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Posts Tagged ‘voiture’

Dimanche matin (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2019




    
Dimanche matin

La neige au-dessus des mimosas, les paquets de
journaux près des flaques, la fontaine dans les bois où le
receveur des contributions nettoie sa voiture.

En bas les bâches bleues et rouges tendues sur les piles
de sacs de ciment et les taches de rouille ou de minium sur
les coques des cargos qui viennent de Limassol ou d’Odessa.

Plus loin quelques fleurs mauves dans les rochers
blancs, les nudistes parcourent le sentier des douaniers,
baisers dans les coins, chiens qui flairent, la mer lape les
galets et les retourne comme des pièces fausses.

Au large les yachts frétillent après une semaine de
somnolence, les mouettes virent à l’assaut, claquent un
peu et plongent vers les épluchures que les cuisiniers
laissent tomber dans leur sillage.

Puis l’heure sonne à travers le frisson des branches
et le tintement des câbles métalliques dans l’accalmie de
la circulation.

Soudain le nid du phénix s’enflamme dans les collines et les mots éperdus, comme lâchés après des mois
de claustration, se cherchent dans ma tête au galop.

Alors je ramasse au bord du chemin les fragments
d’un vieux prospectus vantant les mérites d’une voyante, et
m’appuie sur le dossier d’un banc pour écrire ceci au verso.

(Michel Butor)

 

Recueil: Collation précédé de HORS-D’OEUVRE scandés par les SOUVENIRS ILLUSOIRES D’UN JAPON TRES ANCIENS
Traduction:
Editions: Seghers

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Devant l’Opéra (Max Olivier Bizeau)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2019




    
Devant l’Opéra
Grande ruche alvéolée
Voitures bourdonnent

(Max Olivier Bizeau)

 

Recueil: Paris … en haïku et en brèves
Traduction:
Editions: La Simarre

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Beaucoup d’hommes souffrent de la solitude (Gilles Weinzaepflen)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2019



Illustration: Edvard Munch
    
Beaucoup d’hommes souffrent de la solitude. Ils ne sont pas
forcément méchants, ils ne sont pas forcément sournois. La
solitude s’abat sur eux comme l’aigle fond sur sa proie,
l’enfant sur sa glace, la glace dans sa main. On ne choisit
pas la solitude comme on choisit framboise: c’est elle,
framboise, qui vous choisit comme cône.

La solitude n’est pas une maladie, elle ne s’attaque pas
aux fonctions vitales. Pas de symptôme, pas de traitement:
autour de soi le lien se défait et l’on reste seul au bord
de la route, dans le fossé, comme la casserole détachée du
pare-choc arrière de la voiture des jeunes mariés, avec
quelques éraflures sur le manche.

La solitude crée le personnage du solitaire, comme la mort
crée le mort. Elle lui donne ce nom que lui-même porte comme
une croix:

– Tiens, voilà le solitaire.

(On entend un bruit de casserole)

(Gilles Weinzaepflen)

 

Recueil: Noël Jivaro
Traduction:
Editions: Le clou dans le fer

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Couleurs simples (Sylvie Schenk)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2019



Fagnes  [800x600]

Couleurs simples

Ce dimanche ils avaient garé leurs voitures
A la lisière des Fagnes stoïques
Multicolores comme les pions d’un jeu d’aventure
Ils sautaient sur les passerelles un pied dans les sphaignes
Les rossolis dormaient encore et les pommes de pins anciennes
Et les bruyères des bouquets secs où se fourraient microscopiques
Des survivants anonymes
L’eau ruisselait sous la glace éclatée
Très bleu le ciel dans les buissons nus
Loin les bouleaux sauvaient leur peau
Les Fagnes avaient des cheveux blancs
Et tous ces gens les joues en feu
Sur la tourbe séculaire

(Sylvie Schenk)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

 

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PANORAMA PAISIBLE (Germain Droogenbroodt)

Posted by arbrealettres sur 9 mai 2019



Illustration
    
PANORAMA PAISIBLE

De l’autre côté de la fenêtre
un jardin avec des orangers.

Entêtant
le parfum des fleurs

Pas d’hommes
pas de voitures
un ciel sans nuages

Seul un merle
chante du silence
la perfection.

*

Vredig panorama

Aan gene zijde van het venster
een tuin met sinaasappelbomen

Bedwelmend
het parfum der
bloesems

Geen mensen
geen auto’s
wolkeloos de hemel

Alleen een merel
die van de stilte
de volkomenheid bezingt.

*

宁静的全景图

窗户的另一边
有橘子树的花园
花朵的芳香
醉人
没人
没汽车
天空也无云
只有一只黑鸟
在颂扬寂静的
完美。

*

PEACEFUL PANORAMA

On the other side of the window
a garden with orange trees

Intoxicating
the perfume of the blossoms

No people
no cars
a cloudless heaven

Only a blackbird
praising the perfection
of silence.

*

PANORAMA SPOKOJU

Po drugiej stronie okna
ogród z drzewami pomarańczy
upajający
wonią kwiecia

Żadnych ludzi
żadnych samochodów
bezchmurne niebo

Tylko kos
pochwalnie sławi
doskonałość ciszy

*

FRIEDLICHES PANORAMA

Vor dem Fenster
blühen die Orangenbäume
und verbreiten ihren betäubenden Duft

Keine Menschen
keine Autos
wolkenlos der Himmel

Nur eine Amsel
die die Vollkommenheit
der Stille besingt.

*

PANORAMA APACIBLE

Al otro lado de la ventana
un jardín de naranjos

Embriagador
el perfume de las flores

Sin personas
sin coches
El cielo despejado

Tan solo un mirlo
ensalzando la perfección
del silencio.

*

PANORAMĂ PAȘNICĂ

La geam
portocali înfloriți,
parfum îmbătător

Nici oameni
nici mașini
doar cerul senin

Și mierla proslăvind
perfecțiunea liniștii
c-un tril.

(Germain Droogenbroodt)

 

Recueil: ITHACA 582
Traduction: Français Elisabeth Gerlache / Original Néerlandais / Chinois Chine Zhou Dao / Anglais Germain Droogenbroodt / Polonais Mirosław Grudzień – Małgorzata Żurecka / Allemand Wolfgang Klinck / Espagnol Rafael Carcelén / Roumain Gabriela Sonnenberg
Editions: POINTS
    

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Ce qui n’est pas (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2019


Brume et soleil voilà Paris
petit printemps comme il fait beau
Songez à tout ce qui n’est pas.

… Le ciel pourrait être invisible
il pourrait pleuvoir des crapauds
on pourrait mourir en naissant
on pourrait mourir en aimant
le soleil pourrait être noir
et les fruits gonflés de poison.

L’eau des fleuves pourrait bouillir
et le bain serait donc mortel
et les lèvres de l’amoureuse
seraient couvertes de serpents
et dans les jours du bel été
on entendrait des voix géantes
nous annoncer qu’il est trop tard.

Mais rien dans la nuit de l’esprit
ne descend jusque dans ma main
et j’aime Paris sous la brume
le petit printemps de Dimanche
le roulement des voitures
mon pas sur le macadam
mon regard dans le matin.

(Jean Tardieu)

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IZMIR À TROIS HEURES (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2019



IZMIR À TROIS HEURES

Peu avant la prochaine rue déserte
deux mendiants, dont l’un n’a plus de jambes –
et que l’autre porte de-ci de-là sur le dos.

Ils s’arrêtent – comme sur une route à minuit un animal
ébloui fixe les phares d’une voiture –
un instant puis continuent leur chemin

aussi vite que les écoliers d’une cour de récréation
et traversent la rue pendant qu’une myriade
d’horloges torrides tictaque dans l’espace de midi.

Du bleu qui passe sur la rade en glissades incandescentes.
Du noir qui rampe puis s’estompe, oeil hagard dans le roc.
Du blanc qui souffle en tempête dans le regard.

Lorsque les sabots ont piétiné trois heures
l’obscurité cognait aux parois de lumière.
La ville rampait aux portes de la mer

et scintillait dans la lunette du vautour.

(Tomas Tranströmer)

Illustration

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Soir de Noël (Dominique Chipot)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2018



coffre-cadeau [800x600]

soir de Noël
le coffre de la voiture
trop petit

(Dominique Chipot)

Illustration

 

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EX NIHILO (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018




    

EX NIHILO

Nous sommes faits de rien,
Nos cités se dressent au-dessus du vide,
Et dans des bars chromés
Des ombres boivent leur soûl de larmes,

Les doigts distraits des femmes passent
Sur des soies, des fleurs, un miroir,

Les caméras et les voitures
Virent sur le moyeu du rien
Sur lequel tournent les années, les étoiles.
Au-delà des maisons et des champs
Se dressent les collines enveloppées de forêts,
Et sur chaque feuille est tracé
Le motif de l’esprit éternel
Qui arrache les royaumes à la poussière.

Au-dessus des forêts s’étendent les nuages,
Champs blancs où la vue qui s’élève
S’arrête à la circonférence de l’air,

Et les lointaines constellations se meuvent
Autour du centre d’une pensée
Sur l’ordre de cet amour

Dont l’être est le souffle de vie,
La terre ferme que nous foulons,
Le corps divin que nous mangeons,
L’incarnation que nous vivons.

***

EX NIHILO

Out of nothing we are made,
Our cities rise upon the void,

And in chromium-plated bars,
Shadows drink their fill of tears,

Women’s transient fingers pass
Over silks and flowers and glass,

Cameras and motor-cars
Spin on the hub of nothingness
On which revolve the years and stars.

Beyond the houses and the fields
.Pise the forest-shrouded huis,
And upon each leaf is traced
The pattern of the eternal mind
That sommons kingdoms from the dust.

Above the forent lie the clouds,
White fields where the soaring sight
Lests on the air’s circumference,

And distant constellations move
About the centre of a thought
By the fiai of that love

nase being is the breath of life,
The terra firma that we tread,
The divine body that we eat,
The incarnation that we live.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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Pluie dans la nuit (Nakahara Chûya)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018




    
Pluie dans la nuit
– image de Verlaine –

La pluie ce soir encore entonne sa chanson,
Sa chanson monotone.
Lalala, lalala, toujours la même chanson.
Et voilà la carcasse de Verlaine
Qui passe dans la ruelle au milieu des entrepôts.

Dans la ruelle des entrepôts, c’est l’éclair de la cape,
L’ironie radine de la tourbe.
Mais au bout de la ruelle,
Au bout de la ruelle, l’espoir luit faiblement …
Qu’y a-t-il d’autre que cet espoir ?

A quoi bon toutes ces voitures ?
A quoi bon toutes ces lumières ?
Yeux globuleux, et vitreux, des lampes des cafés !
Au loin la chimie chante.

(Nakahara Chûya)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Nakahara Chûya Poèmes
Traduction: Yves-Marie Allioux
Editions: Picquier poche

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