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Mer et forêt sont pareilles (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2019



 

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Mer et forêt sont pareilles,
pareils leurs sables de fond,
aussi leurs autels pareils,
pareilles leurs oraisons.
Voile au vent de la mémoire
atteindrons-nous le savoir,
l’Absolu dans le grimoire ?
Savoir c’est don de revoir.

(Georges Libbrecht)

Illustration: ArbreaPhotos

 

 

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Le Pêcheur (Jacqueline Wiener)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2019



Fisherman   

Le Pêcheur

Parmi les ouvriers qui vont pérégrinant
le long du chemin d’cette chienne de vie,
J’aime par-dessus tout le pauv’Pêcheur.
Il a bien des malheurs quelquefois;
il doit lutter bien dur
pour gagner sa pitance…
qu’il fasse mauvais jour,
il n’hésite jamais.
ll n’hésite jamais aux menaces du temps,
gagne le large
le front serein.
ll n’hésite jamais
d’aller vers l’inconnu…
qu’il pleuve,
qu’il tonne
toujours il se défend…
Parmi les ouvriers qui vont pérégrinant
Le long du chemin d’cette chienne de vie
J’aime par-dessus tout le pauv’pêcheur,
qui n’hésite jamais
d’affronter le danger,
de traverser la mer;
Cette mer cruelle qui offre
un triste sort,
Cette mer « qui tant a semé de deuils autour d’elle… »
J’aime le voir dans le matin clair
offrir les voiles aux vents,
Et, debout, sur sa barque brune
Scruter l’horizon…

(Jacqueline Wiener)

Illustration: Patrice Piard

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TANT (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2019




    
TANT

Tant je l’ai regardée caressée merveillée
et tant j’ai dit son nom à voix haute et silence
le chuchotant au vent le confiant au sommeil
tant ma pensée sur elle s’est posée reposée
mouette sur la voile au grand large de mer
que même si la route où nous marchons l’amble
ne fut et ne sera qu’un battement de cil du temps
qui oubliera bientôt qu’il nous a vus ensemble
je lui dis chaque jour merci d’être là

et même séparés son ombre sur un mur
s’étonne de sentir mon ombre qui l’effleure

(Claude Roy)

 

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Soir tropical (Ida Faubert)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2019



 

palmiers

Soir tropical

Le soir est lumineux; le soir est tendre et beau.
Le soleil s’est éteint; la lune est sur les roses.
Une langueur pénètre au coeur même des choses…
Et les grands palmiers noirs rêvent au bord de l’eau.

Les jasmins ont mêlé leurs branches étoilées
Aux lianes en fleurs. L’haleine de l’été
Caresse les fruits lourds. La grave volupté
Laisse traîner son voile au détour des allées.

Là-bas, sur le chemin, pas un chant, pas un bruit.
Rien ne trouble la paix d’un bonheur qu’on écoute…
Viens sentir les parfums sur le bord de la route,
Et respirer mon âme éparse dans la nuit.

(Ida Faubert)

 

 

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À la lisière du temps (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2019




    
À la lisière du temps

Quand on marche le soir à la lisière du temps
il monte soudain une bouffée d’enfance
les cris d’hirondelles folles d’un préau d’école
ou le silence de la barque sur fa rivière
à la tombée du jour quand le soleil rase l’eau qui moucheronne
ou bien la sonnette (deux fois) de l’épicerie-mercerie
où on achète après l’école les rouleaux de réglisse Zan
qui barbouillent de noir et font les doigts collants

On tend l’oreille le long du voile de la brume
Quelqu’un parle à voix basse
sans qu’on puisse reconnaître la voix
et sans comprendre les paroles
les mots chuchotés loin à l’envers du silence

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

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Il luit dans l’ombre (Charles Van Lerberghe)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2019



 

Anne-Marie Zilberman (16)

Il luit dans l’ombre,
Le beau fruit d’or,
Il luit comme un trésor
Entre ces feuilles.
C’est pour toi qu’il a mûri,
Le beau fruit du paradis.
Quelles roses lui sont pareilles ?

Voilés de leurs ailes,
Les anges sommeillent…

Voici que la nuit vient,
Pas une étoile ne se lève.
Oh ! rien
Qu’un effleurement
De tes lèvres…
Qui peut savoir ?
Le souffle du soir le touche bien.

Écoute ma chanson ;
Elle murmure à ton oreille :
Approche et cueille.
Les anges sommeillent…

(Charles Van Lerberghe)

Illustration: Anne-Marie Zilberman

 

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L’ombre soeur (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2019


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Entre à la nuit sans rivages
Si tu n’es toi qu’en passant
L’oubli rendra ton visage
Au coeur d’où rien n’est absent

Ton silence né d’une ombre
Qui l’accroît de tout le ciel
Eclôt l’amour où tu sombres
Aux bras d’un double éternel

Et t’annulant sous ses voiles
Pris à la nuit d’une fleur
Donne des yeux à l’étoile
Dont ton fantôme est le coeur

(Joë Bousquet)

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La Source (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2019



Victor Karlovich Shtemberg X8IHE

La source

Une eau vive étincelle en la forêt muette,
Dérobée aux ardeurs du jour ;
Et le roseau s’y ploie, et fleurissent autour
L’hyacinthe et la violette.

Ni les chèvres paissant les cytises amers
Aux pentes des proches collines,
Ni les pasteurs chantant sur les flûtes divines,
N’ont troublé la source aux flots clairs.

Les noirs chênes, aimés des abeilles fidèles,
En ce beau lieu versent la paix,
Et les ramiers, blottis dans le feuillage épais,
Ont ployé leur col sous leurs ailes.

Les grands cerfs indolents, par les halliers mousseux,
Hument les tardives rosées ;
Sous le dais lumineux des feuilles reposées
Dorment les Sylvains paresseux.

Et la blanche Naïs dans la source sacrée
Mollement ferme ses beaux yeux ;
Elle songe, endormie ; un rire harmonieux
Flotte sur sa bouche pourprée.

Nul oeil étincelant d’un amoureux désir
N’a vu sous ces voiles limpides
La Nymphe au corps de neige, aux longs cheveux fluides
Sur le sable argenté dormir.

Et nul n’a contemplé la joue adolescente,
L’ivoire du col, ou l’éclat
Du jeune sein, l’épaule au contour délicat,
Les bras blancs, la lèvre innocente.

Mais l’Aigipan lascif, sur le prochain rameau,
Entr’ouvre la feuillée épaisse
Et voit, tout enlacé d’une humide caresse,
Ce corps souple briller sous l’eau.

Aussitôt il rit d’aise en sa joie inhumaine ;
Son rire émeut le frais réduit ;
Et la Vierge s’éveille, et, pâlissant au bruit,
Disparaît comme une ombre vaine.

Telle que la Naïade, en ce bois écarté,
Dormant sous l’onde diaphane,
Fuis toujours l’oeil impur et la main du profane,
Lumière de l’âme, ô Beauté !

(Leconte de Lisle)

 

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Dans l’herbe verte (Germain Droogenbroodt)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2019




Illustration
    
Dans l’herbe verte
mais elles la voient noir et blanc
des pies cherchant des vers.

***

In het groene gras
maar ze zien het in zwart-wit
wormzoekende eksters

***

En la hierba verde
aunque la ven en blanco y negro
las urracas buscan gusanos

***

In the green grass-plot
though they see it black and white
worm-searching magpies

***

Nell’erba verde
per loro in bianco e nero
gazze cacciano vermi

***

(Germain Droogenbroodt)

 

Recueil: Gouttes de rosée Cent haïkus
Traduction: Français Elisabeth Gerlache / Néerlandais l’original / Espagnol Rafael Carcelén / Anglais Stanley H. Barkan / Italien Silvia Pio / Japonais Taeko Uemura – Mariko Sumikura
Editions: POINT et Boeken Plan(P0ésie INTernationale)

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Mer d’un bleu tendre (Germain Droogenbroodt)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2019




    
Mer d’un bleu tendre
et si blanches les voiles
mais elles ne volent pas.

***

Teder het zeeblauw
en zo wit de zeilvleugels
maar ze vliegen niet

***

Tierno azul el mar
alas blancas las velas
pero no vuelan

***

Tender blue the sea
and so very white the sails
but they cannot fly

***

Blu tenero il mare
e sì bianche le vele
ma non volano

***

(Germain Droogenbroodt)

 

Recueil: Gouttes de rosée Cent haïkus
Traduction: Français Elisabeth Gerlache / Néerlandais l’original / Espagnol Rafael Carcelén / Anglais Stanley H. Barkan / Italien Silvia Pio / Japonais Taeko Uemura – Mariko Sumikura
Editions: POINT et Boeken Plan(P0ésie INTernationale)

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