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Posts Tagged ‘volupté’

Nocturne (Stuart Merrill)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2019



 

Gao Xingjian  jian [1280x768]

Nocturne

A JORIS-KARL HUYSMANS

La blême lune allume en la mare qui luit
Miroir des gloires d’or, un émoi d’incendie.
Tout dort. Seul, à mi-mort, un rossignol de nuit
Module en mal d’amour sa molle mélodie.

Plus ne vibrent les vents en le mystère vert
Des ramures. La lune a tû leurs voix nocturnes :
Mais à travers le deuil du feuillage entr’ouvert,
Pleuvent les bleus baisers des astres taciturnes.

La vieille volupté de rêver à la mort
A l’entour de la mare endort l’âme des choses.
A peine la forêt parfois fait-elle effort
Sous le frisson furtif d’autres métamorphoses.

Chaque feuille s’efface en des brouillards subtils.
Du zénith de l’azur ruisselle la rosée
Dont le cristal s’incruste en perles aux pistils
Des nénuphars flottant sur l’eau fleurdelisée.

Rien n’émane du noir, ni vol, ni vent, ni voix,
Sauf lorsqu’au loin des bois, par soudaines saccades,
Un ruisseau roucouleur croule sur les gravois :

L’écho s’émeut alors de l’éclat des cascades.

(Stuart Merrill)

Illustration: Gao Xingjian  jian

 

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Vers vagues (Stuart Merrill)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2019



 

Alexandru Darida c4 [1280x768]

Vers vagues

Le fébrile frisson des murmures d’amour
M’émeut ce soir les nerfs et vieillit ma mémoire.
La voix d’un violon sous la soie et la moire
Me miaule des mots d’inéluctable amour.

La verveine se pâme en les vases de jade :
Un fantôme de femme en l’alcôve circule.
Mais ma mémoire est morte avec le crépuscule,
Et j’ai perdu mon âme en les vases de jade.

Oh ! mol est mon amour, vague est le violon !
Un arôme d’horreur rôde en l’air délétère,
Et je rêve de rêve en l’ombre du mystère

Mais oh ! la volupté veule du violon !

(Stuart Merrill)

Illustration: Alexandru Darida

 

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Ma coupe, mon vin, et le Compagnon (Râbi’a)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2019



 

Rabia_al-Adawiyya

Ma coupe, mon vin, et le Compagnon sont trois
Et moi, que remplit l’Amour, je suis la Râbi`a

Celui qui verse le vin fait circuler sans cesse
La coupe de la volupté et du luxe

Si de mes yeux je vois, je ne vois que pour Lui
Si regardée je suis, je suis vue avec Lui

Ô toi qui me blâmes, Sa beauté, oui, je l’aime
Et, par Dieu, mes oreilles n’ont que faire de ton blâme !

Que de nuits délirantes j’ai passées, feux, tourments,
Et mes yeux se sont faits sources, par mes larmes !

Aucune larme n’a pu remonter à sa source :
Mon union avec Lui n’a pas duré

Blessé meurtri mon oeil
Plus jamais ne s’apaise

(Râbi’a)

Illustration

 

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Le ciel incandescent d’un million d’étoiles (Jean de la Ville de Mirmont)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2019



Le ciel incandescent d’un million d’étoiles
Palpite sur mon front d’enfant extasié.
Le feu glacé des nuits s’infuse dans mes moelles
Et je me sens grandir comme un divin brasier.

Les parfums de juillet brûlent dans le silence
D’une trop vaste et trop puissante volupté.
Vers l’azur ébloui, comme un oiseau, s’élance,
En des battements fous, mon coeur ivre d’été.

Que m’importe, à présent, que la terre soit ronde
Et que l’homme y demeure à jamais sans espoir ?
Oui, j’ai compris pourquoi l’on a créé le monde ;
C’était pour mon plaisir exubérant d’un soir !

(Jean de la Ville de Mirmont)

 

 

 

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Rose (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2019



Rose, pure contradiction, volupté
De n’être le sommeil de personne
Sous tant de paupières.

(Rainer Maria Rilke)
Vers choisis par Rilke pour son épitaphe


Illustration

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NUIT D’HIVER (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2019



NUIT D’HIVER

Quand je passe par les nuits silencieuses
Et que ma pensée t’évoque
En de muettes douleurs…
O rêve, âme idéale,
Amour
Qui voudrait renaître,
Pour te faire frissonner de volupté…
O rêve, âme idéale,
Pourvu que n’en aient vent
Les amantes d’antan…

*

Quelle ombre à ta fenêtre jaillit,
Ombre d’amours vaincues ?
Vieux poète, abîme de la nuit
Sur la neige des rues.
Des sanglots par cette nuit d’hiver
Où la tempête engloutit tout
Courent Dieu sait où,
En l’instant lourd, amer…

(George Bacovia)

Illustration

 

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AIMONS-NOUS (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2019



AIMONS-NOUS

Sûrement, hélas, un jour viendra
Où nous dormirons dans une bière,
Etrangers en quelque cimetière,
Et l’automne sur nous pleurera.

Alors, que sera-ce ma mignonne
— Dans le chaos de l’immensité —
Si ton corps virginal s’abandonne
Au feu rose de la volupté ?

(George Bacovia)

Illustration: Alex Grey

 

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Rêvez rêvez dit la rose fanée (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2019


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Mon regard se perd dans les régions de son corps
Le plus vaste des océans
est le corps de l’amante

***
Lorsqu’elle me voit
son visage s’enflamme
Je suis son feu intérieur

***

Le coeur de l’amant est entre ses lèvres
Le coeur de l’amante est sous son nombril

***

Non – il ne peut voir dans la rose
qu’un corps de femme

***

Pourquoi ta souvenance ne me quitte-t-elle pas
Le vent lui-même ne m’a pas entendu
quand j’ai dit – je t’aime

***

Il se lève dans son corps
Il dort dans son corps à elle

***

La ligne droite
est cercle dans l’amour

***

L’homme pour la femme est un livre
qu’elle ne sait lire qu’avec son corps entier

***

Le parfum est la plus belle robe
que peut porter une femme

***

Dans l’extase du sexe
l’homme et la femme sont égaux
Chacun se sent créé de la côte de l’autre

***

Tu n’entreras dans la nuit du corps
que si tu te livres au soleil de la folie

***

Pour le corps le présent
est la forme du temps

***

Ô langue sois modeste
seul le corps peut écrire le corps

***

Le parfum de la femme crée pour l’air
un lit et un phallus

***

L’océan est le plus désiré des hommes
au sein de la steppe
La steppe est la plus désirée des femmes
au sein de l’océan
Ô les deux amants qui jamais ne se rencontrent

***

L’étoile de l’amant est entre ses bras
L’astre de l’amante est entre ses cuisses

***

Rêvez rêvez dit la rose fanée

***

J’ai vu la femme
qui a vu l’hirondelle
qui crée le printemps
et c’était toi

***

La raison tourne autour de nous
devant nous avance le coeur

***

Corps –
la plus belle demeure de l’imagination

***

Le plaisir –
résurrection du corps

***

Ses larmes –
ruisseau dans lequel nage la volupté

***

(Adonis)

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Soir tropical (Ida Faubert)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2019



 

palmiers

Soir tropical

Le soir est lumineux; le soir est tendre et beau.
Le soleil s’est éteint; la lune est sur les roses.
Une langueur pénètre au coeur même des choses…
Et les grands palmiers noirs rêvent au bord de l’eau.

Les jasmins ont mêlé leurs branches étoilées
Aux lianes en fleurs. L’haleine de l’été
Caresse les fruits lourds. La grave volupté
Laisse traîner son voile au détour des allées.

Là-bas, sur le chemin, pas un chant, pas un bruit.
Rien ne trouble la paix d’un bonheur qu’on écoute…
Viens sentir les parfums sur le bord de la route,
Et respirer mon âme éparse dans la nuit.

(Ida Faubert)

 

 

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Le tournesol est ton meilleur ami (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2019




Le tournesol est ton meilleur ami

Si tu écris au tournesol,
dis-lui qu’à l’ombre de ton cou
la vie est volupté.
Promets-lui que tes yeux s’effaceront
devant les siens,
intenses comme un peuple d’étourneaux.
Sois magnanime:
n’était-il pas trop jeune pour comprendre
que ta beauté jalousait sa beauté?
Prépare son retour et fais-lui fête:
ils sont nombreux,
tous les printemps qu’il te rapportera.
Le tournesol est ton meilleur ami.

(Alain Bosquet)

 

 

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