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Poésie

Posts Tagged ‘vitesse’

Le jour monte et grandit (Michel Houellebecq)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2022



Le jour monte et grandit, retombe sur la ville
Nous avons traversé la nuit sans délivrance
J’entends les autobus et la rumeur subtile
Des échanges sociaux. J’accède à la présence.

Aujourd’hui aura lieu. La surface invisible
Délimitant dans l’air nos êtres de souffrance
Se forme et se durcit à une vitesse terrible;
Le corps, le corps pourtant, est une appartenance.

Nous avons traversé fatigues et désirs
Sans retrouver le goût des rêves de l’enfance
Il n’y a plus grand-chose au fond de nos sourires,
Nous sommes prisonniers de notre transparence.

(Michel Houellebecq)

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LUXE URBAIN (Denis Grozdanovitch)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2022



pluie voiture

LUXE URBAIN

Lorsque je suis seul devant la fenêtre
à remplir consciencieusement mes pages de carnet
mon écriture minutieuse progressant
à la vitesse d’une fourmi opiniâtre le long d’un grand mur
je ne m’aperçois qu’il crachine dehors
qu’à un seul indice : le beau brillant qui vernisse
les toits de zinc des immeubles
les carrosseries des automobiles.

C’est alors que dans la demi-pénombre des jours pluvieux
les surfaces métalliques si nombreuses dans nos villes
commencent de luire doucement
avec la même perfection le même luxe discret
qu’une très ancienne laque de Chine.

(Denis Grozdanovitch)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Illustration

 

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La vitesse du train (Sam Cannarozzi)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2022




    
La vitesse du train
fait fondre en un seul flou
ciel, brume, vaches et herbes.

(Sam Cannarozzi)

Recueil: Il pleut des poèmes Anthologie des poèmes minuscules
Traduction:
Editions: Rue du Monde

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Seul (Jean Cocteau)

Posted by arbrealettres sur 8 avril 2022




    
Seul

Seul debout.
Seul assis.
Seul couché.
Seul sur the gril.
Seul écartelé par les chevaux de labour
dont il ne voyait que les croupes.
Seul pendu et son sperme devint mandragore.
Seul dans la vitesse qui n’est pas,
dans la minute qui n’est pas,
dans l’espace qui n’est pas,
dans le temps qui n’est pas,
dans l’éternité qui n’est pas,
dans l rien qui ne l’est pas,
dans le vide plein de boue.

Seul dans un bloc de quartz ignoble,
dans un iceberg en voyage.
Seul avec la solitude qui n’en est pas une.
Avec la lune qui fut sans être.
Avec ses pas qui n’en sont pas.
Avec ce tison qui se croûte et qui brûle au milieu
et se croûte et brûle dans un songe qui n’est même pas un songe.
Seul avec le sommeil du condamné à mort.

***

Alone

Alone standing.
Alone sitting.
Alone lying down.
Alone on the grille.
Alone drawn and quartered by workhorses,
seeing only their rumps.
Alone hanging, ejaculating a mandrake.
Alone in the quickness that isn’t,
in the minute that isn’t,
in the space that isn’t,
in time that isn’t,
in eternity that isn’t,
in the nothing that isn’t,
in an emptiness full of mud.
Alone in a corrupted chunk of quartz,
in an iceberg floating by.
Alone in solitude that isn’t.
With a moon that was without being.
With his footsteps that aren’t footsteps.
With this ember that crusts over and burns at its center,
and crusts and burns in a dream that isn’t even a dream.
Alone in the sleep of the condemned to death

Translated by Mary-Sherman Willis

(Jean Cocteau)

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UNE FILLE (Slobodan Kojovik)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2021




UNE FILLE

Avec mes cheveux gris et ma barbe trop blanche,
A moi-même fidèle, âmes songes d’enfant,
Malgré la brume épaisse et le temps étouffant,
Et l’avenir broyé sous un poids d’avalanche,

Une fille je vois et ses cheveux dorés.
Dans un jardin de rêve, à la corde elle saute,
Heureuse et souriante, avec la tête haute.
Chez elle les chemins ne sont jamais barrés.

Quand un échec remplace une énorme espérance,
Quand l’homme bestial domine l’univers,
Quand la terre est rongée aux coups d’immondes vers,
Comme au temps révolu de ma première enfance,

Une fille je vois et ses cheveux dorés.
Dans un jardin de rêve, à la corde elle saute,
Heureuse et souriante, avec la tête haute.
Chez elle les chemins ne sont jamais barrés.

Ma vie arrive au bout prenant de la vitesse.
Sans être vraiment fier d’un tel état de lieux,
De la profonde nuit, des nuages aux cieux,
Malgré le grand déboire et l’immense détresse,

Une fille je vois et ses cheveux dorés.
Dans un jardin de rêve, à la corde elle saute,
Heureuse et souriante avec la tête haute.
Chez elle les chemins ne sont jamais barrés.

(Slobodan Kojovik)

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UNE LONGUEUR D’AVANCE (André Welter)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2021



Illustration
    
UNE LONGUEUR D’AVANCE
à Gérard Chaliand

La poésie se joue du temps.
Elle parle et sait de très loin.
Dans l’univers d’avant-naître.
Dans l’instant d’outre-venue.
Dans le réel plus vaste.

Elle est lueur de mise en abîme.
Feu souverain hors des flammes.
Trace qui préfigure.
Elle est nuit très pure.
Aube fraîche.
Grand midi.

Rythme et visée
de toute vie qui se risque.
La poésie est sursaut d’adolescence à jamais.
Désir sans frein.

Vitesse.
Vertige.
Frénésie de départ.

Comme un galop dans le sang.
Comme un soleil à la bouche.
Et l’infini qui se donne en partage…

[…]

(André Welter)

 

Recueil: La vie en dansant – Au cabaret de l’éphémère – Avec un peu plus de ciel
Traduction:
Editions: Gallimard

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Montre-moi le sommeil renversé (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2020



montre-moi
le sommeil renversé

la vitesse
éperdue

le chapelet
aux mille bouches

le précieux déluge
épuisant tous les masques

(Zéno Bianu)


Illustration: Salvador Dali

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Sottes bêtes (Langston Hughes)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2020



Martin Theodore Ward 0

Sottes bêtes

Le chien dévala la rue à toute vitesse,
Le chat grimpa sur le cheneau.
La souris qui les voyait s’écria :
« Toujours les mêmes! »

***

Silly Animals

The dog ran down the street
The cat ran up the drain
The mouse looked out and said,
There they go again!

(Langston Hughes)

Illustration: Martin Theodore Ward

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Je ne veux plus me poser (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2020



 

Rockwell Kent 11

Je ne veux plus me poser
voler à la vitesse du temps
croire ainsi un instant
mon attente immobile

(Philippe Jaccottet)

Illustration: Rockwell Kent

 

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APPEL POUR LA SOLITUDE (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2020



 

Misha Gordin crowd49 [1280x768]

APPEL POUR LA SOLITUDE

Si je pouvais en moi-même me dérober,
Vivre inconnu, inconnu,
Me dissoudre
Dans l’alliage muet de la nuit et des songes.

Si je pouvais déserter le dehors,
Saoul de tumulte, de vitesse,
En moi-même plonger dans le cosmos,
Me sentir un avec Lui —

Je suis pris dans la foule qui s’agite, résiste,
Malade d’avoir tant crié,
Je suis pris, dans la foule qui s’éteint, se meurt,
Je me hâte vers, le triomphe, sachant que je ne m’abattrai
Qu’avec la hache qui m’abattra,
Et je pressens la plainte que j’élèverai vers Lui.

(Srecko Kosovel)

Illustration: Misha Gordin

 

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