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Poésie

Posts Tagged ‘voisin’

Les objets sont nos voisins, sans rêve (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2019



    

Les objets sont nos voisins,
sans rêve, seulement là et proches,
posés très lourds
sur un lit de silence.

Mais le temps est en eux, il mûrit,
va son chemin comme en nous,
sans limite perceptible, il creuse,
sans poids, dans d’invisibles lointains.

En débat avec la nuit, plus
nocturne que toute nuit, il dépose
en eux sa parole de sable

Tandis que, sans mémoire, sans voix, ses marteaux
frappent de grands coups de silence
en nous et contre nous.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Syllabes de sable Poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’ACCUEILLANTE MAISON (Thomas Hardy)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2018



maison nuit

L’ACCUEILLANTE MAISON

Ici nous mettions en perce le baril de Noël,
Ranimions les tisons :
Ici nous entonnions les cantiques de Noël
Et nous convoquions les amis.

Les années m’ont usé depuis que s’amenaient
Tous ces jeunes, maintenant morts,
Au tout début de ces frairies
Et des refrains d’antan.

Et le ver a rongé la viole
Qui scandait la danse
Et la rouille a mangé le cadran
Qui sonnait la mi-nuit.

Maintenant nul voisin n’arrive à Noël
Et l’An nouveau naît sans flambée
Où nous chantions, la taupe creuse son couloir
Et l’araignée tisse sa toile.

Mais si je m’y promène à minuit
Quand la lune drape arbres et murs,
J’aperçois d’anciennes formes qui parlent
Et me sourient.

***

THE HOUSE OF HOSPITALITIES

Here we broached the Christmas barrel,
Pushed up the charred log-ends ;
Here we sang the Christmas carol,
And called in friends.

Time has tired me since we met here
When the folk now dead were young,
Since the viands were outset here
And quaint songs sung.

And the worm has bored the viol
That used to lead the tune,
Rust eaten out the dial
That struck night’s noon.

Now no Christmas brings in neighbours,
And the New Year comes unlit ;
Where we sang the mole now labours,
And spiders knit.

Yet at midnight if here walking,
When the moon sheets wall and tree,
I see forms of old time talking,
Who smile on me.

(Thomas Hardy)

 

 

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Ne juge pas si lointain ce qui peut s’atteindre (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2018



 

Ne juge pas si lointain ce qui peut s’atteindre
Bien que le couchant t’en sépare
Ni si proche ce qui, voisin,
Est plus loin que le soleil.

***

Count not that far that can be had
Though sunset lie between
Nor that adjacent that beside
Is further than the sun.

(Emily Dickinson)

Découvert ici: https://www.flickr.com/photos/150410475@N04/

Illustration: ArbreaPhotos

 

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Profond automne (Bashô)

Posted by arbrealettres sur 27 septembre 2018



 

Profond automne –
mon voisin
comment vit-il ?

(Bashô)

Illustration: Hokusaï

 

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LE PATRIARCHE (Umberto Saba)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2018



 

LE PATRIARCHE

Sur la colline qui resplendit en face
je suis d’un vieux la laborieuse trace.

Dans mon esprit chargé de fantômes,
ce n’est pas un cultivateur, c’est un patriarche.

Sa force ne s’épuise pas au péché ;
elle a ses racines dans la motte grasse,

dans son fils vigoureux, dans sa belle bru,
en lui-même ; et malgré tout, le vieux matois

n’ignore pas que la vie est un mal,
que la vie est le péché originel.

Jusqu’au dernier champ, de par la volonté
divine, il a donné aux siens, enlevé au voisin,

fécondé de lui-même un monde nouveau.
Il en jouit et pense : Heureux celui qui n’est pas né !

(Umberto Saba)

Illustration: Erich Heckel

 

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Telle une femme d’intérieur (Hala Mohammad)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2018




    
Telle une femme d’intérieur
J’ouvre mes fenêtres sur celles des voisines
Je m’affiche un peu en chemise de nuit
Derrière les rideaux transparents
Je prépare mon café à feu doux
Je dépoussière le balcon
J’aère mes couvertures
Et j’étale mon linge sur les cordes.

Aux yeux des étrangers je presse le pas
Pour rejoindre ma famille
Je salue à la hâte les voisins
Comme celle dont le bonheur l’attend derrière la porte.

Mes plats n’ont pas d’odeur
Mon linge non plus
Les fenêtres des voisines se sont fermées
Sur la vie en famille.

Telle une femme d’intérieur

Je ferme mes fenêtres.

***

(Hala Mohammad)

 

Recueil: Ce peu de vie
Traduction: Antoine Jockey
Editions: Al Manar

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C’était novembre (Vénus Khoury-Ghata)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2018



Illustration: Ivan Renkov
    
C’était novembre

C’était novembre de tous les vacillements
Le crépuscule n’allumait plus les lampes coutumières
Les mains tendues pour arracher un peu de leur lueur à l’obscurité ramassaient des battements d’ailes
La mère ouvrait les bûches froides avec ses ciseaux comme ventre de volaille pour les farcir de crépitements
on essorait du même geste le seuil et le linge
on s’inventait des voisins grandiloquents avec des feux volubiles
on leur inventait des visages et une vaisselle au tintement solennel
stupeur lorsqu’ils déclinaient leurs noms gavés de pierres et le cimetière comme point de ralliement

(Vénus Khoury-Ghata)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

Recueil: Où vont les arbres ?
Traduction:
Editions: Mercure de France

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UN POÈTE REGARDE LA LUNE (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2018



Illustration: Hiramatsu Reiji
    
UN POÈTE REGARDE LA LUNE
Tchan-Jo-Su

De mon jardin, j’entends chanter une femme,
mais malgré moi je regarde la lune.

Je n’ai jamais pensé à rencontrer la femme, qui chante dans le jardin voisin,
mon regard suit toujours la lune, dans le ciel.

Je crois que la lune me regarde aussi,
car un long rayon d’argent arrive jusqu’à mes yeux.

Les chauves-souris le traversent, de temps en temps,
et me font brusquement baisser les paupières ;

mais lorsque je les relève,
je vois le regard d’argent, toujours dardé sur moi.

La lune se mire dans les yeux des poètes
comme dans les écailles brillantes des dragons, ces poètes de la mer.

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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L’Arbre (Gabriel Cousin)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2018



L’Arbre

Un arbre est mon voisin.
Là, devant moi,
il regarde par ma fenêtre.

Il frémit sous le vent comme des vagues
et les crêtes de ses feuilles
renvoient l’écume et la lumière.
Dans les tempêtes
passe le ressac des galets.

Debout comme un homme
Puissant comme la montagne
Vivant comme une bête
Sa sève circule avec mon sang.

Selon les saisons,
squelette noir,
sculpture de cuivre,
odorante fraîcheur verte,
douce peau bourgeonnante.

Et sous mes pieds
son invisible chevelure souterraine
se nourrissant de la terre.

Nous nous regardons
et respirons ensemble.

(Gabriel Cousin)

Illustration: Georgia O’Keefe

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LES BLÉS (Pierre Morhange)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2018



LES BLÉS

Elle chantait
Devant le mur d’une grosse ferme
Des chants de bonne.

C’était un jour de ses vacances,
Demain elle ira à la pêche aux grenouilles,
Tout à l’heure en partant dîner
Elle arrachera des fleurs au sentier,
Mardi on mangera le poulet qui encore
Tout à l’heure se sauvait
Par l’échelle dans le grenier,
Et mercredi s’il ne pleut pas
On ira en carriole
Chez des voisins très riches
Prendre un autre bon repas.

Elle chante de plus en plus belle
Et tricote en avançant parfois ses bras,
Sa vie se trouve dans mon air
Devant le mur d’une ferme.

(Pierre Morhange)

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