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Un hémisphère dans une chevelure (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



Un hémisphère dans une chevelure

Laisse-moi respirer longtemps, longtemps, l’odeur de tes cheveux,
y plonger tout mon visage, comme un homme altéré dans l’eau d’une source,
et les agiter avec ma main comme un mouchoir odorant, pour secouer des souvenirs dans l’air.

Si tu pouvais savoir tout ce que je vois ! tout ce que je sens ! tout ce que j’entends dans tes cheveux !
Mon âme voyage sur le parfum comme l’âme des autres hommes sur la musique.

Tes cheveux contiennent tout un rêve, plein de voilures et de mâtures ;
ils contiennent de grandes mers dont les moussons me portent vers de charmants climats,
où l’espace est plus bleu et plus profond, où l’atmosphère est parfumée par les fruits, par les feuilles et par la peau humaine.

Dans l’océan de ta chevelure, j’entrevois un port fourmillant de chants mélancoliques,
d’hommes vigoureux de toutes nations et de navires de toutes formes
découpant leurs architectures fines et compliquées sur un ciel immense où se prélasse l’éternelle chaleur.

Dans les caresses de ta chevelure, je retrouve les langueurs des longues heures passées sur un divan,
dans la chambre d’un beau navire, bercées par le roulis imperceptible du port,
entre les pots de fleurs et les gargoulettes rafraîchissantes.

Dans l’ardent foyer de ta chevelure, je respire l’odeur du tabac mêlé à l’opium et au sucre ;
dans la nuit de ta chevelure, je vois resplendir l’infini de l’azur tropical ; sur les rivages duvetés de ta chevelure
je m’enivre des odeurs combinées du goudron, du musc et de l’huile de coco.

Laisse-moi mordre longtemps tes tresses lourdes et noires.
Quand je mordille tes cheveux élastiques et rebelles,
il me semble que je mange des souvenirs.

(Charles Baudelaire)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

 

 

 

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L’ORGUE (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



 

orgues

L’ORGUE

Cet instrument
Naît, a lieu et prend place
Sur un lac assez grand
Juste avant les jours où la glace
Se fait débâcle
Et dérive de fond
Percée par le ciseau subtil
Du dernier vent de mars
Un matin,
Voici que mille bouches
Se mettront à chanter.
On les prendra pour une volée d’outardes
Non. C’est trop tôt.
De l’air en cage
Entre la glace et l’eau
Sortira du gosier de l’hiver qui s’attarde
Et cela dit des chants d’été…

Vous y verrez
Algues, poissons, bateaux, voilures,
Mêlés aux mots de la froidure
Avertissement :
L’orgue ne joue qu’une fois l’an.
Emmener les enfants.

(Gilles Vigneault)

Illustration

 

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POÈME VOTIF (Michel Manoll)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2018



POÈME VOTIF

Pour ce pays qui est déjà la mer
Avec ses pins chanteurs et ses yeux de bruyère ;

pour ces vagues couchées en leur voilure d’ombre
Et ces noyés captifs et ces oiseaux qui sombrent ;

Pour cette allée où je vais seul, brisant les branches,
Et ce duvet de neige dans les nids du silence ;

Pour ces jours de fruits mûrs, d’abeilles vendangeuses
Et ces buissons d’orties jonchés de tubéreuses ;

Pour ce voyage à perdre haleine où je n’atteins
Que des coraux épars et des phares éteints ;

Pour le lierre du vent et l’écume océane
Et les chambres désertes et le coeur qui se fane.

(Michel Manoll)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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LES DIMENSIONS DU REGARD (I) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2017




    
LES DIMENSIONS DU REGARD (I)

Chaque regard est le point final
que l’homme met à sa solitude
et il est impossible d’aller au-delà sans rencontrer
l’épaisseur de mille vies dont une est à peine vécue.

Le ciel est un peu de buée sur la fenêtre
au milieu de laquelle on s’égare comme en pleine mer.
Adossé à l’ombre comme à un contrefort,
on voit les maisons couler de toutes leurs voilures.

Il suffit qu’on reconnaisse son visage dans les vitres
pour que le monde redevienne la place
où le couchant se lisse comme un grand oiseau
et où les femmes sont les seules choses qu’on peut tenir contre soi.

Mais la plupart des jours sont des jours perdus
qui portent une date comme un soldat son matricule
et ils font du passé où ils reculent
la foule anonyme qui accompagne l’homme à sa mort.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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La main chaude (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2017




    
La main chaude

N’enterrez pas le monde
Car il resurgirait
Dans les sèves futures.

Ma langue est une olive
Que je presse pour toi.
Une huile écrite en coule.

Si tu cueilles la soif,
J’inventerai le fruit
Pour éveiller la source.

Si je suis page vide,
Écris-moi sur ton corps.
Tu seras mon poème.

Nous voguerons sur l’aube
Et je serai ta barque,
Ta voilure et le vent.

Tu gardes le pouvoir
De me faire silence.
Berceuse de l’amour,
Je suis ton instrument.

Si le poète meurt,
L’Univers aura froid.

(Robert Sabatier)

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Editions: Albin Michel

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Très-aimée (Breyten Breytenbach)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017




    
Très-aimée, je t’envoie une tourterelle vermeille
car personne ne tire sur un messager rouge
je lance haut dans l’air ma tourterelle vermeille je sais
que tous les chasseurs la prendront pour le soleil
vois, ma tourterelle s’élève ma tourterelle s’incline
sur son passage les océans scintillent
les arbres verdissent
elle bronze mon message sur ta peau

car mon amour voyage avec toi
mon amour s’attache à toi tel un ange
comme une aile, candide comme un ange
je te prie, prends mon amour
comme une voilure enveloppante

(Breyten Breytenbach)

 

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La main de l’angle (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 5 avril 2017



La main de l’angle prend une plume et dessine le vide.
Quelle tendresse dans ces voilures en provenance du ciel.
Ici l’amant entre dans la famille labiale comme le myrte.

(Adonis)

 

 

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La Voilure (Bernard de Louvencourt)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2017



chris-halbeisen-voilier-sous-le-vent

La Voilure

Pleine mer : bague d’émeraude
Ayant le soleil en chaton,
Tu n’es rien sans un vieux ponton,
Avec une voile qui rôde !

Tu n’es que l’angoissant désert,
Si tu n’as une voile au large…
Un livre de maroquin vert
Ne montrant que son blanc de marge !

Ainsi tu ramènes tes flots,
Ainsi la voile au loin se cargue.
Je crains autant ton œil qui nargue
Que l’oubli lourd de tes yeux clos.

La nuit, souvent mon œil s’effare
A contempler tes noirs amas
Grouillant dans l’ombre… Mais des mâts
Servent à mon esprit de phare.

Quand le vent grince à plein tillac,
Que la mer, hideuse, vous lèche,
J’aime un mât pliant comme un arc
Et lançant sa vergue pour flèche !

Et j’aime vos tremblants ciseaux
Aux mats d’artimon, de misaine :
Vous suffisez d’une dizaine
Et la mer est pleine d’oiseaux !

Au port vous êtes l’hirondelle.
Exprimant de lointains regrets
Vous gémissez dans vos agrès…
La liberté n’est qu’un coup d’aile!

(Bernard de Louvencourt)

Illustration: Chris Halbeisen

 

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Larguez les amarres (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2016




Larguez les amarres

Larguez les amarres
On est embarqués
Je suis à la barre
C’est pour naviguer
Le temps nous prépare
De quoi bourlinguer
Pour changer de quai
Larguez les amarres

Carguez les voilures
Virons à tribord
Le vent est d’allure
À virée du nord
À deux encablures
La lune s’endort
Pour changer de port
Carguez les voilures

Accostés la veille
Repartis demain
Avec des merveilles
Au creux de nos mains
Ton œil appareille
Vers mes lendemains
Au gré des chemins
Accostés la veille

Si j’ai la tempête
J’aurai vos soleils
Si j’y perds la tête
J’aurai vos conseils
Si quelque mouette
Hante vos sommeils
Restez en éveil
Et soyez poète

Le temps d’une rose
Vous fasse la cour
Qu’un oiseau se pose
Dans vos alentours
Acceptez que j’ose
Vous dire l’amour
Et comme il est court
Le temps d’une rose

J’inscris cette escale
Au journal de bord
Avec dans mes cales
La vie et la mort
À même fringale
De l’âme et du corps
Je veille et je dors
Selon vos escales

J’ai mal à me dire
Qu’il est quelque part
Des voiles qui virent
Mon dernier départ
Tel est mon navire
Toujours en retard
Lancé par hasard
Mais c’est mon navire

Larguez les amarres
On est embarqués
Je suis à la barre
C’est pour naviguer
Le temps nous prépare
De quoi bourlinguer
Pour changer de quai
Larguez les amarres

(Gilles Vigneault)

Illustration: Vladimir Kush

 

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SPHERE (Jean Pache)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2015



SPHERE

L’hiver agitait quelques voilures déjà sales.
Elle : impérieuse, docile — piétinant le jour
dont elle adore les barreaux.

*

J’aime délibérément un ciel capable
de toutes les métamorphoses.

*

Désormais le risible fracas des pies évince
la monotonie du bouvreuil :
aussi loin qu’elle porte, la vue ne couvre
ni la distance ni l’effritement sournois
des heures.
Et la rumeur intime a trop de minutie.

*

À l’étape du silence (hors de l’illusion),
la mémoire libère les contours d’une juste
présence.

(Jean Pache)

 

 

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