Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘vrai’

Innocente et toute proche (Jean-Marie Barnaud)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017




    
Innocente et toute proche
une voix sonne tout à coup
glaciale
Elle dit les choses pour de vrai
les choses qui ferment
les vérités d’en face
celles de l’autre monde
Un couperet siffle
Quelqu’un vous barre la route
à jamais

(Jean-Marie Barnaud)

 

Recueil: Fragments d’un corps incertain
Editions: Cheyne

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La poésie est une vie trop dense (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2017



Illustration
    
que la lecture de poèmes
très vite me fatigue
Les mots cognent sous mes tempes
C’est que la poésie
est une vie trop dense
comme un alcool trop fort
qui brûle le crâne
Cela ne vient pas de la poésie
mais de moi
je ne peux vivre de vraie vie
qu’un instant pas plus

On dit que nul ne peut voir Dieu
sans aussitôt mourir
Moi je crois qu’une seconde
de vie pure
non tempérée non diluée
nous éclaterait le coeur
et que nous ne pourrions la supporter

C’est peut-être quelque chose comme cela
qui arrive
dans la beauté la poésie l’amour
Nous sommes pris soulevés
dans une main de feu
qui heureusement nous repose
sur nos chemins habituels
de salamandres

Ne reste plus qu’à filer
dans les fossés les sous-bois
où le danger est moins grand
et l’amour plus lointain

(Christian Bobin)

 

Recueil: La Vie Passante
Editions: Fata Morgana

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

La mélancolie de Pierrot (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2017



La mélancolie de Pierrot

Le premier jour, je bois leurs yeux ennuyés….
Je baiserais leurs pieds,
À mort. Ah! qu’elles daignent
Prendre mon coeur qui saigne!
Puis, on cause…. — et ça devient de la Pitié;
Et enfin je leur offre mon amitié.

C’est de pitié, que je m’offre en frère, en guide;
Elles, me croient timide,
Et clignent d’un oeil doux :
« Un mot, je suis à vous! »
(Je te crois) Alors, moi, d’étaler les rides
De ce coeur, et de sourire dans le vide

Et soudain j’abandonne la garnison,
Feignant de trahisons!
(Je l’ai échappé belle!)
Au moins, m’écrira-t-elle?
Point. Et je la pleure toute la saison….
— Ah! j’en ai assez de ces combinaisons!

Qui m’apprivoisera le coeur! belle cure …..
Suis si vrai de nature
Aie la douceur des soeurs!
Oh viens! suis pas noceur,
Serait-ce donc une si grosse aventure
Sous le soleil? dans toute cette verdure…

(Jules Laforgue)


Illustration: Antoine Watteau

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le mot sens (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2017



sens

Le mot sens

Ce mot polysémique est un diamant du vocabulaire français.
Comprimé en une seule syllabe, il donne lieu à trois définitions,
à savoir: sensation, direction et signification.
Ces trois définitions marquent en réalité les trois étapes,
ou les trois étages, de notre existence.
Et c’est justement à la lumière de la beauté
que ces trois définitions acquièrent leurs sens plénier.

En effet, la beauté a le don de provoquer en nous les ressentis les plus forts et les plus immédiats,
des ressentis aussi bien charnels qu’émotionnels.
Imprégné des sensations nées de ses ressentis,
notre être se sent attiré par la présence de la beauté et d’instinct va vers elle.
Ce faisant, il s’oriente vers une certaine direction.
Or, dès que notre existence prend une direction, elle prend sens.
Et lorsque cette direction ouvre sur un état d’harmonie et de communion,
autrement dit un état d’amour, ce qui est le cas de la beauté,
notre existence atteint sa plus haute signification,
parce que c’est alors qu’elle fait signe à la vraie vie;
et la vraie vie, à son tour, lui fait signe.

(François Cheng)

 

 

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Nommer chaque chose à part (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2017




    
Nommer chaque chose à part
est le commencement de tout
Mais dire ce qui surgit d’entre elles
toujours neuf
et imprévu
C’est
chaque fois
recommencer le monde

Entre arbre et nuage
Que passe oiseau blessé ou vent ravi
Que l’éclat furtif s’inscrive
entre les yeux
entre les lèvres
À la vraie vie
indéfiniment
nous renaissons

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le Vrai toujours (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2017



Illustration: Maurits Cornelis Escher
    
Le Vrai toujours
Est ce qui naît
d’entre nous
Et qui sans nous
ne serait pas

Né d’entre nous
Selon le souffle
du pur échange
Le Vrai toujours
Est ce qui tremble
Entre frayeur et appel

Entre regard et silence

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La vraie gloire est ici (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2017



Illustration
    
La vraie gloire est ici
Nous passons à côté
Quelques jades croqués
Et maints lotus mâchés
Au travers des ténèbres
Nous ne périrons pas

La vraie vie est ici
Nous passons à côté
Mousse ou limon mâché
Lave ou glace croquée
Mourant de nostalgie
Périrons-nous un jour ?

La vraie voie est ici
Par ici nous passons
Nous aurons toujours soif
Et toujours aurons faim
Au travers des ténèbres
Jamais ne périrons

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Et si les mots … (Lorand Gaspar)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2017



Et si les mots s’avèrent parfois impuissants à communiquer un moment de « vraie vie »,
à faire partager ce qui nous est apparu comme une connaissance vive,
puissent-ils du moins témoigner d’un immense désir de lumière partageable.

(Lorand Gaspar)
Découvert chez Lara ici

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

FRÊLE COMME L’OMBRE D’UNE FEUILLE (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2017



;
Illustration: ArbreaPhotos
   

FRÊLE COMME L’OMBRE D’UNE FEUILLE

Frêle comme l’ombre d’une feuille il s’estompe
et tu t’estompes quand tu le touches.
Et comme tu t’estompes, l’après-midi
s’estompe avec toi, fraîche et trouble.

Un mur se dresse entre aucun espace,
division aussi mince que l’ombre,
ses paupières se ferment sur tes yeux
d’un vif-argent qui le décontenance.

Puis doucement tu dis son nom
comme si son nom sur ta langue
pouvait dresser un mur contre l’ombre
s’amoncelant où il s’estompe.

Parfois ces frontières entre les deux
peuvent sembler ne plus exister,
mais pourquoi, alors, le souffle court
et le corps d’argent de se tortiller,

pourquoi un nom qu’on murmure
comme pour demander : Est-ce vrai ?
reste sans réponse tant que le sommeil
ne te libère de sa prise cruelle.

***

FAINT AS LEAF SHADOW

Faint as leaf shadow does he fade
and do you fade in touching him.
And as you fade, the afternoon
fades with you and is cool and dim.

A wall that rises through no space,
division which is shadow-thin,
his eyelids close upon your eyes’
quicksilver which bewilders him.

And then you softly say his name
as though his name upon your tongue
a wall could lift against the drift
of shadow that he fades among.

Sometimes those frontiers of the twain
may seem no longer to exist,
but why, then, is the breath disturbed,
and does the silver body twist,

and why the whisper of a name
as though enquiring, Is it true?
which goes unanswered until sleep
has loosened his fierce hold of you.

(Tennessee Williams)

 

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Si peu (Czeslaw Milosz)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017



Si peu ai-je dit.
Courts sont les jours.

Courts les jours,
Courtes les nuits,
Courtes les années.

Si peu ai-je dit.
Le temps a manqué.

Mon coeur est las
D’extase,
De désespoir,
D’ardeur,
D’espérance.

La gueule du léviathan
Se refermait sur moi.

Je restais nu sur les rivages
Des îles désertes.

La baleine blanche du monde
M’a emporté avec elle dans l’abîme.

Et à présent
Je ne sais plus ce qui était vrai.

(Czeslaw Milosz)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

 
%d blogueurs aiment cette page :