Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘(Xavier Villaurrutia)’

NOCTURNE À LA STATUE (Xavier Villaurrutia)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2018


 


Willy Verginer

 

NOCTURNE À LA STATUE

Rêver, rêver la nuit, la rue, l’escalier
et le cri de la statue qui tourne le coin.
Courir vers la statue et ne trouver que le cri,
vouloir toucher le cri et ne trouver que l’écho,
vouloir saisir l’écho et ne trouver que le mur
et courir vers le mur et toucher un miroir.
Trouver dans le miroir la statue assassinée,
la sortir du sang de son ombre,
la vêtir en un clin d’oeil,
la caresser comme une soeur imprévue
et jouer avec les bâtonnets de ses doigts
et compter dans son oreille cent fois cent cent fois
jusqu’à l’entendre dire : «je suis morte de peur».

(Xavier Villaurrutia)

Illustration: Willy Verginer

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

POÉSIE (Xavier Villaurrutia)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2018



 

sculpture-homme-nu_

POÉSIE

Tu es la présence avec laquelle je parle
tout à coup, seul à seul.
Ce sont les mots qui te forment,
ceux qui sortent du silence
et de la mare de rêve dans laquelle je me noie
libre jusqu’au réveil.

Ta main métallique
durcit l’urgence de ma main
et conduit la plume
qui trace sur le papier son littoral.

Ta voix, lieu de l’écho,
est le rebondissement de ma voix sur le mur,
et sur ta peau en miroir
je me regarde me regardant parmi mille Argos
pendant de longues secondes.

Mais le moindre bruit te fait fuir
et je te vois sortir
par la porte du livre
ou par l’atlas du plafond,
par les planches du plancher,
ou la page du miroir,
et tu me laisses
sans vie sans voix et sans visage,
sans masque comme un homme nu
en pleine rue des regards.

(Xavier Villaurrutia)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

AMOUR NOCTURNE (Xavier Villaurrutia)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018



 

Maria Amaral_5310

AMOUR NOCTURNE

On entend celui qui nage dans cette piscine d’ombre
je ne comprends pas pourquoi mes bras ne se blessent pas
par ta respiration je suis l’angoisse du crime
et tu tombes dans le piège tendu par le rêve
Tu conserves dans tes yeux le nom de ton complice
mais je trouve tes paupières plus dures que le silence
et plutôt que de la partager je tuerais la jouissance
de te livrer au sommeil les yeux fermés
je souffre de sentir avec quelle joie ton corps cherche
le corps qui triomphe sur toi plus que le sommeil
et je compare la fièvre de tes mains
avec mes mains de glace
et le tremblement de tes tempes confondu avec mon pouls
et le plâtre de mes cuisses avec la peau des tiennes
que l’ombre gruge avec son incurable lèpre
Je sais quel est le sexe de ta bouche
et ce que cache l’avarice de ton aisselle
et je maudis la rumeur qui inonde le labyrinthe de ton oreille
sur l’oreiller d’écume
sur la dure page de neige
Ça n’est pas que le sang fuit de moi comme la flèche de l’arc
c’est plutôt que la colère circule dans mes veines
jaune d’incendie en pleine nuit
et tous les mots dans la prison de la bouche
et une soif qui dans l’eau du miroir
satisfait sa soif par une soif identique
De quelle nuit je m’éveille à cette nuit nue
longue et cruelle nuit qui n’est déjà plus nuit
près de ton corps plus mort que mort
qui n’est déjà plus ton corps mais plutôt son vide
parce que l’absence de ton rêve a tué la mort
et parce que mon froid est si grand qu’avec une nouvelle chaleur
il ouvre mes yeux là où l’ombre est la plus dure
et la plus claire et plus lumineuse que la lumière elle-même
et ressuscite en moi ce qui n’a jamais été
et c’est une douleur inespérée et encore plus de froid et de feu
n’être plus que la statue qui s’éveille
dans l’alcôve d’un monde où tout est mort

(Xavier Villaurrutia)

Illustration: Maria Amaral

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

NOCTURNE OÙ ON N’ENTEND RIEN (Xavier Villaurrutia)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2017



 

Olivier Valsecchi _dust09

NOCTURNE OÙ ON N’ENTEND RIEN

Au milieu d’un silence désert comme la rue avant le crime
sans même respirer pour ne pas déranger ma mort
dans cette solitude sans murs
au moment où ont fui les angles
dans la tombe de mon lit je laisse ma statue exsangue
pour sortir en un moment si lent
dans une descente interminable
sans pouvoir tendre les bras
sans doigts pour atteindre la gamme tombée d’un piano invisible
rien qu’avec un regard et une voix
qui ne se souviennent pas d’être sortis d’yeux ou de lèvres
qu’est-ce que des lèvres ? qu’est-ce que des regards qui sont des lèvres ?
et ma voix n’est plus la mienne
dans l’eau qui ne mouille pas
dans l’air de verre
dans le feu livide qui coupe comme un cri
Et dans le jeu angoissant d’un miroir devant l’autre
ma voix tombe
et ma voix mûrit
et ma voix est brûlure
et ma forêt croît
et ma voix brûle, dure,
comme la glace de verre
comme le cri de glace
juste ici, dans la volute de l’oreille
le battement d’une mer à laquelle je ne connais rien
où on ne nage pas
parce que j’ai abandonné pieds et bras sur la rive
je sens que m’abandonne le réseau de mes nerfs
qui fuit comme un poisson lucide
le pouls à cent sur mes tempes
télégraphie silencieuse et sans réponse
parce que le rêve et la mort n’ont plus rien à se dire.

(Xavier Villaurrutia)

Illustration: Olivier Valsecchi

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :