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Poésie

Posts Tagged ‘vitre’

Soir ivre (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2019



Illustration: Edward Hopper
    
Soir ivre

Soir ivre empli d’une clarté bleutée
titube à la fenêtre et désire chanter.
Les vitres peureusement se rassemblent et se pressent
dans lesquelles ses ombres se sont prises au filet.

Il obscurcit et tangue autour des maisons,
tombe sur un enfant et le chasse en criant,
poursuit tout en haletant et chuchotant
de sombres et inquiétantes déclarations.

Dans la cour humide, à la lisière sombre du mur,
il s’ébat avec les rats dans les coins.
Une femme dans sa robe grise râpée de bure
s’enfuit devant lui pour se cacher plus loin.

A la fontaine un filet mince encore coule,
une goutte s’empresse de saisir l’autre au vol ;
là, il boit sans ambages au trou encrassé de rouille
et aide à laver les noirs caniveaux et rigoles.

Soir ivre empli d’une clarté bleutée
titube par la fenêtre et commence à chanter.
Les vitres se brisent. Le visage ensanglanté,
il entre pour lutter avec ma terreur.

***

Betrunkner Abend

Betrunkner Abend, voll vom blauen Licht,
taumelt ans Fenster und begehrt zu singen.
Die Scheiben drängen furchtsam sich und dicht,
in denen seine Schatten sich verfingen.

Er schwankt verdunkelnd um das Häusermeer,
trifft auf ein Kind, es schreiend zu verjagen,
und atmet keuchend pinter allem her,
Beängstigendes flüsternd auszusagen.

Im feuchten Hof am dunklen Mauerrand
tummelt mit Ratten er sich in den Ecken.
Ein Weib, in grau verschlissenem Gewand,
weicht vor ihm weg, sich tiefer zu verstecken.

Am Brunnen rinnt ein dünner Faden noch,
ein Tropfen läuft, den andern zu erhaschen;
dort trinkt er jäh aus rostverschleimtem Loch
und hait, die schwarzen Gossen mitzuwaschen.

Betrunkner Abend, voll vom blauen Licht,
taumelt ins Fenster und beginnt zu singen.
Die Scheiben brechen. Blutend im Gesicht
dringt er herein, mit meinem Graun zu ringen.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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LE TANAH DIT (Joseph Rolnik)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2019




    
LE TANAH DIT
(extrait)

Des tuiles, des planches, des vitres,
Et martèle, et façonne, et bats,
Assemble-les, plus vite, vite,
Le jour s’assombrit et s’en va.

Le jour s’assombrit et s’en va,
Et tout à coup surgit la nuit,
Tu restes perdu dans ton champ
Sans avoir fini ton abri.

Des tuiles, des planches, des vitres,
Rien ne peut sortir de cela,
Le vent disperse ta demeure
Avant que monte le soleil.

(Joseph Rolnik)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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REFRAIN POPULAIRE (Itzhak-Leibush Peretz)

Posted by arbrealettres sur 17 novembre 2019



    

REFRAIN POPULAIRE

Des palais bâtis de pierre,
Ferronnerie aux balcons,
Blancheur des perrons de marbre
Et dorures des salons.

Lustres scintillants de gemmes
Qu’aux vitres l’on voit danser:
Là viendra celui que j’aime
Pour se choisir fiancée,

Sa fiancée à choisir
En ce lieu plus belle et claire.
Moi je resterai moisir
Comme feuille au vent d’hiver.

(Itzhak-Leibush Peretz)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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La forme de ton coeur (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 26 octobre 2019


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Ta chevelure d’oranges dans le vide du monde
Dans le vide des vitres lourdes de silence
Et d’ombre où mes mains nues cherchent tous tes reflets.

La forme de ton coeur est chimérique
Et ton amour ressemble à mon désir perdu.
Ô soupirs d’ambre, rêves, regards.

Mais tu n’as pas toujours été avec moi. Ma mémoire
Est encore obscurcie de t’avoir vue venir
Et partir. Le temps se sert de mots comme l’amour.

(Paul Eluard)

 

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Hors de moi (Henri Gougaud)

Posted by arbrealettres sur 17 octobre 2019



Je tourne autour de moi
moi
maison fermée depuis plusieurs hivers

Qui a muré la porte
et les fenêtres?
J’entends quelqu’un dedans
j’aboie furieusement
je gratte la terre au pied du mur
je m’écorche
un soldat bouge sur les carreaux de la cuisine
un soldat
qui fait la soupe dans son casque
se rase en se regardant dans une vitre aveugle
monte la garde dans un grenier
attend que j’essaie d’entrer pour m’abattre
j’aboie
j’aboie

je mourrai hors de moi.

(Henri Gougaud)

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L’ILE (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2019



 

Hameau de la Reine Versailles [1280x768]

L’ILE

L’île basse, parmi les eaux, isole en elle,
Sous les pleurs du vieux saule et le frisson du tremble,
Le pavillon carré dont la tristesse semble
Enclore en son secret un silence fidèle.

Par les vitres, on voit, qui se décharne, l’aile
D’une harpe tendre ses cordes où il tremble
Un peu du frôlement des doigts qui l’ont ensemble
Fait vibrer doucement jadis, sonore et grêle.

Et le blanc pavillon de marbre et de cristal
S’est endormi, avec en lui l’accord final
Que le silence embaume en son ombre engourdie;

Et qui sait si le chant, par la fenêtre close,
N’en filtre pas encor pour charmer l’eau verdie,
Faire trembler le tremble et sangloter le saule?

(Henri De Régnier)

Illustration

 

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Au fond de la casserole (Thomas Vinau)

Posted by arbrealettres sur 27 septembre 2019




    
Au fond de la casserole
(à Roger Lahu)

Le pot-au-feu popote
dans la grande nuit qui tombe
les poireaux
les carottes
les patates et la viande
dessinent des fantômes
en buée sur les vitres
je vous attends
en mijotant
en bouillonnant
comme un vieux plat
d’automne
au fond de la cocotte
ma colère
mes silences
et ma connerie d’homme
quand vous serez là
la nuit sentira bon
et moi je serai
cuit

(Thomas Vinau)

 

Recueil: Juste après la pluie
Traduction:
Editions: Alma

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IL Y AVAIT DES FEMMES… (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2019



Il y avait des femmes, grandes et maternelles.
Mystère de leurs jupes douces sur mes bras nus.
Et le soleil ! Les guêpes, prisonnières du couchant,
Glissaient parmi les peines anciennes de la vitre,
Traversaient le losange que chaque été reforme,
Immerge dans la crête transparente des bois.
Un fleuve qui éclate sans troubler mon sommeil
Et s’allonge sans bruit sur le plâtre. Des surprises
Dans les lauriers mouillés. Et puis de ferroviaires
Aventures, au petit jour, tandis que brûlent
Le dernier visage, la dernière porte.

(Jean Rousselot)

Illustration

 

 

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il ne désire aucun miroir (Pierre Dhainaut)

Posted by arbrealettres sur 29 août 2019


pluie

La pluie battant les vitres,
un enfant l’applaudit,
il ne désire aucun miroir.

(Pierre Dhainaut)

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Veillée (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2019



 

Wilhelm Hammershoi   6973 

Veillée

Quand ma lampe est éteinte, et que pas une étoile
Ne scintille en hiver aux vitres des maisons,
Quand plus rien ne s’allume aux sombres horizons,
Et que la lune marche à travers un long voile,
Ô vierge ! ô ma lumière ! En regardant les cieux,
Mon coeur qui croit en vous voit rayonner vos yeux.

Non ! Tout n’est pas malheur sur la terre flottante :
Agité sans repos par la mer inconstante,
Cet immense vaisseau, prêt à sombrer le soir,
Se relève à l’aurore élancé vers l’espoir.
Chaque âme y trouve un mât pour y poser son aile,
Avant de regagner sa patrie éternelle.

Et tous les passagers, l’un à l’autre inconnus,
Se regardent, disant :  » D’où sommes-nous venus ?  »
Ils ne répondent pas. Pourtant, sous leur paupière,
Tous portent le rayon de divine lumière ;
Et tous ces hauts pensers m’éblouissent… j’ai peur ;
Mais je me dis encor :  » Non, tout n’est pas malheur !  »

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Wilhelm Hammershoi

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