actes Sud
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MAISONS SUÉDOISES SOLITAIRES (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2018



MAISONS SUÉDOISES SOLITAIRES

Un désordre d’arbres noirs
et les rayons fumants de la lune.
Là où la chaumière a coulé
et semble être sans vie.

Jusqu’au murmure de la rosée matinale
quand un vieillard ouvre
– d’une main qui tremble –
la fenêtre pour lâcher un grand duc.

Et dans une autre aire du vent
la construction nouvelle fume
avec un papillon de draps lavés
qui volette à l’angle

au milieu d’une forêt moribonde
où la décomposition lit
dans ses lunettes de sève
le compte-rendu des coléoptères.

Été aux pluies de blé mûr
ou un seul nuage d’orage
Des voix affolées, des visages
volent dans les fils du téléphone
avec des ailes rapides mutilées
par-dessus les milles des marécages.
au-dessus d’un chien qui aboie.
Le grain rue dans la terre.

La maison sur une île du fleuve
qui couve ses premières pierres.
Une fumée constante – on brûle
les documents secrets de la forêt.

La pluie retourne dans le ciel.
La lumière serpente dans le fleuve.
Les maisons du précipice surveillent
les boeufs blancs de la cascade.

Automne avec une ligue d’étourneaux
qui tiennent l’aube en échec.
Les hommes ont la démarche raide
au théâtre de l’abat-jour.

Faites-leur toucher sans crainte
les ailes camouflées
et l’énergie de Dieu
enroulée dans l’obscurité.

(Tomas Tranströmer)

 

 

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Julius Bissier jouait du violoncelle (Emmanuel Moses)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018



Illustration: Salvador Dali
    
Julius Bissier jouait du violoncelle

Dans son journal, le peintre allemand Julius Bissier écrit :
« Comme une araignée nous surprend dans le rêve et le sommeil,
l’angoisse me saisit à la gorge » (13 novembre 1943)
et le 16 janvier 1944 :
« Il faut une force énorme pour attendre la renaissance de la vie. »

Prise à la même époque, une photographie le montre
jouant du violoncelle
attentif semble-t-il autant aux sons tirés de l’instrument
qu’aux résonances intérieures
le visage partagé entre l’ombre et la clarté

chaque jour il lance un appel à l’infiniment lointain
qui lui répond en toute intimité

(Emmanuel Moses)

 

Recueil: Figure rose
Traduction:
Editions: Flammarion

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DANS UN PAYS D’ENFANCE (Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018



Néfertiti2 [800x600]

Dans un pays d’enfance retrouvée en larmes,
Dans une ville de battements de cœur morts,
(De battements d’essor tout un berceur vacarme,
De battements d’ailes des oiseaux de la mort,
De clapotis d’ailes noires sur l’eau de mort).
Dans un passé hors du temps, malade de charme,
Les chers yeux de deuil de l’amour brûlent encore
D’un doux feu de minéral roux, d’un triste charme ;
Dans un pays d’enfance retrouvée en larmes…
— Mais le jour pleut sur le vide de tout.

Pourquoi m’as-tu souri dans la vieille lumière
Et pourquoi, et comment m’avez-vous reconnu
Étrange fille aux archangéliques paupières,
Aux riantes, bleuies, soupirantes paupières.
Lierre de nuit d’été sur la lune des pierres ;
Et pourquoi et comment, n’ayant jamais connu
Ni mon visage, ni mon deuil, ni la misère
Des jours, m’as-tu si soudainement reconnu
Tiède, musicale, brumeuse, pâle, chère,
Pour qui mourir dans la nuit grande de tes paupières ?
— Mais le jour pleut sur le vide de tout.

Quels mots, quelles musiques terriblement vieilles
Frissonnent en moi de ta présence irréelle,
Sombre colombe des jours loin, tiède, belle,
Quelles musiques en écho dans le sommeil ?
Sous quels feuillages de solitude très vieille,
Dans quel silence, quelle mélodie ou quelle
Voix d’enfant malade vous retrouver, ô belle,
O chaste, ô musique entendue dans le sommeil ?
— Mais le jour pleut sur le vide de tout.

(Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

 

 

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Plus tendre que tendresse (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2018



Illustration: Zinaida Serebriakova
    
Plus tendre que tendresse
Est ton visage,
Plus que blanche que blancheur
Semble ta main,
Du monde et ses parages
Tu es si loin,
Toi tout entière
Née de l’inexorable.

Nés de l’inexorable,
Ta tristesse
Et tes doigts de tes mains
Jamais froides,
Et le son calme
De tes paroles
Que rien ne désespère,
Et le lointain
De tes yeux clairs.

(Ossip Mandelstam)

***

 

Recueil: Les poésies d’amour
Traduction: Henri Abril
Editions: Circé

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Et qui donc pense à ton visage? (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2018



 

Toutes les larmes sans raison
Toute la nuit dans ton miroir
La vie du plancher au plafond
Tu doutes de la terre et de la tête
Dehors tout est mortel
Pourtant tout est dehors
Tu vivras de la vie d’ici
Et de l’espace misérable
Qui répond à tes gestes
Qui placarde tes mots
Sur un mur incompréhensible

Et qui donc pense à ton visage?

(Paul Eluard)

 

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Elle est Notre Dame universellement (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2018



Mermet  Marie

Hommage aux anges
[37]

Ceci est un symbole de beauté (poursuis-tu),
elle est Notre Dame universellement,

je la vois comme tu la projettes,
pas du tout déplacée

flanquée de colonnes corinthiennes,
ou dans une nef copte,

ou figée au-dessus de la porte centrale
d’une cathédrale gothique ;

tu t’es montré généreux envers elle
(pour répéter ta propre expression),

tu l’as sculptée haute et on ne peut s’y tromper,
une figure hiératique, la Déesse voilée,

que ce soit des sept délices,
que ce soit des sept fers de lance.

[38]

Oh oui — tu comprends, dis-je,
tout cela est des plus satisfaisants,

mais elle n’était pas hiératique, elle n’était pas figée,
elle n’était pas de grande taille ;

elle est la Vestale
de l’époque de Numa,

elle transporte le culte
de la Bona Dea,

elle porte un livre mais ce n’est pas
le tome de la sagesse ancienne,

les pages, j’imagine, en sont les pages blanches
du volume non écrit de la nouvelle sagesse ;

tout ce que tu dis, est implicite,
tout cela et bien davantage ;

mais elle n’est pas enfermée dans une grotte
comme une Sibylle ; elle n’est pas

emprisonnée dans les barreaux de plomb
d’une vitre colorée ;

elle est Psyché, le papillon,
sortie du cocon.

[39]

Mais plus proche de l’Ange Gardien
ou bon Démon,

elle est le verso de la médaille
de la terreur primitive ;

elle est non-peur, elle est non-guerre,
mais elle n’est pas une figure symbolique

de paix, charité, chasteté, bonté,
foi, espoir, récompense ;

elle n’est pas Justice aux yeux
bandés comme ceux de l’Amour ;

je t’accorde la pureté symbolique de la colombe,
je t’accorde que son visage était innocent

et immaculé et ses voiles
tels ceux de l’Épouse de l’Agneau,

mais l’Agneau n’était pas avec elle,
ni futur Époux ni Enfant ;

son attention est pleine et entière,
nous sommes son époux et agneau ;

son livre est notre livre ; écrit
ou non écrit, ses pages révéleront

une histoire de Pêcheur,
une histoire de jarre ou de jarres,

les mêmes — différents — les mêmes attributs,
différents et pourtant les mêmes qu’auparavant.

***

This is a symbol of beauty (you continue),
she is Our Lady universally,

I see her as you project her,
not out of place

flanked by Corinthian capitals,
or in a Coptic nave,

or frozen above the centre door
of a Gothic cathedral ;

you have done very well by her
(to repeat your own phrase),

you have carved her tall and unmistakable,
a hieratic figure, the veiled Goddess,

whether of the seven delights,
whether of the seven spear-points.

O yes—you understand, I say,
this is all most satisfactory,

but she wasn’t hieratic, she wasn’t frozen,
she wasn’t very tall;

she is the Vestal
from the days of Numa,

she carries over the cult
of the Bona Dea,

she carries a book but it is not
the tome of the ancient wisdom,

the pages, I imagine, are the blank pages
of the unwritten volume of the new;

all you say, is implicit,
all that and much more;

but she is not shut up in a cave
like a Sibyl; she is not

imprisoned in leaden bars
in a coloured window;

she is Psyche, the butterfly,
out of the cocoon.

But nearer than Guardian Angel
or good Daemon,

she is the counter-coin-side
of primitive terror;

she is not-fear, she is not-war,
but she is no symbolic figure

of peace, charity, chastity, goodness,
faith, hope, reward;

she is not Justice with eyes
blindfolded like Love’s;

I grant you the dove’s symbolic purity,
I grant you her face was innocent

and immaculate and her veils
like the Lamb’s Bride,

but the Lamb was not with her,
either as Bridegroom or Child;

her attention is undivided,
we are her bridegroom and lamb;

her book is our book; written
or unwritten, its pages will reveal

a tale of a Fisherman,
a tale of a jar or jars,

the same—different—the same attributes,
different yet the same as before.

(Hilda Doolittle)

Illustration

 

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LA MORT DU POÈTE (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2018



 

papillon fruit gâté1

LA MORT DU POÈTE

Il gît. Son visage redressé
dans les coussins rigides, pâle et plein de refus,
depuis que le monde et tout ce qu’il en sut
arraché à ses sens, fut
rendu à l’indifférente année.

Eux qui l’ont vu en vie, ne surent
combien il s’unissait à tout ceci,
car toutes ces profondeurs et ces prairies
et toutes ces eaux ne furent que sa figure.

Oh ! sa figure fut toute cette étendue,
qui encore tend vers lui et qui le pleure;
et son masque, qui maintenant en inquiétude se meurt,
est tendre et ouvert comme l’intérieur d’un fruit,
qui se gâterait à l’air.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration

 

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Le visage (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2018



Victor Brauner 50

Le visage

Comme un cancer, comme une bête en moi,
Vit un visage. Il s’ouvre, se referme.
C’est une bouche, une plaie, une pieuvre,
Il apparaît, se nourrit, se digère
Et me détruit, déchire la durée.
Toute la nuit, j’ai mal à mon cadavre.
On a scié ma cage thoracique,
On a jeté mon vieux coeur et ses boues
Dans le limon d’un fleuve croupissant.
Mon sexe meurt, mais la chair corrompue,
Interminable, est vie interminable.
Visage noir, larme d’un amour sale,
Reste avec moi, vautour et parasite,
Car nous vivons si bien si mal ensemble.
Déchirons-nous déchirés déchirants.
Que le soleil se tende comme un muscle !

(Robert Sabatier)

Illustration: Victor Brauner 

 

 

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Le sourire (Hala Mohammad)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2018



Illustration: Lena K.    
    
Le sourire
Qui n’a pas trouvé son chemin vers mes lèvres
Les jours de bonheur,
Tel un vent silencieux
Telle une pierre tombale
Fend mon visage
Dans mon chagrin.

***

(Hala Mohammad)

 

Recueil: Ce peu de vie
Traduction: Antoine Jockey
Editions: Al Manar

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