Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘vite’

CHANSON (Pierre Morhange)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2021



CHANSON

Vite. Temps poursuit,
Voici fin. Voici mort.
Pluie noire, poitrine infinie.

Vite, voici le cheval
Aux naseaux pourris,
L’idée maudite
Qui brandit
Et plante le couteau
Qui chante un cri.

Vite. Haleine s’épaissit,
Soufflet grince
Parmi le carbone assourdi.

Encore une ballade
Aux remparts du vent,
Des drapeaux, des couleurs, des gens,
Un geste de ma part,
Personne ne l’a vu,
Adieu, je meurs avant
L’heure pour qui j’ai vécu.

Entre mes deux corps,
Ou plutôt entre la muraille de lard et d’os
Et le squelette charnu et le cerveau,
Dans une eau, mince je suppose,
Ma plus intime amie s’est glissée,
Me colle et me caresse,
Ma plus intime amie maintenant, hier inconnue,
La folie me serre tendrement,
Tandis que mes joues de plus en plus roses
Tirent doucement mon visage
A l’apparence de la sérénité.

(Pierre Morhange)


Illustration: Odilon Redon

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Epuisé de ne rien comprendre à ma vie… (Guy Chambelland)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2021



Illustration: Christiane Guicheteau

    

Epuisé de ne rien comprendre à ma vie…

Epuisé de ne rien comprendre à ma vie
Je pourrais m’en inventer une autre
Cela s’est vu

Mais qu’en ferais-je ?
Nulle envie
D’aller plus loin plus haut plus vite que le temps
qui met dix ans à faire une heure vive
Mais n’est pas là lorsque la balle arrive

J’ai besoin du train-train de la métaphore
Il me faut être ce buisson
Qui marche dans le feu mais jamais ne flamboie
Qui pense et ne se pense pas

Je ne peux me passer de ma souffrance
De veilleur sans fenêtre
Il faut que jusqu’au bout je sache
Que j’existe et que je meurs
Malgré moi.

(Guy Chambelland)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil:
Traduction:
Editions:

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Les morts minuscules (Monika Herceg)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2021




    
les morts minuscules

nous respirons bruyamment de chaleur suffocante
dormant dans la même pièce
l’angoisse plus lourde que l’air
remplit l’espace comme le dioxyde de carbone
et nous étouffons dans le cauchemar

dans le rêve de mon père le vide prolifère
comme les doryphores sur les pommes de terre
jusqu’à la destruction complète des plantations
souvent il tousse
comme un chat qui rejette
une boule de poils
mon frère grince des dents
ma mère est immobile
les lèvres serrées
à l’image de la madone qu’elle prie
quelquefois je me penche sur son visage
pour vérifier si elle respire

j’écoute aussi
nos pieds dépasser les chaussures devenues étroites
nos cheveux s’assombrir
nos cartilages s’user à courir
dehors l’atmosphère se consume

et en nous brûlent nos corps d’enfants
comme les bougies d’anniversaire
suffisamment vite pour que le matin on
ne s’en souvienne plus

(Monika Herceg)

Traduit du croate par Martina Kramer

 

Recueil: Voix Vives de méditerranée en méditerranée Anthologie Sète 2019
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le domaine (Benoît Vermander)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2020



Illustration: Erich Heckel
    
Le domaine

Il m’est donné cet espace
A bâtir et à planter.
Si j’y crois laisser ma trace
L’eau vite va l’effacer.

Il m’est donné cet espace
A compter et clôturer.
A la fin, de guerre lasse,
Je le déclôturerai.

Il m’est donné cet espace
A chérir et à léguer.
Si se fixe enfin ma place
C’est pour mieux l’abandonner.

(Benoît Vermander)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Numéro 128
Traduction:
Editions: Arpa

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Poème (Joyce Mansour)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2020



Joyce Mansour
    
Poème

Ne jamais dire son rêve
À celui qui ne vous aime pas
L’oreille hostile est tarie
La bouche amère calomnie
La haine vomit le sable du sablier
Plus vite toujours plus vite
La nuit trahie avorte
Une passion au présent déjà passée
Et la peur ne fait qu’augmenter
La rage du caïman
La taille du cancer
Enfouissez vos rêves dans les poches sous vos yeux
Ils seront à l’abri de l’envie
Ils seront à l’abri de l’adage
Qui veut que l’Africain babille
Et que tous les vieux soient sages

(Joyce Mansour)

 

Recueil: 120 nuances d’Afrique
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le cerisier derrière la maison (Morten Søndergaard)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2020



    
Le cerisier
derrière la maison
est en fleurs.
Personne ne l’a vu,
mais maintenant
c’est fait.
Et voilà que
je pense
aux cerises noires
que nous avons mangées
de cet arbre
l’an passé.
Et elles me font
souhaiter
que le temps
aille plus vite,
pour que les cerises
soient bientôt mûres.
En même temps je souhaite
aussi
que le temps reste
immobile,
pour que je puisse
continuer à
regarder
les fleurs du cerisier.
Mais le cerisier
se fiche
de ces histoires.
Il se contente de rester
immobile,
comme un enfant
heureux
qui vient
juste
de prononcer
son premier
mot :
Cerise.

***

Kirsebærtræet
bag ved huset
er sprunget ud.
Ingen så det,
men nu
er det sket.
Jeg kommer
til at tænke
på de sorte kirsebær,
vi spiste
fra det træ
sidste år.
Og de far mig
til at ønske,
at tiden
gik hurtigere,
så kirsebærrene
snart blev modne.
Samtidig ønsker jeg
også,
at den skal
stå stille,
så jeg kan
blive ved
med at se
på kirsebærblomsterne.
Men kirsebœrtræet
bekymrer sig ikke,
om den slags.
Det står bare
stille,
som et lykkeligt
barn,
der lige
har sagt
sit første
ord:
Kirsebær.

(Morten Søndergaard)

 

Recueil: Trois poètes danois
Traduction: Christine Berlioz / Laila Flink Thullesen
Editions: du Murmure

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Balistique (René de Obaldia)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2020




    
Balistique

Si maman retirait ses boucles d’oreille
Je lui mettrais des boucles de cerises
Des cerises rouges comme le soleil
Des soleils tout rouges sur les oreilles.
Quand je reviendrai de l’église
Où j’aurai juré de n’être plus jamais gourmand,
Vite, j’irai mordre les cerises
Sur les oreilles de maman.
Et surtout
Quand le monsieur au chapeau mou
Que je n’aime pas du tout
Viendra lui faire de l’oeil à maman
Avec sa caisse à boniments’
Et rira pour montrer ses dents,
Je prendrai toutes les fois
Les noyaux entre mes doigts
Les noyaux de cerise pleins de sang
Et j’appuierai sans qu’on me voie.
Mors, bien retranché dans mon incognito
Ils partiront comme des bombes, les noyaux
Et taperont juste dans l’oeil
Du monsieur qui fait de l’oeil.

(René de Obaldia)

 

Recueil: Innocentines
Traduction:
Editions: Gracet & Fasquelle

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

ATTENDS-MOI (Sultan Catto)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2020



Illustration: Patricia Blondel
    
Poem in French, Italian, German, Portuguese, Siciliano, Romanian, Polish, Greek, Chinese, Arab, Hindi, Japanese, Farsi, Bulgarian, Icelandic, Russian, Malaya, Filipino, Hebrew, Tamil , Dutch , Espagnol , Anglais

Poem of the Week Ithaca 636
by SULTAN CATTO, Turkey-USA

─ All translations are made in collaboration with Germain Droogenbroodt ─

From: “Bonding”
New Feral Press, Oyster Bay, New York in collaboration with
Cross-Cultural Communications, Merrick, New York, 2018

***

ATTENDS-MOI

Attends-moi, Temps, tu cours trop vite
Attends-moi dans les pages de cette douleur biographique sans fin,
dans cette librairie de livres anciens, dans les eaux du cœur sauvage
Attends mon arrivée dans mon magistral déguisement.

Replace ces bandeaux sur tes yeux,
enlève-les à nouveau dans ce vide, plus grand que la vie
va relire Rumi, cette fourmi presbyte pleine de sagesse,
qu’il tourne tes pensées sur une roue de la fortune
que ses idées se perdent entre les tiennes.

Attends-moi, afin que dans mon plus profond silence tu comprennes
que depuis le temps de ma jeunesse il y a en moi un désir éternel
de n’avoir jamais eu deux cœurs.

Traduction Elisabeth Gerlache

***

ASPETTAMI

Aspettami, Tempo, galoppi troppo in fretta.
Aspettami nelle pagine di questa biografia di dolore senza fine,
in quel negozio di libri rari, nelle acque del cuore selvaggio.
Aspetta il mio arrivo magistralmente travestito.

Metti di nuovo quelle bende sui tuoi occhi,
poi riaprili sul vuoto più grande della vita stessa,
rileggi Rumi, quella saggia e previdente formica,
lascia che egli giri i tuoi pensieri su una ruota della fortuna, lascia che la sua fede si perda nella tua.

Aspettami, così che tu possa comprendere il mio assoluto silenzio. Fin dai giorni della fanciullezza, c’era in me un eterno desiderio di non aver mai avuto due cuori.

Traduzione di Luca Benassi

***

WARTE AUF MICH

Warte auf mich, Zeit, du galoppierst zu schnell.
Warte auf mich auf den Seiten meiner endlos schmerzhaften Lebensgeschichte,
in jenem Laden mit seltsamen Büchern, in den Wassern des wilden Herzens.
Warte auf mein Eintreten in meine gebieterische Verkleidung.

Ziehe die Binde wieder über deine Augen, öffne sie wieder in dieser Leere,
großartiger als das Leben, lese wieder Rumi, jene weise, hellsichtige Ameise,
lass ihn deine Gedanken auf dem Glücksrad kreisen, lass seine Überzeugungen
sich in den deinen verlieren.

Warte auf mich, so kannst du verstehen, in meinem vollkommenen Schweigen.
Seit Kindheitstagen ist in mir ein ewiger Wunsch,
niemals zwei Herzen gehabt zu haben.

Übersetzung Wolfgang Klinck

***

ESPERA POR MIM

Espera por mim, Tempo, estás passando muito rápido.
Espera por mim nas pág
inas dessa interminável biografia dolorosa,
nessa loja de livros raros, nas águas do coração selvagem.
Espera por minha chegada no meu magistral disfarce.

Põe a venda sobre os teus olhos novamente, abra-os
nesse vazio maior do que a vida, vá, releia Rumi, a vidente formiga,
deixe que revolva teus pensamentos na roda da fortuna,
deixa tuas crenças perderem-se dentro de ti.

Espera por mim, assim me compreenderás no meu absoluto silêncio.
Desde os dias da minha infância existe em mim
um eterno desejo de nunca ter dois corações.

Tradução ao português: José Eduardo Degrazia

***

ASPETTAMI

Aspettami, tempu, troppu viloci stai currennu.

Aspettami ntra li pagini di sta biografia ca non finisci mai, nta
li libbrarii di libbra rari, nta li acqui di lu cori sarvaggiu.
Aspetta ca yo arrivu cu lu me travistimentu magistrali.

Mettiti la benna supra l’occhi, riaprili nta lu nenti chiù granni di la vita, va leggi
Rumi, dda saggia previdenti furmicula,

fatti girari d’idda li pinzera nta la rota dâ fortuna, lassa ca i so pinzeri si
cunfunnanu cu li to.

Aspettami, in modu ca tu pozza capiri lu me silenziu assolutu. Di quannu era
nicareddu, ci ha statu in mia
un disidderiu eternu di non aviri mai avutu dui cori.

Traduzioni in sicilianu di Gaetano Cipolla

***

AȘTEAPTĂ-MĂ

Așteaptă-mă, timpule, prea repede galopezi.
așteaptă-mă-n paginile interminabilei biografii chinuite,
în acel magazin de cărți rare, în apele sălbaticei inimi.
Așteaptă să vin, deghizat în strai magistral.

Înfășoară-ți ochii la loc, redeschide-i apoi
în vidul acela, mai grandios decât viața,
mai citește-l o dată pe Rumi, clarvăzătoare furnică înțeleaptă,
dă-i voie, gândurile să ți le-nfășoare pe-o roată a norocului,
părerile, lasă-l să și le piardă printre-ale tale credințe.

Așteaptă-mă, ca să poți să-mi pătrunzi tăcerea profundă.
Din vremea copilăriei port cu mine mereu
dorința nestinsă de a nu fi avut nicicând două inimi.

Traducere: Gabriela Căluțiu Sonnenberg

***

POCZEKAJ NA MNIE

Poczekaj na mnie, Czasie, zbyt szybki twój galop.
Poczekaj na mnie na kartach nieustannego bólu istnienia,
w sklepach niezwykłych ksiąg, w wodach dzikiego serca.
Poczekaj na mnie, aż przyjdę w szatę mistrza przebrany.

Zawiąż znów oczy przepaską, i jeszcze raz je otwórz
w pustce godniejszej od życia, czytaj na nowo Rumiego,
mrówkę dalekowzroczną i mądrą,
myślami twymi mu pozwól zakręcić na kole fortuny,
niech jego przekonania wśród twoich się zatracą.

Czekaj na mnie, byś pojąć mógł moją kompletną ciszę.
Od dni dziecięcych jest we mnie nieustanne życzenie
bym nigdy nie musiał mieć dwóch serc.

Przekład na polski: Mirosław Grudzień – Małgorzata Żurecka

***

ΠΕΡΙΜΕΝΕ ΜΕ

Περίμενε με, Χρόνε, τρέχεις πολύ
στις σελίδες πόνου της βιογραφίας μου
στο μαγαζί σπανίων βιβλίων, στα νερά ατίθασης καρδιάς.

Περίμενε με να εμφανιστώ με τη μαγευτική μου φορεσιά.
Δέσε τα μάτια σου, μη βλέπεις, λύσε τα, κοίταξε
το μεγαλειώδες αυτό κενό, διάβασε Ρούμι, εκείνο το σοφό
μακριά που ατενίζει μυρμηγκάκι, άστο να οδηγήσει το
μυαλό σου στης τύχης τον τροχό, κι άφησε τα πιστεύω του
να μπερδευτούν με τα δικά σου.

Περίμενε με απ’ την απόλυτη σιωπή μου να με καταλάβεις
από τα παιδικά μου ήθελα δύο καρδιές να είχα
αν γινόταν.

Μετάφραση Μανώλη Αλυγιζάκη//translation by Manolis Aligizakis

***

等等我

等等我,时间,你奔跑太快了。
等等我,在这无尽痛苦传记的书页里,在那珍稀书籍的商店里,在
这狂野心灵的水域里。
在我机巧的装扮中等我到来。
把那些
眼罩放置你的眼睛上,在比生命更空虚宏伟中重新睁开眼睛
,去重读诗人鲁米,那聪明、有远见的蚂蚁,
让他把你们的思想旋转在一轮命运上,让他的信仰迷失在你们自己
之中。
等等我,你便可以领悟于我的深沉默想中。从小以来,我内心深处
就曾拥有
一个不具二心的永恒愿望。
原 作:土耳其/美国 苏丹·卡托
汉 译:中 国 周道模 2020-6-13

Chinese translation: William Zhou

***

اِنتظرني

اِنتظرني، أيها الوقت، فأنت تجري بأقصى سرعة.
انتظرني بصفحات هذا األلم الالمتناهي في حياتي،
هناك في متجر الكتب النادرة، وفي دفق المشاعر القاسية.
اِنتظرني سأصل إليك بهيئة مهيبة لن تعرفها.

ضع تلك العصابة على عينيك،

وحاول أن تفتحهما مرة أخرى في ذلك الفراغ األكبر من الحياة،
اِمض لتقرأ « الرومي » تارة أخرى، تلك الكينونة الحكيمة بعيدة النظر،

دعه يدور أفكارك في عجلة الحظ، اسمح لمعتقداته أن تذوب وسط ما تؤمن به.

انتظرني، كي تتفهمني في صمتي المطبق.
فمنذ طفولتي، اضطرمت في داخلي رغب أبدية بأال أملك قلبين.
سلطان كاتو، تركيا/الواليات المتحدة األمريكية

ترجمة: سارة سليم

عن:
Arab translation by Amal Bouchareb

***

எனக்காகக் காத்திரு!

எனக்காக்க் காத்திரு, நேரமே, நீ வெகு விரைவில் பாய்ந்து செல்கிறாய்
எனக்காகக் காத்திரு, முடிவில்லாத இந்த வரலாற்று வலியின் பக்கங்களில்
அரிதான புத்தகங்களின் கடையில், வகட்டுப்படுத்த முடியாத இதயத்தின் தண்ணீரில்

எனது நடுவர் வேடத்தில் எனது வருகைக்காகக் காத்திரு
உனது கண்களின் மேல் கண்மூடும் திரைகளைப் போர்த்திவை

வாழ்க்கையைவிட அருமையான அந்த வெற்றிடத்தில் மீண்டும் அத்திரைகளைத் திறந்துவை
செல், மீண்டும் அந்த கெட்டிகார, தொலைநோக்குள்ள ரூமி எரும்பின் வாழ்வைப்படி
அதிருஷ்டச் சக்கரத்தின்மேலான உனது எண்ணங்களைச் சுற்றி வரட்டும் அது
உனது நம்பிக்கைகளிடையே அதன் நம்பிக்கைகள் மறையட்டும்

எனக்காகக் காத்திரு, எனது அமைதியின்,நிசப்தத்தின் பொருளைப் புரிந்துகொள்ள இயலும்

எனது குழந்தைப்பருவத்திலிருந்து, என்னிடம் உள்ளது
இரண்டு இதயங்கள் இருக்கக் கூடாது என்ற காலம் காலமான ஆவல்

Hindi translation by Jyotirmaya Thakur.

***

私を待って

時間よ、待って
あなたは早くかけて行き過ぎる
その希少本を扱う書店で売られる伝記の
終わりない痛みのページの中で
私を待って
未開の心の水の中で
私が威厳を持って現れるのを待って

その目隠しをもう一度つけなさい
人生よりも壮大な空間でもう一度開きなさい
Rumiを読み直すの
あの賢く先見の明を持つアリを
運命の車輪の上で
彼にあなたの考えを回させなさい
彼があなたの信念の中で迷うくらい

待って
そしたら私の完全な沈黙を理解できるから
子供の頃からずっと
私の中には二つの心を持ちたくないという
永遠の願いがあるのだから

(サルタン・カット・トルコ/アメリカ

Japanese translation by Manabu Kitawaki

***

برایم صبر کن

برایم صبر کن، ای زمان، خیلی سریع می تازی.
برایم صبر کن در صفحات این درد بی پایان زندگی نامه ام، در آن فروشگاه
کتابهای نایاب ، در دریای قلب مجنون.
منتظر رسیدنم با تغییری آمرانه باش.
آن چشم بندها را بر چشمان خود بگذار ، دوباره چشمانت را در آن پوچی غمناکتر
از زندگی برگشا، مولانا را دوباره بخوان، آن خردمند ،مورچه دور انديش ،
به او اجازه بده افکارت را بر روی چرخ روزگار بچرخاند ، اجازه بده عقایدش در
عقاید تو گم شود.
برايم صبر كن، تا سکوت مطلقم را درک کنی. کودکی را کنار بگذار. من هرگز
نخواسته ام دو قلب داشته باشم.

سلطان کاتتو، ترکیه/ آمریکا
ترجمه سپیده زمانی

از کتاب دلبستگی
نشر نیوفرال پرس
با همکاری کراس کالچرال

Farsi translation by Sepideh Zamani

***

BÍDDU MÍN

Bíddu mín, Tími, þú hleypur of hratt.
Bíddu mín á síðum endalausu ævisögukvalanna,
í búð með sjaldgæfar bækur, í vötnum villta hjartans.
Bíddu þess að ég komi dulbúinnn sem dómari.

Bintu aftur fyrir augu þín, opnaðu þau aftur í tóminu
sem er stórfenglegra en lífið,
farðu að lesa Rumi aftur, þann vitra, framsýna maur,
láttu hann snúa hugsunum þínum með lukkuhjólinu,
láttu skoðanir hans hverfa með þínum eigin.

Bíddu mín, svo að þú öðlist skilning á algerri þögn minni.
Frá barnæsku bý ég yfir
eilífri þrá að hafa aldrei átt tvö hjörtu.

Þór Stefánsson þýddi úr: Bonding

***

ПОДОЖДИ МЕНЯ

Подожди меня, Время, ты мчишься слишком быстро.
Подожди меня на страницах этих болезненных бесконечных
биографий,
в магазине редких книг, в омуте дикого сердца.
Подожди, пока я приду – я буду в другом обличье.

Снова завяжи на глазах повязку,
а потом сними ее в пустоте, что больше самой жизни,
пойди перечитай Руми, этого умного, прозорливого муравья,
позволь ему прокрутить твои мысли на колесе судьбы,
позволь им смешаться с твоими.

Подожди меня, чтобы в полной тишине стало ясно,
что с юности я желал лишь об одном – никогда не иметь целых два
сердца.

Из: «Единение» – “Bonding”

Издательство «Нью Ферал Пресс», Ойстер Бей, Нью-Йорк в сотрудничестве с
издательством «Кросс-культурные коммуникации», Нью-Йорк, 2018

Russian translation by Daria Mishueva

***

HINTAYIN MO AKO

Oras, hintayin mo ako, kay bilis mo namang tumalon.
Hintayin mo ako sa mga pahina nitong mga walang patid na kirot ng aking talambuhay,
Sa tindahan ng mga aklat, sa mga tubigan ng mga pusong ligaw.
Hintayin mo ang aking pagdating sa aking marangyang pagbabalatkayo.

Ibalik mo ang takip sa iyong mga mata,
Muli mong buksan sa higit na malawak na kahungkagan kaysa sa buhay,
Humayo ka basahin mo uli si Rumi, yaong marunong na may ga langgam na malayong pananaw sa buhay

Hayaan mong umikot ang iyong mga saloobin sa mga gulong ng kapalaran,
Hayaan mong ang kanyang mga paniniwala ay maglaho sa iyong mga isipan.
Hintayin mo ako, upang maunawaan mo ang aking katahimikan.
Mula sa panahon ng pagkabata, nariyan na ako
Isang walang hanggang hangarin na hindi kailanman kailangang magkaroon ng
dalawang puso.

Translated in Filipino by Eden Soriano Trinidad

***

חַכֵּה לִי, זְמַן, אַתָּה דּוֹהֵר מַהֵר מִדַּי.

חַכֵּה לִי בְּדַפֵּי הַכְּאֵב הָאֵינְסוֹפִי הַזֶּה שֶׁל הַבִּיּוֹגְרַפְיָה, בְּתוֹךְ
אוֹתָהּ חֲנוּת שֶׁל סְפָרִים נְדִירִים, בְּמֵי הַלֵּב הַפִּרְאִי.
חַכֵּה לִי שֶׁאוֹפִיעַ בַּמַּסְוֶה הַסַּמְכוּתִי שֶׁלִּי.

שִׂים אֶת כִּסּוּיֵי הָעֵינַיִם הָהֵם חֲזָרָה עַל עֵינֵיךָ, פְּקַּח אוֹתָם מֵחָדָשׁ
בְּאוֹתוֹ חָלָל שֶׁהוּא גָּדוֹל יוֹתֵר מֵהַחַיִּים, לֵךְ לִקְרֹא שׁוּב אֶת רוּמִי, אוֹתָהּ נְמָלָה

חֲכָמָה,
חַדַּת הַבְחָנָה,

תֵּן לוֹ לַהֲפֹךְ שׁוּב וְשׁוּב בְּמַחְשְׁבוֹתֶיךָ עַל גַּלְגַּל הֶעָתִיד, תֵּן

לֶאֱמוּנוֹתָיו לָלֶכֶת לְאִבּוּד יַחַד עִם שֶׁלְּךָ.

חַכֵּה לִי, כָּךְ שֶׁתּוּכַל לִתְפֹּס אֶת הַדְּמָמָה הַמֻּחְלֶטֶת שֶׁלִּי.

מֵאָז יְמֵי הַיַּלְדוּת, יֵשׁ בְּתוֹכִי

תְּשׁוּקָה נִצְחִית שֶׁלְּעוֹלָם לֹא יִהְיֶה לִי לֵב חָצוּי.

משורר אמריקאי-טורקי
צילום: ג’רמיין דרוגנברודט
תרגום מאנגלית לעברית: דורית ויסמן

Tamil translation by Dr. Subbaraman N.V.

***

WACHT OP MIJ

Wacht op mij, Tijd, je loopt te snel.
Wacht op mij in de pagina’s van deze eindeloze, biografische pijn,
in die winkel van zeldzame boeken, in de wateren van het wilde hart.
Wacht op mijn aankomst in mijn magistrale vermomming.
Plaats die blinddoeken terug over je ogen,
neem ze weer af in die leegte, grootser dan het leven
ga Roemi herlezen, die wijze, verziende mier,
laat hem jouw gedachten doen draaien op een rad van het lot,
laat zijn meningen tussen de jouwe verdwalen.
Wacht op mij, zodat je in mijn diepste stilte kan begrijpen,
dat er sinds de tijd van mijn jeugd er in mij een eeuwig verlangen is
nooit twee harten te hebben gehad.

Dutch translation by Germain Droogenbroodt

***

ESPÉRAME

Espérame, tiempo, vas galopando demasiado rápido,
espérame en las páginas de este dolor incesante de la biografía,
en esa tienda de libros raros, en las aguas del corazón salvaje,
espera mi llegada vestido de magistrado.
Vuelve a ponerte las vendas en los ojos,
reábrelos en aquel vacío mayor que la vida,
vuelve a leer a Rumi, esa hormiga sabia y previsora,
déjale que gire tus pensamientos con la rueda de la fortuna,
deja que sus creencias se dispersen entre las tuyas.
Espérame para poder comprender mi absoluto silencio.
Desde los días de la infancia, hay en mí
un eterno deseo de no haber vivido con dos corazones.

Traducción Germain Droogenbroodt – Rafael Carcelén

***

WAIT FOR ME

Wait for me, Time, you’re galloping too fast.
Wait for me in the pages of this endless pain of biography,
in that shop of rare books, in the waters of the wild heart.
Wait for my arrival in my magisterial disguise.
Place those blindfolds back over your eyes,
re-open them in that void grander than life,
go re-read Rumi, that wise, far-seeing ant,
let him revolve your thoughts on a wheel of fortune,
let his beliefs get lost among your own.
Wait for me, so you can comprehend in my utter silence.
Since the days of childhood, there is in me
an eternal desire to have never had two
hearts.

Traduction en Anglais Stanley Barkan

***

(Sultan Catto)

 

Recueil: ITHACA 636
Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

TORRENT (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2020



Illustration: Danielle Bellefroid
    
TORRENT

On pose les mains gantées de douleur sur les choses
Et les choses pleurent.
Sous des armures de froid, de gel,
Les pieds s’enfoncent dans la terre.
La terre bouge et tente
De fuir sous nos pieds.
La cuirasse
Est ourdie de points de côté.
Le bouclier serre le bras comme un étau.
Le heaume
Est doublé de braise.
Du côté du monde
Les yeux tissent une toile d’araignée,
Et l’on entend, l’on entend,
Pareil aux torrents qui viennent
Lourds, opaques, des montagnes,
Vite, vite,
Le temps.

(Mihai Beniuc)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

RÉCATONPIL U ou Le jeu du poulet (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2020




    
RÉCATONPIL U
ou
Le jeu du poulet

pour Nicolas

Si tu veux apprendre
des mots inconnus,
récapitulons,
récatonpilu.

Si tu veux connaître
des jeux imprévus,
locomotivons,
locomotivu.

Mais les jeux parfaits
sont les plus connus
jouons au poulet.

Je suis le renard
je cours après toi
plus loin que ma vie.

Comme tu vas vite !
Si je m’essoufflais !
Si je m’arrêtais !

(Jean Tardieu)

 

Recueil: Jean Tardieu Un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :