Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘voix’

Drôles d’oiseaux (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2017



&

nbsp;   

A quelques pas, au bord de l’herbe ensoleillée,
un merle étonné tenait un noyau dans son bec et m’observait.
Son étonnement se teintait de pitié.
J’entendis aussitôt se faufiler en moi
la voix rassurante et moqueuse de Léontine:
« Chaque être, dans ce monde, rapporte tout à soi.
Ce volatile en te regardant a fait une retouche à ton genre:
« Drôles d’oiseaux, ces hommes à une seule plume ». »

(Daniel Boulanger)

 

Recueil: Vestiaire des anges
Editions: Grasset

Publicités

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Retouche à mon double (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2017




    
Retouche à mon double

il attend que je sois seul
et à voix haute m’injurie

(Daniel Boulanger)

 

Recueil: Vestiaire des anges
Editions: Grasset

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , | Leave a Comment »

Le café (Pierre Reverdy)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2017



Le café c’est un nuage à l’ombre plein de voix
Où le passant se glisse entre l’odeur et le froid
Contre la glace éteinte les têtes se retournent
La nuit suit son chemin
Mais quelqu’un s’en détache et entre
Toutes les têtes se retournent pour deviner le nom
approximatif de ce nouveau visage

(Pierre Reverdy)

Illustration: Paul Gauguin

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Vous êtes ô Parfums (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017



Illustration
    
Vous êtes ô Parfums,

D’une ivresse plus délectable et plus choisie
Que la caresse aux yeux, où leur splendeur s’imprègne,
Des chappes raidissant leur moire cramoisie
Et portant, d’or fané, l’agneau blessé qui saigne;

Plus naïfs et plus doux que n’est au crépuscule,
Sous des pins bleuissants embaumant la résine
Où quelque lueur d’astre en frissonnant circule,
Un champêtre duo de flûte et de clarine;

Plus somptueux et lents que le cours de l’Erèbe
Fluant son onde lourde aux plages léthargiques;
Qu’en l’honneur d’un héros, une marche funèbre
Déroulant pesamment son rythme pathétique.

Vous remplissez les coeurs d’un plus triste vertige,
D’un effroi plus aigu que l’aboi spleenitique
Lointainement d’un loup dans la nuit qui s’afflige,
Endeuillant les crénaux des donjons romantiques.

Plus que le son des cors aux ténébreuses fresques
Des forêts déchaînant le hurlement des meutes,
Parfums, vous provoquez, des désirs titanesques,
Dans l’ombre de nos coeurs les rougeâtres émeutes.

Vous êtes, ô parfums, plus comblés d’inertie
Que les violets sourds qui tombent des verrières,
Distributeurs savants de cette ataraxie
Qu’implorent nos douleurs dont le cri s’exaspère;

Plus résignés qu’ils sont en leur torpeur hindoue,
Où tout geste s’est tu, où nul désir ne râle,
Les tons silencieux dont la houle se joue,
Mer extatique, au dallage des cathédrales.

Endormeuse harmonie errante dans l’espace
Et qui bercez d’oubli nos âmes faméliques,
Vous surpassez la paix qui descend des rosaces
Quand s’unit l’orangé aux bleus mélancoliques.

Perçant l’opacité morne où nos sens résident,
Vous êtes, défiant le plus subtil orchestre,
De l’immense inconnu le langage fluide,
La voix de l’au-delà dans sa forme terrestre.

(Marie Dauguet)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

ART POÉTIQUE (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2017




    
ART POÉTIQUE

La diction n’implique pas d’être gai ou triste
Mais de donner ma voix à la véhémence des choses
Et faire du monde extérieur la substance de mon esprit
Comme celui qui dévore le coeur du lion
Regarde observe écoute
Aux aguets pour la chasse dans la pénombre de la chambre

***

ARTE POÉTICA

A dicçao não implica estar alegre ou triste
Mas dar minha voz à veemência das coisas
E fazer do mundo exterior substância da minha mente
Como quem devora o coracão do leão
Olha fita escuta
Atenta para a caçada no quarto penumbroso

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

MARCHE SANS DIRECTION (Pierre Reverdy)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2017




    
MARCHE SANS DIRECTION

Sur le train des ailes
la voix qui s’éteint
L’énorme prunelle
sur le ciel déteint
Il y a des bruits dans l’air
Si la terre s’étale
l’horizon se cache
Tout est à refaire
On fuit au gré du vent qui couche dans les lignes
Tous les arbres rompus au pas du voyageur
Toutes les bornes mortes qui gardent le ruisseau
Et toutes les étoiles qui croupissent dans l’eau
L’oiseau qui chante sur une branche de la nuit
Un fruit noir à cet arbre
que le vent a cueilli
Un mot de plus qui tombe
La fin d’une chanson
Le nom de ce visage
Le feu de la maison

(Pierre Reverdy)

 

Recueil: Main d’oeuvre
Editions: Mercure de France

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

SUR LA ROUTE DE SAN ROMANO (André Breton)

Posted by arbrealettres sur 13 novembre 2017



 

Illustration: Paolo Uccello
    
SUR LA ROUTE DE SAN ROMANO

La poésie se fait dans un lit comme l’amour
Ses draps défaits sont l’aurore des choses
La poésie se fait dans les bois

Elle a l’espace qu’il lui faut
Pas celui-ci mais l’autre que conditionnent

L’oeil du milan
La rosée sur une prèle
Le souvenir d’une bouteille de Traminer
embuée sur un plateau d’argent
Une haute verge de tourmaline sur la mer
Et la route de l’aventure mentale
Qui monte à pic
Une halte elle s’embroussaille aussitôt

Cela ne se crie pas sur les toits
Il est inconvenant de laisser la porte ouverte
Ou d’appeler des témoins

Les bancs de poissons les haies de mésanges
Les rails à l’entrée d’une grande gare
Les reflets des deux rives
Les sillons dans le pain
Les bulles du ruisseau
Les jours du calendrier
Le millepertuis

L’acte d’amour et l’acte de poésie
Sont incompatibles
Avec la lecture du journal à haute voix

(André Breton)

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Incertitude (Louis Guillaume)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2017




    
Incertitude. Où la voix
Dira le mot, la vie
Recommencera. Pour l’instant
Rien qu’une attente. Un désir
Qui n’ose s’avouer
Désir. Une aube
Oublieuse de la nuit
Mais qui doute du jour.
Tout pourrait rester ainsi
Entre rêve et sang,
Souffle et pierre.
N’avoir qu’une conscience,
L’angoisse. N’être qu’un remous
De néant. Mais, la parole
Enfin gorgée de silence,
Voici que sur le fond
Blême du matin se lève
Un soleil sûr de sa fin.

(Louis Guillaume)

 

Recueil: Agenda
Editions: Corti

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Responsable (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2017



Illustration
    
Responsable
A Guillevic.

Et pendant ce temps-là que faisait le soleil?
ll dépensait les biens que je lui ai donnés.

Et que faisait la mer? — lmbécile, têtue
elle ouvrait et fermait des portes pour personne.

Et les arbres? — Ils n’avaient plus assez de feuilles
pour les oiseaux sans voix qui attendaient le jour.

Et les fleuves? Et les montagnes? Et les villes?
Je ne sais plus, je ne sais plus, je ne sais plus.

(Jean Tardieu)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

AUCUNE CHOSE… (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2017



AUCUNE CHOSE…

Aucune chose ne se perdit en moi.
Sont toujours là les nuits et les ponants
Qui glissèrent dans la maison et le jardin,
Sont toujours là les voix différentes
Qui dans mon être, intactes, veillent.
J’apporte la terreur et j’apporte la clarté,
À travers toutes les présences
Je chemine vers l’unique unité.

***

NAO SE PERDEU…

Nao se perdeu nenhuma coisa em mim.
Continuam as noites e os poentes
Que escorreram na casa e no jardim,
Continuam as vozes diferentes
Que intactas no meu ser estão suspensas.
Trago o terror e trago a claridade,
E através de todas as presenças
Caminho para a única unidade.

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

 Illustration: Oleg Zhivetin

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 4 Comments »

 
%d blogueurs aiment cette page :