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Poésie

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Qui m’aidera ?… (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2021




    
Qui m’aidera ?…

« Qui m’aidera ? Nul ne peut venir jusqu’ici.
Qui me tiendrait les mains ne tiendrait pas celles qui tremblent,
qui mettrait un écran devant mes yeux ne me garderait pas de voir,
qui serait jour et nuit autour de moi comme un manteau
ne pourrait rien contre ce feu, contre ce froid.
D’ici, j’atteste au moins qu’il est un mur
qu’aucun engin, qu’aucune trompette n’ébranle.
Rien ne m’attend plus désormais que le plus long et le pire. »

Est-ce ainsi qu’il se tait dans l’étroitesse de la nuit ?

(Philippe Jaccottet)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Leçons
Traduction:
Editions: Payot

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Elle est trop jolie (Michel Bonté)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2021



Elle est trop jolie

Des yeux dynamite à faire tomber la tour Eiffel
Un langage à faire le trembler le Panthéon
Un corps à faire frémir le Sacré Coeur
J’hésite quand même à l’emmener à Paris

(Michel Bonté)


Illustration: Pascal Renoux

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Promenade quotidienne (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2021



Promenade quotidienne

Je ferme les yeux
Et à petites bouchées
Je savoure le goût du jour

Que m’importe les autres
Quand je cours
Sur l’herbe fraîche
Au milieu des haies

Je parcours un pays
Au-delà de l’ombre
Où les routes disparaissent
Dans des espaces de chaleur
Où les arbres s’élèvent vers la clarté

Je suis la rivière bavarde
Aux lentes navigations
Respirant alors un air fétide
Sur des chemins de halage
Où poussent des herbes chétives

Quand je rentre le soir
Je me faufile
Entre ombre et lumière
A la lisière du silence
Pour me glisser dans la nuit
Sous les astres à l’affût
Dans un ciel qui cache
Bien des mystères.

(Jean-Baptiste Besnard)

Illustration

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La marche à l’amour (Gaston Miron)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2021



La marche à l’amour

Tu as les yeux pers des champs de rosées
tu as des yeux d’aventure et d’années-lumière
la douceur du fond des brises au mois de mai
dans les accompagnements de ma vie en friche
avec cette chaleur d’oiseau à ton corps craintif
moi qui suis charpente et beaucoup de fardoches
moi je fonce à vive allure et entêté d’avenir
la tête en bas comme un bison dans son destin
la blancheur des nénuphars s’élève jusqu’à ton cou
pour la conjuration de mes manitous maléfiques
moi qui ai des yeux où ciel et mer s’influencent
pour la réverbération de ta mort lointaine
avec cette tache errante de chevreuil que tu as

tu viendras tout ensoleillée d’existence
la bouche envahie par la fraîcheur des herbes
le corps mûri par les jardins oubliés
où tes seins sont devenus des envoûtements
tu te lèves, tu es l’aube dans mes bras
où tu changes comme les saisons
je te prendrai marcheur d’un pays d’haleine
à bout de misères et à bout de démesures
je veux te faire aimer la vie notre vie
t’aimer fou de racines à feuilles et grave
de jour en jour à travers nuits et gués
de moellons nos vertus silencieuses
je finirai bien par te rencontrer quelque part
bon dieu!
et contre tout ce qui me rend absent et douloureux
par le mince regard qui me reste au fond du froid
j’affirme ô mon amour que tu existes
je corrige notre vie

nous n’irons plus mourir de langueur
à des milles de distance dans nos rêves bourrasques
des filets de sang dans la soif craquelée de nos lèvres
les épaules baignées de vols de mouettes
non
j’irai te chercher nous vivrons sur la terre
la détresse n’est pas incurable qui fait de moi
une épave de dérision, un ballon d’indécence
un pitre aux larmes d’étincelles et de lésions profondes
frappe l’air et le feu de mes soifs
coule-moi dans tes mains de ciel de soie
la tête la première pour ne plus revenir
si ce n’est pour remonter debout à ton flanc
nouveau venu de l’amour du monde
constelle-moi de ton corps de voie lactée
même si j’ai fait de ma vie dans un plongeon
une sorte de marais, une espèce de rage noire
si je fus cabotin, concasseur de désespoir
j’ai quand même idée farouche
de t’aimer pour ta pureté
de t’aimer pour une tendresse que je n’ai pas connue
dans les giboulées d’étoiles de mon ciel
l’éclair s’épanouit dans ma chair
je passe les poings durs au vent
j’ai un coeur de mille chevaux-vapeur
j’ai un coeur comme la flamme d’une chandelle
toi tu as la tête d’abîme douce n’est-ce pas
la nuit de saule dans tes cheveux
un visage enneigé de hasards et de fruits
un regard entretenu de sources cachées
et mille chants d’insectes dans tes veines
et mille pluies de pétales dans tes caresses

tu es mon amour
ma clameur mon bramement
tu es mon amour ma ceinture fléchée d’univers
ma danse carrée des quatre coins d’horizon
le rouet des écheveaux de mon espoir
tu es ma réconciliation batailleuse
mon murmure de jours à mes cils d’abeille
mon eau bleue de fenêtre
dans les hauts vols de buildings
mon amour
de fontaines de haies de ronds-points de fleurs
tu es ma chance ouverte et mon encerclement
à cause de toi
mon courage est un sapin toujours vert
et j’ai du chiendent d’achigan plein l’âme
tu es belle de tout l’avenir épargné
d’une frêle beauté soleilleuse contre l’ombre
ouvre-moi tes bras que j’entre au port
et mon corps d’amoureux viendra rouler
sur les talus du mont Royal
orignal, quand tu brames orignal
coule-moi dans ta plainte osseuse
fais-moi passer tout cabré tout empanaché
dans ton appel et ta détermination

Montréal est grand comme un désordre universel
tu es assise quelque part avec l’ombre et ton coeur
ton regard vient luire sur le sommeil des colombes
fille dont le visage est ma route aux réverbères
quand je plonge dans les nuits de sources
si jamais je te rencontre fille
après les femmes de la soif glacée
je pleurerai te consolerai
de tes jours sans pluies et sans quenouilles
des circonstances de l’amour dénoué
j’allumerai chez toi les phares de la douceur
nous nous reposerons dans la lumière
de toutes les mers en fleurs de manne
puis je jetterai dans ton corps le vent de mon sang
tu seras heureuse fille heureuse
d’être la femme que tu es dans mes bras
le monde entier sera changé en toi et moi

la marche à l’amour s’ébruite en un voilier
de pas voletant par les lacs de portage
mes absolus poings
ah violence de délices et d’aval
j’aime
que j’aime
que tu t’avances
ma ravie
frileuse aux pieds nus sur les frimas de l’aube
par ce temps profus d’épilobes en beauté
sur ces grèves où l’été
pleuvent en longues flammèches les cris des pluviers
harmonica du monde lorsque tu passes et cèdes
ton corps tiède de pruche à mes bras pagayeurs
lorsque nous gisons fleurant la lumière incendiée
et qu’en tangage de moisson ourlée de brises
je me déploie sur ta fraîche chaleur de cigale
je roule en toi
tous les saguenays d’eau noire de ma vie
je fais naître en toi
les frénésies de frayères au fond du coeur d’outaouais
puis le cri de l’engoulevent vient s’abattre dans ta gorge
terre meuble de l’amour ton corps
se soulève en tiges pêle-mêle
je suis au centre du monde tel qu’il gronde en moi
avec la rumeur de mon âme dans tous les coins
je vais jusqu’au bout des comètes de mon sang
haletant
harcelé de néant
et dynamité
de petites apocalypses
les deux mains dans les furies dans les féeries
ô mains
ô poings
comme des cogneurs de folles tendresses

mais que tu m’aimes et si tu m’aimes
s’exhalera le froid natal de mes poumons
le sang tournera ô grand cirque
je sais que tout mon amour
sera retourné comme un jardin détruit
qu’importe je serai toujours si je suis seul
cet homme de lisière à bramer ton nom
éperdument malheureux parmi les pluies de trèfles
mon amour ô ma plainte
de merle-chat dans la nuit buissonneuse
ô fou feu froid de la neige
beau sexe léger ô ma neige
mon amour d’éclairs lapidée
morte
dans le froid des plus lointaines flammes

puis les années m’emportent sens dessus dessous
je m’en vais en délabre au bout de mon rouleau
des voix murmurent les récits de ton domaine
à part moi je me parle
que vais-je devenir dans ma force fracassée
ma force noire du bout de mes montagnes
pour te voir à jamais je déporte mon regard
je me tiens aux écoutes des sirènes
dans la longue nuit effilée du clocher de Saint-Jacques
et parmi ces bouts de temps qui halètent
me voici de nouveau campé dans ta légende
tes grands yeux qui voient beaucoup de cortèges
les chevaux de bois de tes rires
tes yeux de paille et d’or
seront toujours au fond de mon coeur
et ils traverseront les siècles

je marche à toi, je titube à toi, je meurs de toi
lentement je m’affale de tout mon long dans l’âme
je marche à toi, je titube à toi, je bois
à la gourde vide du sens de la vie
à ces pas semés dans les rues sans nord ni sud
à ces taloches de vent sans queue et sans tête
je n’ai plus de visage pour l’amour
je n’ai plus de visage pour rien de rien
parfois je m’assois par pitié de moi
j’ouvre mes bras à la croix des sommeils
mon corps est un dernier réseau de tics amoureux
avec à mes doigts les ficelles des souvenirs perdus
je n’attends pas à demain je t’attends
je n’attends pas la fin du monde je t’attends
dégagé de la fausse auréole de ma vie tends
dégagé de la fausse auréole de ma vie

(Gaston Miron)

Illustration: Andrzej Malinowski

 

 

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CHALEUR (Armenuhi Sisyan)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2021




    
Poem in French, Dutch, Spanish, English, Italian, German, Portuguese, Sicilian, Romanian, Polish, Greek, Chinese, Arab, Hindi, Japanese, Farsi, Bulgarian, Icelandic, Russian, Filipino, Hebrew, Tamil, Bangla, Irish, Serbian, Armenian

Poem of the Week Ithaca 676 « Warmth »,
Armenuhi Sisyan, Armenia

de “Longing For Thousand Years’’

– All translations are made in collaboration with Germain Droogenbroodt –

CHALEUR

Le souvenir frémit entre mes doigts,
mes yeux fixent le vide à regret,
tandis que les oiseaux désenchantés
partent vers des régions plus chaudes.
C’est la victoire du vent,
pas celle du cœur,
que mes joues ne puissent rougir
par la chaleur du souvenir.
Mes mots suivent les oiseaux:
la poésie leur procure le repos.

(Armenuhi Sisyan)

Traduction Elisabeth Gerlache

***

WARMTE

De herinnering rilt tussen mijn vingers,
mijn ogen staren onbeweeglijk,
terwijl de vogels vertwijfeld
naar warmere oorden trekken.
Het is de overwinning van de wind,
niet die van het hart,
dat mijn wangen niet blozen
door de warmte van de herinnering.
Mijn woorden volgen de vogels:
ze vinden rust in de poëzie.

Vertaling Germain Droogenbroodt

***

CALOR

La memoria se congela entre mis dedos,
mis ojos miran sin parpadear,
mientras los pájaros emigran desesperados
a lugares más cálidos.
La victoria de los vientos es,
no la del corazón,
sino el no sonrojarse de mis mejillas
por el calor del recuerdo.
Mis palabras siguen a los pájaros:
descansan donde está la poesía.

Traducción Armenuhi Sisyan – Germain Droogenbroodt – Rafael Carcelén

***

WARMTH

Memory freezes between my fingers,
my eyes unwinking stare,
while the birds migrate to warmer places
in despair.
The victory of winds it is,
not of the heart,
that my cheeks will not blush
from the warmth of memory.
My words follow the birds:
They rest where poetry is.

Translation Armenuhi Sisyan – Stanley Barkan

***

CALORE

La memoria si congela fra le mie dita,
i miei occhi osservano senza batter ciglio,
gli uccelli migrare verso luoghi più caldi
nella disperazione.
È la vittoria dei venti,
non del cuore.
Le mie gote non arrossiscono
per il calore della memoria.
Le mie parole seguono gli uccelli:
Essi riposano là dove è la poesia.

Traduzione di Armenuhi Sisyan – Stanley Barkan – Luca Benassi

***

WÄRME

Die Erinnerung friert zwischen meinen Fingern,
meine Augen starren unbewegt,
während die Vögel in Verzweiflung
nach wärmeren Orten ziehen.
Es ist der Sieg des Windes,
nicht des Herzens,
dass meine Wangen nicht erröten
von der Wärme der Erinnerung.
Meine Worte folgen den Vögeln:
sie rasten wo Poesie ist.

Übersetzung: Wolfgang Klinck

***

CALIDEZ

A memória enregela entre os meus dedos,
os meus olhos fixos não pestanejam,
enquanto os pássaros migram,
em desespero,
para lugares mais quentes.
É triunfo dos ventos,
não a do coração,
que a minha face não enrubesça
na calidez da recordação.
As minhas palavras seguem os pássaros:
descansam onde há poesia.

Tradução portuguesa – Maria do Sameiro Barroso

***

CAUDDU

La mimoria si gghiaccia ntrê me jidita
L’occhi vardanu fissi senza vulillu
Mentri l’aceddi migranu versu posti chiù cauddi
Dipiratamenti.
È la vittoria di lu ventu
Non di lu cori,
ca li me masciddi non russicanu
cu lu cauddu di la mimoria.
I me palori
Sicutanu l’aceddi:
si riposanu unni la puisia è.

Traduzioni in sicilianu di Gaetano Cipolla

***

CĂLDURĂ

Amintirea îmi îngheață între degete,
ochii mei o fixează încremeniţi,
în timp ce păsări deznădăjduite
se îndreaptă spre ținuturi mai calde.
A vântului izbândă e aceasta,
nicidecum un triumf al inimii.
Obrazul meu nu se îmbujorează
atins de arșița amintirii.
Cuvintele-mi iau calea zburătoarelor:
odihna și-o găsesc în cuibul poeziei.

Traducere: Gabriela Căluțiu Sonnenberg

***

CIEPŁO

Pamięć zamarza pośród moich palców
moje znieruchomiałe oczy wpatrują się
w ptaki wędrujące do cieplejszych krain
To zwycięstwo wiatrów,
nie serca,
że moje policzki nie rumienią się
od ciepła pamięci.
Moje słowa podążają za ptakami:
Znajdują schronienie tam, gdzie są wiersze.

Przekład na polski: Mirosław Grudzień – Małgorzata Żurecka
Translation into Polish by Mirosław Grudzień – Małgorzata Żurecka

***

ΖΕΣΤΑΣΙΑ

Παγώνει η μνήμη ανάμεσα στα δάχτυλα
αθέλητα τα μάτια μου κοιτούν
απελπισμένα πουλιά που μεταναστεύουν
στα θερμά κλίματα.
Νίκη του ανέμου
κι όχι της καρδιάς
τα μάγουλα μου που δεν κοκκινίζουν
απ’ τη θαλπωρή της μνήμης.
Τα πουλιά ακολουθούν οι λέξεις μου
Όλα τα υπόλοιπα την ποίηση.

Μετάφραση Μανώλη Αλυγιζάκη
translated by Manolis Aligizakis

***

记忆在我手指间寒颤,
我的眼睛不情愿地盯看,
当鸟儿迁徙到更暖和的地方,
绝望地飞,
这是风的胜利,
不是心的,
我的脸颊不会始于记忆
的温暖而发红羞愧。
我的词语跟随这些鸟儿:
它们在有诗的地方栖息。

原作:亚美尼亚 亚美奴希·斯娅恩
英译:作者自译
汉译:中 国 周道模 2021-3-20
Translation into Chinese by William Zhou

***

الدفء

ذاكرتي تتجمد وسط أناملي،
وعيناي تحدقان دون رغبة،
في وقت تهاجر الطيور صوب أماكن أكثر دفئا.
لكن دون طائل
إنه زمن انتصار الريح،
وليس القلب.
خداي لا يحمران
بالدفء الذي تنشره الذاكرة.
وكلماتي تقتفي أثر الطيور:
فتحط الرحال لتستريح حيثما يكون الشعر.
أرمينوهي سيسيان ، أرمينيا
ترجمته عن الإنجليزية سارة سليم

Translation into Arab by Sarah Slim

***

गर्मजोशी

मेरी उंगलियों के बीच
यादें जमा देता है,
मेरी आँखें अनिच्छा से घूरने लगीं
जबकि पक्षी गर्म स्थानों पर चले जाते हैं
निराशा से।
यह है हवाओं की जीत,
दिल का नहीं।
मेरे गाल फूले नहीं समा रहे हैं
स्मृति की गर्मी से।
मेरे शब्द पक्षियों का अनुसरण करते हैं:
वे आराम करते हैं जहाँ कविता है।
अर्मेनुही सिसायन, आर्मेनिया
ज्योतिर्मय ठाकुर द्वारा हिंदी में अनुवादित l

Translation into Hindi by Jyotirmaya Thakur

***

ぬくもり

記憶は指の間で凍りつき
望みもしないのに目は見つめる
渡り鳥が絶望して暖かな場所へ飛びのを
風の勝利は心のものではない
わたしの頬が赤く染まるのは
記憶のぬくもりのためでない
わたしの言葉は鳥たちを追う
鳥たちは詩のあるところに羽を休める

アルメヌヒ・シスヤン(アルメニア)
Translation into Japanese by Manabu Kitawaki

***

حرارت

خاطره در بین انگشتانم منجمد می‌شود
و چشمانم ناخواسته خیره می‌ماند
هنگامیکه پرندگان در ناامیدی به مناطق گرمسیری کوچ می‌کنند.
پیروزی باد است،
نه قلب.
گونه هایم سرخ نمی‌شود
از گرمای خاطرات.
کلماتم پرندگان را دنبال می‌کنند:
و آنجا که شعر است استراحت می‌کنند.

ترجمه از سپیده زمانی
Translation into Farsi by Sepideh Zamani

***

ТОПЛИНА

Паметта замръзва между пръстите ми,
очите ми неохотно се взират
докато птиците отлитат

към по-топли места в отчаянието си.
Победа на ветровете е това,

не на сърцето.
Топлината на паметта
не зачервява бузите ми.
Моите думи следват птиците:
Те почиват, където е поезията.

превод от английски: Иван Христов
Translation into Bulgarian by Ivan Hristov

***

HLÝJA

Minningarnar frjósa milli fingra minna,
augu mín stara ófús
á fuglana fljúga til hlýrri staða
í örvæntingu.
Þetta er sigur vinda,
ekki hjartans.
Vangar mínir roðna ekki
af hlýju minninganna.
Orð mín fylgja fuglunum:
Þau halda sig með ljóðunum.

Translation into Icelandic by Þór Stefánsson

***

ТЕПЛО

Воспоминания дрожат между пальцев,
глаза уставились не мигая,
а в то же время перелетные птицы
летят в отчаянии на юг.
Вот так получилось у ветра сделать,
а у сердца не получилось,
так, чтобы не краснели щеки
от самых теплых воспоминаний.
Мои слова улетают за птицами:
им спокойнее там, где есть стихи.

Перевод на русский язык Дарьи Мишуевой
Translation into Russian by Daria Mishueva

***

INIT

Alaala ay nanigas sa pagitan ng aking mga daliri
aking mga matang hindi kumukurap
habang ang mga ibon ay lumilipat sa mas mainit na
mga lugar
sa kawalan ng pag-asa.
Ang tagumpay ng hangin na ito,
hindi ng puso,
na huwag nawa mamula ang aking pisngi
mula sa mainit na alaala.
Sinusundan ng ibon ang aking mga salita:
Sila’y nagpapahinga kung saan naroon ang tula.

Translation Armenuhi Sisyan – Stanley Barkan
Translation into Filipino by Eden Soriano Trinidad

***

חמימות / אַרְמֶנוּהִי סִיסְיַאן

הַזִּכָּרוֹן קוֹפֵא בֵּין אֶצְבְּעוֹתַי,
עֵינַי מַבִּיטוֹת בְּלִי לְמַצְמֵץ,
כְּשֶׁהַצִּפֳּרִים נוֹדְדוֹת לִמְקוֹמוֹת חַמִּים יוֹתֵר
בְּיֵאוּשׁ.
זֶה נִצְחוֹן הָרוּחוֹת,
לֹא שֶׁל הַלֵּב,
שֶׁלְּחָיַי לֹא יַסְמִיקוּ
מֵחֹם הַזִּכָּרוֹן.
מִלּוֹתַי מְלַוּוֹת אֶת הַצִּפֳּרִים:
נָחוֹת בַּמָּקוֹם בּוֹ נִמְצֵאת הַשִּׁירָה.

Translation into Hebrew by Dorit Weisman

***

வெது வெதுப்பு

நம்பிக்கை இழந்த பறவைகள்
வெது வெதுப்பான இடங்களுக்கு இடம்பெயர,
எனது விரல்களுக்கு இடையே நினைவு உறைந்து போகிறது
இமைகள் அசைக்காத எனது கண்களின் பார்வையில்!

அது காற்றின் வெற்றி
எனது இதயத்தின் வெற்றி அல்ல
எனது கன்னங்கள் அந்த நினைவின்
வெது வெதுப்பினின்று நாணமடையாது!
எனது சொற்கள் பறவைகளைப் பின்பற்றுகின்றன
ந்எங்கு கவித இருக்கிறதோ அங்கு
ஓய்வெடுக்கிறது!

Translation into Tamil by NV Subbaraman

***

উষ্ণতা

স্মৃতিগুলো হিমায়িত হয় আমার অঙ্গুলি গুলির মাঝারে,
নয়নযুগল তাকায় অনিচ্ছাসত্বে,
যখন পাখিরা উড়ে যায় একটু উষ্ণতার জন্য
বিষণ্ণতায় ।
এই জয় যে পবনের,
কিন্তু নয় হৃদয়ের ।
আমার গাল গুলি হয়না গোলাপ কপোল
স্মৃতির উষ্ণতায় ।
আমার শব্দমালা অনুসরণ করে পাখিদের:
তারা বিশ্রাম করে যেখানে বসবাস করে কবিতামালা ।

Bangla Translation-:Tabassum Tahmina Shagufta Hussein

***

FONN TAISTIL

Reonn an chuimhne idir mo mhéara,
in éadan mo thola féachaim romhaim
le teann éadóchais
ar na héin ag triail ó dheas—
leanann siad treo na gaoithe,
ní thugann siad aird ar a gcroíthe.
Á dtabhairt chun cuimhne,
ní lasann mo ghrua.
Leanann mo bhriathra imirce na n-éan:
Fáirfidh siad san áit a bhfuil an fhilíocht ann.

Aistrithe go Gaeilge ag Rua Breathnach
Translation into Irish by Rua Breathnach

***

TOPLOTA

Sećanje se smrzava između mojih prstiju,
oči uporno gledaju u istu tačku ,
dok se očajne ptice
sele u toplije krajeve.
To je pobeda vetrova
ne srca.
Ne rumene se moje jagodice
od topline sećanja.
Moje reči lete za pticama:
odmore se tamo gde je poezija.

Preveli: Armenuhi Sisyan – Stanley Barkan
S engleskog prevela S. Piksiades

***

Ջերմություն

Մատներիս միջև սառչում է հիշողությունը,
սառչում են աչքերս
ու թռչունները ճարահատ
չվում են տաք տարածքներ:
Քամիների հաղթանակն է
և ոչ սրտի,
որ այտերս չեն շառագունի
ջերմության հուշից:
Բառերս հետևում են թռչուններին.
նրանք հանգրվանում են այնտեղ,
ուր բանաստեղծությունն է…

(Armenuhi Sisyan)

 

Recueil: Ithaca 676
Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

FRIENDS ITHACA
Holland: https://boekenplan.nl
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Quand pourrai-je, quittant les soins inutiles (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2021



Quand pourrai-je, quittant les soins inutiles

Quand pourrai-je, quittant tous les soins inutiles
Et le vulgaire ennui de l’affreuse cité,
Me reconnaître enfin, dans les bois, frais asiles,
Et sur les calmes bords d’un lac plein de clarté !

Mais plutôt, je voudrais songer sur tes rivages,
Mer, de mes premiers jours berceau délicieux.
J’écouterai gémir tes mouettes sauvages,
L’écume de tes flots rafraîchira mes yeux.

Ah, le précoce hiver a-t-il rien qui m’étonne ?
Tous les présents d’avril, je les ai dissipés,
Et je n’ai pas cueilli la grappe de l’automne,
Et mes riches épis, d’autres les ont coupés.

(Jean Moréas)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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Sensualité (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2021



Sensualité

N’écoute plus l’archet plaintif qui se lamente
Comme un ramier mourant le long des boulingrins ;
Ne tente plus l’essor des rêves pérégrins
Traînant des ailes d’or dans l’argile infamante.
Viens par ici : voici les féeriques décors,
Dans du Sèvres les mets exquis dont tu te sèvres,

Les coupes de Samos pour y tremper tes lèvres,
Et les divans profonds pour reposer ton corps.
Viens par ici : voici l’ardente érubescence
Des cheveux roux piqués de fleurs et de béryls,
Les étangs des yeux pers, et les roses avrils
Des croupes, et les lis des seins frottés d’essence
Viens humer le fumet-et mordre à pleines dents
A la banalité suave de la vie,
Et dormir le sommeil de la bête assouvie,
Dédaigneux des splendeurs des songes transcendants.

(Jean Moréas)

Illustration: Louis Courtat

 

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ÂGE DE FEMME ET DE SAISON (Jane Deny)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2021




ÂGE DE FEMME ET DE SAISON

Comme la fleur d’Avril, le teint est lumineux,
Toute la joie de vivre se lit dans ses yeux bleus.
Pas encore une femme mais bien plus qu’une enfant.
Le bel âge que voilà, le Printemps a seize ans.

Elle émerge de l’eau, rieuse et éclatante,
Inondée de soleil, hâlée et ruisselante,
Elle rejoint sur la plage ses enfants déjà grands,
Le fruit est épanoui, l’Été a quarante ans.

Elle choisit au parterre les dernières passeroses,
Chasse la nostalgie et les pensées moroses.
Elle se rit de ses rides, laissant couler les ans.
La vie est encore belle, l’Automne a soixante ans.

Elle serre sur ses épaules son vieux châle de laine,
Contemple le jardin qui surplombe la plaine,
Tout est couvert de neige, même ses cheveux blancs.
L’hiver vêtu d’hermine a quatre fois vingt ans.

(Jane Deny)

Illustration: Baldung Grien Hans

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Je respire où tu palpites (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2021



Je respire où tu palpites

Je respire où tu palpites,
Tu sais ; à quoi bon, hélas !
Rester là si tu me quittes,
Et vivre si tu t’en vas ?

A quoi bon vivre, étant l’ombre
De cet ange qui s’enfuit ?
A quoi bon, sous le ciel sombre,
N’être plus que de la nuit ?

Je suis la fleur des murailles
Dont avril est le seul bien.
Il suffit que tu t’en ailles
Pour qu’il ne reste plus rien.

Tu m’entoures d’Auréoles;
Te voir est mon seul souci.
Il suffit que tu t’envoles
Pour que je m’envole aussi.

Si tu pars, mon front se penche ;
Mon âme au ciel, son berceau,
Fuira, dans ta main blanche
Tu tiens ce sauvage oiseau.

Que veux-tu que je devienne
Si je n’entends plus ton pas ?
Est-ce ta vie ou la mienne
Qui s’en va ? Je ne sais pas.

Quand mon orage succombe,
J’en reprends dans ton coeur pur ;
Je suis comme la colombe
Qui vient boire au lac d’azur.

L’amour fait comprendre à l’âme
L’univers, salubre et béni ;
Et cette petite flamme
Seule éclaire l’infini

Sans toi, toute la nature
N’est plus qu’un cachot fermé,
Où je vais à l’aventure,
Pâle et n’étant plus aimé.

Sans toi, tout s’effeuille et tombe ;
L’ombre emplit mon noir sourcil ;
Une fête est une tombe,
La patrie est un exil.

Je t’implore et réclame ;
Ne fuis pas loin de mes maux,
O fauvette de mon âme
Qui chantes dans mes rameaux !

De quoi puis-je avoir envie,
De quoi puis-je avoir effroi,
Que ferai-je de la vie
Si tu n’es plus près de moi ?

Tu portes dans la lumière,
Tu portes dans les buissons,
Sur une aile ma prière,
Et sur l’autre mes chansons.

Que dirai-je aux champs que voile
L’inconsolable douleur ?
Que ferai-je de l’étoile ?
Que ferai-je de la fleur ?

Que dirai-je au bois morose
Qu’illuminait ta douceur ?
Que répondrai-je à la rose
Disant :  » Où donc est ma soeur ? »

J’en mourrai ; fuis, si tu l’oses.
A quoi bon, jours révolus !
Regarder toutes ces choses
Qu’elle ne regarde plus ?

Que ferai-je de la lyre,
De la vertu, du destin ?
Hélas ! et, sans ton sourire,
Que ferai-je du matin ?

Que ferai-je, seul, farouche,
Sans toi, du jour et des cieux,
De mes baisers sans ta bouche,
Et de mes pleurs sans tes yeux !

(Victor Hugo)

Illustration:Edvard Munch

 

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Nous restons figés parfois… (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2021




Illustration: Robert Doisneau
    
Nous restons figés parfois…

Nous restons figés parfois
au milieu d’une rue,
d’un mot
ou d’un baiser,
les yeux immobiles
comme deux longs verres d’eau solitaire,
la vie immobile
et les mains inertes entre un geste et celui qui aurait suivi,
comme si elles n’étaient plus nulle part.
Nos souvenirs alors sont d’un autre
dont à peine nous nous souvenons.

C’est comme si nous prêtions notre vie pour un temps,
sans l’assurance qu’elle nous sera rendue
et sans que personne nous l’ait demandée,
mais en sachant qu’elle sert alors
à quelque chose qui nous concerne plus que tout.

La mort n’est-elle un prêt, elle aussi,
au milieu d’une rue
d’un mot
ou d’un baiser ?

***

Nos quedamos a veces detenidos
en medio de una calle,
de una palabra
o de un beso,
con los ojos inmóviles
como dos largos vasos de agua solitaria,
con la vida inmóvil
y las manos quietas entre un gesto y el que hubiera seguido,
como si no estuvieran ya en ninguna parte.
Nuestros recuerdos son entonces de otro,
a quien apenas recordamos.

Es como si prestásemos la vida por un rato,
sin la seguridad de que nos va a ser devuelta
y sin que nadie nos la haya pedido,
pero sabiendo que es usada
para algo que nos concierne más que todo.

¿No será también la muerte un préstamo,
en medio de una calle,
de una palabra
o de un beso?

(Roberto Juarroz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Poésie verticale
Traduction: Traduit de l’espagnol (Argentine) par Roger Munier
Editions: Points

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