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Poésie

Posts Tagged ‘yeux’

Le Miroir (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017



Illustration: Francoise de Felice
    
Le Miroir

Je t’admire, et ne suis que ton miroir fidèle
Car je m’abîme en toi pour t’aimer un peu mieux ;
Je rêve ta beauté, je me confonds en elle,
Et j’ai fait de mes yeux le miroir de tes yeux.

Je t’adore, et mon coeur est le profond miroir
Où ton humeur d’avril se reflète sans cesse.
Tout entier, il s’éclaire à tes moments d’espoir
Et se meurt lentement à ta moindre tristesse.

O toujours la plus douce, ô blonde entre les blondes,
Je t’adore, et mon corps est l’amoureux miroir
Où tu verras tes seins et tes hanches profondes,
Tes seins pâles qui font si lumineux le soir !

Penche-toi, tu verras ton miroir tour à tour
Pâlir ou te sourire avec tes mêmes lèvres
Où trembleront encor tes mêmes mots d’amour ;
Tu le verras frémir des mêmes longues fièvres.

Contemple ton miroir de chair tendre et nacrée
Car il s’est fait très pur afin de recevoir
Le reflet immortel de la Beauté sacrée…
Penche-toi longuement sur l’amoureux Miroir !

(Renée Vivien)

 

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Par-Delà la Mort persiste le Désir (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017



Illustration: Claude Monet  
    
Par-Delà la Mort persiste le Désir

Ô ma Maîtresse morte, aux yeux de pâle azur,
Je te vois dans ton lit que lave la rosée,
Dans ton cercueil fétide où coule un flot impur,
Et sans fin je t’adore, ô chair décomposée.

La nacre des baisers, des longs baisers d’hier,
Donne à ton corps brisé ce bleu de meurtrissure,
Ce vert, ce violet voluptueux et clair.
J’aspire ton parfum d’ombre et de moisissure.

Je te convoite avec des râles et des cris,
Moi qui reviens cueillir sur tes lèvres livides
Ces baisers d’autrefois, empestés et pourris,
T’étreindre et regarder sous tes paupières vides.

Tu m’attends, allongée au fond du soir troublant,
Et je viens m’enivrer de ton affreuse haleine
En me disant : « C’est elle, et voici son cou blanc,
Voici ses clairs cheveux, voici ses mains de reine.

« Que notre solitude est douce, ô mon Désir !
« Quel merveilleux silence où mon sanglot se brise !
« C’est elle que je vois divinement pâlir…
« Voici la nuit d’amour si tendrement promise.

« Quelle nuit de caresse et de fièvre ! Oh ! les seins
« Frais et fleuris, les flancs d’une forme suprême !
« Le velouté du ventre et la rondeur des reins
« La voici tout entière, et telle que je l’aime ! »

« Je suis le Ver qui vit de ton corps bien-aimé,
Qui dans l’ombre a rampé jusqu’à ta froide porte,
Le Ver toujours tenace et toujours affamé,
Dont l’éternel désir se repaît de chair morte.

(Renée Vivien)

 

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L’Amour des deux Jacinthes (Christian Jodon)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017



 

L’Amour des Deux Jacinthes

Là-haut sur la colline
Y-a-t’un joli jardin
Lavande et romarin
Lavande et romarin

Il y a deux jacinthes
Dans ce joli jardin
Le jardin de tes yeux
Remplis de romarin
Lavande du ciel bleu
Deux jacinthes au jardin

Pour tes jolies jacinthes
J’ai pleuré dans mes mains
Lavande et romarin
Lavande et romarin

Insensible à ma plainte
Ni jour d’hui ni demain
Pour tes jolies jacinthes
Je pleurerai sans fin
Modulant la complainte
De ton regard de lin

Là-haut sur la colline
Y-a-t’un joli jardin
Lavande et romarin
Lavande et romarin

Ton jardinier jardine
Tes deux yeux au jardin
Le parfum de tes yeux
Vaut bien le romarin
Lavande du ciel bleu
Deux jacinthes au jardin

Le vent de la colline
M’apporte ton parfum
Lavande et romarin
Lavande et romarin

Le parfum de jacinthe
De tes beaux yeux de lin
Avec un goût d’absinthe
D’amer et de citrin

Au jardin de tes yeux
J’irai mourir demain

(Christian Jodon)

Illustration: Josephine Wall

 

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La solitude est verte (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017


Chasseresse ou dévote ou porteuse de dons
La solitude est verte en des landes hantées,
Comme chansons du vent aux provinces chantées
Comme le souvenir lié à l’abandon.

La solitude est verte.

Verte comme verveine au parfum jardinier
Comme mousse crépue au bord de la fontaine
Et comme le poisson messager des sirènes,
Verte comme la science au front de l’écolier.

La solitude est verte.

Verte comme la pomme en sa simplicité,
Comme la grenouille, cœur glacé des vacances,
Verte comme tes yeux de désobéissance,
Verte comme l’exil où l’amour m’a jeté.

La solitude est verte.

(Louise de Vilmorin)

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Homme au fond de ta vie (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



Illustration
    
Homme au fond de ta vie comme au fond d’une soute,
noir des nuits d’où tu ne sors que pour te taire
dans un jour que rien ne peut retenir sur la terre,
il n’y a pas de joie pour un peu d’écume dans tes yeux.

Ton front n’est qu’un lambeau de chair
si mal soudé au corps que tes tempes frémissent
comme une blessure qui ne peut se refermer
parce que le sang est derrière, tendu comme un couteau.

La joie ne peut sourdre de ton coeur
parce qu’il est dans ton corps comme un caillou sur les routes.
La joie n’accompagne pas ton rire
parce que ton visage est plus loin, au fond du tunnel.

Tu cherches dans le regard des autres
les raisons qu’ils ont d’exister avec foi
mais chaque regard ne révèle rien de plus
qu’un pan de vitre posé sur la nuit.

Et si une étoile s’allume sur la pluie des pavés,
c’est pour le monde dont tu fais partie
d’une façon si peu sûre que parfois à ta place
il n’y a pas même cet éclat passager.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Les murs qui me serrent (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



Illustration: Euan Macleod  
    

Les murs qui me serrent
n’étouffent pas le dégoût
qui doit coller à mon sang
comme à la gorge un crachat.

Le soleil passe dans mon regard
comme il passe dans les fenêtres
qui luisent désespérément le soir
comme des tas de houille sans feu.

Pareille à un oiseau abattu,
la rue est plaquée au sol,
ayant perdu jusqu’à son ombre,
jusqu’à son propre poids.

Je traverse seul la terre
sans rien voir de mes yeux ouverts
et je ne rencontre personne
qui prenne le même chemin que moi.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Les brumes se sont dissipées (Jack Kerouac)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



Les brumes se sont dissipées, j’ai
Fermé les yeux -,
Le poêle a fait la conversation

***

Mists blew by, I
Closed my eyes, –
Stove did the talking

(Jack Kerouac)

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Divinité (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2017



Illustration: Lauri Blank
    
Divinité

Déesse aux yeux d’or brun, clos ta paupière rose,
Fais des songes d’amour ; que ton sommeil soit doux ;
Que le rêve lointain comme un rayon se pose
Sur ton front languissant et sur tes cheveux flous.

Je voudrais être la nuit, afin de t’étreindre,
Je voudrais te presser sur mon coeur frémissant,
Entendre ton sanglot voluptueux se plaindre
Et retenir l’amour qui sourit en passant.

(Renée Vivien)

 

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Les Yeux (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2017



 

Illustration: Albert Marquet
    
Les Yeux

Les yeux noirs, où l’éclair des ténèbres reluit
Et s’éteint, les yeux noirs sont plus beaux que la nuit.

Les yeux gris, où l’ardeur des étés passe et brûle,
Les yeux gris sont plus beaux que le doux crépuscule.

Les yeux bleus, clairs miroirs du rêve et de l’amour,
Rayons frais, les yeux bleus sont plus beaux que le jour.

Les yeux verts, où l’azur des feuilles tremble encore,
Lueurs d’eau, les yeux verts sont plus beaux que l’aurore.

Angoissants comme l’abîme et le désespoir,
Ombres d’or, les yeux bruns sont plus beaux que le soir.

(Renée Vivien)

 

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Marine (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
Marine

Ô soeurs de la tempête, ô filles de l’écume,
Ô mouettes, blancheurs de voiles, votre essor
A travers les maëlstroms et le vent et la brume
Est plus impérial que l’orgueilleux essor,
Brûlé par le soleil, de l’aigle aux ailes d’or.

Fuyez sous les yeux verts de l’aube maritime,
Jetez vos cris aigus vers l’angoisse des flots,
Plongez votre regard enfiévré par l’abîme
Jusqu’au sein irrité de l’orage et des flots
Dont l’éternel désir déferle en lourds sanglots.

A travers les maëlstroms et le vent et la brume
Charriant le phosphore et l’iode des flots,
O soeurs de la tempête, ô filles de l’écume,
O mouettes, planez sur l’orage des flots
Dont l’éternel désir déferle en lourds sanglots.

(Renée Vivien)

 

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