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Poésie

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Beaucoup d’hommes souffrent de la solitude (Gilles Weinzaepflen)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2019



Illustration: Edvard Munch
    
Beaucoup d’hommes souffrent de la solitude. Ils ne sont pas
forcément méchants, ils ne sont pas forcément sournois. La
solitude s’abat sur eux comme l’aigle fond sur sa proie,
l’enfant sur sa glace, la glace dans sa main. On ne choisit
pas la solitude comme on choisit framboise: c’est elle,
framboise, qui vous choisit comme cône.

La solitude n’est pas une maladie, elle ne s’attaque pas
aux fonctions vitales. Pas de symptôme, pas de traitement:
autour de soi le lien se défait et l’on reste seul au bord
de la route, dans le fossé, comme la casserole détachée du
pare-choc arrière de la voiture des jeunes mariés, avec
quelques éraflures sur le manche.

La solitude crée le personnage du solitaire, comme la mort
crée le mort. Elle lui donne ce nom que lui-même porte comme
une croix:

– Tiens, voilà le solitaire.

(On entend un bruit de casserole)

(Gilles Weinzaepflen)

 

Recueil: Noël Jivaro
Traduction:
Editions: Le clou dans le fer

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Ce fil (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018



Il s’enroule dans le coeur,
Ce fil ininterrompu
Du présent au passé,
Du dehors au dedans,
D’être vu à voir,
Ciel, jardin, arbre, oiseau
Transmués, transposés
En souvenir, en souffrance
Ces jeunes feuilles, ces pâquerettes,
Le vent contrasté
Qui miroite sur les brins
D’herbe chatoyante,
Deviennent ce que je suis
Moi qui suis la somme
De tout ce que j’ai perdu,
Qui suis celle qui fait,
De ce qui verdoie une joie,
Du vent, une sagesse,
De la froide terre, de l’or,
De l’or du soleil
Le sang vital du chagrin
Qui plonge dans le coeur.
Je suis mon passé
Et mon avenir qui s’approchent
De jours inconnus.

Mais d’eux tous aucun
N’est plus brillant ni plus précieux
Que le vent et les pâquerettes,
La petite fauvette des haies
Intrépide et lustrée de soleil
Qui fouille le parterre de fleurs
Sous ma fenêtre,
Avec ses ailes de temps
L’éternel présent
Voletant et faisant parade
De son ici et maintenant
Lumière qui va à l’amour,
Feuille qui va à l’abandon.

***
It winds into the heart,
That unbroken thread
From present to past,
Without to within,
From seen to seer,
Sky, garden, tree, bird
Transmuted, transposed
To memory, to pain
These young leaves, these daisies,
The dappling wind
That glances on blades
Of glistering grass,
Become what I am
Who am the sum
Of all I have lost,
Who am the maker,
From greenness a joy,
From wind, wisdom,
From cold earth, gold,
From gold of the sun
Life-blood of sorrow
That sounds the heart.
I am my past
And future approaching
Days unknown.

But of all these none
Brighter nor dearer
Than the wind and the daisies,
The little hedge-sparrow
Fearless and sun-glossed
Searching the flower-bed
Outside my window,
Winged with time
The ever-present
Flitting and flaunting
Its here and now
Light into love,
Leaf into loss.

(Kathleen Raine),

Illustration: Isabelle Planté

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La matière-existence (Yves Simon)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2018




    
La matière-existence est partout,
à l’intérieur,
à l’extérieur des corps,
tramée de pensée,
de carbone et de temps.
Elle est,
et se déploie
afin que chacun
vienne y puiser son dû.
Ondulante et imaginative,
elle fourmille de protubérances,
de réseaux
et d’étincelants départs.
Les êtres vivants y puisent,
à chaque pico-seconde,
l’élan
qui fera que le processus vital
se déroulera
comme imprévu,
que les artistes tisseront là
le taffetas de leurs rêves,
en mots,
formes et couleurs,
la matière
des cauchemars de la nuit,
des espoirs du jour.

(Yves Simon)

 

Recueil: Le souffle du monde
Traduction:
Editions: Grasset

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La poésie (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2018



Illustration: Josephine Wall 
    
La poésie est pour moi la plus grande plénitude de vie à laquelle je puis accéder.
Je ne connais aucune expérience vitale de plus grande intensité.
La poésie est mon identité.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie et création
Traduction:
Editions:

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Le poème est un acte de célébration (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2018




    
Parlerait-il de choses très négatives,
le poème est un acte de célébration,
parce qu’il est le foyer d’intensité vitale et verbale,
une sorte de petite fête dans le vide

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Fragments verticaux
Traduction:
Editions:

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Incandescence à la lisière d’un ciel bas (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2018



 

Incandescence à la lisière
d’un ciel bas — la lumière-nid non dévorée
décline vers le minimum vital : du moineau
à l’oiseau sans nom, la distance
est la proie — fumée
qui atténue les braises, contrairement à la secte
d’ailes, où tu palpites, fumée épouse
du rougeoiement — dans la mémoire du moineau
cela parachève le sommeil des nuages.

(Paul Auster)

Illustration

 

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Chair, céleste chair de la femme ! (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2018



Illustration: Aydemir Saidov
    
Chair, céleste chair de la femme ! Kaolin,
dit Hugo — ambroisie plutôt, ô miracle divin !
on supporte la vie,
si courte et si dure,
seulement pour ceci :
un frôlement, un baiser ou même une morsure
sur ce biblique pain
pour lequel notre sang se fait vin !
En elle est la lyre,
quelle est la rose,
en elle la science harmonieuse repose,
en elle on respire
le parfum vital de toute chose.

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage

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CERNÉES (Carole Zalberg)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2017




    
CERNÉES

Les femmes fatiguées
s’inventent des beautés
vitales

le temps cavale
il faut parer

Sous l’oeil enluminé
bienheureusement
des ombres évasives
ne se laissent pas chasser

c’est la plainte furtive
des belles épuisées.
Qui l’entend ?

(Carole Zalberg)

 

Recueil: Revue Vagabondages
Editions: Cherche Midi

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Le langage est en nous comme un organe vital (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2016



Le langage est en nous comme un organe vital
et c’est avec tristesse que j’ai entendu cet ingénieur,
trop affairé pour aller chercher ses enfants à l’école ou pour jouer avec eux,
prétexter d’un « simple problème de logistique »
— comme si je lui découvrais soudain une maladie mortelle.

(Christian Bobin)

 

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Ta lèvre contre le cristal (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 7 juin 2016



Ta lèvre contre le cristal
Gorgée à gorgée y compose
Le souvenir pourpre et vital
De la moins éphémère rose.

(Stéphane Mallarmé)

 

 

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