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L’adieu (Charles Van Lerberghe)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2019



 

Musée Bonnat - Idylle - Léon Bonnat (1890)

L’adieu

Le soir fraîchissait dans les roses.
Inquiets de troubler ce charme défaillant,
Des êtres inconnus, voluptueusement,
Atténuaient les choses
De voiles hyacinthes, semblables à des mers.
Tout s’effaçait en un calme silence,
Et devenait l’imperceptible hier.
Des choses qui mouraient paraissaient immortelles,
D’autres, languissamment, s’exhalaient dans le ciel,
Et pour qu’aucun regret n’en fût en nos pensées,
Tout en nous oubliant, semblaient comme oubliées.

Mais, à cette heure suprême
Nos visages encor tournés vers le bonheur,
Attardés dans le soir, dans l’adieu, dans les pleurs,
Attardés en nous-mêmes ;
Nous voulions, malgré que tout espoir fût vain,
Revivre ce beau jour, et seuls, le soir atteint,
Seuls, nous ne savions nous détacher des choses,
À l’heure où les parfums se détachaient des roses,
Et la lumière de notre seuil.

(Charles Van Lerberghe)

Illustration: Léon Bonnat

 

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L’âge d’or est pour demain (Bernard Dimey)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2017


bonobo

L’âge d’or est pour demain,
je n’attends plus que lui pour venir…

Et quand je serai parmi vous,
je m’installerai le cul par terre
et je commencerai à me gratter,
à me gratter,
et le poil poussera sur tout mon corps…

Je regarderai mes pieds sans impatience
et quand je serai capable de cueillir une fleur
avec mon pied droit, je le ferai
et je chercherai dans la foule une guenon
que je palperai de toutes mes mains
voluptueusement…
Nous chercherons nos poux ensemble,
au soleil…

Ensuite,
à quatre pattes,
nous partirons tous les deux
vers le Paradis terrestre

Tellement…
tellement contents
tellement rassurés
d’être enfin
redevenus des singes…

(Bernard Dimey)

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MIDI (Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2017



MIDI

Couche-toi, crois-moi, sous quelque arbre rieur
Bien nourri, barbu de mousse et vêtu d’été.
Ton rêve de douleur
Ne s’est-il pas enfui avec ton rêve de beauté ?

Couche-toi, crois-moi, chanteur vaincu par la santé,
Sous quelque arbre sans musique et sans pensée,
Et songe au vide des nostalgies dépensées,
Et souris sans rancune à ce qui t’a quitté.

Couche-toi, crois-moi, solitaire et lourd passant
Et rêve savamment de flexibles danseuses
D’Orient à la chair triste de soleil et heureuse
D’ombre, et qu’il serait doux de dévêtir jusqu’au sang.

Couche-toi, tes paupières sont lourdes comme des fruits.
Et fais quelque beau songe de gros moine un peu fou :
Les chemins fatigués de mener n’importe où
Ne sont-ils pas couchés ? Et l’ombre ? Et l’eau du puits ?

Couche-toi, crois-moi, heureux sonneur de glas ;
Ton coeur n’est-il pas un bissac rempli de choses succulentes ?
Les heures ne sont-elles pas doucement lentes ?
Et toi, dis-moi, n’es-tu pas suavement las ?
Oui, de la vie et du rêve et de tout — voluptueusement las ?

(Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)


Illustration

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Reste. N’allume pas la lampe… (Catulle Mendès)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2016



William-Adolphe Bouguereau  27_12 [800x600]

Reste. N’allume pas la lampe…

Reste. N’allume pas la lampe. Que nos yeux
S’emplissent pour longtemps de ténèbres, et laisse
Tes bruns cheveux verser la pesante mollesse
De leurs ondes sur nos baisers silencieux.

Nous sommes las autant l’un que l’autre. Les cieux
Pleins de soleil nous ont trompés. Le jour nous blesse.
Voluptueusement berçons notre faiblesse
Dans l’océan du soir morne et délicieux.

Lente extase, houleux sommeil exempt de songe,
Le flux funèbre roule et déroule et prolonge
Tes cheveux où mon front se pâme enseveli…

Ô calme soir, qui hais la vie et lui résistes,
Quel long fleuve de paix léthargique et d’oubli
Coule dans les cheveux profonds des brunes tristes.

(Catulle Mendès)

Illustration: William-Adolphe Bouguereau

 

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