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LA PAIX RÈGNE DANS L’ÉTRAVE BOUILLONNANTE (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2019



LA PAIX RÈGNE DANS L’ÉTRAVE BOUILLONNANTE

Un matin d’hiver, je sentis combien cette terre
avance en roulant. Un souffle d’air
venu des tréfonds crépitait
aux murs de la maison.

Baignée par le mouvement : la tente du silence.
Et le gouvernail secret d’une nuée d’oiseaux migrateurs.
Le trémolo des instruments
cachés montait

de l’ombre de l’hiver. Comme lorsque nous voici
sous le grand tilleul de l’été, avec le vrombissement
de dizaines de milliers
d’ailes d’insectes au-dessus de nous.

(Tomas Tranströmer)

Illustration

 

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Irrésolu (Pier Paolo Pasolini)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2018



Illustration: Edward Hopper
    
Irrésolu j’écoute en me levant
le son clair de mes pas; puis j’hésite
devant les sinistres volets clos.
(Dans quelle merveilleuse atmosphère se glisse
la lumière immaculée ? Et avec tant de tristesse ?).
Incertain j’ouvre le balcon : le ciel imprime
un silence sidéral sur les champs.

Et… si nos sens avaient raison, puis au loin
un chaste autocar déflore à peine
le silence, du côté des contreforts désolés.
Et le vrombissement enchanteur se dissipe.
Et moi je suis toujours là, penché sur mes feuilles ?
Ah images désespérantes, ah certitude
de n’être rien d’autre qu’une apparition
à la lumière…

***

Sospeso allora ascolto dei miei passi
il fresco suono, alzandomi; ma indugio
aile squallide imposte suggellate.
(In quell’aria meravigliosa il vergine
lume trapela? e con tale tristezza?).
Apro incerto il balcone: il cielo imprime
un silenzio sidereo sopra i campi.

Poi… se i sensi non errano, è un remoto
casto autocarro che disfiora appena,
ai desolati margini, il silenzio.
E il rombo incantevole dilegua.
Ed io mi trovo ancora chino sui miei fogli?
Ah disperante immagine, ah certezza
di non essere altri che un apparso
alla luce…

(Pier Paolo Pasolini)

 

Recueil: Je suis vivant
Traduction: Olivier Apert et Ivan Messac
Editions: NOUS

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Je voudrais je ne pourrai pas m’habituer (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2017



    

Illustration

Je voudrais je ne pourrai pas
M’habituer aux chevaux et aux fleurs de lilas

Le train qui passe à l’horizon est très ancien
Sa mécanique très moderne n’y fait rien

Il est graissé et sans défaut comme un poème
Mais ce sont les chants du Gaélique que j’aime

Je voudrais je ne pourrai pas
M’absenter des chevaux et des fleurs du lilas

L’aéroplane est vieux l’automobile est vieille
Seul le vrombissement mélodieux d’une abeille

Est jeune et jeune aussi ce vieillard attardé
Dans sa marche par la marche d’un scarabée

Je voudrais je ne pourrai pas
M’habituer aux chevaux et aux fleurs du lilas

Car j’ai peur de ne plus savoir mourir comme on s’aligne
Côte à côte pour un concours de pêche à la ligne

J’ai peur de n’être pas à la hauteur de mes voisins
Qui conduisent des automobiles et prennent le train

Et meurent dans leur lit sans souci des campagnes
Où l’amour tue comme un éclatement de châtaigne

Je mourrai mais je ne pourrai pas
M’absenter des chevaux et des fleurs du lilas

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Comme un oiseau dans la tête
Traduction:
Editions: Points

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Le corps fugace (Miguel Espejo)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2016



Le corps fugace

L’homme ne peut presque jamais dire vraiment ce qu’il pense
parce qu’il l’ignore lui-même.
Comment pourrait-il parler de ce qu’il ne comprend pas
d’une ombre envoûtante à l’aube
ou de l’étrangeté de son corps ?
Comment parvenir à comprendre le bonheur de contempler
le fond d’autres yeux
et d’arriver à les ouvrir à notre propre abîme ?
Le mot est revêche. Et le regard aussi.
Ce qui ressemble à un troupeau de guanacos dans la Puna
est à peine un vrombissement d’insectes.
Une femme nous attire grâce au calice de sa beauté
et nous montons impuissants sans toucher ses cordes.
Car rien n’est ce qu’il paraît être.
Ni le corps, ni la femme, ni la beauté.
Comment harmoniser les accords
au milieu de la confusion générale ?
Une main frappe à la porte. Une autre l’ouvre.
Le corps ne répond pas. Il ne parle qu’en murmurant.

***

El cuerpo esquivo

El hombre casi nunca puede decir verdaderamente lo
que piensa
porque él mismo no lo sabe.
¿Cómo podría hablar de aquello que no comprende
de alguna subyugante sombra al amanecer
o de la extrañeza de su cuerpo?
¿Cómo alcanzar la dicha de contemplar
el fondo de otros ojos
y lograr abrirlos a nuestro propio abismo?
La palabra es esquiva. Y la mirada también.
Lo que parece una tropilla de guanacos en la Puna
es apenas un zumbido de insectos.
Una mujer nos atrae con el cáliz de su belleza
y ascendemos impotentes sin tocar sus cuerdas.
Porque nada es lo que parece.
Ni el cuerpo, ni la mujer, ni la belleza.
¿Cómo reunir entonces los acordes
en medio de la confusión general?
Una mano toca la puerta. Otra, la abre.
El cuerpo no responde. Sólo habla entre susurros.

(Miguel Espejo)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Danny Quirk

 

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Tout ce vrombissement (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2016



Et nous n’entendons guère
Les tourbillons en chaîne
Qui meublent ces atomes
Dont nos corps sont formés.

Nous n’entendons pas plus
Les autres tourbillons
Qui remplissent les lieux
Où nous mettons nos corps.

Tout ce vrombissement
Fait un bruit de pétale
A peine. Et nous pouvons

Ecouter nos silences
Escalader leurs bruits.

(Guillevic)

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