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Poésie

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La vieille dame (Franck André Jamme)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2018




    
La vieille dame se rassemble,
en fait un petit baluchon :

« Un soir, sur un mulet argent,
elle partit méditer près de son temple préféré.

Là, au coeur de la nuit, elle eut un rêve :
elle se vit soudain prise par le vent.

Au matin, une pensée qui n’était plus une pensée
vint se poser sur son épaule. »

(Franck André Jamme)

 

Recueil: La récitation de l’oubli
Traduction:
Editions: Flammarion
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Bois l’eau vivante (Franck André Jamme)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2018




    
« Bois l’eau vivante, disait-elle,
anime le tambour.

Rassemble tes choses aussi, qu’on entende leur voix :
la coquille et la lance, les lettres de lumière.

Écoute encore ce qui soigne,
le feu et son venin, la perle qui dort dans l’écho.

Et seulement alors, regarde-moi,
marche enfin sur l’éclat.

Fixe-moi longuement, tu verras,
je m’embraserai. »

(Franck André Jamme)

 

Recueil: La récitation de l’oubli
Traduction:
Editions: Flammarion

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Lorsque je dis qu’ils croient, au lieu d’agir (Franck André Jamme)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2018



Illustration: Malel
    
Lorsque je dis qu’ils croient, au lieu d’agir, et qu’ils sont immobiles,
qu’ils se tiennent donc dans l’hébétude de la croyance,
je n’oublie pas une seconde qu’ils passent pourtant leur vie à remuer.

Seulement c’est chaque fois la même histoire :
il y a agir et agir, tout comme voir et voir, ou penser et penser.
C’est juste une question d’intensité.

Mais si l’on vous demande par exemple ce que vous aimeriez vivre
et que vous répondez, sans réfléchir :
le ravissement,

alors ne cherchez pas, vous y êtes.

(Franck André Jamme)

 

Recueil: La récitation de l’oubli
Traduction:
Editions: Flammarion

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Et la plaie, l’éreintant (Franck André Jamme)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2018




    
Et la plaie, l’éreintant, ce sont ceux qui ne voient que marbre.
Et qui ne comprendront jamais.
Ils vous diront rêveurs, ils vous penseront vains,
il vous faudra veiller, toujours,
commercer juste ce qu’il faut pour assurer la subsistance – et la civilité.

Ne vous ouvrir qu’au coeur parlant. Ou silencieux.

(Franck André Jamme)

 

Recueil: La récitation de l’oubli
Traduction:
Editions: Flammarion

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Les larmes (Hippolyte Lucas)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2018



 

Les larmes

Larmes, qu’êtes-vous devenues,
Larmes si promptes à couler ?
Je pleurais rien qu’à voir les nues
Vers le nord tristement aller.

Je pleurais quand la tourterelle
Roucoulait ses tendres douleurs ;
Je pleurais lorsque, d’un coup d’aile,
Le vent brisait les douces fleurs.

Je pleurais lorsqu’aux jours d’automne,
Dans les bois errant triste et seul,
Je voyais leur pâle couronne
Couvrir le sol comme un linceul.

Tout ce qui se fane ou s’effeuille,
Le lys, la rose ou l’amitié,
Tout ce que la sombre mort cueille,
Avait sa part de ma pitié.

Sans pleurs je ne pouvais entendre
Un mot héroïque ou touchant,
Et combien n’en a fait répandre
La bergère avec un vieux chant!

Oiseaux de la mélancolie,
Vous vous abattiez sur mon sein,
Comme sur un roseau qui plie,
Le soir, tombe un nocturne essaim…

A toute image fugitive
Un soupir sortait de mon coeur,
Et mon émotion craintive
Se cachait au monde moqueur,

Maintenant dans la solitude,
On ne m’entend plus soupirer:
Brisé par tant d’ingratitude.
Pourquoi ne puis-je pleurer ? …

Tristesses encore inconnues,
Que je voudrais vous exhaler!…
Larmes, qu’êtes-vous devenues,
Larmes, si promptes à couler?…

(Hippolyte Lucas)

Illustration: Vincent Van Gogh

 

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Je comprends, rose (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018




    
Je comprends, rose,
Que tu me dises: éveille-toi.

Je crois l’être,
Mais à te voir

Je constate
Que tu voudrais

Que moi aussi
Je t’éblouisse.

(Eugène Guillevic)

 

Recueil: Relier
Traduction:
Editions: Gallimard

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Trois miroirs pour ma mélancolie (Vera Feyder)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2018



Trois miroirs pour ma mélancolie
Le premier pour y perdre mes yeux
et ne plus les voir

Le second pour entendre
ce petit oiseau fou qui toujours
me fait signe

Et le troisième pour le briser
en autant de morceaux que ma vie
émiettée.

(Vera Feyder)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Francine Van Hove

 

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Je t’aime, toi (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



Je t’aime, toi… Mais ne va point me plaindre,
Arbre de vie aux fruits délicieux,
Puisque ta forme et ses dons précieux
Sur tous mes cieux ne cessent de se peindre.

Oui, tous mes jours… Mais les nuits le font mieux :
A peine vient ma lampe de s’éteindre
L’ombre s’éveille, et mes regards de feindre
Ce qu’ils verraient et virent dans tes yeux.

L’obscurité m’ouvre ta chambre claire
Où si souvent ton sourire m’apprit
A t’inventer ce qui pourrait te plaire…

Ô pour ma soif de toi seule et d’esprit
Est-il au monde une autre récompense
Qu’être à nous deux la tendresse qui pense ?

(Paul Valéry)

Illustration: Françoise Martin-Marie

 

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Le poète (Mireille Gaglio)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018




Le poète

Le poète est mort ce soir :
On l’avait côtoyé,
Côtoyé sans le voir…
Côtoyé sans savoir.
Il allait si discret,
Suivant humblement
Son bout de chemin…
On se rend compte enfin,
Mais il est un peu tard,
Qu’on avait un trésor
Et même une indicible part !

On avait la richesse,
On avait la tendresse,
Il avait les idées, les sentiments.
Mais resté incompris,
On ne l’a pas écouté un moment !
On l’a rendu muet…
On était sourd,
Incapable d’amour…
Dans notre milieu,
On ne l’a pas accueilli…
Et on est malheureux !

A trop vouloir le lustre apparent
La rentabilité et puis l’argent,
On a négligé l’or de son cœur
Comme si on en eut peur
Et comme on avait tort !
Il a fallu qu’il meure
Pour qu’il ne nous reste plus que des remords !

(Mireille Gaglio)

Illustration: René Baumer

 

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VIVRE D’ATTENDRE (Henri Meschonnic)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2018



 

enfant Varsovie

VIVRE D’ATTENDRE

vivre d’attendre
attendre de vivre
mais le ciel est en nous
puisque nous le respirons
l’enfant ne passe toujours pas
en moi
c’est lui qui voit
par moi
c’est moi qui marche par lui
les bras levés dans la tête
le vélo vole à travers champs
maintenant les bombes
explosent ailleurs
les autres tombent quelque part en moi
c’est pourquoi j’ai mal
mais c’est ainsi qu’on se parle
entre inconnus si proches
nous nous racontons nos guerres
les souvenirs ont la main
sur le ventre pour s’endormir

(Henri Meschonnic)

 

 

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