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Poésie

Posts Tagged ‘yeux’

Homme, je pleure un corps (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2018




Ici, dites-vous, dans cette sépulture dont je m’approche,
N’est pas qui j’ai aimé. Ni regard, ni sourire ne se cachent
Dans ce repli de terre.
Ah, mais ici, des yeux, une bouche se cachent !
J’ai serré des mains, non une âme, elles gisent ici.
Homme, je pleure un corps !

(Fernando Pessoa)

Illustration: Edouard Bernard Debat-Ponsan

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SVETLA (Jean-Baptiste Para)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2018




Illustration: Jeanie Tomanek
    
SVETLA

Des journées entières
je donne mon coeur au silence
et si je ferme les yeux je vois
un cyprès blanc auprès d’une source
une aire de sable où marchent les paons
un mouchoir mouillé de salive
la silhouette des saints
sur le fond d’or de l’icône
et ton visage qui se découpe
dans la lumière de ton nom.

Les yeux ouverts
tout a gardé
sa forme intacte.

(Jean-Baptiste Para)

 

Recueil: La faim des ombres
Traduction:
Editions: Obsidiane

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AVEC TOI (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2018



Illustration
    
AVEC TOI

Turquoise rafale fuient
Par couples les perroquets
Véhémences
Le monde flambe
Un arbre
Bouillonnant de corbeaux
S’embrase sans brûler
Immobile
Parmi les hauts tournesols
Tu es
Pause de la lumière
Le jour
Un vaste mot clair
Battements de voyelles
Tes seins
Mûrissent sous mes yeux
Ma pensée
Est plus légère que l’air
Je suis réel
Je vois ma vie je vois ma mort
Le monde est réel
Je vois
J’habite une transparence

(Octavio Paz)

 

Recueil: Versant Est
Traduction: Yesé Amory,Claude Esteban,Carmen Figueroa,Roger Munier,Jacques Roubaud
Editions: Gallimard

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PRÉSENT (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2018



 

Illustration: Jim Warren
    
PRÉSENT

Sur la réverbération de la pierre
Saline verticale
Bleu violemment pétrifié
La chute continue
Du rideau
(Dehors
La mer que le soleil assaille)
Respiré respire
Le sol de brique
La fenêtre la table le lit
Maintenant le bleu se tend s’étend
soutient
Un coussin rose
Une fille
Sa robe rouge de cire encore chaude
Ses yeux
D’attente non
Mais par la visitation à demi fermés
Elle est pieds nus

Lourd l’argent l’enlace
Rafraîchit
Son bras sa peau
Sur ses seins vaillants danse le poignard du soleil
Sur son ventre
Éminence imminence
Une ligne de fourmis noires
Vibration
D’un corps une âme une couleur
Du miel brûlé
Le miel noir
A l’incandescence du coquelicot
Le coquelicot noir
Tu ouvres
Les yeux

Tu es un soleil qui a soif.

(Octavio Paz)

 

Recueil: Versant Est
Traduction: Yesé Amory,Claude Esteban,Carmen Figueroa,Roger Munier,Jacques Roubaud
Editions: Gallimard

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Mes yeux (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2018




    
Mes yeux nue
Te découvrent
Et te couvrent
D’une pluie radiante
De regards

(Octavio Paz)

 

Recueil: Versant Est
Traduction: Yesé Amory,Claude Esteban,Carmen Figueroa,Roger Munier,Jacques Roubaud
Editions: Gallimard

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Comme un naufragé (Pier Paolo Pasolini)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2018



    

Comme un naufragé indemne je me retourne
et je vois derrière moi, attendris
par le passé, des océans de rares
violettes, de primevères silencieuses.
Mais ce paysage de jeunes pousses azurées
que le clair Avril adoucissait
est déjà un songe plus lointain que le ciel.

Le temps se dissipe sans vague :
papillons aux vols pudiques,
fleurs violentes, paix hérissée…

Et saurais-je encore m’effrayer si
un son désaccordait la musique ténue
des champs ? Lever les yeux comme un enfant
angoissé par les gouffres célestes
que voile le cours paisible des nuages ?
Et si dans l’azur aride
l’irascible rossignol exhalait son chant diurne
je l’écouterais avec ferveur, mais sans espoir.
Je ne rêve pas, je ne veille pas…

***

Corne un naufrago incolume mi volgo
e vedo, inteneriti dal passato,
alle mie spale, oceani di rare
viole, di silenziose primule.
E già un sogno lontano più del cielo
il paesaggio di germogli azzurri
che il trasparente Aprile intiepidiva.

Il tempo è dileguato senza moto:
le farfalle che volano pudiche,
i fiori violenti, l’irta quiete…

E so ancora atterrirmi ad un accento
che disaccordi con la fioca musica
dei campi? Alzare il capo, puerilmente,
angosciato dai baratri celesti
tra i veli tranquilli delle nuvole?
Se l’iroso usignolo nell’azzurro
arido, esala i suoi canti diurni,
lo ascolto ardente, ma non ho speranza.
Io non sogno, non veglio…

(Pier Paolo Pasolini)

 

Recueil: Je suis vivant
Traduction: Olivier Apert et Ivan Messac
Editions: NOUS

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Mais la couleur (Bernard Noël)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2018



Illustration: Catherine RÉAULT-CROSNIER
    

mais la couleur flambe
comme crie un cri
vous crève les yeux

effet d’apparence
qui tire vengeance
de son épaisseur

à triche conscience
toute la présence
devient du regard

plus de certitude
quant à la nature
de l’identité

le vocabulaire
un linge brûlé
au bord du chemin

(Bernard Noël)

 

Recueil: Un livre de fables
Traduction:
Editions: Fata Morgana

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La lune aux yeux bleus (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2018



 

La lune aux yeux bleus

La nuit, les chevelures des femmes et les branches
des saules se confondent. Je marchais au bord de l’eau.
Tout à coup, j’entendis chanter : alors seulement
je reconnus qu’il y avait là des jeunes filles.

Je leur dis : «Que chantez-vous ?» Elles répondirent :
«Ceux qui reviennent». L’une attendait son père
et l’autre son frère ; mais celle qui attendait son fiancé
était la plus impatiente.

Elles avaient tressé pour eux des couronnes
et des guirlandes, coupé des palmes aux palmiers
et tiré des lotus de l’eau. Elles se tenaient par le cou
et chantaient l’une après l’autre.

Je m’en allai le long du fleuve, tristement, et toute seule,
mais en regardant autour de moi, je vis que derrière
les grands arbres la lune aux yeux bleus me reconduisait.

(Pierre Louÿs)

Illustration

 

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Savez-vous (Didier Rimaud)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2018



Savez-vous

Savez-vous ce que voient
Les yeux des libellules,
Les yeux des coccinelles
Et ceux des papillons ?

Savez-vous où s’en vont
Les pieds des renoncules,
Les pieds des chanterelles
Et ceux des limaçons ?

Savez-vous bien pourquoi
La carpe fait des bulles,
Le feu des étincelles,
Et moi cette chanson ?

Savez-vous ce qui bat
Au cœur des campanules,
Au cœur des demoiselles
Et des petits garçons ?

(Didier Rimaud)

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Les amitiés (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2018



Les amitiés

Mes yeux sont fatigués de lire.
Mon cœur est triste et mon corps las.
J’attends quelqu’un qui ne vient pas…
J’aurais besoin d’un clair sourire.

J’écoute le vent froid bruire.
Une cloche sonne, là-bas.
Si j’entendais monter des pas !…
J’aurais tant de choses à dire !

Je pense aux chères amitiés,
Aux réconfortantes pitiés,
Aux regards, aux doux mots des femmes…

Elles seules savent guérir
Les langueurs des corps et des âmes,
Rien qu’à nous regarder souffrir…

(Albert Lozeau)

Illustration: Bernard Rolland

 

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