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Poésie

Posts Tagged ‘vitesse’

Sottes bêtes (Langston Hughes)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2020



Martin Theodore Ward 0

Sottes bêtes

Le chien dévala la rue à toute vitesse,
Le chat grimpa sur le cheneau.
La souris qui les voyait s’écria :
« Toujours les mêmes! »

***

Silly Animals

The dog ran down the street
The cat ran up the drain
The mouse looked out and said,
There they go again!

(Langston Hughes)

Illustration: Martin Theodore Ward

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Je ne veux plus me poser (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2020



 

Rockwell Kent 11

Je ne veux plus me poser
voler à la vitesse du temps
croire ainsi un instant
mon attente immobile

(Philippe Jaccottet)

Illustration: Rockwell Kent

 

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APPEL POUR LA SOLITUDE (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2020



 

Misha Gordin crowd49 [1280x768]

APPEL POUR LA SOLITUDE

Si je pouvais en moi-même me dérober,
Vivre inconnu, inconnu,
Me dissoudre
Dans l’alliage muet de la nuit et des songes.

Si je pouvais déserter le dehors,
Saoul de tumulte, de vitesse,
En moi-même plonger dans le cosmos,
Me sentir un avec Lui —

Je suis pris dans la foule qui s’agite, résiste,
Malade d’avoir tant crié,
Je suis pris, dans la foule qui s’éteint, se meurt,
Je me hâte vers, le triomphe, sachant que je ne m’abattrai
Qu’avec la hache qui m’abattra,
Et je pressens la plainte que j’élèverai vers Lui.

(Srecko Kosovel)

Illustration: Misha Gordin

 

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Les flèches de la Beauté (Marcel Proust)

Posted by arbrealettres sur 13 janvier 2020



 

Albert Lynch b

Pour peu que la nuit tombe et que la voiture aille vite, à la campagne, dans une ville,
il n’y a pas un torse féminin, mutilé comme un marbre antique par la vitesse qui nous entraîne
et le crépuscule qui le noie, qui ne tire sur notre cœur, à chaque coin de route, du fond de chaque boutique,
les flèches de la Beauté, de la Beauté dont on serait parfois tenté de se demander si elle est en ce monde autre chose
que la partie de complément qu’ajoute à une passante fragmentaire et fugitive notre imagination surexcitée par le regret.

(Marcel Proust)

Découvert ici Dans le Couloir

Illustration: Albert Lynch

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BARDO (André Velter)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2019




    
BARDO
(Métamorphose des 5 poisons)

Je garde l’énergie d’une colère sans haine,
j’affronte l’ignorance sans cérémonie,
je repousse l’émotion jalouse sans complaisance,
j’accède à l’intensité du désir sans plus d’attachement,
je sais l’orgueil nocif mais tiens au sursaut de l’être
à l’aplomb de lui-même.

(Vairocana)
Ce n’est déjà plus l’heure
de survivre à blanc
au centre des illusions ou des cieux,
la roue a pris le temps de vitesse
et distancé les dieux,
elle rejoint la sphère pareille
à la conscience pure, sans limites et sans âge.

(Aksobhya)
J’ai confié ma colère
à la lumière bleue
qui se lève à l’est,
ô sagesse, ô miroir,
comme un baiser à bouche close
chante un autre ciel
libre de nos enfers.

(André Velter)

 

Recueil: Le Haut-Pays suivi de La traversée du Tsangpo
Traduction:
Editions: Gallimard

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QUE ET QUE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2019



Illustration: Flo DS
    
QUE ET QUE
(Testament léger)

Je sais que j’attends que l’heure
s’ajoute à l’heure et m’enlève
je ne résisterai pas.

Sur les prés et sur les dunes
les poulains les goélands
auront leur part de vitesse
de lumière de repos.

Enfin je ressemblerai
à ce qui m’anima, dès
l’origine de ma vie :
moitié soleil moitié ombre,
victorieux et défait.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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FRONTISPICE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019




    
FRONTISPICE
(Pourquoi sinon)

Pourquoi
sinon
pourquoi chercher
sinon dans le vol indécis des nuages
non pas la métaphore seule
ou l’enfantin symbole mais
le sens même et le non-sens
et que faut-il craindre en vivant sinon
la foudre affreusement imitée
par la guerre et par
le conflit incessant des choses
et que faut-il enfin révérer
sinon la récompense indue
de voir d’entendre de toucher
à profusion le jour et l’ombre
ou le plaisir d’être debout
et de fouler le sol
du sable à l’herbe et de la feuille
au pavement et si parfois
nous vient la faiblesse mortelle
d’imaginer des personnes immenses
d’abord à notre image façonnées
puis s’effaçant dans l’improbable
alors c’est nous c’est nous-mêmes
orgueil et délire
c’est nous c’est nos propres reflets
qu’il nous faut dérisoire prière invoquer
car rien n’est plus sacré que
notre énigme pas à pas
et marche après marche obstinée
à gravir les
degrés de ce temple en mouvement
qui n’est autre
que l’aurore
à l’absolu calcul obéissante’
et la nuit
à nos veux de voyants aveugles révélée
hors des saisons de notre vie
et bien au-delà des
tourbillons du système des mondes
et plus loin confondant
tout l’effort de notre esprit
et tous les termes du
langage et la mesure
et la limite par la vitesse
à tous les vents de l’espace jetés
pour que règne
le temps révolu
et que la conscience
à son retour dans
l’être sans figure s’accoutume
puisque notre faiblesse démente
est pareille au passage des jours pareille
aux troupeaux affolés par l’orage pareille
à la parole trébuchante et
renversée et que dirai-je
encore de plus
sinon pourquoi ?

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Les empressés (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2019



 

Maggie Taylor - Garden

Les empressés nous sommes,
Mais la marche du temps,
tenez-là comme rien
au sein du permanent toujours.

tout ce qui est vitesse
ne sera que déjà passé ;
car c’est ce qui séjourne
qui seul nous initie.

Jeunesse, oh ! ne le jette pas
ton cœur dans la rapidité
pas aux tentatives du vol.

L’obscur et la clarté,
la fleur comme le livre :
tout est repos.

***

Wir sind die Treibenden.
Aber den Schritt der Zeit,
nehmt ihn als Kleinigkeit
im immer Bleibenden.

Alles das Eilende
wird schon vorüber sein ;
denn das Verweilende
erst weiht uns ein.

Knaben, o werft den Mut
nicht in die Schnelligkeit,
nicht in den Flugversuch.

Alles ist ausgeruht :
Dunkel und Helligkeit,
Blume und Buch.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Maggie Taylor

 

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QUAND ON REGARDE UNE MONTRE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2019



Illustration: Patricia Blondel 
    
QUAND ON REGARDE UNE MONTRE

Je n’ai pas fini d’espérer
infatigable comme une araignée vigilante
je guette pour les retenir
dans ma toile quotidienne
les joies du soir et du matin
qui filent à toute vitesse
Tant pis pour les chagrins et les douleurs
et les emmerdements
qui passent lentement
et qui s’accrochent

Oui mais voilà
je sais que je dois chaque jour
chaque heure
m’avancer vers cette falaise
et vers ce grand trou sans fond
je me retourne souvent
et j’aperçois très loin
le brouillard de ma naissance
Je suis le nomade qui marche la nuit
et qui attend le jour et l’oubli

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et Poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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Il n’y a pas d’explication pour l’ombre (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2019




    
Il n’y a pas d’explication pour l’ombre.
Il n’y en a pas non plus pour la lumière.

Seules certaines choses intermédiaires s’expliquent :
les poisons déversés ou avalés,
l’entre-deux avec lequel nous lions les choses,
la panne soudaine d’un visage,
le pouls sec du passé,
l’asymétrie de se penser.

La vitesse ne donne pas un sens,
la lenteur non plus.

Chaque monde est une image,
bloqué par son idée.

***

No hay explicacion para la sombra.
Tampoco la hay para la luz.

Solo se explican algunas cosas intermedias,
los venenos, derramados o bebidos,
el entredós con que unimos las cosas,
el apagón repentino de un rostro,
el pulso seco del pasado,
la asimetria de pensarse.

La rapidez no da sentido,
la lentitud tampoco.

Todo mundo es una imagen,
bloqueado por su idea.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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