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Poésie

Posts Tagged ‘vitrine’

Le Poète (René-Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2017



Le Poète

Celui qui s’en allait
Celui qu’on retrouvait tous les soirs sur les quais
Dans les désordres du langage
Celui qui n’avait plus que sa joie pour bagage
Et dont l’astre brûlait les registres du port
Celui qui s’engouffrait dans les voiles du sort

Tournant vers le matin ses paumes lumineuses
Celui se se gardait une fin bienheureuse
En répondant au nom de tous les condamnés
Il est là maintenant
Son coeur est désarmé
Tandis que le soleil encombre les vitrines
Il sort de longs couteaux rouillés de sa poitrine

Penché sur l’horizon réduit du bastingage
Il regarde
Il n’a plus les ferveurs de son âge
Il ne renverse plus le monde en se levant
Tout est loin dans la rogue épaisse du levant

Pour retrouver l’éclat des santés
La jeunesse
Et le grand large avec ses marées de tendresse
La bonne odeur du jour
Il tend les bras
Il est certain de son amour.

(René-Guy Cadou)

 

 

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Comme Feuilles – Il Se déplie – Et puis – Il se referme – (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2017



Comme Feuilles – Il Se déplie –
Et puis – Il se referme –
Puis se perche sur la Capeline
De Quelque Bouton d’Or –

Puis dans sa course Il heurte
Et renverse une Rose –
Et puis il ne fait Rien –
Puis plus loin sur un Foc – Se pose –

Et balance, Grain de Poussière
Dans Midi suspendu –
Entre – revenir Ici-bas –
Ou migrer vers la Lune –

De Lui qu’adviendra-t-il la Nuit –
L’Ignorance borne
Le privilège de le dire –
De Lui qu’adviendra-t-il – Le Jour –

Où le Gel – étreindra le Monde –
Des Vitrines – le montrent –
Un Sépulcre en curieuse Soie floche –
Une Abbaye – un Cocon –

***

He parts Himself- like Leaves –
And then – He closes up –
Then stands opon the Bonnet
Of Any Buttercup –

And then He runs against
And oversets a Rose –
And then does Nothing –
Then away opon a Jib – He goes –

And dangles like a Mote
Suspended in the Noon –
Uncertain – to return Below –
Or settle in the Moon –

What come of Him at Night –
The privilege to say
Be limited by Ignorance –
What come of Him – That Day

The Frost – possess the World –
In Cabinets – be shown –
A Sepulchre of quaintest Floss –
An Abbey – a Cocoon –

(Emily Dickinson)

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D’une promenade ordinaire le dimanche (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2017



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D’une promenade ordinaire le dimanche
il ne reste parfois
posée contre un mur
qu’une vitre brisée en araignée
des brindilles de bois mort
dans les rides d’un fossé
A la sortie de la ville
des pierres sans demeure
près d’un cimetière juste né

(Georges Bonnet)

 Illustration

 

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VITRINES (Léo Ferré)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2016



 

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VITRINES

Des cadillacs et des ombrelles
De l’albuplast et de bretelles
De faux dollars de vrais bijoux
Y’en a vraiment pour tous les goûts
Des oraisons pour dentifrices
Des chiens nourris qui parlent anglais
Et les putains à l’exercice
Avec leurs yeux qui font des frais
De faux tableaux qui font la gueule
Et puis des vrais qui leur en veulent
Des accordéons déployés
Qui soufflent un peu avant de gueuler
Des filles en fleurs des fleurs nouvelles
Des illustrés à bonne d’enfant
Et des enfants qui font les belles
Devant des mecs bourrés d’argent

Les vitrines de l’avenue
Font un vacarme dans les coeurs
A faire se lever le bonheur
Des fois qu’il pousserait dans les rues

Les faux poètes qu’on affiche
Et qui se meurent à l’hémistiche
Les vedettes à nouveau nez
Paroles de Léo Ferré
Les prix Goncourt que l’on égorge
Les gorges chaudes pour la voix
Les coupe file et les soutiens-gorge
Avec la notice d’emploi
Des chansons mortes dans la cire
Et des pick-up pour les traduire
Microsillon baille aux corneilles
C’est tout Mozart dans une bouteille
Le sang qui coule plein à la une
Et qui se caille aux mots croisés
« France soir », « Le Monde » et la fortune
Devant des mecs qu’ont pas bouffé

Les vitrines de l’avenue
Font un vacarme aux alentours
A faire se lever l’amour
Des fois qu’on le vendrait aux surplus

Des père Noël grandeur nature
Qui ne descendent plus que pour les parents
Pendant que les gosses jouent les doublures
En attendant d’avoir vingt ans
Toupie qui tourne au quart de tour
Bonbons fondants bonheur du jour
Et ces mômes qu’en ont plein les bras
A lécher la vitrine comme ça
Des soldats de plomb qui font du zèle
Des poupées qui font la vaisselle
De drôles d’oiseaux en équilibre
Pour amuser les tout petits
A l’intérieur la vente est libre
Pour ceux qui s’ennuient dans la vie
Des merveilles qu’on peut pas toucher
Devant des mecs qui peuvent « Entrer »

Les vitrines de l’avenue
Font un vacarme dans les yeux
A rendre aveugles tous les gueux
Des fois qu’ils en auraient trop vu

Jambon d’York garanti Villette
Des alcools avec étiquettes
Crème à raser les plus coriaces
« Où l’on m’étend le poil se lasse »
La gaine qui fond sous les caresses
Le slip qui rit le bas qu’encaisse
L’escarpin qui use le pavé
Les parfums qui sentent le péché
Des falbalas pour la comtesse
Des bandes en soie pour pas que ça blesse
Du chinchilla de la toile écrue
Y faut vêtir ceux qui sont nus
Des pull-over si vrais qu’ils bêlent
Des vins si vieux qu’ils coulent gagas
Des décorations qu’étincellent
Devant des mecs qui n’en veulent pas.

Les vitrines de l’avenue
C’est mes poches à moi quand je rêve
Et que j’y fouille à mains perdues
Des lambeaux de désirs qui lèvent

(Léo Ferré)

Illustration

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Puis la nuit brusquement retire son échelle (Guy Goffette)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2016



 

Puis la nuit brusquement
retire son échelle
et comme s’il tombait de plus haut
le mot amour dans les vitrines
éclabousse comme du sang
le visage du matin
La nuit en province tombe dans les yeux bien avant l’âge
comme si la musique bleue autour du temps
devenait plus insupportable à cause de l’aventure
des branches des oiseaux saouls de vertige
– et leurs voiles tissés d’attentes de regrets
les veuves en garnissent le front ridé des fenêtres
dont les plis se resserrent encore au passage des filles peintes: trame
d’une vie jetée comme la nuit
dans un bas sans couture.

(Guy Goffette)

Illustration: C Robert Follett

 

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O nuages ô vitrines des golfes (René Laporte)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2016



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Ô nuages ô vitrines des golfes
Comment échapper au multiple soi-même.

Le somnambule marche à la vitesse des morts
Il a la chance de ne penser à rien
D’ouvrir des fruits sans se couper les doigts
Nul ne l’entend venir
Le nom qu’il aime
L’isolement qu’il détache de lui seconde à seconde
Comme des horoscopes
C’est cela qui lui appartient en toute pureté

(René Laporte)

 

 

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Mes os (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 21 juin 2016



Mes os

Ils ont de beaux restes, mes os

déjà sciés c’est vrai
déjà
ravaudés
ils restent courageusement
Ils tiennent
la chair, la peau, par-dessus eux.

Leur troupe, je l’emmène
et m’emmène avec elle
(vieille impression : ne pas en être tout à fait)
devant des vitrines de musées, section préhistoire
où, parmi des cailloux prétendument taillés, des flèches,
se montrent des fémurs à fractures visibles
mais recollées.

Comme quoi, dans dix mille et des ans,
mes chers os maintenant sur le macadam, vous pourrez figurer
dans des expositions montées après un labeur fou
près de canettes à bière et de mitraillettes,

tout ce fourbi qui
dans ma vie
m’aura fourbue.

(Marie-Claire Bancquart)

Découvert ici: http://gouttedeau.blog.lemonde.fr/

Illustration: Peter Callesen

 

 

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Seigneur! (Jean-Louis Giovannoni)

Posted by arbrealettres sur 5 avril 2016



Seigneur!
Je me regarde sans cesse sur les reflets des vitrines,
Je me surveille… et j’ai toujours cette peur
De me perdre.

(Jean-Louis Giovannoni)

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ON N’A PAS LE DROIT DE CRIER (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2016



ON N’A PAS LE DROIT DE CRIER

I
On n’a pas le droit de crier
Sous l’immense préau du monde,
Entre les murs pâles de haine
Où l’homme est un paraphe obscène.

On n’a pas le droit de crier ;
Tous les vivants sont verrouillés,
Personne ne connaît personne.

On n’a pas le droit de crier,
De demander pourquoi, d’oser
Regarder les femmes mouillées,
Donner du feu aux cigarettes
Au bout desquelles gît un homme
Dans la litière de ses peines.

On n’a pas le droit de crier,
De cracher rouge, de saigner ;
Tout est trop propre et, dans les chambres,
On cache les agonisants
Qui pourraient salir le pavé :
Pas de balayeur pour les gens,
Mais une trappe dérobée
Dans un coin de la conscience…

II

Partout c’est le même silence
D’hôpital, où, le coeur feutré,
Chacun, sur des rails invisibles,
S’enfonce à petites journées
Comme un lombric dans un cadavre.
Personne ne connaît personne
Dans les usines, dans les gares
Où s’époumone un seul forçat,
Où brûle une seule effigie
Que nul ne songe à regarder.
Tous les vivants sont verrouillés,
Toutes les femmes sous vitrine
Et, si parfois tu te souviens
D’avoir existé sur la terre,
Tu mords tes lèvres, tu renonces.

Ce fut toujours ainsi, crois-moi :
Des graffiti que la pluie lave
Sur les murs aveugles du temps…
Tu n’as pas besoin de crier
Puisque tu n’as que des semblables,

Tu n’as pas besoin de crier
Puisqu’ils sont la bouche et l’oreille,
Puisqu’ils se taisent, puisqu’ils ont
Accepté de vivre leur mort
Sous le domino de la vie.

(Jean Rousselot)

Illustration: Brendan Monroe

 

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SOLEIL D’HIVER (Luc Decaunes)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2016



 

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SOLEIL D’HIVER

Boulevard Sébastopol
Avec ton soleil d’hiver
Tu m’as rappelé le temps de ma jeunesse misérable

J’avais un peu plus de vingt ans
Et les prostituées étaient déjà là
Au coin des rues comme des lampes
Ou dans la vitrine de l’air
Suspendues
Et j’étais amoureux de chacune d’elles
Si le visage souriait
Pour se faire écho de ma peine

C’était jeudi et comme les enfants
J’avais une grande journée
Pour l’attente pour l’espoir
Mais je traînais mon désir morne
Chien des rues tenu en laisse
Et je suivais toutes les femmes
C’était une étrange fatigue

Boulevard Sébastopol
Où en sommes-nous aujourd’hui
Qu’avons-nous donc à faire ensemble
Compagnon aux lèvres de cendre
Sinon essuyer de vieux souvenirs
De plâtre séché et de boue malade
Sinon affronter nos tristes visages

Il y a trop de soleil par ici
Trop de printemps lugubre dans l’air pâle
Les filles se traînent le long des murs
Sans oser encor ouvrir leurs corsages
Les arbres captifs ont peur du ciel bleu
Les hommes de leur coeur sauvage
Et je vais avec toi Boulevard Sébastopol
Comme avec un malade qui vous serre le bras
Et le soleil d’hiver nous accompagne

Le soleil ailleurs posé comme une flamme
Sur le museau frais des charrues.

(Luc Decaunes)

 

 

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