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FRÊLE COMME L’OMBRE D’UNE FEUILLE (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2017



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Illustration: ArbreaPhotos
   

FRÊLE COMME L’OMBRE D’UNE FEUILLE

Frêle comme l’ombre d’une feuille il s’estompe
et tu t’estompes quand tu le touches.
Et comme tu t’estompes, l’après-midi
s’estompe avec toi, fraîche et trouble.

Un mur se dresse entre aucun espace,
division aussi mince que l’ombre,
ses paupières se ferment sur tes yeux
d’un vif-argent qui le décontenance.

Puis doucement tu dis son nom
comme si son nom sur ta langue
pouvait dresser un mur contre l’ombre
s’amoncelant où il s’estompe.

Parfois ces frontières entre les deux
peuvent sembler ne plus exister,
mais pourquoi, alors, le souffle court
et le corps d’argent de se tortiller,

pourquoi un nom qu’on murmure
comme pour demander : Est-ce vrai ?
reste sans réponse tant que le sommeil
ne te libère de sa prise cruelle.

***

FAINT AS LEAF SHADOW

Faint as leaf shadow does he fade
and do you fade in touching him.
And as you fade, the afternoon
fades with you and is cool and dim.

A wall that rises through no space,
division which is shadow-thin,
his eyelids close upon your eyes’
quicksilver which bewilders him.

And then you softly say his name
as though his name upon your tongue
a wall could lift against the drift
of shadow that he fades among.

Sometimes those frontiers of the twain
may seem no longer to exist,
but why, then, is the breath disturbed,
and does the silver body twist,

and why the whisper of a name
as though enquiring, Is it true?
which goes unanswered until sleep
has loosened his fierce hold of you.

(Tennessee Williams)

 

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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Si peu (Czeslaw Milosz)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017



Si peu ai-je dit.
Courts sont les jours.

Courts les jours,
Courtes les nuits,
Courtes les années.

Si peu ai-je dit.
Le temps a manqué.

Mon coeur est las
D’extase,
De désespoir,
D’ardeur,
D’espérance.

La gueule du léviathan
Se refermait sur moi.

Je restais nu sur les rivages
Des îles désertes.

La baleine blanche du monde
M’a emporté avec elle dans l’abîme.

Et à présent
Je ne sais plus ce qui était vrai.

(Czeslaw Milosz)

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Au jour tombant (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2017




    
Au jour tombant les choses se relient

fleurs et chat, livre et lampe,
rêvent au magma primordial

vont jusqu’aux abords
de nous qui les admettons si distraitement.

Identifier notre royaume
serait pourtant la vraie urgence de nos soirs.

(Marie-Claire Bancquart)

 

Recueil: Terre Energumène
Editions: Le Castor Astral

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C’est (Gerrit Kouwenaar)

Posted by arbrealettres sur 18 mai 2017




Illustration: René Magritte

    
c’est

ce n’est pas beau
ce n’est pas illisible
ce n’est pas pour les enfants

ce n’est pas une langue secrète
ce n’est pas pour élever le peuple

c’est le côté intérieur
de ta porte extérieure, ça tu le sais
pourtant: ta main
se déforme sur le loquet

sur le paillasson sous ton pied
le quotidien, l’hebdomadaire, le mensuel,
le rapport annuel

ça neige dans la chaleur
ça meurt dans la paix, la lettre
a tout mangé, rien
n’est pas vrai, rien n’est passé, rien
n’est digéré

(Gerrit Kouwenaar)

 

Recueil: Poètes néerlandais de la modernité
Traduction: Henri Deluy
Editions: Le Temps des Cerises

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OUVERT (Francisco Alvim)

Posted by arbrealettres sur 28 avril 2017



    

Illustration: Eric Principaud
    

OUVERT

Parfois le regard chemine
dans la trame de la lumière
sans la moindre curiosité
ni rêverie quelconque
Il avance en quête du temps
et le temps, comme toujours,
vide de tout
n’est pas bien loin
il est ici, maintenant
Le regard sans mémoire
sans destination
s’immobilise
dans l’air de l’air
la lumière de la lumière —
vrai lieu ?

***

ABERTO

Às vezes o olhar caminha
na trama da luz
sem curiosidade alguma
qualquer devaneio
Vai em busca do tempo
e o tempo, como o sempre,
vazio de tudo
nao está longe
está aqui, agora
O olhar sem memória
sem destino
se detém
no ar do ar
na luz da luz —
lugar ?

(Francisco Alvim)

 

Recueil: La Poésie brésilienne aujourd’hui
Traduction: Patrick Quillier
Editions: Le Cormier

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La vraie tendresse (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 26 avril 2017



La vraie tendresse, on ne la confond
Avec rien, elle se tait.
En vain tu t’évertues
À m’emmitoufler de fourrures les épaules et la gorge.
Vaines, tes phrases soumises
Sur le premier amour.
Comme je les connais, ces regards
Pressants, inassouvis !

(Anna Akhmatova)

Illustration: Tamara Lunginovic

 

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Le vrai (Laurent Albarracin)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2017



 

Le vrai est le frais.
Tout le reste est vieilleries.

(Laurent Albarracin)

Illustration

 

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CONTE DE FEES (Jacqueline Commard)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2017



CONTE DE FEES

Si j’étais une fée … je te ferais Princesse !
Toi ma petite fille au regard limpide
Ta vie résonnerait en un chant d’allégresse
Pour t’offrir un destin sans image livide.

Tes châteaux en Espagne auraient un goût de vrai
Où tu irais danser au-delà de minuit
Ta pantoufle de vair, par bonheur échouerait
Dans les mains d’un héros des Mille et Une Nuits.

Tes jardins seraient pleins de citrouilles dorées
Pour que de ma baguette en sortent des carrosses
Qui anéantiraient comme un raz de marée
Les crapauds malveillants et les Fées « Carabosse ».

Tes voyages lointains sur des tapis volants
Te feraient découvrir le Pays des Merveilles …
La Lampe d’Aladin, dans le soleil couchant
T’éclairerait sans fin de ses rayons de miel …

Quand je te vois dormir au creux de ton berceau
Soudain je t’imagine en Belle au Bois Dormant
Sortant de son cocon de soie et de cristaux
Et qui prendrait l’Amour pour un Prince Charmant !

Mais … je rêvais tout haut … me revoici sur terre
C’est Toi qui es la Fée de notre quotidien
Lorsque tu apparais, tu portes la lumière
Eblouissant nos vies de tes yeux enfantins !

(Jacqueline Commard)

 

 

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Met le doigt dans la blessure du monde (Zbigniew Herbert)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2017



met le doigt dans la blessure du monde
et sépare la chose de l’apparence

toi le plus vrai toi seul
sais exprimer l’amour
toi seul peux me consoler
car nous sommes tous deux sourds aveugles

– au bord de la vérité croît le toucher

(Zbigniew Herbert)

Illustration: Irina Vitalievna Karkabi

 

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J’ÉCRIS POUR QUE LE JOUR (Anna De Noailles)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2017



 

J’ÉCRIS POUR QUE LE JOUR

J’écris pour que le jour où je ne serai plus
On sache comme l’air et le plaisir m’ont plu,
Et que mon livre porte à la foule future
Comme j’aimais la vie et l’heureuse Nature.

Attentive aux travaux des champs et des maisons,
J’ai marqué chaque jour la forme des saisons,
Parce que l’eau, la terre et la montagne flamme
En nul endroit ne sont si belles qu’en mon âme !

J’ai dit ce que j’ai vu et ce que j’ai senti,
D’un coeur pour qui le vrai ne fut point trop hardi,
Et j’ai eu cette ardeur, par l’amour intimée,
Pour être, après la mort, parfois encore aimée,

Et qu’un jeune homme, alors, lisant ce que j’écris,
Sentant par moi son coeur ému, troublé, surpris,
Ayant tout oublié des épouses réelles,
M’accueille dans son âme et me préfère à elles…

(Anna De Noailles)

Illustration: Ignacio Zuloaga

 

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