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Poésie

Posts Tagged ‘volontaire’

Duperie volontaire (Goethe)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2018


Le rideau est de ci de là
Flottant chez ma voisine.
Certes, elle épie en se penchant
Si je suis bien chez moi,

Et si la jalouse rancune
Qu’en plein jour j’ai couvée,
Comme elle le doit à jamais
Vibre au fond de mon coeur.

Mais, hélas! cette belle enfant
N’a rien senti de tel.
Je le vois, c’est le vent du soir
Qui joue dans son rideau.

***

Selbstbetrug

Der Vorhang scwebet hin und her
Bei meiner Nachbarin.
Gewiß, sie lauschet überquer,
Ob ich zu Hause bin.

Und ob der eifersüchtge Groll,
Den ich am Tag gehegt,
Sich, wie er nun auf immer soll,
Im tiefen Herzen regt.

Doch leider hat das schöne Kind
Dergleichen nicht gefühlt.
Ich seh, es ist der Abendwind,
Der mit dem Vorhang spielt.

(Goethe)

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Le regret de ses réseaux (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2018




    
Le regret de ses réseaux

L’air et l’eau dans ton nuage
Si nuage est ce regard
Cette pensée qui disperse
Le regret de ses réseaux

L’air nocturne sur ta bouche
L’animal pur de ton souffle
Et l’hôte impur de ta couche
Où mourir dans ta dépouille

Quand la hanche et las ton ventre
Soudainement s’alourdissent
L’air est noir sur ta bouche lisse
L’eau de la nuit vient dans tes jambes

Langue soumise et volontaire
Dans la fraîcheur et le feu
Muscle frais dans la caverne
Où ne règne aucune parole

Je n’ai pas de raison plus juste
De clairière plus résolue
A m’instruire en impatience
À l’exemple de la mort

Pressé de vivre en ce lieu
Dans la maison de l’abîme
De chair et de peau sublime
À la trace enfin de Dieu

(Jacques Chessex)

 

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Les bras (Patrick Le Divenah)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018




    
Les bras

elle avait une façon de laisser les bras
accompagner le déplacement de son corps
qui désarmait toute analyse et disait, fort
bien, que la marche existe ailleurs que dans les pas

c’est de l’épaule que partait la courbe libre
volontaire et l’oeil commençait juste à la suivre
que déjà l’évasement du coude passé
le dessin se perdait dans l’isthme du poignet

jamais telle douceur n’avait paru plus ferme
ni l’évidence d’une peau plus éclatante
parcours sans faute d’une ligne dont la pente

pouvait surprendre par un geste qui la ferme
puis qui de nouveau l’ouvre et de nouveau l’oriente
écart inattendu qui comble notre attente

(Patrick Le Divenah)

 

Recueil: Blasons du corps féminin
Traduction:
Editions: L’Échappée Belle

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Lamentation sur Chen-tao (Du Fu)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2018




    
Lamentation sur Chen-tao

Le sang des jeunes venus des dix contrées
Emplit les froids marécages de Chen-tao
Longue plaine, ciel désert, les cris se sont tus :
Quarante mille volontaires péris en un jour

Les Tartares reviennent, flèches toutes saignantes
Ils boivent en hurlant sur la place du marché
Le peuple, vers le nord, les yeux brillés de larmes
Jour et nuit, guette l’arrivée de l’armée

(Du Fu)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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Le peu de force (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2015



Ciric  Bella_dona

Le peu de force que tu avais alors
tu l’as usée en deux ultimes sourires,
volontaires encore, pour moi.
Tu demeuras, ensuite,
involontairement sérieuse pour toujours.

***

La poca fuerza que tenías ya
la gastaste en dos últimas sonrisas,
voluntarias aún, para mí. Luego,
te quedaste
involuntariamente seria para siempre.

(Juan Ramón Jiménez)

 

 

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PARTIR ! (Pascal Bonetti)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2015




PARTIR !

Oh ! la joie
De vivre, d’être fort, d’être jeune et d’avoir
L’inapaisé désir de toute humaine proie !

Oh ! la joie
De tout aimer, de tout vouloir et de savoir
Que l’on va mordre à tous les fruits qui sont sur terre
Et saisir d’une main avide et volontaire
Tout ce qui fait le clair trésor du jour qui fuit :
La fragile beauté des fleurs, la fugitive
Caresse tour à tour du bon soleil qui luit
Et de l’ombre qui rêve, entre ses rais captive,
L’ivresse de courir, de bondir, de lutter,
De courber un cheval, de larguer une voile,
De se lancer sur une route, la fierté
De chevaucher un peu de métal et de toile
Dans la nue, et enfin la triple royauté
De l’amour, de l’étreinte et de la volupté !

Oh ! la joie
De regarder la vie avec des yeux d’amant
Qui sait devoir trouver la lumineuse voie
Du bonheur !

Oh ! la joie, oh ! l’émerveillement
D’être ainsi jeune, fort, absolu, téméraire
Et de penser qu’on va, demain, courir la terre,
Qu’on va partir ! Partir ! Ô destin sans pareil
Qui doit nous rapprocher chaque jour du soleil !
Destin qui fut celui de Jason et d’Hercule,
Celui d’Ulysse et de Moïse et de César,
Celui des conquérants qui domptent le hasard
Et des chercheurs par qui l’ignorance recule !

Partir ! Sublime sort des Colomb, des Gama
Et de tous ceux qu’un rêve auguste consuma :
Croisés qui s’en allaient soumettre l’infidèle,
Soldats qui traversaient les mers pour apporter
L’aide de leur jeunesse aux jeunes libertés,
Prêtres, porteurs de dieux, poètes, faiseurs d’ailes…

(Pascal Bonetti)

Illustration: Vladimir Kush

 

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MUTILATION VOLONTAIRE (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2015




MUTILATION VOLONTAIRE

Pour s’éviter de servir
aux armées de l’empereur,
un beau soir avec la hache,
le maître se mutila
de deux grands doigts de sa main ;
sa jeune et blonde épouse
pansa la plaie tendrement
et les pensées à coeur jaune
tremblèrent dans le parterre,
les deux chiens du maitre hurlèrent
quand on le porta au lit,
alors charbonnaient les lampes
entourées de papillons;
mais les femmes assemblées
sur la place du village
devant la rougeur des nuages
disaient que ce qu’elles voyaient
était le sang des soldats.

(Jean Follain)

Illustration

 

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